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Celte Tome 1 : Cernunnos

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Eva Gouzou
Celte Tome 1 : Cernunnos
Publié sur Scribay le 29/06/2016
Celte Tome 1 : Cernunnos
À propos de l'auteur
Salut ! Moi, c'est Eva, 19 ans, étudiante. Ecrire, je le fais tout le temps j'adore ça et
surtout, j'aime partager ce que je fais. Alors me voilà ! J'espère que mes histoires
vous plairont, et je vous souhaite la bienvenue sur mon profil. A plus tard !
À propos du texte
La vie de Gwenaëlle a toujours été des plus banales, ce dont elle se félicite. Mais le
jour où elle trouve un antique médaillon au cœur des bois, sa vie bascule et prend un
tournant beaucoup plus ... périlleux. Sa découverte la plonge au cœur d'une guerre
des dieux celtes, dont elle est l'enjeu majeur. Son seul objectif dorénavant ?
Maintenir l'équilibre au sein d'un monde en péril. Et accessoirement, survivre.
Licence
Tous droits réservés
L'œuvre ne peut être distribuée, modifiée ou exploitée sans autorisation de l'auteur.
Celte Tome 1 : Cernunnos
Table des matières
Prologue
Chapitre 1 : Gwenaëlle
Chapitre 2 : Le médaillon
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Celte Tome 1 : Cernunnos
Prologue
L'homme baissa la main et la magie noire se dissipa. Lug tomba à terre, les yeux
grands ouverts, une ligne de sang s'échappant de sa bouche.
Enfin ! Il avait enfin réussi ! Le Dieu suprême avait fini par tomber. Il ne pût
réprimer un rire diabolique, qui se déploya dans le ciel, tel un voile glacé recouvrant
tous les autres sons de la forêt.
-Nous ne devrions pas rester là, Merlin. Les autres vont arriver, et nous ne sommes
pas assez puissants pour tous les vaincre.
-Laisse-moi, Gwydion. Laisse-moi profiter de ma victoire. De toute façon, Cernunnos
et sa clique n'oseront pas se montrer. Ils ont trop peur de nous. De moi.
Le dieu mage ne répondit pas. L'orgueil de Merlin était bien trop fort. Il avança vers
le corps de Lug et s'agenouilla devant son ancien roi. Délicatement, il baissa ses
paupières. Même dans la mort, Lug était toujours aussi beau, aussi rayonnant. Il se
releva et affronta le regard dédaigneux de Merlin. Le magicien ne dit rien, mais
Gwydion savait ce qu'il pensait. Il secoua la tête et s'éloigna. Il n'y avait plus rien à
faire ici, Lug était mort. Il n'arrivait pas à se faire à l'idée.
-Où vas-tu ?
Gwydion ne se retourna même pas.
-Je m'en vais, Merlin. Tu devrais en faire de même. Nous avons gagné une bataille
mais pas la guerre. Quoi que tu en dises, les autres viendront. Et ce, plus tôt que tu
ne le penses.
-Tu as peur, Gwydion ! accusa le magicien. Tu trembles à l'idée qu'ils puissent nous
battre, mais c'est impossible ! Nous sommes plus forts qu'eux, nous sommes plus
forts que tout!
Cette fois, le dieu pivota sur les talons pour plonger son regard rouge dans les yeux
si clairs de Merlin.
-Ne crois pas cela. Tu es jeune, tu es fougueux et tu penses être le roi du monde,
mais ce n'est pas mon cas. Tu n'as vécu qu'une vie alors que cela fait des milliers
d'années que je suis sur cette terre. il y a toujours quelqu'un de plus fort Merlin.
Toujours.
Le magicien lança un regard noir au dieu.
-Tu ferais mieux d'écouter le traitre, mage sombre, gronda une voix dans leur dos.
Merlin et Gwydion se retournèrent en même temps. Cernunnos était apparu,
accompagné de trois autres dieux. Merlin éclata d'un rire rauque.
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Celte Tome 1 : Cernunnos
-Vous voilà ! La garde rapprochée de Lug. Vous venez de faillir à votre devoir, très
chers. Votre roi est mort. Regardez-le ! C'est ce qui vous attend.
Une belle déesse aux cheveux noirs comme la nuit s'avança. Cernunnos étendit le
bras, lui barrant le passage.
-Attends, Andraste.
Le dieu aux andouillers de cerf s'approcha de Merlin.
-Nous ne pouvons peut-être pas te tuer. Pas pour l'instant. Mais toi non plus. Ton
combat contre Lug t'a affaibli, Merlin. C'est fini.
Le visage du mage se crispa. Il serra les dents et la magie noire enflamma ses
poings.
-Tu me prends pour un faible, Cernunnos ?
Le dieu sourit.
-Je ne te prends pas pour un faible. Tu es faible, Merlin. C'est un fait.
Le sang du magicien ne fit qu'un tour. Avec un hurlement de rage, il lança sa magie
sur son adversaire. Cernunnos brandit son épée et dévia le coup.
-Ça suffit, Merlin ! trancha la voix de Gwydion.
-Non ! Ce n'est pas terminé !
Le magicien concentra toutes les forces qui lui restaient et lança son pouvoir sur les
quatre dieux face à lui. La magie de Gwydion se joint à la sienne sans que le dieu ne
puisse l'en empêcher. Un son strident, effroyable se propagea dans les airs, suivit
d'une lumière aveuglante, et puis plus rien. Merlin stoppa le flux de magie, essoufflé.
Son sort avait fonctionné. Devant lui, quatre médaillons lumineux gisaient au sol. Il
s'avança vers le plus proche, sans oser le toucher. Même enfermé, Cernunnos était
assez puissant pour le blesser.
-Gwydion avait peut-être raison, je ne suis pas assez fort pour te tuer maintenant.
Mais ne t'en fait pas, je reviendrai. Et à ce moment, ta vie m'appartiendra.
Merlin ramassa les trois autres pendentifs. Il sentit leur magie essayer d'atteindre
son âme. Il devait s'en débarrasser, et vite. Le magicien leva les médaillons et la
lumière de la lune se refléta sur la surface métallique de chacun. Il prononça une
formule et ils s'envolèrent dans la nuit. Celui de Cernunnos resta à sa place, juste à
côté du corps de son roi.
Gwydion s'était évaporé. Tant pis. Il finirait bien par revenir, puisque leurs âmes
étaient liées.
Merlin soupira, à bout de forces. Il devait se reposer. Son regard se porta une
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Celte Tome 1 : Cernunnos
nouvelle fois sur le corps de Lug et le médaillon de Cernunnos, à ses pieds, satisfait.
Puis, il se retourna et s'enfonça dans le noir.
***
Bonjour à tous ! Voici le prologue de Celte, un projet qui me tient particulièrement à
cœur. J'espère qu'il vous a plu et vous invite à lire la suite ! Tous les commentaires
sont bienvenus, et j'essaierai d'en prendre compte dans le mesure du possible :)
Bonne lecture à tous.
Eva.
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Celte Tome 1 : Cernunnos
Chapitre 1 : Gwenaëlle
-Gwen ! Bouge, j'ai pas la journée !
-Oh, ça va ! hurlai-je depuis la douche.
Je passai le jet au-dessus de ma tête pour rincer une dernière fois ma tignasse
rousse. J'éteignis l'eau puis sortis de la cabine en vitesse. J'attrapai une serviette et
filai hors de la salle de bain, une brosse à cheveux à la main. Je passai devant Ninon,
qui râlait. Ses yeux bleus me foudroyèrent.
-Tu vas tremper tout l'appart ! maugréa-t-elle avant de rentrer dans la salle d'eau à
son tour.
-J'y peux rien, tu m'as demandé de sortir, répliquai-je en gagnant ma chambre.
Pas de réponse. Elle ne m'avait sûrement pas entendue. Tant pis. Je jetai ma
serviette trempée sur le lit et m'habillai en vitesse. Un simple tee-shirt blanc et un
short en jean feraient bien l'affaire. J'entrepris ensuite la périlleuse mission de
dompter ma crinière de lion. J'entendis Ninon pester. Il n'y avait peut-être plus d'eau
chaude. Elle devait regretter de m'avoir pris comme colloc' ! Je souris bêtement,
seule dans ma chambre. Vivre avec Ninon était vraiment amusant. Finie la vie
parisienne bien cadrée et réglée de chez mes parents et bonjour la vie étudiante, les
pannes de réveil et l'absence d'horaires. Ah, j'adorais être étudiante. C'était une vie
qui me convenait tout à fait, d'autant plus avec Ninon. Nous nous complétions
vraiment bien. Nous étions rapidement devenues amies, malgré le monde qui nous
séparait. Moi, j'étais la force tranquille, la patience née, je n'aimais pas spécialement
faire la fête et on ne peut pas dire que j'étais la fille la plus dynamique du monde.
D'où l'agréable surnom qu'elle m'avait donné : Molasse. Ninon, c'était tout le
contraire. Elle était ultra dynamique, et démarrait au quart de tour. Dire que nous
étions les extrêmes opposés, ce n'est pas exagérer. Mais nous considérions cela
comme une force. Ce fossé entre nous ne faisait que renforcer notre amitié.
-Gwen ! Qu'est ce que tu fais ? On y va, là !
Je sortis rapidement de ma chambre, attrapai mes affaires et rejoignis Ninon dans le
hall. Ses cheveux blonds coupés court étaient ébouriffés et elle farfouillait
nerveusement dans son sac. Elle sortit enfin les clés de sa Twingo et nous quittâmes
l'appartement.
-T'es même pas maquillée, me lança-t-elle alors que nous descendions l'escalier.
-Je sais, je vais le faire dans ta voiture.
Elle grommela quelque chose d'incompréhensible, mais je n'y prêtai pas attention.
Ninon grommelait toujours, à croire que c'était son seul moyen de s'exprimer. Elle
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Celte Tome 1 : Cernunnos
poussa la porte de l'immeuble et je fus aveuglée par les rayons du soleil. Je m’arrêtai,
laissant mes yeux s’habituer a la lumière. Des enfants jouaient dans le parc, juste en
face, et leurs éclats de rire étaient une douce musique à mes oreilles. Je suivis leur
course du regard, amusée.
-Arrête de rêver, on est déjà en retard, siffla Ninon, agacée.
Je ris. La faire râler était devenu, au fil du temps, une de mes activités favorites.
Nous fîmes quelques pas pour rejoindre la voiture bleue garée à cheval sur le
trottoir. Elle batailla avec la serrure pendant quelques secondes, puis réussi enfin à
ouvrir la portière. Je grimpai dans ce qui semblait être plus un four pastel qu'une
voiture, et elle démarra. Je sortis ma trousse de maquillage et entrepris de poser du
mascara sur mes cils. Ninon prit un rond-point, un peu violemment, et ma main
glissa. La pâte noire s’étala à coté de mon œil, pour mon plus grand désespoir.
-Tu ne pourrais pas être un peu moins brusque quand tu conduis ? Je m’en
met partout, à cause de toi !
Ninon me lança un regard en coin, visiblement agacée.
-Non, je ne peux pas. A moins que tu veuilles arriver en retard à ton cours. Et puis tu
n’avais qu’à faire ça à la maison, aussi ! Au lieu de trainer sur le canapé toute la
matinée.
Je lui fis une grimace, à laquelle elle répondit par un sourire amusé. J’humectai mon
doigt et essayai tant bien que mal de me débarbouiller. Le reste du trajet se passa
sans encombres et nous arrivâmes enfin devant la faculté de langues où j'étudiais. Je
descendis et saluai Ninon, qui devait encore parcourir quelques kilomètres pour se
rendre à son école de tourisme. J'avançai dans l'allée qui menait aux bâtiments tout
juste rénovés. Je poussai la porte du plus grand édifice et grimpai les marches
jusqu’à l’amphithéâtre dans lequel avait lieu le cours de grec ancien. Je m'installai
tranquillement à ma place, au milieu de la salle, posai mon bloc de feuilles et
attendis que le cours commence. En attendant, je mâchonnai mon stylo, pensive.
J'étais une passionnée des langues anciennes depuis toute petite. Cela avait
commencé avec le breton, que ma grand-mère m'avais appris alors que je n'étais
encore qu'une enfant. Cela avait été une vraie vocation, qui ne m’avais pas quittée
depuis. Mon rêve était de pouvoir un jour déchiffrer des écrits perdus afin d’enrichir
l'histoire. Une sorte d'Indiana Jones de bureau. En tout cas, c'est ce que Ninon disait.
Et elle n'avait pas tout à fait tort. C'est vrai que je ne me sentais pas vraiment l'âme
d'une aventurière, et les livres m'étaient d'une compagnie agréable. Un vrai rat de
bibliothèque !
Le professeur entra, un imposant ouvrage sous le bras, me tirant de ma rêverie. Il
s’installa sur l’estrade, releva ses lunettes et commença la leçon. Deux heures après,
le cours était terminé et ma journée, par la même occasion. On ne peut pas dire que
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Celte Tome 1 : Cernunnos
mon vendredi était très chargé ! Je descendis les escaliers et gagnai la rue bondée.
Je m'éloignai de la fac à grands pas et me rendis à l'arrêt de bus le plus proche. La
chaleur était accablante, en ce début mai, et je m’abritai à l’ombre d’un arbre. Le
monstre roulant ne tarda pas à arriver. Je grimpai dans le four roulant et saluai le
conducteur. Machinalement, je passai ma carte dans le lecteur et m'installai sur
l’une des seules places de libres. Je vissai mes écouteurs dans mes oreilles et reposai
la tête contre le siège. La musique ne tarda pas à me bercer, et j’entrai dans un état
de semi conscience, légèrement secouée par les soubresauts du bus. Le trajet dura
longtemps, parce que je devais sortir de Rennes pour rejoindre le petit village de ma
grand-mère, mais je ne m’en rendis pas vraiment compte. Je lui rendais visite à
chaque fois que j'avais le temps. Nous étions vraiment proches, elle et moi. J’étais la
seule petite fille qu’elle ait eu, mon père étant fils unique, tout comme moi.
Le bus s'arrêta enfin et je pus descendre. Quelques kilomètres encore et je fus
devant la vieille bâtisse de Mamie. Je poussai le portail grinçant et les chiens me
sautèrent dessus en guise de bonjour. Je les écartai gentiment et m'approchai du
porche de bois, joliment orné de lierres. Je sonnai et attendis que ma grand-mère
vienne m'ouvrir. Elle avait mis son tablier à fleur qui balayait le sol tant il était grand
sur une robe bleue pâle. Elle tenait un vieux torchon, sur lequel elle essuyait ses
mains humides. Ses lunettes pendaient autour de son cou, retenues par une ficelle
jaune et ses yeux aussi verts que les miens s'éclairèrent en me voyant.
-Demat, Gwen, dit-elle. Je ne t’attendais pas ! Je pensais que c’étaient les enfants du
village. C’est à cette époque qu’ils viennent vendre les chocolats d’habitude, non ?
Allez, ne reste pas là, ma fille, entre ! Ton amie n'est pas avec toi ?
-Non, répondis-je en entrant dans la vieille maison. Elle travaille encore, mais je lui ai
laissé un message, elle viendra dès qu'elle aura fini.
-D'accord ma fille, me dit-elle avant de prendre mon visage entre ses mains et de
déposer un léger baiser sur mon front. Tu as vu tes parents, récemment ?
-Non, Mamie. Tu sais bien qu'avec leur travail à Paris, ils n'ont pas vraiment le temps
de passer par ici. Et ils ne sont pas vraiment téléphone.
Elle me sourit.
-Oh je sais bien, ton père ne m'appelle jamais non plus.
Elle se dandina jusqu'à la cuisine et prépara le café dans sa vieille machine qui
toussotait. Je m'installai dans le confortable fauteuil recouvert d'un plaid rouge. Nous
discutâmes pendant plusieurs heures. De tout et de rien. De la vie. De mes études.
De ses amies, qui venaient boire le thé toutes les semaines. Du nouveau curé. Ma
grand-mère était géniale, elle connaissait tellement de choses, il lui arrivait tant de
choses improbables ! Mais surtout, elle avait le don de me faire oublier le temps.
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Celte Tome 1 : Cernunnos
Aussi, quand Ninon toqua à la porte, j'avais l'impression de sortir d'un rêve. Elle
passa un peu de temps avec nous, sirotant tranquillement sa tasse de café. Puis, en
fin d’après-midi, nous rentrâmes à l’appartement. Juste le temps de récupérer
quelques affaires, et nous étions de retour dans la voiture, direction Saint-Malo.
Nous allions passer le week-end dans la maison de vacances du père de Ninon. Il
avait vraiment beaucoup d'argent, et c'était lui qui payait l'intégralité du loyer de
l'appartement dans lequel nous logions. Moi, je n'étais là que pour la déco, en
quelque sorte, pour que Ninon ne s'ennuie pas. Je ne peux pas dire que cela me
déplaisait, c'est vrai que je profitai pleinement de cette vie si parfaite à mes yeux.
D'autant plus que, récemment, j’avais trouvé l’amour de ma vie. Nico. L'homme le
plus parfait du monde. J’étais persuadée que nous finirions notre vie ensemble. Nous
étions tellement semblables. Nous nous étions rencontrés grâce à Ninon. Ils
étudiaient au même endroit. Nico était beau comme un dieu, avec ses cheveux
blonds qui retombaient continuellement devant ses yeux, ses yeux noirs comme la
nuit et son corps d'athlète, mais il était aussi le garçon le plus attentionné que je
connaisse. Et il viendrait nous rejoindre à Saint-Malo ! A ce moment là, dans la
voiture aussi brûlante qu'une cheminée, je trouvais ma vie parfaite. Et elle l'était.
Je ne savais pas, à ce moment, à quel point cela allait changer. Et bien plus tôt que je
ne le pensais.
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Celte Tome 1 : Cernunnos
Chapitre 2 : Le médaillon
-Gwen ...
La voix avait beau être douce, elle venait de me réveiller, et je n'aimais pas ça. Je
grommelai et fourrai la tête dans l'oreiller.
-Gwen, chérie, réveille-toi. Ninon va encore te crier dessus.
Un léger baiser dans mon cou. Je souris de délice avant de me tourner sur le dos.
Nico était au-dessus de moi, ses fantastiques yeux noirs illuminés par les rayons du
soleil qui filtraient à travers les volets. Je le regardai tendrement et il se pencha vers
moi, déposant un baiser humide sur mes lèvres. J'aurai voulu que cet instant dure
toujours, mais j'entendais déjà les pas de Ninon dans le couloir. Elle frappa à la
porte.
-Debout, les amoureux ! Line est surexcitée, elle veut partir tout de suite. Ne la
décevez pas, c'est son anniversaire !
-On arrive, lançai-je d’une voix encore endormie.
Je me tournai et effleurai du bout des doigts la joue de Nico, avant de me lever.
J'ouvris les volets et laissai entrer le soleil d'avril qui dardait déjà ses rayons sur la
ville ensommeillée. De ma chambre, j'avais une vue imprenable sur le parc. Nico
s'approcha de moi et passa les bras autour de ma taille.
-Allez ma puce. Line est encore pire que sa sœur, tu ne voudrais pas t'en attirer les
foudres, je t'assure.
J'acquiesçai et l'embrassai une dernière fois avant de m'habiller. J'enfilai une légère
robe blanche. Il faisait anormalement chaud à cette période de l'année, mais la sœur
de Ninon avait décidé de passer la journée à Brocéliande pour son anniversaire. Idée
complètement absurde, on aurait été bien mieux au bord de la mer. Mais je n'avais
rien à dire, c'était la petite qui décidait. C'était sa journée. Je sortis de la chambre et
allai jusqu'à la cuisine. Line avait la tête plongée dans son bol.
-Joyeux anniversaire, grande fille ! m'exclamai-je en frottant affectueusement sa
tignasse blonde.
Elle me sourit sans répondre, la bouche pleine de lait et de céréales. Je m'installai
face à elle et me servis un grand bol du café qui était sur la table. Ninon préparait les
sandwichs, juste derrière moi. Elle adorait tout contrôler, et je n'allai pas
m'interposer entre elle et son organisation. Ç’aurait été un pur suicide.
C'était une tradition que mon amie avait instauré : ses parents lui confiaient Line
tous les ans pour son anniversaire. La petite fille adorait passer du temps avec sa
grande sœur qu'elle ne voyait pas si souvent. Je ne pouvais pas connaître cela, étant
fille unique. J'avalai une gorgée de café et me brûlai la gorge.
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Celte Tome 1 : Cernunnos
-Tu n'as pas trop peur des korrigans ? demandai-je à Line, après que la douleur soit
passée.
-Non ! répondit-elle, les yeux pétillants. Je sais que les gentilles fées vont nous
protéger de leurs mauvaises blagues ! Et même si les fées ne sont pas là, ils auront
peur de Ninon.
-Héé, protesta celle-ci, amusée.
Nous continuâmes de nous préparer, et quand nous fûmes prêts, notre petite troupe
grimpa dans la voiture bleue de Ninon. Nico était avec elle, à l'avant, et je partageais
la banquette arrière avec l'imposant siège auto de Line. La petite fille n'arrêtait pas
de s'extasier sur les merveilles que recelait la légendaire forêt.
-Hé Ninon, tu imagines si on rencontre Merlin l'Enchanteur et la fée Morgane ? Ce
serait vraiment trop bien !
-Ouais, tu leur demanderas des autographes, plaisanta sa sœur.
-C’est nul ça ! Moi je veux faire une photo ! s'exclama la petite fille de 8 ans.
Je pouffai devant son indignation, imitée par Nico et Ninon.
-Pourquoi vous rigolez ? demanda Line, légèrement vexée.
-Pour rien, chérie, répondit Ninon, la larme à l'œil.
Line plissa le nez. Elle était tellement mignonne, quand elle faisait cette tête ! Je
souris. Dans cette voiture, avec ceux qui m'étaient le plus cher, j'avais l'impression
d'être en famille. Mes parents ne s'étaient jamais vraiment occupés de moi. Ils
travaillaient beaucoup et avaient du mal à joindre les deux bouts. Nous n'avions
jamais passé de vacances tous les trois, car ils n'avaient pas de quoi s'acheter de
voiture pour partir. Les rares moments que je passais loin de Paris étaient quand je
venais ici, en Bretagne, chez ma grand-mère paternelle. Et ces voyages avaient aussi
finit par disparaître, les billets de train revenant trop cher à mes parents. Imaginez
ma tête quand j'ai trouvé l'annonce de Ninon sur internet ! Un appart juste à côté de
la faculté que le voulais intégrer, dans la vile de mon choix, et tout ça sans payer le
moindre loyer : l'aubaine. Mes parents avaient tout de suite accepté mon choix.
Après tout, ils avaient toujours voulu le meilleur pour moi. Ce que je vivais
actuellement était mes premières vraies vacances.
Ninon s'arrêta pour faire le plein. Line se dégourdit les jambes dans le carré d'herbe,
non loin de la pompe à essence. Je gardai un œil sur elle pendant que sa sœur
remplissait le petit réservoir de sa voiture. Nous repartîmes dès qu'elle eut finit. Il
faisait une chaleur accablante dans la voiture et la clim venait de rendre l'âme. En
plus, impossible d'ouvrir les fenêtres sans que la petite ne se plaigne de l'air qui lui
cinglait ma figure. Autant dire que nous passâmes un moment pour le moins
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Celte Tome 1 : Cernunnos
désagréable. De temps en temps, le regard de Nico se posait sur moi à travers le
rétroviseur, m'arrachant un sourire malgré la chaleur étouffante. Il n'avait pas mis
ses lunettes de soleil pour la simple raison que j'avais oublié les miennes et que mon
prince charmant de petit ami me les avait prêtées. C'était dans ces moments là que
je l'aimais le plus, quand il se montrait si attentionné avec moi. Je passai ma main
par-dessus le siège et caressai tendrement son cou. Il attrapa mes doigts et les
pressa délicatement. Ninon fit mine de vomir en lisant l'amour qui se peignait sur
nos visage. Je lui tirai la langue et reportai toute mon attention sur Nico.
Nous arrivâmes enfin sur le parking immense qui permettait aux vacanciers
d'accéder à la forêt de Brocéliande.
-On y est, on y est ! s'exclama Line en sautillant de joie autour de la voiture pendant
que nous déchargions nos affaires.
Ninon referma le coffre et nous nous dirigeâmes vers le guichet, à l'entrée. Nous
payâmes les tickets et pénétrâmes dans la légendaire forêt. A peine avions nous
passé le portail que Line partit devant en courant.
-Venez, venez, s'exclama l'enfant. C'est par là ! Allons voir le caillou qui bouge !
Le caillou était en fait une roche immense et qui pesait plusieurs tonnes. Line
s'appuya sur le côté de la roche.
-Allez, venez m'aider ! On va le pousser !
Nous nous joignîmes à elle et nous poussâmes. Le rocher bougea légèrement et la
petite fille poussa un cri de joie.
-Encore ! s'exclama-t-elle.
Nous fîmes encore quelques essais, puis elle repartit dans une autre direction. Ninon
se lança à sa poursuite tandis que Nico et moi nous lovâmes l'un contre l'autre.
-J'espère qu'elle ne sera pas comme ça toute la journée, soupirai-je. Une vraie pile
électrique.
Il passa le bras autour de ma taille.
-Ne t'inquiète pas, ma puce, elle va finir par se fatiguer.
Je lui souris tendrement. Il s'arrêta et se pencha vers moi. Nos lèvres s'effleurèrent
délicatement.
-Hey, Guenièvre et Arthur ! Ne nous faites pas un bébé dans les bois, on a déjà un
monstre à surveiller ! lança Ninon après avoir rattrapé Line, qui essayait de
s'échapper en geignant.
Je me détachai à contre cœur de Nico et nous suivîmes les deux filles. Il glissa sa
main dans la mienne.
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Celte Tome 1 : Cernunnos
-Je veux bien que tu sois ma Guenièvre, me dit-il. En plus, tu es si ravissante que tu
pourrais rivaliser avec une reine et gagner haut la main.
Je rougis. Je crois que c'était la première fois que Nico me disait qu'il me trouvait
jolie. Je ne savais pas quoi répondre, j'étais tellement émue ! Je le sentis tirer mon
bras et il me fit tournoyer sur moi-même.
-Une vraie princesse celte ! s'exclama-t-il quand je vins m'échoir dans ses bras.
Je levai mon visage vers lui, et il m'embrassa. Sur le moment, j'eus une folle envie de
lui dire que je l'aimais. Mais ce genre de phrase ne sort pas si facilement de ma
bouche. Il me serra contre son torse et nous repartîmes, discutant de tout et de rien,
pour retrouver Ninon et sa sœur. La petite s'extasiait devant un arbre tordu à la
forme vaguement humaine.
-Je te dis qu'il nous regarde, Ninon ! Et dès qu'on sera partis, il va se remettre à
bouger ! Peut-être que si on reste assez longtemps, il va cligner des yeux !
-On ne va pas rester ici toute la journée, Line. Il y a plein d'autres choses à voir. Tu
ne veux pas aller jusqu'au lac de la fée Morgane ?
La petite fille se mit à sautiller.
-Oh si ! Allez, on y va !
Ninon leva les yeux au ciel et nous nous rendîmes au bord du lac. Nous nous
arrêtâmes un moment pour écouter un conteur, dont Line buvait les paroles. Puis,
après avoir marché tout autour de l'étendue d'eau immobile, nous nous posâmes sur
le sol pour pique-niquer. Il faisait une chaleur étouffante, et je regrettai de ne pas
pouvoir me baigner dans le lac. Pour la première fois de la journée, J'observai le
paysage. On se serait cru au temps des druides, au milieu d'une forêt luxuriante.
C'était vraiment beau, les rayons du soleil se reflétaient sur le lac en mille étoiles
d'or. Line n'arrêtait pas de parler, mais je ne l'écoutai pas vraiment, absorbée dans
ma contemplation.
-Gwen, remet ta crème solaire ou tu vas cuire.
Je regardai Ninon qui étalait la crème bleue sur le visage de sa sœur.
-Oui Maman, répondis-je avec un sourire.
C'était l'un des inconvénients d'être rousse. Ma peau n'avait pas une grande
résistance au soleil, alors au moindre rayon, je devais me badigeonner d'écran total.
Ninon me passa le flacon qui était dans le sac. Nico me le prit des mains, un air
malicieux si le visage.
-Laisse, je vais le faire, me dit-il avec un sourire à tomber par terre.
Je fermai les yeux et sentit le contact froid de ses doigts enduits de crème.
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Celte Tome 1 : Cernunnos
Délicatement, il massa mes épaules nues, mon visage et mes tempes. Je me délectai
de ce moment où il prenait soin de moi. Quand il eut terminé, il m'embrassa et nous
reprîmes notre route. Nous empruntâmes de nouveau le chemin qui serpentait dans
la forêt. Il faisait meilleur sous les arbres, les feuillages nous protégeaient du soleil.
Après quelques minutes de marche, Line s'écria de nouveau :
-Oh regardez ! Des maisons de korrigan !
Elle sautillait devant cinq dolmens recouverts de mousse verte. Ma grand-mère
m'avait raconté tant de chose sur ces assemblages de pierre que j'éprouvais une
certaine fascination en leur présence. Je n'eus pas le temps de m'attarder, que Line
était déjà repartie vers sa prochaine destination.
-Nico, tu veux bien lui courir après, j'ai les jambes en coton, soupira Ninon.
-J'y vais, lança-t-il après m'avoir donné un léger baiser sur les cheveux.
J'allais les suivre, quand mon regard se posa sur quelque chose de brillant, par terre.
Je crus d'abord que c'était mon imagination, mais un coup de vent écarta les feuilles
au-dessus de moi et le soleil pointa un de ses rayons sur le sol. De nouveau, je vis un
léger scintillement. Je jetai un coup d’œil aux autres, qui n'avaient pas remarqué que
je ne les suivais pas. Je portai de nouveau mon regard sur l'éclat de lumière. Je
contournai la barrière censée nous dissuader de passer et me penchai. L'objet
brillant était caché entre les feuilles, au pied du premier dolmen. J'écartai les feuilles
du bout de ma chaussure et découvrit le bijou. Je me baissai et le ramassai. C'était un
gros médaillon d'or et d'argent, sur lequel figurait une tête de cerf, dont les
immenses bois recouverts de feuille d'or encadraient un triskel gravé dans l'argent.
Au dos, une inscription était gravée, mais je ne pus lire ce qui était inscrit. La langue
ressemblait à du celte ancien, mais je n'en étais pas sûre.
Ce médaillon était magnifique. Comment ce faisait-il qu'un objet si précieux soit
perdu dans les bois au pied d'un vieux dolmen à moitié effondré ? Et surtout,
comment était-il possible que personne ne l'ai remarqué avant moi. D'accord, il était
à moitié caché dans les feuilles, mais quand même!
-Gwen ! Gwen, ou es-tu ? cria Ninon, au loin.
-J'arrive !
A la va-vite, je fourrai le médaillon dans mon sac, puis, je retournai sur le sentier et
rejoignis mes amis.
-Tu m'as fait peur ! s'exclama-t-elle. J'ai cru qu'on t'avait enlevée, ou un truc comme
ça !
-Oh, n'exagère pas !
-Tu sais, avec les temps qui courent, on n'est jamais sûr de rien, déclara Nico,
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Celte Tome 1 : Cernunnos
légèrement inquiet.
Je leur souris à tous les deux. Heureusement, ils ne m'avaient pas demandé ce que je
faisais. J'étais une très mauvaise menteuse. Nous reprîmes la visite, mais peu de
temps après, Line se plaint qu'elle était fatiguée. Sans demander notre reste, nous
rentrâmes à la voiture. Quand j’ouvris la portière pour installer Line dans son siège,
une bouffée d’air brûlant s’échappa de l’habitacle. Une vision de mon corps se
liquéfiant sur la banquette arrière parvint alors jusqu’à mon cerveau. Je grimaçai. Le
retour n’allait pas être vraiment plus agréable que l’allée.
Line s’assit dans son siège sagement, sans un mot. Ses paupières étaient lourdes et
elle s’endormit presque immédiatement. A vrai dire, je pense que nous étions tous un
peu fatigués. Quand nous fûmes rentrés à l'appartement, Nico nous annonça que son
père avait besoin de lui et qu'il devait rentrer. Je le raccompagnai à sa voiture et
l'abandonnai à contre cœur.
-C'était une belle journée, me dit Ninon quand je remontai dans l'appartement.
Je m’affalai sur la chaise la plus proche avec un soupir de soulagement.
-Oui. Fatigante, mais une belle journée quand même.
Ninon me sourit. Nous passâmes la soirée à nous délasser sur le balcon de
l'appartement. Cependant, mes pensées étaient toujours tournées vers l'étrange
médaillon, que je n'avais pas retiré de mon sac. Je mourrais d’envie de m’enfermer
dans ma chambre pour l’étudier, mais Ninon aurait trouvé ça suspect. Pour une
raison qui m’échappait, je n’avais aucune envie de lui parler du bijou. Cela ne me
ressemblait pas, j’avais l’habitude de toujours tout lui raconter. Pour une fois, je
m’abstins.
Quand la nuit fut tombée, Ninon coucha Line dans le petit lit de sa propre chambre,
puis nous regardâmes notre série à la télé. Tenir jusqu’à la fin de l’épisode inédit fut
pour moi un exploit. Quand le générique apparut à l’écran, je m’étirai comme un chat
et me levai.
-Je vais me coucher, lançai-je, épuisée. A demain.
-Ok, répondit-elle en baillant. Je ne vais pas tarder non plus, de toute façon.
Je l’embrassai et gagnai la salle de bain, après avoir discrètement pris le médaillon
dans mon sac. Je le passai sous l'eau pour enlever tous les morceaux de terre coincés
entre les fines gravures. Il était encore plus beau une fois nettoyé, l’or et l’argent
formant un élégant dessin. Les arabesques m’envoutaient presque, et mes doigts
parcoururent les lignes du bijou sans que je puisse m’en empêcher. Le métal
semblait chaud, mais je ne savais s’il l’était réellement ou si c’était à cause de l’eau
tiède que j’avais utilisée pour le laver.
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Celte Tome 1 : Cernunnos
A pas de loup, je regagnai ma chambre. Je fermai les volets et allumai ma lampe de
chevet, pour l'admirer encore une fois. Plus que tout, c'était l'inscription au dos du
bijou qui m'intriguait. J’avais beau mobiliser toutes mes connaissances, je ne
reconnaissais pas les mots inscrit. D’ailleurs, il n’y avait l’air de n’en avoir qu’un.
Peut-être un nom.
-Je le montrerai à grand-mère quand j'irai la voir, pensai-je tout haut.
J'observai encore une dernière fois le médaillon et éteignis la lumière.
Puis, je m'endormis.
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