close

Se connecter

Se connecter avec OpenID

5 choses que j`ai apprises en travaillant au Réseau québécois des

IntégréTéléchargement
5 choses que j'ai apprises en travaillant au Réseau québécois des groupes écologistes
Extrait du Presse-toi à gauche !
http://www.pressegauche.org/spip.php?article26985
5 choses que j'ai apprises en
travaillant au Réseau
québécois des groupes
écologistes
- Québec - Environnement -
Date de mise en ligne : mercredi 29 juin 2016
Copyright © Presse-toi à gauche ! - Tous droits réservés
Copyright © Presse-toi à gauche !
Page 1/4
5 choses que j'ai apprises en travaillant au Réseau québécois des groupes écologistes
J'ai passé les cinq dernières années de ma vie à essayer de renforcer le mouvement écologiste
du Québec. Avant de tourner la page (et avec beaucoup d'émotions), j'ai envie de souligner
quelques leçons durement acquises, lancer quelques fleurs et, tant qu'à y être, quelques pavés
!
Récapitulons
Le RQGE (Réseau québécois des groupes écologistes), c'est le plus vieux et plus grand regroupement d'organismes
environnementaux du Québec. Arrivé en 2010 à titre de coordonnateur général, c'était mon travail d'appuyer les
groupes écologistes communautaires, développer des outils, fournir des conseils et surtout, me battre pour eux, leur
reconnaissance, leur financement, les droits humains (ex. la liberté d'expression), etc. Avec le temps, nous sommes
devenus tributaires de la mémoire collective des luttes environnementales et sociales depuis les trente quelques
dernières années.
Allons-y !
1. Le ministère de l'Environnement est un fantôme
Disparu quelque part au début des années 1980 et nous persistons à croire que le spectre hante encore l'Assemblée
nationale. La Loi sur la qualité de l'environnement affaiblie de façon systématique, le budget du ministère décimé
jusqu'à passer sous les 150 millions (0,2% du budget provincial, wow !) et ses inspecteurs envolés, un ministre après
l'autre qui n'ont aucune expertise scientifique ni aucun poids à l'intérieur de l'État.
C'est à vous confier que j'ai essayé de travailler avec le ministère de l'Environnement. Au nom de 80 groupes et 50
000 individus, j'ai cogné à la porte, pendant cinq ans et trois gouvernements, sans succès. Ce ministère n'a pas de
pouvoir au conseil des ministres, pas de budget, mais surtout : pas de volonté de reconnaître notre contribution à la
société.
Le ministère aurait pu tenter de nous aider n'importe quand. Sauf que...
2. L'État québécois méprise les écologistes depuis 20 ans
À l'époque du PQ des années 90, l'État cherchait à diviser et récupérer une partie du mouvement environnemental
en créant les Conseils régionaux de l'environnement et les Organismes de bassin-versant, écartant par le fait même
tous les groupes communautaires environnementaux autonomes, ceux-là pourtant plus nombreux et certainement
plus revendicateurs. La donne change avec Charest en 2003, et la vraie guerre d'attrition commence.
Pendant que le financement des organismes communautaires du Québec a doublé globalement, tous les
gouvernements depuis ont choisi délibérément d'enfreindre leur propre politique pour sabrer dans le financement des
groupes de notre secteur, coup sur coup. Pendant ce temps, l'État crée le Fonds vert, ce gigantesque aspirateur à
éco-taxes qui, à part d'être géré dans l'ombre, finit par financer des pétrolières et des bétonnières à coup de
milliards.
Copyright © Presse-toi à gauche !
Page 2/4
5 choses que j'ai apprises en travaillant au Réseau québécois des groupes écologistes
Certes, l'État reconnaît des « bons écologistes », par exemple ceux qui encensent l'État dans ses mesures
d'austérité antisociales ou collabore avec le patronat. Je veux dire, la façon dont Jean Charest parle de Steven
Guilbault, c'est quand même quelque chose.
Mais pour ceux et celles qui osent dire que l'empereur est nu, pas de pitié. Au Québec, on aime pas ça la chicane.
Ce qui m'amène à mon prochain point.
3. Le Québec est prisonnier du rêve
Quand on s'implique dans les luttes sociales et environnementales, on carbure un peu à l'indignation. Mais s'il y a un
truc qui me fera toujours grincer des dents : c'est le silence de la majorité. Oui, nous faisons nos mobilisations. Les
industriels et la police nous confrontent et nous répliquons (1, 2, 3) allègrement.
Toutefois en dehors de cet espèce de va-et-viens spectaculaire qui semble sans fin, nous cherchons à avancer. Et je
pourrais continuer à bitcher et m'égosiller sur toutes les façons dont le mouvement environnemental pourrait évoluer,
mais il reste ce vide, ces millions de personnes qui devraient être au rendez-vous, mais ne sont simplement pas là...
probablement trop occupées à écouter Occupation Double ?
Critique facile, d'accord. Reste que l'espère humaine n'a jamais été bombardée d'autant d'informations et pourtant,
de plus en plus d'études démontrent qu'en l'absence de qualité, de tri, de signification, notre capacité à prendre des
décisions est amoindrie. Il ne reste que du bruit. Beaudrillard parlait de l'hyperréalité, ce moment où nous perdons la
capacité de distinguer ce qui est synthétique (fabriqué, simulé) de ce qui est réel, et je ne connais pas de meilleur
exemple que le Québec pour illustrer cette déconnexion ultimement suicidaire.
Il reste qu'on est confortable, parmi les plus grands consommateurs d'énergie per capita, champions du gaspillage
d'eau, champions du gaspillage alimentaire.
Cette bulle commence à éclater, mais il y a encore tellement de résistances au changement. Cela fait cinquante ans
que le mouvement environnemental du Québec sensibilise la population sur les enjeux environnementaux, mais ça
ne suffit pas si la majorité silencieuse n'en fait pas une priorité.
Ce qui fait que...
4. Le Québec n'a plus de projet de société
Depuis la chute du Bloc soviétique dans les années 1980, les inégalités sociales augmentent en Occident. La classe
moyenne s'effrite parce que le capitalisme n'a plus besoin de convaincre les travailleurs de ses bien-fondés : il est le
seul jeu en ville. Même scénario ici.
Tristement, le dernier projet de société que nous avons - peut-être - eu était celui de la souveraineté. Au fil des
années, ce projet a évacué toutes ses valeurs progressistes, au fur et à mesure que le PQ s'est rangé à droite. Que
reste-t-il ? Le vide. La promesse reluisante du capitalisme : s'enrichir, consommer, « créer de la richesse » en même
temps qu'on détruit notre filet de sécurité sociale et notre environnement. Aucun parti politique au pouvoir n'a semblé
capable de formuler un projet de société qui aille au-delà de « faire du gros cash ».
Alors vers qui peut-on se tourner ?
Copyright © Presse-toi à gauche !
Page 3/4
5 choses que j'ai apprises en travaillant au Réseau québécois des groupes écologistes
5. S'il y a un avenir, il appartient aux mouvements sociaux
En tant que géographe, je n'ai pas d'espoir. L'espoir c'est trop facile, c'est la pensée magique, se dire que « tout ira
bien » et aller se rasseoir, rassuré. On va porter notre bac de recyclage et voilà tout, on se sent mieux, comme à la
confesse.
Or, pendant que le Québec rêve obstinément - condamnant ma génération et toutes celles qui suivent à un
cauchemar perpétuel - pendant que ses élites politiques, financières, médiatiques défendent leurs privilèges et leurs
pratiques hiérarchiques, il y a un autre Québec qui fourmille en dessous. Les mouvements sociaux, eux, proposent
un vrai projet de société, un nouveau rapport entre société et territoire : une révolution par la base. Les mouvements
de l'environnement, des femmes, des travailleurs et travailleuses, des sans-emplois, de la communauté LGBT, des
personnes racisées, des Premières Nations - il y a des centaines de milliers, voir des millions de personnes d'ici qui
incarnent le changement, maintenant, qui développent leur expertise et partagent leurs pratiques novatrices. Ce n'est
pas un espoir, c'est un fait, c'est un savoir, ça existe et il ne manque que vous.
Alors non, en deçà de ces cinq années, il ne me reste plus d'espoir, sinon que la conviction - testée, éprouvée,
confirmée - que les mouvements sociaux sont la clef pour parvenir à rehausser notre niveau de vie et protéger
l'intégrité du territoire. Cinq ans au RQGE m'ont permis de comprendre, de vivre cette réalité et je n'en démordrai
jamais.
Merci à vous tous et toutes qui m'avez soutenu et encouragé durant ces moments parfois difficiles. Je n'ai pas de
mots pour exprimer toute la fierté que j'ai de l'équipe, des bénévoles, des stagiaires, de tous ceux et celles qui ont
mis l'épaule à la roue durant toutes ces années, contre vents et marées. Vous êtes précieux et précieuses. On se
reverra dans la lutte !
Vous voulez soutenir le RQGE ? Faites un don ici !
Roman cyberpunk de Bruno Massé, finaliste du prix Jacques-Brossard : M9A. Il ne reste plus que les monstres.
Copyright © Presse-toi à gauche !
Page 4/4
Auteur
Document
Catégorie
Uncategorized
Affichages
1
Taille du fichier
52 KB
Étiquettes
1/--Pages
signaler