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A propos de Claudien

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P h i l i p p e D t j r c h a i n : A propos de Claudien
PHILIPPE
[81. Band
DERCHAIN
A propos de Claudien
E l o g e de S t i l i c h o n , II, 424—436
Le texte dont il va etre question ici n'a certes pas echappe k Tattention des egyptologues^ et
des philologues classiques^, qui y ont reconnu depuis tres longtemps deja rinfluence egyptienne®.
Mais on n'a pas reconnu qu'il contenait en realite une description de I'Abaton, et qu'il convenait
par consequent de I'ajouter ä la liste des sources classiques reunies par Junker^.
Voici ce texte, suivi de sa traduction®:
Est ignota procul, nostraeque impervia genti
Vix adeunda Deis, annomm squalida mater,
Immensi speluncum aevi, quae tempora vasto
Suppeditat revocatque sinu: complectitur antrum,
Omnia qui placido consumit numine, serpens,
Perpetuumque viret squamis, caudamque reducto
Ore vorat, tacito relegens exordia iapsu.
Vestibuli custos, vultu longaeva decoro,
Ante fores Natura sedet, cunctisque volantes
Dependent membris animae. Mansura verendus
Scribit jura senex, numeros qui dividit astris.
Et cursus stabilesque moras, quibus omnia vivunt
Ac pereunt fixis cum legibus . . .
424
427
430
433
436
II existe inconnue, lointaine, inaccessible ä notre race, presque inlerdite aux dieux eux-raemes,
une caverne, celle de l'immense eternite, mere tenebreuse des annees, qui produit ies äges et les
rappelle dans son vaste sein. De cette grotte, un serpent garnifc le pourtour; il engloutit toutes
chioses d'une volonte tranquille, et perpetuellement reste jeune d'ecailles. La gueule retournee vers
l'arriere, il devore sa propre queue, et d'un glissenaent silencieux, repasse lä oü il a commence.
Gardienne de l'entree, une vieille au beau visage — la Nature — se tient devant la porte, tandis
que des ämes ailees s'accrochent ä tous ses menbres.
Un viellard venerable inscrit des lois pour Teternite; il divise le rythme du temps par le moyen
des astres, dont il etablit le cours, ainsi que Ies delais immuables dans lesquels tous les etres vivent
et meurent, selon des decrets invariables . . .
V. 424. n o s t r a e i m p e r v i a g e n t i : cf. S e r v i u s , ad Aen. VI, 154: t u t i s s i m u m l o c u m q u e m
t r a n s i t u c o n s t a t e s s e d i f f i c i l e m . . . Ultra hanc (paludem) estbrevis Insula inaccessa
h o m i n i b u s , u n d e A b a t o n a p p e l l a t a e s t . . . C'est un lieu dont on sait que l'acces est difficile . . .
Au delä de ce marecage se trouve une petite ile inaccessible aux hommes, d'oü son nom d'Abaton.
S t r i c k e r , De grote Zeesiang, 1953, p. 21.
W. D e o n n a , Ouroboros, in Artibus Asiae, 15 (1952), 163—164; P r e i s e n d a n z , Aus der Geschichte des
Uroboros. Brauohi und Sinnbild, E . Fehrle zum 60. Geburtstag, 1940, p. 194—209.
Sans aller faire une recherche exhaustive ä travers les vieilles editions,. qu'il suffise de signaler ici que
r^dition d ' A r t a u d (coli. Lemaire, cum notis variorum) de 1824 oonstate que la description de la caverne est
fabriquöe d'elements grecs et egyptiens {ex graecis et aegyptiacis phantasmatibus conflata).
*) J u n k e r , Götterdekret, p. VI.
') J e tlens ä remeroier ici M. le professeur Hubaux, qui a bien voulu relire la traduction proposee ci-apres.
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1958]
P h i l i p p e D e r c h a i n : A propos de Claudien
J u n k e r , G ö t t e r d e k r e t , I. 43—44 (D 1): et aueun homme ne penetrera sur eile (t'ile) aucun
jour, et on ne permettra ni qu'un grand personnage ni qu'un bourgeois y entre. I. 24 (D 2): aucun
homme n'y entrera jamais.
V. 425. V i x a d e u n d a D e i s : les dieux ne se rendaient en effet ä I'Abaton qu'ä l'occasion des
ceremonies en l'honneur de Farne d'Osiris.
V. 427—430 c o i n p l e c t i t u r a n t r u m . . . s e r p e n s . . . c a u d a m q u e r e d u c t o o r e v o r a t : Sur
la face interne du mur nord de la porte d'Hadrien ä Philae est scuplte un bas-relief tres souvent
reproduit, dont le Schema ci-dessous est emprunte h Junker (o. c., 58); C'est une representation
de I'Abaton, oü Ton voit ä gauche, sous une montagne, une grotfce dans laquelie se tient le Nil, et
dont un serpent fait le tour. A vrai dire, ce serpent ne se nnord pas la queue. On peut toutefois
negiiger ce detail, conipte tenu de la frequence du theme de Fourobore dans Ficonographieheilenistiquei. Pius grave est l'absence du Nil ä Finterieur de cette caverne. Cependant, si Claudien ä arrange
pour son propos ses souvenirs, il ne commet pas de contresens en faisant de la grotte «la mere des
annees», une des caracteristiques les plus frappantes de Finondation etant sa periodicite annuelle.
Des expressions comme
V. 429 v i r e t traduisant litteralement Fegyptien wM, «etre vert > etre jeunei> et
V. 430 r e l e g e n s e x o r d i a appliquees ici au serpent conviendraient du reste parfaitement au Nil,
qui est «celui qui renouvelle sa jeunesse» (whm rnp) et «celui qui rajeunit son corps au debut de
Vannee» {rnp h'.w.f
tpj rnp.t)
( J u n k e r o. c., 39 = Photos Pliilae 344 et 1151). On peut me semblet-il admettre que si Claudien n'a pas cite le Nil accroupi dans la grotte, il n'a pas manque d'y faire
allusion. D'autre part, le serpent qui changeait de peau chaque annee selon la legende, et ainsi se
rajeunissait, etait tout indique pour servir de support aux idees egyptiennes qu'il fallait presenter
au lecteur latin.
V. 431—432: v u l t u . . . d e c o r o , A n t e f o r a s N a t u r a s e d e t . Sur le mur de la pprte d'Hadrien,
c'est Hathor-Isis qui se tient devänt la porte, dont une epithete frequente est «celle qui abeau
visage» {nfrt hr, Wb, II, 255, 9). Pour Fidentification de la Nature avec Isis, H o p f n e r , Plutarch,
Über Isis und Osiris, II, 228 et Athenagore d'Athenes, SuppL, 22 {5—6) = H o p f n e r , Fontes 344.
V. 432—433: v o l a n t e s . . . a n i m a e . Devant Isis-Hathor, au-dessus du buisson sacre se tient
i'äme d'Osiris sous forme d'un oiseau ä töte humaine®, qui est exactement une äme ailee.
ct. S t r i c k e r , o. c.; D e o n n a , o. c. avec Mbliographie p. 164, n. 4.
') La presence d'un oiseau ä t6te humaine montrant futüvers comme un disque entoure d'un serpent ä
Alexandre qui s'est fait enlerer au ciel par deux oiseaux, gräce ä un dispositif ingenieux, suggere qu'une representation analogue ä celle-ci a inspire l'auteur du roman d'Alexandre (II, 41) place soüs le nom de Callisthenes. On
notera en outre, qu'Alexandre utilise deux oiseaux pour son voyage aerien, et qu'il s'en trouve justement deux,
im faucon et un vautour perches au sommet de la montagne au pied de laquelie s'ouvre la caverne du NU (cf.fig.) 1
1*
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E l m a r E d e l : Beiträge zum ägyptischen Lexikoa II.
[81. Band
V. 433—436: Trois vers decrivant Thoth, qui se trouve ä rextremitd du tableau, söpare de la
grotte, d'Hathor-Isis et de l'äme d'Osiris par quatre divinites venues adorer ceile-ci, dontClaudien
ne parle pas.
V. 433—434: m a n s u r a . . . s c r i b i t j u r a : rappelle les öpithetes de Thoth «seigneur des lois
(nb hpw)», «celui qui promulgue les l o i s » ( i i hpw), «eelui qui etabiit les lois»{smn hpw). cf. B o y 1 a n ,
Thoth, p. 89.
s c r i b i t d'autre part fait allusion ä l'activite la plus frequente de Thoth, et en particulier ä celle
qu'il exerce dans la scene de la porte d'Hadrien.
V. 434: s e n e x : T h o t h est souvent represente comme un dieu tres ancien Gf. les epithetes «Tairie
de Rä» {smm i?') { B o y l a n , o. o., 195); «le Grand le plus ancien de l'Enneade» {wr smsw n psdt)
(ibid, p. 180) «celui qui a existe dfe le commencement d (hpr m h3l), «celui qui ä existe des la premiere fois» {hpr msptpyl
(ibid., 193; cf. p. 118—9) n u m e r o s q u i d i v i d i t a s t r i s : cette expression difficile n'est parfaitement claire qu'en %yptien, oü Thoth est frequemment «celui qui divise,
qui distingue, les saisons, les mois les annees»{wp trw, ibdw, rnpwt), (ibid., 183), en particulier dans un
contexte d'Hibis, cite par Boylan, p. 83 — Davies, I I I , pl. 31, 76: «Lüne dans la nuit, Souverain
vivant des dieux-etoiles, qui divise les saisons, les mois, les annees . . .», oü Thoth apparait sous
son aspect de dieu lune, un des plus frequents ( K e e s , Götterglaube, index s. v. Toth als Mondgott).
V. 435 : m o r a s q u i b u s o m n i a v i v u n t A c p e r e u n t ; Thoth est encore «celui qui determine
la duree de vie» {nhb "k'w), «celui qui compte le temps de vie pour les dieux et les hommes» {hsb
'h'w n ntrwrmt), «qui ordonne les destinees dans la Meskhnet» {wd hsbw hr mshnt), «qui fixe la
duree de vie au-dessus de la Meskhnet» (tn 'h'w.f hr-tp mshnt) ( B o y l a n , o. c., 84—86), et dont on
dit que «la duree de la vie dans les Enfers est sous son contröle» Ch^w m-hnw D3thr ht.f) (ibid. 183).
Comme on a pu le voir les concordances entre le texte de Claudien et les textes egyptiens sont
particulierement nombreuses, et sont assez precises et circonstanciees pour qu'il ne soit pas possible de douter de la source d'inspiration de l'auteur. Le bas-relief de Philae parait bien avoir servi
de modele, car quatre de ses elements — les plus significatifs en realite, les Clements actifs —- sont
repris dans l'ordre exact: La caverne entouree du serpent, Hathor-Isis, l'äme et Thoth dans sa
fonction de scribe.
Ainsi se conlirme l'origine alexandrine de Claudien, et l'on peut croire meme qu'il avait visite
n i e de Philae, et qu'il avait de la phraseoIogie sacree egyptienne une connaissance assez pröcise
pour en faire passer des formules en latin.
A l'epoque oü il vit — il est contemporain entre autres de la destruction du Serapeum d'Alexandrie par les chretiens — cette connaissance revele ce que devait gtre l'etat d'esprit d.es derniers
paiens, dont l'attachement aux anciens cultes n'etait pas distinct de celui ä toute une forme de
culture, et se manifestait par un souci d'erudition qui montre que s'ils vivaient encore cette culture,
ils la sentaient pourtant mourir.
ELMAR
EDEL
Beiträge zum ägyptischen Lexikon II.
7. N a c h t r ä g e z u m B e g i n n d i e s e r A u f s a t z f o l g e i n Z Ä S 79 (1954) 86ff.
Zu 1: Auch S. Mercer und L. Speleers geben jSj in FT 1334 c in ihren PyramidentextüberSetzungen durch „preisen" wieder. — Die neuägyptische Schreibung j3w-tw wird als 2. Sg. des
Pseudopartizips aufgefaßt auch von H. G r a p o w , Wie die alten Ägypter sich anredeten . . . I 44;
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