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Cameroun - Energies Africaines

IntégréTéléchargement
Juillet-Août 2016
H. Waisman : quel processus de transition pour les exportateurs de pétrole ?
8#
Tour d’Afrique des projets
de centrales nucléaires
Partout
les grands
chantiers de
la transition
énergétique
ont démarré
Le Cameroun s’éveille à
la biomasse
INVESTIR
AU
CAMEROUN
.COM
Retrouvez
chaque jour
l’actualité
économique
du Cameroun
L’APPLICATION SUR IPHONE, IPAD ET ANDROID
C
EDITORIAL
Par Gwladys JOHNSON,
Rédactrice en chef
Officiel !
C’est officiel, les énergies renouvelables sont désormais compétitives par rapport aux combustibles fossiles sur la majorité des marchés.
Mieux, leurs coûts continueront à baisser durant les prochaines années.
Une nouvelle qui tombe bien dans un contexte où le processus de décarbonisation est définitivement enclenché.
En effet, la Chine et l’Inde, respectivement premier et troisième producteurs de charbon avec 59,9% de la production mondiale, diminuent progressivement leur usage de ce combustible. La Chine a annulé 90% de ses nouvelles centrales à charbon en cours d’autorisation,
tandis que l’Inde a annulé la construction de 16 GW de centrales, avec
comme perspective de fermer 37 GW de centrales déjà existantes. En
outre, la Chine a installé la plus grande capacité d’énergies renouvelables au cours de l’année 2015. La transition est également en marché
en Europe, où plusieurs pays visent la neutralité carbone d’ici 2050.
Cette nécessité de transition se ressent même au niveau des pays producteurs de pétrole. « Cette prise de conscience que la décarbonisation est,
pour les pays exportateurs, l’occasion de construire une trajectoire indépendante des exportations de ressources fossiles est fondamentale. Elle se fait petit à petit. Le Qatar, par exemple, développe des stratégies d’investissement
général à l’échelle internationale, qui le prépare à l’ère post gaz », a confié
Henri Waisman, chercheur de l’Institut du développement durable et
des relations internationales.
En Afrique du Sud, le réseau électrique connaît un regain d’efficacité
après avoir été au bord du gouffre au cours des deux dernières années.
Eskom, la société en charge de la fourniture énergétique, a annoncé la
fin de la crise énergétique. Le réseau sud-africain avait, en avril 2016,
un facteur de disponibilité de l’énergie de 76,37%, pour un taux national d’électrification d’environ 90%.
Un bel exemple pour tous les pays du continent encore au cœur de
la tourmente énergétique.
Juillet-Août 2016 4 N°8
ENERGIES AFRICAINES x 3
SOMMAIRE
GESTION PUBLIQUE
13 Algérie : Noureddine
Bouterfa désormais ministre
de l’Energie
Energies Africaines
Numéro 08
Juillet-Août 2016
15 La Côte d’Ivoire veut
libéraliser son secteur
énergétique
Editeur
ENERGIES AFRICAINES
est édité par :
Media Management & Participations Ltd
Opérateur
Médiamania Sàrl
Rue du Léman 6
1201 Genève
Suisse
www.mediamania.pro
Fax : +41 22 301 96 10
Tél : +41 22 301 96 11
Directeur de la publication
Dominique FLAUX
Rédaction
Rédactrice en chef :
Gwladys JOHNSON
Avec Brice MBODIAM, Louis-Nino KANSOUN,
Servan AHOUGNON, Aaron AKINOCHO,
Olivier DE SOUZA et Agence Ecofin
redaction@agenceecofin.com
Publicité
Benjamin FLAUX
bf@agenceecofin.com
Tél : +41 22 301 96 11
Création
Jérémie FLAUX
Relecture et corrections
Nils COUTURIER
Thomas ROBERT
Impression
Rotimpres,Aiguaviva, Espagne.
© Reproduction interdite sans
l’accord écrit de l’éditeur
4 x ENERGIES AFRICAINES
17 La RDC renforce sa capacité
de production énergétique
19 Plusieurs pays africains
prennent du recul par
rapport au renouvelable
20 Le Maroc continue le
PROJETS ET
RÉALISATIONS
développement de ses
centrales d’énergies
renouvelables
7 Africa Power Vision : utiliser
22 Où en est le Maroc par
9 L’OPIC aux côtés de
24 Le Cameroun s’éveille peu
les ressources locales pour
devenir autonome
SunFunder pour l’octroi de
prêts aux projets solaires
africains
11 Tanzanie : Jumeme
veut électrifier plus de
communautés rurales
53 Scaling Solar va accélérer la
mise en place des centrales
solaires en Afrique
55 Les parcs éoliens kényans
dans l’œil du cyclone
rapport à l’organisation
de la COP22 ?
à peu à la biomasse
31 Des pays africains se
tournent vers le nucléaire
civil
47 Nigeria : des régions
raccordées au réseau
électrique après des années
d’obscurité
48 Burkina Faso :
l’électrification accélérée
grâce à l’énergie solaire
Juillet-Août 2016 4 N°8
INVESTISSEMENT
DOSSIER
26 Chine, Inde, Europe, USA…
partout les grands chantiers
de la transition énergétique
ont démarré
ENTRETIEN
36 « Les exportateurs de
ressources fossiles ont
besoin d’amorcer le
processus de transition plus
rapidement que les autres »,
selon Henri Waisman
FOCUS
40 Eskom fait peau neuve
43 Afrique du Sud : « Le
système ne se porte pas
aussi bien qu’il n’y paraît »,
selon Johan Van Den Berg
Juillet-Août 2016 4 N°8
51 Le jeu trouble d’Exim Bank
of India au Zimbabwe
TECHNOLOGIES
56 Des panneaux solaires
produisant de l’énergie
avec de l’eau bientôt
commercialisés
57 Saphon Energy invente une
INTERNATIONAL
nouvelle turbine éolienne
sans pale
62 De nombreuses initiatives
transparents, bientôt une
réalité
65 Les efforts en faveur du
58 Les panneaux solaires
59 Des scientifiques inventent
par hasard une batterie
ultrapuissante
60 Les centrales numériques
de GE maximisent le
rendement des centrales
électriques
pour une Europe « neutre
en carbone »…
climat pourraient se révéler
très rentables pour l’Union
européenne
LEADER DU MOIS
66 Brian Molefe, le capitaine
imperturbable qui a sorti
l’Eskom de la tourmente
ENERGIES AFRICAINES x 5
GESTION PUBLIQUE
L’Afrique du Sud,
premier producteur
africain d’énergies
renouvelables selon
Oxford Business Group
La compétitivité des énergies renouvelables
reconnue dans de nombreux pays selon REN21
Les énergies renouvelables sont reconnues comme étant compétitives face aux énergies fossiles dans de nombreux pays. C’est l’une
des informations qu’apporte le Rapport sur le statut mondial des
énergies renouvelables 2016 qu’édite la Renewable Energy Policy
Network for the 21st Century (REN21).
Après l’augmentation sans précédent des capacités installées
(147 GW) et des investissements (286 milliards de dollars) enregistrée en 2015, le secteur poursuit en effet sa progression. Le chauffage à base d’énergies plus vertes et l’utilisation de ces dernières
dans le transport se poursuivent tandis que l’énergie renouvelable se
décentralise, se substituant (avec l’off-grid) aux réseaux nationaux
dans les régions éloignées.
Cela est dû, selon l’agence, au fait que les énergies renouvelables
sont maintenant compétitives par rapport aux énergies fossiles
et ce sur de nombreux marchés. « Ces résultats sont d’autant plus
remarquables qu’ils ont été obtenus dans un contexte marqué par
les cours historiquement bas des carburants fossiles et la persistance
des subventions gouvernementales désavantageuses pour les énergies
vertes. Pour chaque dollar dépensé en vue de promouvoir les énergies
renouvelables, ce sont près de quatre dollars qui l’ont été pour maintenir notre dépendance aux carburants fossiles », a déclaré Christine
Lins, la secrétaire exécutive de REN21.
En outre, les gouvernements orientent de plus en plus leurs politiques vers un secteur énergétique plus vert. En effet, 173 pays se
sont dotés, au début de l’année, d’objectifs en matière d’énergies
renouvelables et, dans 146 de ces pays, ces objectifs étaient suivis de
politiques d’appui. L’accès au financement s’est aussi significativement amélioré dans le secteur des énergies vertes.
Ce rapport met également en exergue les difficultés auxquelles est
confronté le secteur, en l’occurrence le retard de l’inclusion des
énergies vertes dans le secteur du transport et de la construction.
Le rapport mentionne également le problème de l’intégration des
énergies vertes dans les réseaux électriques nationaux, ainsi que les
barrières institutionnelles, réglementaires et budgétaires. y
6 x ENERGIES AFRICAINES
L’Afrique du Sud est désormais
le premier producteur africain
d’énergies renouvelables. C’est
ce qu’a révélé une publication de
la société d’études et de conseil
Oxford Business Group.
Selon le groupe, le pays a, dans
le cadre de son programme
d’acquisition de producteurs indépendants d’énergies renouvelables, permis un investissement
de plus de 12,3 milliards dans
le secteur. Ce faisant, il a porté
à environ 7 GW l’apport de ces
énergies au réseau électrique
national.
« Actuellement, les énergies
renouvelables constituent 5%
du mix énergétique sud-africain,
alors qu’elles étaient absentes en
2010. Dans le processus, le pays
est devenu le premier producteur
d’énergie éolienne du continent
et compte parmi les dix premiers pays au monde en matière
d’installations photovoltaïques »,
peut-on lire dans l’étude.
Cette tendance devrait se maintenir puisque la mise en place
de centrales d’énergies renouvelables, d’une capacité totale
de 1,8 GW, est actuellement en
cours d’examen. Les projets de
construction devraient être attribués d’ici la fin de cette année.
Ce rythme devrait permettre au
pays d’atteindre ses 17,8 GW
d’énergies renouvelables installées d’ici 2030. L’Afrique du Sud
compte, en outre, réduire sa
dépendance aux combustibles
fossiles en faisant passer leur
part dans le mix énergétique de
86,5% en 2010 à 57% en 2030. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
PROJETS ET RÉALISATIONS
Africa Power Vision : utiliser les ressources locales
pour devenir autonome
« Accroître l’accès à une énergie fiable et
abordable en utilisant les diverses ressources
énergétiques de l’Afrique dans une approche
cohérente et bien équilibrée », tel est le leitmotiv de
l’Africa Power Vision, une initiative intervenant dans
la lutte pour l’électrification du continent.
Le projet APV s’inscrit dans le volet énergétique du Programme de
développement des infrastructures
en Afrique (PIDA) et est piloté par
une joint-venture constituée de la
Commission de l’Union africaine, le
NEPAD, le Ministère nigérian des
finances, la Commission des Nations
Unies pour l’Afrique et la Banque
africaine de développement.
80% d’électrification d’ici 2040
Ses promoteurs ambitionnent
d’« atteindre un taux d’électrification
résidentielle de 80% d’ici 2040 et de
90% pour l’industrie et les entreprises,
avec assez d’énergie pour fournir toutes
les entités connectées, tout en développant des solutions off-grid et en œuvrant
pour un usage optimal des ressources en
énergies renouvelables de l’Afrique ».
L’initiative appelle également à une
intégration régionale pour élargir de
manière efficace la fourniture d’énergie et pour mettre l’accent sur les
sources d’énergie rentables et plus
propres en accord avec les standards
internationaux.
D’un autre côté, l’APV entreprendra de mobiliser les ressources domestiques de l’Afrique. Pour ce faire,
elle compte orienter et accélérer rapiJuillet-Août 2016 4 N°8
dement la mise en œuvre de projets
d’énergie cruciaux pour l’Afrique, en
utilisant la capacité de mise en œuvre
de l’Union africaine et de l’agence du
NEPAD.
Pour assurer le développement, la
mise en œuvre et la durabilité des
loppement d’une ligne de transmission de 8000 km à travers l’Egypte, le
Soudan, le Soudan du Sud, l’Ethiopie,
le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le
Malawi, le Mozambique, la Zambie,
le Zimbabwe et l’Afrique du Sud.
Cette ligne aura une capacité com-
L’initiative appelle également à une
intégration régionale pour élargir
de manière efficace la fourniture
d’énergie et pour mettre l’accent
sur les sources d’énergie rentables
et plus propres en accord avec les
standards internationaux.
projets d’énergie, elle compte se focaliser sur le développement des compétences techniques et des capacités
institutionnelles.
Développer une ligne de
transmission de 8000 km
Dans le but de réaliser ses objectifs,
l’APV prévoit, entre autres, le déve-
prise entre 3000 MW et 17 000 MW.
Son rôle sera de faciliter grandement
les échanges entre les pays de l’Afrique
de l’Est et ceux de l’Afrique australe.
L’APV cible, somme toute, des
projets énergétiques prioritaires en
Afrique dans le but de faire avancer
sa mise en œuvre, en conformité avec
l’Agenda 2063. y
ENERGIES AFRICAINES x 7
PROJETS ET RÉALISATIONS
Afrique du Sud : près de
90% de la population est
connectée au réseau
électrique national
En Afrique du Sud, près de
90% de la population a accès à
l’électricité, selon les statistiques
nationales. « Les enquêtes ont
montré que près de 90% des ménages sud-africains sont connectés au réseau national. Cela
entre dans la ligne des ambitions
du gouvernement qui envisage
de fournir l’énergie à tous ses
citoyens, d’ici 2025 », a révélé
l’Eskom, la société en charge de
la fourniture électrique dans un
communiqué.
Réalisée de janvier à décembre 2015, l’étude effectuée
auprès des ménages a montré
que le taux de raccordement au
réseau électrique est passé de
77,1% en 2002, à 85,5% en 2015.
La part des ménages cuisant
leurs aliments grâce à l’électricité est également passée de 58%
à 78,1%, sur la même période,
avec des extrêmes allant de
86,9% à 60,1% selon les régions.
« Au cours des trois prochaines
années, l’Eskom et les municipalités injecteront 1 milliard $ dans
la connexion de 840 000 ménages
au réseau électrique national.
70 000 ménages supplémentaires
auront également accès à l’énergie grâce au off-grid », a annoncé
l’Eskom. y
8 x ENERGIES AFRICAINES
Cameroun :
le processus
d’électrification
s’accélère
L’entreprise chinoise Tehnis a
été désignée pour construire
la centrale hydroélectrique
de Njock, d’une capacité de
200 MW. L’infrastructure qui
sera construite sur une période
de quatre ans, a un coût estimé
à 180 milliards de francs CFA
(plus de 311 millions $). L’énergie produite par cette centrale
desservira les régions du Centre,
du Littoral, de l’Ouest, du NordOuest et du Sud-Ouest.
Le Cameroun a un taux de
couverture électrique de 48%,
au plan national, et de 18% dans
les zones rurales. Il a d’ailleurs
amorcé, dans ce domaine, la
seconde phase de son projet
d’électrification rurale qui vise
à faire passer la part des populations rurales connectées au
réseau électrique à 98%.
Le projet, d’un coût estimé à
28,1 millions d’euros, permettra
la réalisation de 60 000 branchements dans ces zones rurales. y
Kenya : Lamu raccordé
au réseau électrique
national après 53 ans
d’alimentation au
générateur
Au Kenya, le comté de Lamu
a été raccordé au réseau électrique national après avoir été
alimenté pendant 53 ans avec
des générateurs électriques
fonctionnant au diesel.
Le précédent mode d’électrification a, pendant des décennies, ralenti le développement
économique de la région, une
tendance que ses dirigeants
espèrent bien voir s’inverser.
« Aucun investisseur n’était prêt
à se risquer à s’installer dans une
région alimentée aux générateurs
électriques. Les rares qui s’y sont
risqués ont enregistré des pertes
dues aux coupures électriques.
Maintenant tout cela est du passé », a affirmé Issa Timamy, le
gouverneur de la région.
Ce raccordement de la région
n’est pas le seul. Le gouvernement a, dans le cadre du projet
Last Mile Connectivity, entrepris de raccorder également les
300 000 ménages du comté de
Kiambu d’ici la moitié de l’année 2017. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
PROJETS ET RÉALISATIONS
L’OPIC aux côtés de SunFunder
pour l’octroi de prêts aux projets
solaires africains
L’OPIC a accordé son soutien au Solar Grid Fund,
un fonds lancé par la startup SunFunder dans son
processus de financement de projets solaires.
15 millions de dollars octroyés
au Solar Grid Fund
L’entreprise de financement de
projets solaires SunFunder a obtenu un financement de 15 millions
de dollars de l’Overseas Private
Investment Corporation (OPIC)
des Etats-Unis. Plus précisément,
ces fonds ont été attribués au Grid
Solar Fund, le nouvel instrument de
financement créé par l’entreprise.
« SunFunder procurera des financements de créances, des financements
de projets et des prêts pour fonds de
roulement aux fabricants, distributeurs, installateurs et revendeurs qui
fourniront de l’énergie solaire aux
pays tels que la Tanzanie, le Kenya, le
Rwanda, l’Ethiopie, la Zambie, l’Ouganda, le Ghana, les Philippines, le
Pakistan et l’Inde », a déclaré l’OPIC
à ce propos.
Pour Ryan Levinson, CEO de
SunFunder, le financement joue un
rôle primordial dans le développement de l’énergie solaire dans les
pays en voie de développement. Cet
apport de l’OPIC, a-t-il déclaré, « ouvrira de nombreuses portes à l’organisation, aussi bien chez les entreprises
porteuses de projets solaire que chez les
investisseurs ».
Grâce à ce financement, « Grid
Solar Fund fournira de l’énergie solaire à moindre coût à des millions de
personnes, ce qui permettra aux ménages et aux entreprises une réduction
Juillet-Août 2016 4 N°8
Pour y arriver, la compagnie a dans un premier temps eu recours au crowdfunding, grâce
auquel elle a levé 14 000 dollars en 2012, 350 000 dollars en 2013 et 1,6 million de dollars
en 2014.
considérable de leurs dépenses en énergie ainsi qu’une diminution des émissions de CO2. »
Une ambition de 1 milliard de
dollars de prêts d’ici 2020
Fondé en 2012 par Ryan Levinson
et Audrey Desiderato, SunFunder a
pour objectif d’octroyer 1 milliard de
dollars de prêts à des projets solaires
d’ici 2020. Pour y arriver, la compagnie a dans un premier temps eu recours au crowdfunding, grâce auquel
elle a levé 14 000 dollars en 2012,
350 000 dollars en 2013 et 1,6 million de dollars en 2014. A ce jour,
elle a octroyé 8,7 millions de dollars
de prêts à plus d’une vingtaine d’entreprises réparties dans une dizaine de
pays, apportant l’énergie à un demimillion de personnes. L’ambition
pour l’année 2016 est de lever 35 millions de dollars, un objectif bien
amorcé avec ces 15 millions que vient
d’accorder l’OPIC.
L’OPIC se veut un partenaire
privilégié du secteur énergétique
africain
Cet
accompagnement
de
SunFunder n’est que l’une des actions de l’OPIC en faveur du secteur
énergétique africain. L’organisme est
en effet, avec le Millenium Challenge
Corporation, l’un des outils privilégiés de soutien du secteur par les
Etats-Unis. Au cours des dernières
années, l’OPIC a octroyé plus de
1 milliard de dollars de financement
à des projets qui devront permettre la
mise en place de plus de 500 MW de
capacité électrique. y
ENERGIES AFRICAINES x 9
PROJETS ET RÉALISATIONS
Ethiopie : Salini Impregilo obtient
la construction du barrage
électrique de Koysha
En Ethiopie, la multinationale italienne Salini
Impregilo construira, pour le compte de l’Ethiopian Electric Power (EEP), la centrale hydroélectrique de Koysha. D’une capacité de 2200 MW,
l’infrastructure fournira annuellement 6460 GWh
d’électricité.
D’une hauteur de 170 mètres, le barrage en béton
compacté sera doté d’un réservoir de 6000 millions de mètres cubes. Le coût de sa mise en place
a été estimé à 2,5 milliards de dollars.
Avec le barrage hydroélectrique de Gilgel Gibe III
(1870 MW) et le barrage de Grand Renaissance
(6000 MW), tous deux construits par Salini Impregilo, la centrale hydroélectrique de Koysha sera la
troisième infrastructure importante que l’Ethiopie
mettra en place sur le Nil bleu.
Cette exploitation de la ressource commune aux
pays traversés par le Nil est sujette à controverse,
notamment avec l’Egypte. Ce pays craint que le
barrage de Grand Renaissance ne bloque son accès aux eaux du Nil et a déjà demandé des informations complémentaires sur le nouveau barrage
de Koysha. y
Egypte : un parc éolien de 250 MW
sera construit par un consortium
mené par GDF Suez
Les sociétés GDF Suez, Toyota et Orascom,
réunies dans un consortium, ont obtenu la
construction d’un parc éolien de 250 MW
dans le golfe de Suez. L’énergie produite par
la centrale sera cédée au réseau électrique à
4,7 cents le kilowatt sur une période de 25 ans.
La construction de cette centrale, qui devrait
débuter au cours du mois prochain, prendra
en compte le schéma de migration des oiseaux. Elle sera financée par le consortium
et le Ministère égyptien des finances devrait
fournir les garanties financières au cours des
prochaines semaines.
Le ministre de l’Electricité et des Energies
renouvelables est également en négociation
avec Lekela Power-Actis et Italgen S.P.A, qui
envisagent d’installer deux centrales d’une
capacité respective de 250 MW et 320 MW. y
10 x ENERGIES AFRICAINES
Juillet-Août 2016 4 N°8
PROJETS ET RÉALISATIONS
Tanzanie : Jumeme
veut électrifier plus de
communautés rurales
En Tanzanie, Jumeme Rural Power Supply Ltd
produit de l’énergie à partir de mini-réseaux
solaires avec pour objectif d’électrifier au
moins 100 000 personnes et jusqu’à 2340 petites
entreprises.
La phase pilote du projet d’électrification rurale portée par Jumeme a été
lancée en avril 2016 sur l’île d’Ukara.
Elle permettra la mise en place d’un
réseau de 60 KW qui alimentera dans
un premier temps 250 clients avant
de voir sa capacité étendue à 380 KW,
permettant le raccordement de six
autres villages de la localité. Ces nouveaux développements conduiront à
l’électrification de 2000 personnes.
L’expérience de l’île d’Ukara est la
première d’une série de 30 qui s’étendra sur les deux prochaines années,
apportant la lumière à un minimum
de 100 000 personnes.
Un projet ambitieux
La phase pilote sera en effet suivie par
une première phase qui verra l’installation d’environ 28 mini-réseaux qui
apporteront l’électricité à 82 000 personnes réparties dans 11 000 ménages, 2600 entreprises, 42 services
publics, 32 écoles, 12 centres de santé et 77 édifices religieux. Elle sera
suivie d’une autre phase qui devrait
permettre l’électrification de 500 entreprises supplémentaires.
D’ici à 2020, Jumeme installera
300 mini-réseaux afin de servir jusqu’à
1 million de personnes en zone rurales.
D’un coût global de 16 millions
d’euros, le projet est cofinancé à hauJuillet-Août 2016 4 N°8
Lazaro M. Kabunga : « Nous reconnaissons le fait que Jumeme est une société privée qui
charge le coût réel des services fournis, mais les coûts sont nettement plus bas et de meilleure
qualité par rapport aux sources d’énergie que nous avons utilisées jusqu’à présent. »
teur de 7,4 millions par l’Union européenne. Il a bénéficié du soutien
de quatre partenaires importants que
sont Inensus, une société allemande
de développement, de technologie et
de services consultatifs sur les mini-réseaux, l’université de St Augustine de
Tanzanie, Terra Projets et RP Global,
un développeur autrichien, investisseur et exploitant de projets d’énergie
renouvelable.
Un regain d’activités économiques
La Tanzanie, c’est un taux d’électrification rurale de 7% avec 65%
des 51 millions de Tanzaniens vivant
dans ces zones. Le projet de Jumeme
aura un impact certain sur les efforts
d’électrification et de fourniture déployés par les entités, tant publiques
que privées. « Nous sommes extrêmement reconnaissants de la collaboration
avec Jumeme. Nous attendons de ce
projet non seulement une amélioration
générale des conditions de vie au niveau
domestique, mais aussi un regain d’activités économiques. Nous reconnaissons
le fait que Jumeme est une société privée
qui charge le coût réel des services fournis, mais les coûts sont nettement plus
bas et de meilleure qualité par rapport
aux sources d’énergie que nous avons
utilisées jusqu’à présent », a déclaré
Lazaro M. Kabunga, une autorité du
village de Bwisya. y
ENERGIES AFRICAINES x 11
PROJETS ET RÉALISATIONS
La Sierra Leone ambitionne un taux
d’électrification de 100%, d’ici 2025
La Sierra Leone a signé avec le gouvernement britannique
un compact qui lui permettra de porter son taux d’électrification à 100%, d’ici 2025. Ce projet d’électrification des six
millions de Sierra-Léonais entre dans le cadre du plan de
redressement post-Ebola, dans un pays où le taux d’électrification global est de 13% et où seulement 1% de la population rurale a accès à l’énergie.
Le solaire jouera un rôle crucial dans l’atteinte de cet
objectif. Le gouvernement entend, dans un premier temps,
exonérer d’impôts les produits d’énergies renouvelables
afin de les rendre accessibles à au moins 1 million de personnes, d’ici 2020. Des technologies off-grid et des installations solaires domestiques seront également mises à la
disposition des populations rurales.
Ce faisant, la Sierra Leone devient ainsi l’un des dix pays
qui ont rejoint l’initiative Energy Africa mise en place par
le Royaume-Uni afin de faciliter l’accès universel aux populations d’Afrique subsaharienne, d’ici à 2030.
« La Sierra Leone est le premier pays à avoir converti le mémorandum d’entente de l’initiative en un compact. Cela a été
possible grâce à la vitesse et à l’intensité de nos actions. Ce
partenariat développera notre intérêt pour une croissance rapide des investissements dans l’énergie solaire et encouragera
les investisseurs, les institutions financières, le gouvernement et les communautés à collaborer afin d’étendre l’accès
à l’énergie à travers les solutions solaires », a affirmé Henry
Macauley, le ministre sierra-léonais de l’Energie. y
L’Afrique du Sud investira
12 milliards $ dans le secteur
énergétique, d’ici trois ans
L’Afrique du Sud a prévu, dans son budget,
d’injecter 12 milliards $ dans le secteur énergétique au cours des trois prochaines années.
Cet investissement, proposé par une équipe
gouvernementale, permettra à terme de booster la croissance économique du pays.
Cette annonce vient en appui au programme
d’expansion de l’Eskom, la société nationale
en charge de l’énergie électrique, qui prévoit
d’injecter 23,5 milliards $ dans la construction de nouvelles centrales électriques et
l’extension du réseau national de transmission électrique.
Rappelons que le pays se relève actuellement
d’une crise énergétique aiguë qui a sérieusement ébranlé son économie. y
12 x ENERGIES AFRICAINES
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Algérie : Noureddine
Bouterfa désormais ministre
de l’Energie
En Algérie, Noureddine Bouterfa a été nommé
ministre de l’Energie, devenant ainsi le premier
électricien à être mis à la tête de ce département
monopolisé par les pétroliers depuis 1977.
Un planificateur et un adepte
des prix rémunérateurs
L’ex-PDG de la Sonelgaz, la société
en charge de la fourniture de l’électricité et du gaz, est désormais le ministre de l’Energie, l’un des départements ministériels les plus importants
du pays avec celui des finances. Lors
de sa prise de service, le remplaçant
le groupe Sonelgaz et lui permettre de
poursuivre ses investissements afin de
garantir la continuation du service
public », a-t-il affirmé. Cette hausse
des prix devrait permettra, selon le
dirigeant, la réalisation des investissements. « Sonatrach et Sonelgaz doivent
sortir de l’engrenage des prix bas. Les besoins de financement des dix prochaines
Celui qui est reconnu comme un
planificateur au sein de la Sonelgaz, où il
a passé 30 ans, possède, selon les experts
du secteur, les aptitudes d’un leader
managérial et politique.
de Salah Khebri a convié ses collaborateurs à « se mobiliser pour relever
ensemble les lourds défis du secteur avec
un esprit d’écoute et de concertation ».
Celui qui est reconnu comme un
planificateur au sein de la Sonelgaz,
où il a passé 30 ans, possède, selon les
experts du secteur, les aptitudes d’un
leader managérial et politique.
L’une de ses premières décisions
concernera sûrement la hausse des
prix de l’électricité et du gaz qui
est, selon lui, inévitable. « La hausse
des prix est inévitable pour stabiliser
Juillet-Août 2016 4 N°8
années sont de 1240 milliards de dinars (plus de 11 milliards de dollars,
ndlr) », explique le dirigeant, qui défend cette position depuis des mois.
Un rapport controversé avec
les énergies renouvelables
Le nouveau ministre de l’Energie
s’est également fait remarquer, au
cours de ces derniers mois, pour avoir
déclaré devant le ministre de l’Energie
de l’époque que la stratégie du pays
en matière d’énergies renouvelables
était « techniquement une utopie ».
« Sonatrach et Sonelgaz doivent sortir de
l’engrenage des prix bas. Les besoins de
financement des dix prochaines années sont
de 1240 milliards de dinars. »
Le pays envisage, en effet, de produire 22 GW d’énergie renouvelable d’ici 2035, mais Noureddine
Bouterfa avait estimé qu’avec « tout
le génie algérien », le pays ne pouvait
« raisonnablement envisager que la
production de 15 GW ». Cette sortie
avait été tempérée par le président
Abdelaziz Bouteflika, qui avait réaffirmé que ce programme était une priorité nationale.
Quoiqu’il en soit, le ministre a affirmé, au lendemain de sa nomination,
que sa nouvelle politique implique le
développement des énergies renouvelables, le solaire et l’éolien principalement, afin de préparer l’après-pétrole. y
ENERGIES AFRICAINES x 13
GESTION PUBLIQUE
Les pays de l’Afrique australe
produiront 3000 MW supplémentaires
en 2016
Le Rwanda ambitionne de devenir un
exportateur énergétique d’ici 2021
Le Rwanda prévoit d’exporter de l’énergie vers
ses voisins d’ici cinq ans. « En 2021, le Rwanda
aura une capacité de production d’énergie suffisante
qui va même permettre à notre pays d’exporter de
l’électricité à un plus grand éventail de pays voisins dans le cadre d’un effort transfrontalier pour
répondre à la demande énergétique régionale », a
affirmé James Musoni, le ministre rwandais de
l’Infrastructure.
Cet objectif entre dans le cadre de la politique
énergétique adoptée par le pays dans le processus
de la transformation de son économie. Pour l’atteindre, un programme de partenariat public-privé a été mis en place afin de stimuler la génération
de l’énergie dans le pays. Cette politique est soutenue par la Banque mondiale qui lui a accordé un
emprunt de 95 millions $ pour permettre l’électrification de 74 000 ménages.
Selon les prévisions, le taux d’électrification du
Rwanda, qui est actuellement de 18%, atteindra
100% d’ici 2018. La capacité énergétique du pays,
quant à elle, devrait passer de 200 MW à 563 MW
d’ici-là. y
14 x ENERGIES AFRICAINES
Les pays de l’Afrique australe ajouteront 3059 MW
à leur capacité électrique, au cours de l’année 2016.
Selon le Pool énergétique de l’Afrique australe
(SAPP) en charge de la planification, de génération et de transmission de l’énergie entre les pays
de l’organisation, la plus grande partie de cette
énergie serait produite par l’Afrique du sud, avec
1624 MW. L’Angola contribuera à hauteur de
780 MW et la Zambie apportera 300 MW.
Cependant, seulement 2269 MW sur les 3059 MW
produits seront injectés dans le réseau énergétique régional, car tous les pays producteurs ne
sont pas intégrés à ce réseau. L’énergie produite
par l’Angola, le Malawi et la Tanzanie notamment,
ne pourra pas être accessible aux neuf autres
membres de la SAPP.
Le gaz sera la principale source de génération de
ces 3 GW d’énergie, avec 1410 MW produits avec
ce combustible. Il vient ainsi remplacer le charbon qui ne contribuera, cette année, qu’à hauteur
de 390 MW.
Les énergies renouvelables qui connaissent une
émergence continue depuis quelques années,
sont l’une des priorités des pays de la région. Ils
envisagent en effet de produire au moins 32% de
leur énergie à partir du renouvelable, d’ici 2020 et
35%, d’ici 2030.
Selon la Banque africaine de développement,
l’Afrique australe pourrait devenir une mine d’or
pour les énergies renouvelables avec son fort
taux d’ensoleillement et ses ressources éoliennes
considérables. La région pourrait en outre générer
40 000 MW d’énergie hydroélectrique et 4000 MW
d’énergie géothermique. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
La Côte d’Ivoire veut
libéraliser son secteur
énergétique
En Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara
a annoncé l’ouverture du secteur électrique aux
entreprises privées.
dans ce cas, la convention de concession
qui n’arrive à son terme qu’en 2020 ?
Est-il (Alassane Ouattara, ndlr) prêt
à la résilier et à en assumer les conséquences financières ? » a déclaré Pascal
Affi N’Guessan, le chef de file de
l’opposition.
« Nous avons découvert que la décision gouvernementale n’a pas été correctement
appliquée et que certains abonnés ont connu une hausse plus élevée que celle initialement
prévue allant jusqu’à 30%, 40% voire 50% », a regretté le président ivoirien.
Une réforme mise en doute
par l’opposition
« Nous devons mettre un terme au
monopole de la SODECI et de la CIE.
J’invite tous ceux qui souhaitent investir
dans ces deux secteurs à le faire, de sorte
que s’instaure une concurrence qui permettra de contrôler et réduire les prix de
l’électricité ». C’est ainsi qu’Alassane
Ouattara a annoncé la fin du monopole de la Compagnie Ivoirienne
d’Electricité (CIE) et de la Société
Juillet-Août 2016 4 N°8
de Distribution des Eaux de Côte
d’Ivoire (SODECI) sur les secteurs
de l’énergie et de l’eau. La décision a
déjà fait l’objet d’une proposition de
loi introduite par le gouvernement au
parlement.
Mais selon l’opposition ivoirienne,
la fin du monopole de ces deux entreprises est un effet d’annonce.
« Comment cela se pourrait-il si le monopole de ce groupe en charge de la distribution de l’électricité en Côte d’Ivoire
court jusqu’en 2020 ? Que devient,
Annoncée dans un contexte
social tendu
Selon les experts, le retrait du monopole à la CIE a été précipité par
l’augmentation conséquente des tarifs
de l’électricité qui a entraîné un mouvement de grogne généralisé au sein
de la population.
En effet, en janvier 2016, le gouvernement a décidé d’un ajustement
tarifaire qui devrait équivaloir à une
augmentation de 6 à 10% du prix du
kW/h pour plus de 60% des abonnés
de la CIE. « Nous avons découvert que
la décision gouvernementale n’a pas été
correctement appliquée et que certains
abonnés ont connu une hausse plus élevée que celle initialement prévue allant
jusqu’à 30%, 40% voire 50% », a regretté le président ivoirien avant de
qualifier cela d’injustice inadmissible.
Il a d’ailleurs annoncé l’annulation de
la hausse des prix d’électricité devenue effective en début janvier, le remboursement du surplus tarifaire.
Le taux d’électrification de la Côte
d’Ivoire est de 43% pour 2000 MW
de capacités installées. y
ENERGIES AFRICAINES x 15
PROJETS ET REALISATIONS
Le groupe français
Engie mobilise
588 millions $ pour son
projet d’énergie solaire
en Afrique du Sud
Engie (anciennement GDF
Suez), a mobilisé 9,2 milliards
de rands sud-africains (588 millions $), pour le développement
du projet de construction d’une
centrale solaire avec capacité de
stockage (4,5 heures), dans la
localité de Kathu, Province du
Northen Cap en Afrique du Sud,
a-t-on appris d’une information
donnée par Chadbourne & Parke LLP, la firme juridique, qui a
conseillé le groupe énergétique
français dans l’opération.
Quatre banques commerciales
locales, notamment Rand Merchant Bank, Nedbank Capital,
ABSA Capital, Investec et la
Development Bank of South
Africa, se sont positionnées
comme apporteurs de fonds
dans cette opération, pour des
conditions qui n’ont pas été
divulguées. Mais pour Engie, le
risque devrait être minimum,
car il n’est que coactionnaire du
projet avec une participation de
48,5% à côté d’autres investisseurs sud-africains.
Le projet, d’une capacité attendue de 100 MW, devrait être
rendu opérationnel vers la deuxième moitié de 2018. Eskom,
la société publique sud-africaine
qui a la charge de distribuer
l’énergie électrique au sein de la
troisième économie d’Afrique,
s’est déjà engagé à racheter
l’équivalent de 20 ans de production. y
16 x ENERGIES AFRICAINES
RDC : la construction du barrage Inga III débutera
malgré tout
Le gouvernement de la République démocratique du Congo débutera la construction du barrage électrique d’Inga III en dépit du fait
qu’une étude d’impact environnemental n’ait pas été achevée et que
la Banque mondiale désapprouve ce lancement. Selon l’ONG International Rivers, Bruno Kapandji, le directeur de l’Agence du projet
Inga aurait confié cela aux représentants de l’organisation lors d’une
rencontre.
« Inga III est là pour répondre à un besoin. Il s’agit d’un projet congolais, implanté au Congo, et vous devez réfléchir en tant que Congolais.
En tant que Congolais, nous n’avons d’autres choix que de construire
le barrage. Notre industrie ne peut pas se développer sans énergie. Inga
III produira près de 3000 MW dont 1000 MW seront mis à la disposition de la région et 1000 MW dans le Sud pour l’industrie minière », a
affirmé M. Kapandji.
Il a également révélé que dans ses efforts de poursuite du projet, le
gouvernement espérait faire construire le barrage par une entreprise chinoise qui fournirait le financement nécessaire. Il espère que
la compagnie achèvera les travaux en « un maximum de cinq ans
et s’ils sont libres de faire tout ce qu’ils veulent, ils pourront le faire
même en quatre ans ».
Selon International Rivers, le gouvernement chinois a instruit ses
constructeurs hydroélectriques de ne construire aucun barrage sans
étude d’impact environnemental préalable. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
La RDC renforce sa
capacité de production
énergétique
En RDC, le gouvernement s’attelle à augmenter la
production nationale d’électricité. Pour y arriver,
l’Etat congolais a commencé par lancer les
procédures devant aboutir aux centrales d’Inga III
et de Busanga.
La construction de la centrale
électrique Inga III démarrera bientôt
Le gouvernement de la RDC a
décidé de construire le barrage électrique Inga III, malgré l’absence
d’une étude d’impact environnemental et la désapprobation de la Banque
mondiale. « Inga III est là pour répondre à un besoin. Il s’agit d’un projet
congolais, implanté au Congo, et vous
devez réfléchir en tant que Congolais.
En tant que Congolais, nous n’avons
d’autre choix que de construire le barrage. Notre industrie ne peut pas se développer sans énergie. Inga III produira
près de 3000 MW, dont 1000 MW seront mis à la disposition de la région et
1000 MW dans le sud pour l’industrie
minière », a affirmé M. Kapandji, le
directeur de l’agence du projet Inga.
Selon lui, le gouvernement espère
confier la construction du barrage à
une entreprise chinoise, qui fournirait
le financement nécessaire. Les travaux
devraient durer « un maximum de
cinq ans et s’ils (la compagnie chargée
de la construction, ndlr) sont libres de
faire tout ce qu’ils veulent, ils pourront
le faire même en quatre ans ».
Cependant,
selon
l’ONG
International Rivers, le gouvernement chinois aurait demandé à ses
constructeurs hydroélectriques de
ne pas construire de barrage n’ayant
pas fait l’objet d’une étude d’impact
environnemental.
Busanga va apporter 70 MW
au réseau national
Le gouvernement a également confié
à un consortium chinois la construction de la centrale hydroélectrique de
Busanga. D’une capacité de 240 MW,
elle fournira 170 MW de cette éner-
Selon l’ONG International Rivers, le
gouvernement chinois aurait demandé
à ses constructeurs hydroélectriques
de ne pas construire de barrage n’ayant
pas fait l’objet d’une étude d’impact
environnemental.
Juillet-Août 2016 4 N°8
« En tant que Congolais, nous n’avons
d’autre choix que de construire le barrage.
Notre industrie ne peut pas se développer
sans énergie. »
gie à la Société Sino-Congolaise des
Mines (SICOMINES), tandis que les
70 MW restants retourneront au réseau électrique national.
Le nom de l’entreprise chargée de
construire la centrale n’a pas encore été
révélé, mais la SICOMINES a signé
un accord de principe avec Sinohydro
à propos de cette infrastructure. Le
coût de sa mise en place a été estimé
à 660 millions, qui seront fournis par
les entreprises chinoises Sinohydro et
China Railway.
Les travaux devraient durer cinq
ans, selon les prévisions de l’entreprise minière, qui s’est fixée pour objectif de produire 125 000 tonnes de
cathode de cuivre par an. y
ENERGIES AFRICAINES x 17
PROJETS ET REALISATIONS
Ouganda : la SG Bujagali Holdings
Limited cède 100 millions de dollars
d’actifs
En Ouganda, la SG Bujagali Holdings Limited
(SGBHL) encaissera 100 millions de dollars pour
la cession de ses actions à l’entreprise norvégienne
SN Power SA. Si elle est approuvée par le régulateur national du secteur énergétique, cette cession
devrait permettre le transfert de 49 750 actions
ordinaires de classe A et de 1 117 510 actions
rachetables de classe B.
La SGBHL, une filiale de l’entreprise américaine
Sithe Global Power LLC, est l’un des trois principaux actionnaires de la Bujagali Energy Ltd
(BEL), qui exploite la centrale hydroélectrique
de Bujagali, de 250 MW de capacité. Elle copossède l’installation avec le Ministère ougandais des
finances, qui agit au nom du gouvernement et
qui détient 360 000 actions ordinaires de classe
C, et la Bujagali Holding Power Company, qui
détient 50 250 actions ordinaires de classe A et
581 350 actions rachetables de classe B.
Cette cession ne transfère cependant pas la
licence d’exploitation de l’infrastructure détenue
par la BEL. Elle intervient alors que la compagnie connait des difficultés financières. Le coût de
production de l’énergie absorbe en effet 70% des
revenus issus de la fourniture de l’électricité par
le barrage. Cet état de choses prévaut alors que le
prix de cession de cette énergie est de 10,1 cents le
kilowatt, contre 2 cents pour les centrales appartenant à l’Etat, et est prévu de passer à 16 cents
d’ici 2016.
La SGBHL, qui n’a pas justifié cette opération,
s’est contentée de déclarer qu’elle entrait dans
la droite ligne de son business model. Lors de
l’annonce de l’opération en avril 2015, SN Power
avait déjà annoncé que ce transfert de propriété
n’aurait aucun impact sur le coût de cession de
l’énergie au gouvernement.
Rappelons que l’Ouganda ne consomme que
550 MW sur les 685 MW qu’il produit. Une situation particulière due au tarif élevé de l’électricité
et à l’étroitesse du réseau électrique ougandais. y
18 x ENERGIES AFRICAINES
Bénin : Lumière pour tous devient
Energie pour tous « Il n’est pas très avancé, mais nous allons le
conserver et le développer, en changeant le nom. Ce
sera Energie pour tous, parce qu’il faut plus que
juste la lumière. » C’est ainsi que Patrice Talon, le
président béninois, annonce au journal Le Monde
la poursuite du programme Lumière pour tous,
lancé il y a quelques mois par le précédent gouvernement.
Le programme envisagé par le nouvel exécutif
prévoit la mise en place de 350 MW de capacité
d’ici 2018. 30% de cette énergie sera fournie grâce
au solaire mais, en attendant, le pays continuera
à s’approvisionner auprès de ses voisins, le Nigeria et le Ghana notamment. Il louera également,
si nécessaire, des centrales mobiles, même si ces
dernières sont très coûteuses.
Sous l’appellation Lumière pour tous, le programme, d’un coût de 70 millions de dollars,
envisageait, dans un premier temps, de doter les
familles non raccordées au réseau de kits solaires.
Des centrales solaires off-grid devraient, par la
suite, être installées sur l’ensemble du territoire,
avec une augmentation progressive des capacités
au besoin. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Plusieurs pays africains
prennent du recul par
rapport au renouvelable
Annoncées comme une solution salvatrice pour
une Afrique en grande pénurie d’électricité, les
énergies renouvelables font face à une vague de
scepticisme et de critiques de la part de plusieurs
dirigeants du continent.
Le Nigeria incapable de financer
l’énergie solaire selon Babatunde
Fashola
L’annonce a pris les médias de
court. Le ministre de l’Energie nigérian, Babatunde Fashola, a affirmé
que le pays ne peut pas se permettre
de débourser les 150 millions de dollars nécessaires au financement de
l’énergie produite par les centrales
solaires.
« Les gens demandent souvent pourquoi ils ne peuvent pas avoir accès à
l’énergie solaire. La raison est que cette
énergie est aujourd’hui plus chère que
l’énergie fournie par le gaz sur notre
marché », a-t-il déclaré.
Le ministre a clairement notifié le refus du gouvernement de payer le montant demandé par les développeurs
d’énergie solaire pour une consommation mensuelle de leur énergie. Il a
conseillé à ces derniers d’aller vers les
consommateurs de quantités importantes d’électricité afin de pouvoir céder cette électricité.
En Afrique du Sud, le directeur
d’Eskom « déçu » par les
renouvelables
Brian Molefe, le directeur d’Eskom,
la compagnie en charge de l’énergie
électrique en Afrique du Sud, s’est déJuillet-Août 2016 4 N°8
claré « déçu » par les énergies renouvelables qui, selon lui, ont échoué à
aider l’entreprise quand elle en avait
besoin.
Il a expliqué que ces énergies
sont disponibles entre 9 heures et
15 heures, des heures auxquelles la
demande est relativement basse. Les
centrales solaires ne produisent de
l’énergie que lorsque le temps est en-
mé l’engagement de sa société à participer au développement de ce type
d’énergies. Il a affirmé qu’un budget
de 646 millions de dollars avait été
alloué aux recherches dans le secteur
des énergies renouvelables.
Ces déclarations du dirigeant d’Eskom n’ont pas manqué de susciter de
vives indignations, notamment de la
part de l’organisation Greenpeace.
Ces déclarations du dirigeant d’Eskom
n’ont pas manqué de susciter de vives
indignations, notamment de la part de
l’organisation Greenpeace.
soleillé, ce qui les rend inaptes lors
des soirées d’hiver, durant lesquelles
le besoin d’électricité est très élevé.
De même, les centrales éoliennes ne
fonctionnement de manière optimale
que les matins et à des heures avancées de la nuit, lorsque Eskom dispose
déjà d’excédents énergétiques, a exposé le dirigeant.
Evoquant la future amélioration
des technologies d’énergies renouvelables d’ici dix ans, notamment en
termes de technologies de stockage
de l’énergie, Brian Molefe a réaffir-
L’ONG « condamne vigoureusement
la propagande antiénergies renouvelables menée par Eskom, dans un
contexte où ces énergies ont ajouté plus
de 1800 MW aux capacités installées
en seulement deux ans et demi, environ
4% de la capacité nationale ».
Face à ces polémiques, Eskom a
fait une autre sortie médiatique pour
« clarifier » les dires de son directeur.
La compagnie a refait part de son
soutien aux projets d’énergies renouvelables et dit être en contrat à long
terme avec 47 projets du genre. y
ENERGIES AFRICAINES x 19
GESTION PUBLIQUE
Le Maroc continue
le développement
de ses centrales
d’énergies
renouvelables
Le Maroc, qui se prépare à accueillir la COP22, est
également l’un des pionniers de l’Afrique en matière
d’énergies renouvelables, pour lesquelles l’ambition
du pays est bien affirmée.
PAR LOUIS-NINO KANSOUN
Cinq parcs éoliens de 850 MW
pour Nareva
Fier de sa troisième place au classement des plus grands producteurs
d’énergie éolienne en Afrique, avec
787 MW d’éolien produit entre 2014
et 2015 selon le rapport GWEC
(Global Wind Energy Council), le
royaume chérifien envisage de s’illustrer encore davantage dans cette
branche des énergies renouvelables.
Dans la perspective de son plan de
développement, qui vise à mettre en
place une capacité de 2000 MW d’ici
à 2020, le Maroc a lancé un projet éolien intégré de 850 MW, dont le coût
d’investissement a été estimé à 12 milliards de dirhams marocains (plus de
1,2 milliard de dollars). La réalisation
du projet, qui se fera dans les cinq
prochaines années, a été confiée au
groupement Nareva-Enel-Siemens.
Ce projet verra la construction de
cinq centrales éoliennes dans cinq
villes du royaume que sont Midelt
(150 MW), Tiskrad (100 MW), Jbel
Le Maroc a également signé avec
la Chine un accord de partenariat
stratégique qui aboutira à la
construction d’une vaste usine
d’assemblage de modules solaires
photovoltaïques dans le royaume.
20 x ENERGIES AFRICAINES
Lahid (200 MW), Tanger (100 MW)
et Boujdour (100 MW). La construction de ces cinq parcs se fera de manière progressive et leur mise en service est prévue pour 2020.
A terme, l’énergie qui sera produite
serait équivalente à la consommation de la ville de Casablanca. Cette
énergie sera vendue à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable
(ONEE), dans le cadre de contrats
d’achat et de fourniture d’électricité
sur une période de 20 ans.
Après le succès de NOOR I, le pays
s’active sur NOOR II
Dans le cadre de son vaste plan
énergétique qui vise à couvrir 52% de
ses besoins grâce aux énergies renouvelables d’ici 2030, le royaume a lancé
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Le Maroc a lancé un projet éolien intégré de 850 MW, dont le coût d’investissement a été
estimé à 12 milliards de dirhams marocains (plus de 1,2 milliard de dollars).
le programme NOOR pour mettre en
place 2000 MW de centrales solaires.
Après le lancement de la première
centrale du programme NOORo
I, d’une capacité de 160 MW, le
royaume a lancé la construction de
NOORo II et NOORo III, qui visent
200 MW et 150 MW de capacité
respective.
Les marchés de construction
des centrales de NOOR Midelt I
(NOORm I) sont également en cours
d’attribution. Une ou plusieurs centrales solaires mixtes (thermo-solaires
et photovoltaïques), d’une capacité
globale de 560 MW, seront mises en
place au cours de cette étape.
Outre les sites de Ouarzazate,
Midelt Tata, Laâyoune et Boujdour,
qui ont été sélectionnés pour accueillir
Juillet-Août 2016 4 N°8
les centrales solaires du programme,
l’Agence marocaine du solaire
(MASEN) a identifié cinq sites supplémentaires. Il s’agit de Taroudant,
Kalaat Seraghna, Bejaad, Guercif et
El Hajeb. Ces sites pourront intégrer
le programme si les études topographiques, géotechniques, sismiques,
hydrogéologiques et géologiques actuellement en cours sont concluantes.
Production de panneaux solaires
photovoltaïques
Le Maroc a également signé avec la
Chine un accord de partenariat stratégique qui aboutira à la construction d’une vaste usine d’assemblage
de modules solaires photovoltaïques
dans le royaume.
Le projet, dont le coût global est es-
timé à 1,17 milliard de dirhams (environ 110 millions d’euros), sera réalisé par le fabricant chinois de cellules
et de panneaux Hareon Solar Energy,
en partenariat avec les sociétés marocaines Jet Contractors et SIE.
Ce projet portera sur la construction d’un site industriel d’une capacité de 160 MW de modules et cellules. Sa réalisation se fera en deux
étapes. Au cours de la première étape,
les partenaires procéderont à la mise
à niveau, à l’aide de technologies
avancées, de l’unité existante de Jet
Contractors, Oued Yquem (Skhirat).
La deuxième étape verra une filiale de
Jet Contractors implanter un site sur
une zone industrielle de la région de
Tanger pour continuer le plan d’investissement prévu. y
ENERGIES AFRICAINES x 21
GESTION PUBLIQUE
Où en est le Maroc par
rapport à l’organisation
de la COP22 ?
Après le très médiatisé Accord de Paris signé au
terme de la COP21, tous les regards sont tournés
vers le Maroc, qui accueillera la COP22 du 7 au
18 novembre 2016.
PAR LOUIS-NINO KANSOUN
De partenaires déjà connus
Le Maroc abritera le plus grand
événement climatique de l’année
en novembre 2016. Entre 25 000
et 30 000 participants de 190 pays
sont attendus. Sur le total du coût
de l’organisation (estimé à 80 millions d’euros, soit 89 millions de
dollars), le royaume a déjà débloqué
31,2 millions de dollars. Le pays ne
sera toutefois pas le seul à financer
financier à l’organisation. L’UE injectera 2 millions d’euros (environ
2,228 millions de dollars), avec une
possibilité d’obtention d’un supplément de 5 millions d’euros en négociation. Des discussions sont également en cours avec le PNUD, qui
pourrait allouer 2 millions de dollars.
La FIDA, pour sa part, consacrera
450 000 dollars à l’organisation de
l’événement.
le Maroc a initié un programme
dénommé Triple A, dont le but est
de permettre de relever les trois
défis majeurs du continent que
sont l’adaptation, l’agriculture et
l’Afrique (AAA).
l’événement, puisqu’il a enregistré de
nombreux engagements de participations financières.
En avril 2016, l’Union européenne
(UE), le Programme des NationsUnies pour le développement
(PNUD) et le Fonds international
de développement agricole (FIDA)
ont révélé le montant de leur appui
22 x ENERGIES AFRICAINES
En outre, une douzaine d’organisations ont également réitéré leur engagement à soutenir financièrement
et techniquement la réalisation de
la COP22. Elles ont été précédées,
en mars dernier, par l’Organisation
de coopération et de développement
économique (OCDE), qui avait
exprimé son engagement à soute-
nir techniquement la réalisation de
l’événement.
Le site de la conférence sera bâti
par GL Events pour 46,2 millions de
dollars
Le 2 mai 2016, après plusieurs jours
de négociation, le comité d’organisation a retenu le groupement GL
Events, spécialisé dans l’événementiel, pour bâtir le village Bab Ighli,
site où se tiendra la conférence. La
commission en charge de la sélection
du prestataire de l’aménagement du
site et GL Events se sont finalement
entendus sur un budget de 451 millions de dirhams marocains (environ
46,2 millions de dollars).
Quelques jours auparavant, le comité d’organisation jugeait l’offre
financière de GL Events « excessive »
par rapport à l’estimation effectuée
par le maître d’ouvrage. Les membres
du comité ont alors entamé des négociations avec le groupement d’entreprises pour revoir, à la baisse, le
montant des prestations demandées.
GL Events est le seul des consortiums soumissionnaires dont l’offre a
été jugée acceptable. Les deux autres,
menés par Richard Attias et Neila
Tazi, ont vu leur offre rejetée pour
« insuffisance de référence, car ils ne répondent pas aux critères d’appréciation
du cahier des charges », selon le comité.
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Adaptation, Agriculture et Afrique :
priorités de la conférence
Fin avril, le Maroc a initié un programme dénommé Triple A, dont le
but est de permettre de relever les trois
défis majeurs du continent que sont
l’adaptation, l’agriculture et l’Afrique
(AAA). Ces défis seront priorisés au
cours des échanges de la COP22.
« Il s’agira de garantir des financements aux projets, en particulier ceux
liés à l’adaptation de nos agricultures
aux changements climatiques, œuvrer
à l’augmentation de la productivité agricole et augmenter le pouvoir de
séquestration du carbone dans les sols
africains, avec un bénéfice double d’atténuation et d’adaptation, en ligne
avec les recommandations de l’initiative 4 pour 1000 », a déclaré le ministre marocain de l’Agriculture,
Aziz Akhannouch. L’initiative 4 pour
1000 vise à concilier les objectifs de
sécurité alimentaire et de lutte contre
le changement climatique.
Le Triple A consistera en trois programmes, qui seront insérés dans l’agenda de solutions contre le réchauffement
climatique. Le premier programme
permettra, entre autres, d’améliorer la
fertilité des sols, d’accroître la reconversion vers la culture des arbres. Le second programme consistera en la maîtrise durable de l’eau dans l’agriculture
et le troisième programme permettra
de réduire les risques climatiques dans
le secteur agricole.
A la conférence de Bonn, la secrétaire exécutive de la Conventioncadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC),
Christiana Figueres, a souligné « l’importance » de l’initiative. « C’est une
initiative intéressante qui peut apporter
des solutions à des situations critiques
en Afrique, notamment l’insécurité alimentaire et le manque de ressources en
eau », a-t-elle déclaré.
Feuille de route de lutte contre
le changement climatique dévoilée
Le 17 mai 2016, à la conférence
de Bonn, Salaheddine Mezouar, le
président du comité de pilotage de la
Juillet-Août 2016 4 N°8
« L’objectif de l’Accord de Paris de contenir la hausse des températures “nettement en
dessous de 2°C” ne peut pas et ne doit pas signifier 1,9°C ou 1,8°C ou 1,7°C. Notre objectif,
c’est 1,5°C. »
COP22, a révélé la feuille de route de
lutte contre le changement climatique
du pays. Pour contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C,
le royaume chérifien compte mener
trois actions principales que sont le financement du climat, l’adaptation de
l’agriculture africaine au changement
climatique et la lutte contre l’avancée
du désert.
Pour y parvenir, le royaume compte
accélérer et faciliter l’octroi de financements aux projets d’adaptation aux
effets du changement climatique et
d’atténuation de ces derniers. Il mettra également à contribution le soutien des projets relatifs, entre autres,
à la séquestration du carbone dans
les sols, au renforcement des compétences, au transfert des technologies
et à la transparence dans les systèmes
de lutte contre l’avancée du désert.
« Notre défi dorénavant consiste à
rendre opérationnel l’Accord de Paris :
de transformer les contributions prévues déterminées au niveau national
en politiques publiques et programmes
d’investissement en faveur de l’atténuation et de l’adaptation et de tenir nos
promesse », peut-on lire dans une note
adressée aux négociateurs de la conférence par la France, qui a présidé la
dernière conférence des parties.
Cependant, ces différentes contributions, qui permettent un réchauffement compris entre 2,9 °C et 3,1 °C,
seront insuffisantes si le Maroc et ses
paires souhaitent respecter l’engagement pris lors du Climate Vulnerable
Forum (CVF), qui réunit les plus
vulnérables aux effets du changement
climatique. Les 43 participants ont en
effet décidé d’agir de manière à contenir la hausse des températures en dessous de 1,5 °C, en accord avec l’objectif de la COP21, qui était d’atteindre
moins de 2 °C. « L’objectif de l’Accord de Paris de contenir la hausse des
températures “nettement en dessous de
2 °C” ne peut pas et ne doit pas signifier
1,9 °C ou 1,8 °C ou 1,7 °C. Notre objectif, c’est 1,5 °C et nous nous sommes
engagés à agir de façon à y parvenir »,
ont-ils d’ailleurs tenu à préciser. y
ENERGIES AFRICAINES x 23
GESTION PUBLIQUE
Le Cameroun s’éveille peu
à peu à la biomasse
Présenté comme étant le 2ème massif forestier
d’Afrique avec 17 millions d’hectares de forêts
exploitables, le Cameroun, dont les ménages
produisent également des centaines de tonnes
de déchets chaque jour, a tous les atouts pour
devenir un géant de la biomasse sur le continent.
Cette réalité explique certainement l’intérêt que
certains opérateurs et agents économiques du pays
manifestent pour la production d’énergie grâce à la
biomasse.
PAR BRICE R. MBODIAM
FEVA construira huit centrales
à biomasse
Le projet le plus important dans
ce sens vient d’être révélé par la
Fondation Energie verte d’Afrique
(FEVA). Cette structure, a-t-on appris lors d’une conférence sur les
investissements que la capitale camerounaise a récemment abritée,
recherche actuellement des financements pour un peu plus de 61 milliards de francs CFA (93,4 millions
d’euros), afin de doter le pays de huit
centrales thermiques fonctionnant
aux granules de bois.
Ce sera « une innovation dans notre
pays, qui dispose de la matière première à profusion, étant donné que
nous avons plusieurs industries de
foresteries, à l’instar des scieries qui
rejettent beaucoup de déchets. Il sera
simplement question de ramasser leurs
déchets pour produire de l’énergie »,
explique Jean Didier Ndo, président
de la FEVA, qui entend ainsi contribuer à la réduction du déficit énergétique au Cameroun.
24 x ENERGIES AFRICAINES
En effet, les centrales thermiques
à granules de bois que se proposent
de construire la FEVA dans les localités de Minta et Batouri (situées
dans la région forestière de l’Est),
Ayos (Centre), Jakiri (Nord-Ouest),
Bagangte (Ouest), Ambam et Djoum
(Sud), puis Tibati (dans le septentrion) devraient fournir une capacité
de production additionnelle d’électricité estimée à 76 MW. Mais, le potentiel global que recèle cette innovation
est largement plus important et les
capacités installées seront décuplées
si, par exemple, les sociétés forestières
décidaient de s’approprier ce type
d’initiative.
Biomass Cameroon et la Compagnie
générale de la biomasse investiront
dans les biocombustibles
A côté de la Fondation Energie verte
d’Afrique, dont le projet est orienté sur
la production de l’énergie électrique au
public, deux entreprises camerounaises
viennent de révéler leurs ambitions
dans le développement de la biomasse
au profit des entreprises. Il s’agit
Ce sera « une innovation dans notre
pays, qui dispose de la matière
première à profusion, étant donné
que nous avons plusieurs industries
de foresteries, à l’instar des scieries
qui rejettent beaucoup de déchets ».
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Les centrales thermiques à granules de bois que se proposent de construire la FEVA devraient fournir une capacité de production additionnelle
d’électricité estimée à 76 MW.
de Biomass Cameroon SA et de la
Compagnie générale des granules,
dont le gouvernement vient de déclarer les projets éligibles aux avantages
prévus par la loi d’avril 2013 portant
incitations à l’investissement privé au
Cameroun.
Grâce à un investissement d’un
montant total de 2,9 milliards de
francs CFA, Biomass Cameroon SA
entend monter une unité de production de combustibles sous la forme
de copeaux de bois, apprend-on
de sources internes au Ministère
de l’industrie. Ces copeaux seront
alors utilisés dans des générateurs
adaptés, afin de produire de l’énergie dans un contexte de déficit de
production d’électricité et de cherté
des hydrocarbures.
La Compagnie générale des graJuillet-Août 2016 4 N°8
nules SA, quant à elle, ambitionne
d’investir une enveloppe de 1,1 milliard de francs CFA dans la construction d’une unité de transformation des
déchets de bois en biocombustibles.
Une aubaine pour les sociétés
forestières…
Marie-Yvonne Charlemagne, directeur général délégué chez Rougier,
exploitant forestier qui gère environ 600 000 hectares de forêts au
Cameroun, n’y voit d’ailleurs que
d’excellentes opportunités. Les forêts,
commente-t-elle, « c’est de la biomasse
disponible. Nous avons besoin de la valoriser au lieu de la brûler. Jusqu’ici,
nous utilisons du diesel pour produire
de l’énergie, alors que la transformation
de la biomasse dont nous disposons nous
serait bénéfique ».
En plus de permettre aux entreprises
forestières de réduire leur facture
énergétique grâce à la transformation
des déchets issus de leurs activités, des
centrales thermiques à granules de
bois pourraient également aider ces
sociétés à renforcer leur impact RSE
(Responsabilité sociétale des entreprises). Notamment, en produisant
non seulement pour leurs propres
besoins, mais aussi en fournissant de
l’énergie électrique aux populations
riveraines des forêts exploitées.
Par-dessus tout, ce type d’infrastructure énergétique devrait davantage
contribuer à la diversification du mix
énergétique du Cameroun, dans lequel
le solaire, l’éolien et la biomasse réunis ne représentent jusqu’ici qu’à peine
1% des capacités installées. y
ENERGIES AFRICAINES x 25
DOSSIER
Chine, Inde, Europe,
USA… partout les
grands chantiers
de la transition
énergétique ont
démarré
Le processus de transition vers une
économie verte s’amorce, portée autant
par les Etats que par les entreprises privées,
et favorisée par les progrès technologiques
et la baisse du coût de énergies
renouvelables.
PAR AARON AKINOCHO
La Chine, championne de
la transition
De nombreux pays effectuent progressivement une décarbonisation de
leur économie. Ainsi, la Chine, qui
est le premier consommateur mondial de charbon, a enclenché un processus de réduction de l’utilisation
de ce combustible. Elle a en effet diminué sa consommation de charbon
de 4% en 2015, tout en ordonnant
la suspension de 90% des nouvelles
26 x ENERGIES AFRICAINES
centrales à charbon en cours
d’autorisation.
En outre, l’empire du milieu
devrait introduire un système
d’échange de quotas d’émissions en
2017. L’initiative qui concernera les
secteurs de l’électricité et de l’industrie
lourde aura pour but de ralentir la
consommation de charbon du pays.
La marche vers une économie décarbonée a pris pour Pékin le chemin de
la régulation. Ainsi, la moitié de la
Juillet-Août 2016 4 N°8
DOSSIER
production énergétique de la Chine
est désormais soumise à des normes
d’efficacité énergétique obligatoires,
contre 4% un peu plus de dix ans plus
tôt, révèle une étude de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Le pays a également battu le record de l’installation des nouvelles
capacités d’énergie renouvelables en
2015 en construisant 30,5 GW de
Juillet-Août 2016 4 N°8
centrales éoliennes et 16,5% de centrales solaires. « Aucun pays n’a jamais
développé ses capacités de production à
partir d’énergies renouvelables de façon
aussi rapide que la Chine, ces dernières
années. La Chine a ainsi pu satisfaire
la croissance de 20% de la demande
d’électricité observée entre 2011 et
2015 avec des énergies propres, tout en
réduisant l’usage du charbon, ce qui
constitue une prouesse », a commenté
Lauri Myllyvirta de Greenpeace.
Le pays compte en outre ajouter
65 GW de nouvelles capacités éoliennes au cours de l’année 2016.
En Inde, la société civile pousse
le charbon vers la porte de sortie
En Inde, c’est le gouvernement qui
a annulé la construction de quatre
centrales à charbon d’une capacité
totale de 16 GW. Par ce mouvement,
le gouvernement s’économise l’usage
annuel de 46 millions de tonnes de
combustibles et les coûts d’importation y afférant. Mais derrière cet
abandon, il faut aussi voir une victoire de la société civile alors que les
populations des quatre régions qui
auraient dû accueillir ces infrastructures (Chhasttisgarh, Karnataka
Maharashtra et Odisha) y ont opposé
une résistance farouche. Les autorités
sont néanmoins désireuses de poursuivre le mouvement déjà engagé
et ont indiqué qu’elles fermeraient
jusqu’à 37 GW de centrales à charbon, soit une installation sur cinq se
servant de ce combustible. En ce qui
concerne les perspectives du minerai,
la construction de centrales au charbon reculera et les nouvelles installa- ...
ENERGIES AFRICAINES x 27
DOSSIER
« Aucun pays n’a jamais développé ses capacités de production à partir d’énergies renouvelables de façon aussi rapide que la Chine, ces
dernières années. »
... tions ne fourniront plus que 239 GW
contre des prévisions initiales de
289 GW.
Alors que la production énergétique
via le charbon est en recul, le gouvernement veut donner une importance
plus grande aux énergies renouvelables. Ainsi, 16,6 GW de centrales
alimentées aux énergies renouvelables
seront installées entre 2016 et 2017,
avec une préférence pour le solaire qui
génèrera 12 GW tandis que l’éolienne
fournira 4 GW.
« Alors que la Chine inscrit de nouveaux records, l’Inde continue de progresser vers son objectif d’installer
175 GW de capacités renouvelables
à bas coût, d’ici 2022 et d’améliorer
l’efficacité de son réseau électrique », a
affirmé Tim Buckley, le directeur des
études sur le financement de l’énergie
à l’Institute for Energy Economics
and Financial Analysis (IEEFA).
L’Europe engagée à tous les niveaux
Si l’Europe affronte bien des difficultés dans la réalisation de sa
transition énergétique, la situation
ne semble pas entamer sa volonté
28 x ENERGIES AFRICAINES
de réaliser cette mutation. Ainsi, les
capitales européennes se sont dotées
d’objectifs ambitieux à l’image de
Copenhague (Danemark) qui vise
le titre de première capitale neutre
en carbone à l’horizon 2025. La
ville, qui est déjà parvenue en un
peu plus de dix ans (2005-2016) à
réduire ses émissions de 35%, veut
miser sur des initiatives comme la
conversion des centrales à énergie en
centrales de cogénération utilisant la
biomasse ou encore l’augmentation
du réseau de piste cyclables dans un
pays où le vélo est largement adopté.
« Le défi va être de trouver des idées
pour faire disparaître les 300 000 dernières tonnes de CO2 », a confié Jorgen
Abildgaard, directeur du projet climat à Libération.
Au Royaume-Uni, le gouvernement a fixé l’objectif de la neutralité
pour 2050. Ce but passera par une
modification profonde des habitudes énergétiques du royaume dont
l’alimentation en électricité dépend
à 85% de sources traditionnelles
comme le pétrole, le gaz ou encore le
nucléaire. Cependant, le pays affiche
un bon point, il n’utilise plus le charbon désormais.
Si 2050 est également la date butoir
que s’est fixée la Suède pour atteindre
la neutralité carbone, 2020 sera une
année clé dans ce processus, car elle
verra le pays réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre (GES)
dans les secteurs non inclus dans ceux
référencés par la bourse européenne
du carbone. 50% de l’énergie utilisée par le pays proviendra de sources
d’énergie renouvelables, avec 10%
de l’énergie utilisée dans le secteur
du transport qui sera produit par des
sources vertes. Un effort sera également fourni sur le plan de l’efficacité
énergétique qui augmentera de 20%.
Des pays comme la France et l’Allemagne ne sont pas en reste, même
s’ils ne prévoient de réduire leurs
émissions de carbone que de 75% et
80% respectivement.
La New Energy Outlook 2016 publiée par Bloomberg Energy Finance
a révélé que l’Union Européenne
pourrait satisfaire 70% de sa demande énergétique grâce aux énergies
renouvelables d’ici 2040.
Juillet-Août 2016 4 N°8
DOSSIER
Les pays pétroliers de plus en plus
concernés
Au niveau des pays pétroliers également une prise de conscience intervient progressivement. Ainsi,
explique Henri Waisman, coordinateur de la recherche au sein du programme climat de l’Iddri, « cette prise
de conscience que la décarbonisation
est, pour les pays exportateurs, l’occasion
de construire une trajectoire indépendante des exportations de ressources fos-
Pour le groupe qui possède la compagnie SunPower (2 milliards de $ de
CA en 2013) et le fabricant de panneaux solaires Tenesol, la mesure, qui
vise également à permettre au groupe
de s’adapter aux efforts de lutte contre
le réchauffement climatique, ne mettra pas en péril ses 96 000 emplois.
Chez Engie, par contre, impossible de réaliser cette transition sans
réaliser des suppressions d’emplois.
« Nous allons supprimer des emplois
La New Energy Outlook 2016 publiée
par Bloomberg Energy Finance
a révélé que l’Union Européenne
pourrait satisfaire 70% de sa
demande énergétique grâce aux
énergies renouvelables d’ici 2040.
siles, est fondamentale ». Et de donner
l’exemple du Qatar qui développe des
stratégies d’investissement général à
l’échelle internationale, qui le prépare
à l’ère post-gaz. Si l’Arabie Saoudite
a fait preuve de réticences durant la
COP21, « il y a aujourd’hui dans ce
pays, un changement de logique qui est
la prise de conscience que l’ère de la domination des énergies fossiles à l’échelle
globale touche à sa fin que ce soit pour
des motifs climatiques ou en raison de
la raréfaction des ressources », poursuit
l’expert (voir notre entretien dans ce
numéro).
Les entreprises privées décidées
à accompagner, voire mener
le mouvement
Pour la plupart des entreprises actives dans le secteur énergétique, la
transition s’avère inexorable. Ainsi, la
chute des prix du pétrole sur le marché mondial a contraint le groupe
Total à lancer le plan « Total One »
qui prévoit la création d’une branche
dédiée aux énergies renouvelables.
Juillet-Août 2016 4 N°8
dans certains domaines d’activité et en
créer dans d’autres », a déclaré Isabelle
Kocher, directrice générale de la compagnie française. Première femme à
diriger une entreprise du CAC 40,
celle qui a pour credo un changement
de paradigme orienté vers les énergies
renouvelables, affirme : « Nous sommes
en train de nous transformer très profondément parce que nous anticipons
un monde de l’énergie qui sera très différent. Le changement climatique change
tout, et pas seulement le climat. On entrevoit un monde où l’énergie ne ferait
plus peur ». En accord avec sa nouvelle ligne directrice, la compagnie a
cédé plusieurs centrales à charbon en
Inde, en Indonésie et aux USA. Selon
Oxfam, « en tout, l’entreprise prévoit de
céder entre 15 et 20 milliards d’euros
d’actifs jugés “non stratégiques” entre
2016 et 2018, dont 2 à 3 milliards
dans les centrales à charbon ».
Certaines compagnies, à l’instar de
Statoil, veulent surfer sur la vague de
la transition énergétique. « La transition vers une société sobre en carbone
crée des occasions d’affaires et Statoil
veut générer une croissance rentable
dans ce domaine », a déclaré Irene
Rummelhoff, vice-présidente exécutive de Statoil pour les nouvelles
solutions énergétiques. Le pétrolier
norvégien a donc récemment lancé
un fonds de 200 millions de dollars
dédiés aux énergies renouvelables. Il
investira cette somme dans la diversification d’un portefeuille énergétique
comprenant essentiellement des actifs
dans les énergies fossiles.
USA : la marche forcée
Aux Etats-Unis, la transition énergétique peut cependant prendre l’allure d’une marche à pas forcés comme
viennent de le découvrir les compagnies ExxonMobil et Chevron qui
ont été contraintes par l’autorité des
marchés financiers (SEC) à affronter le problème de face. En effet la
SEC vient de leur intimer l’ordre de
soumettre au vote des résolutions relatives aux risques financiers liés aux
changements climatiques lors de leurs
prochaines assemblées générales.
Si ces deux compagnies s’étaient
opposées aux sollicitations de leurs
actionnaires (le fonds de pension des
fonctionnaires de l’Etat de New-York
pour ExonMobil et Susan Inches, une
actionnaire de Chevron), la décision
de la SEC apparaît comme une manifestation de la volonté des milieux
financiers de ne plus négliger les
risques causés par des phénomènes
comme le réchauffement climatique
sur l’épargne des citoyens.
Le géant américain de l’informatique Hewlett-Packard (HP) veut,
quant à lui, utiliser entièrement des
énergies renouvelables dans ses activités. Pour la compagnie, ce désir doit
se traduire par une augmentation de
87% de la part des énergies vertes
dans son bouquet. Elle s’est donné un
objectif de 40% à l’horizon 2020 et
a déjà entamé sa marche vers ce but
en signant un contrat d’approvisionnement de 112 MW pour l’alimentation de ses data-centers au Texas.
Selon Nate Hurst, le chef de la direc- ...
ENERGIES AFRICAINES x 29
DOSSIER
« Nous sommes en train de nous transformer très profondément parce que nous anticipons
un monde de l’énergie qui sera très différent. Le changement climatique change tout, et pas
seulement le climat. »
... tion de l’impact social et de la durabilité à HP « le secteur de la technologie,
de l’information et de la communication a une position stratégique unique
pour aider à une réduction des émissions de gaz à effet de serre, dans tous les
autres secteurs ».
Cette conviction est également
celle d’Apple. La firme de Cupertino,
qui alimente déjà 93% de ses installations grâce aux énergies solaires, a
récemment lancé un programme visant l’émission de green bonds d’une
valeur totale de 12 milliards de $. Ce
programme a vu dans sa première
phase, la compagnie émettre des obligations d’une valeur totale de 1,5 milliard de $ qui arriveront à maturité en
2023. L’argent récolté permettra de
30 x ENERGIES AFRICAINES
« réduire l’impact du changement climatique, financer la construction de
bâtiments écologiques, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les
économies d’eau, les actions de recyclage
et de réduction de la pollution ».
Le progrès technologique, principal
moteur de la transition
Selon les experts, la transition énergétique ne sera rendue possible que
par les progrès technologiques qu’enregistrera la production des énergies
vertes. Aussi les scientifiques multiplient-ils les innovations susceptibles
de booster les rendements des installations produisant cette énergie dans
une véritable course à la performance
contre les alternatives classiques.
Ainsi, à l’Ocean University of
China et à la Yunnan Normal
University, des scientifiques ont
développé des panneaux produisant de l’énergie avec de l’eau. Si
ces panneaux dotés d’une couche
de graphène affichent un taux de
conversion assez bas (6,53% contre
15% pour des panneaux moyens), ils
peuvent être fort utiles dans les régions à forte pluviométrie où l’efficacité des panneaux est réduite.
Dans le secteur des centrales électriques, c’est General Electric qui
vient de réaliser une percée capable
de booster les performances de ces
infrastructures. En effet, en combinant les avantages du numérique aux
centrales classiques, la compagnie a
pu obtenir des centrales disposant
d’un « jumeau numérique » leur
permettant d’optimiser leurs rendements. Cette innovation a tôt fait de
séduire l’Egypte et l’Afrique du Sud,
qui, désireuses d’améliorer l’efficacité énergétique de leurs installations,
ont opté pour le nouveau bébé de
General Electric.
Loin d’être un simple effet de
mode, la recherche de différentes
solutions par les scientifiques s’inscrit dans un contexte où les énergies
renouvelables se doivent d’afficher
au moins les mêmes indicateurs de
performances et de coûts que les solutions classiques, afin de les détrôner
dans les différentes stratégies de développement du secteur énergétique des
gouvernements.
En Chine, par exemple, Trinar
Solar Ltd, leader mondial des panneaux solaires, estime que la baisse
des coûts de l’industrie de l’énergie
solaire pourra permettra au gouvernement chinois de réduire le coût
de ses centrales de 38%, d’ici 2020.
Désireux d’accompagner les compagnies qui développent ces solutions,
alors que les coûts du solaire ont reculé sept fois en quatre ans, Pékin a,
en 2016, réduit de 11% le taux préférentiel appliqué aux développeurs
d’énergie solaire par rapport à l’année
précédente. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Des pays africains
se tournent vers
le nucléaire civil
Pour combler leurs déficits énergétiques, certains
pays africains ont décidé de se tourner vers le
nucléaire, une option souvent controversée.
PAR SERVAN AHOUGNON
Une option algérienne
L’idée de se tourner vers le nucléaire
énergétique pour combler le déficit
énergétique des pays africains n’est
pas récente. En Algérie, par exemple,
le réacteur nucléaire d’Ain Oussara
fournit, depuis 1993, 15 MW d’énergie au pays. Par ailleurs, la construction d’une centrale nucléaire y a été
annoncée depuis 2008, pour donner
une alternative énergétique au pays
en cas d’essoufflement du pétrole.
Pour y parvenir, le gouvernement algérien a créé un institut du génie nucléaire chargé d’étudier les conditions
de faisabilité de la première centrale
nucléaire du pays. Cette dernière
devrait être livrée d’ici 2020, avant
qu’une autre ne soit construite les années suivantes.
L’Egypte financée par la Russie
Après la visite du président russe
en Egypte en février 2015, la Russie
a décidé de construire une centrale
nucléaire pour l’Égypte, à Dabaa.
Le pays des pharaons a également
obtenu, il y a quelques semaines,
un prêt de 25 milliards $ de la part
du gouvernement russe, pour le fiJuillet-Août 2016 4 N°8
Dernièrement, l’entreprise russe Rosatom a signé un accord avec le Nigeria pour construire
une centrale qui devrait être opérationnelle en 2025.
nancement de l’un de ses projets
nucléaires.
Tunisie : objectif 2024
En Tunisie, le gouvernement prévoit de construire deux réacteurs
nucléaires de 700 à 1000 MW d’ici
2024 et deux autres réacteurs pour
2030. Toutefois, aucun site n’a encore
été défini pour les accueillir.
Le Ghana espère 2 GW de nucléaire
Au Ghana, pour combler le déficit énergétique du pays, le Ministère
de l’énergie envisage de tripler la
production électrique du pays d’ici
2030, la faisant passer à 8 GW. 25%
de cette production serait fournie
par des infrastructures nucléaires qui
seront construites dans les années à
venir.
...
ENERGIES AFRICAINES x 31
GESTION PUBLIQUE
... Nigeria : dès l’an prochain…
Au Nigeria, le gouvernement fédéral prévoit d’installer 4000 MW
de centrales nucléaires au cours des
prochaines années. « Le Nigeria prévoit de démarrer ce programme, l’année prochaine, avec la mise en place
de 1000 MW pour commencer. Cette
capacité sera étendue à 4000 MW par
la suite », a déclaré dans un communiqué Garba Shehu, le principal assistant spécial du président pour les
médias et la publicité. Pour y parvenir, le Nigeria pourra compter sur
l’appui de l’Agence internationale de
l’énergie atomique (AIEA) dont le
directeur général, Yukiya Amano, a
été récemment reçu par le président
Muhammadu Buhari pour discuter
de ce sujet.
Kenya : avec le soutien de l’AIEA
Le Kenya, quant à lui, va bientôt
intégrer, avec le soutien de l’AIEA, le
nucléaire à son mix énergétique. Pour
Mikhail Chudakov, le directeur général adjoint de l’AIEA, « le Kenya devrait se servir de l’énergie nucléaire alors
qu’il va devenir dans le futur un pays à
revenu intermédiaire ».
Afrique du Sud : un programme
à 21 milliards $
Le pays le plus avancé dans le
nucléaire énergétique sur le continent reste l’Afrique du Sud. Le pays
possède la seule centrale nucléaire
du continent. Il s’agit de Koeberg
(900 MW), connectée au réseau
électrique sud-africain depuis 1984,
la centrale située au nord du Cap
permet de produire 5% de l’électricité du pays.
Récemment, le pays arc-en-ciel a
annoncé son intention d’ouvrir une
nouvelle centrale nucléaire, afin d’atteindre les 9,6 GW de production
d’énergie nucléaire d’ici 2030. Ce
projet coûtera 70 milliards $ à l’Etat
sud-africain.
L’Eskom, la société nationale en
charge de l’énergie électrique, a décidé d’investir au cours des cinq prochaines années, 21 milliards $ dans la
32 x ENERGIES AFRICAINES
construction de nouvelles centrales
électriques. Le projet suscite toutefois
de vives oppositions, même au sein
du parti au pouvoir.
Les nombreuses difficultés et
craintes suscitées
La réalisation des programmes nucléaires africains est ralentie par de
nombreuses difficultés et craintes.
Il y a premièrement les inquiétudes
de l’AIEA, qui doit veiller à ce que
les programmes nucléaires des pays
africains ne dépassent pas le cadre
du civil. Ensuite, les pays africains
doivent former des experts chargés
de la manipulation de l’énergie nucléaire, mais également des médecins
problème. Mais pour la plupart des
pays, la difficulté majeure reste le financement des projets de nucléaire
civil. Cet obstacle pourrait trouver
une solution dans le partenariat entre
les pays africains et des pays tels que
la Chine et la Russie.
Des partenaires étrangers prêts
à accompagner le processus
En raison de leur expertise nucléaire en dessous des standards mondiaux et des besoins de financements
pour leurs projets nucléaires les pays
africains établissent des partenariats
avec plusieurs puissances occidentales, mais depuis peu la Chine et
la Russie se profilent en partenaires
Du côté du Maghreb, les pays
ont du mal à trouver des sites
pouvant accueillir les centrales
nucléaires, à cause de nombreuses
zones sismiques ou à risques,
compromettant la sûreté nucléaire.
capables de réagir à des catastrophes
nucléaires. Les événements de 2011
au Japon sont encore présents dans
la mémoire collective. Il y a aussi des
inquiétudes sur la capacité des pays à
gérer les déchets nucléaires.
En dehors de ces craintes, il faut
noter que peu de pays africains produisent de l’uranium, la matière
première indispensable au nucléaire.
Seuls l’Afrique du Sud, le Niger et la
Namibie en produisent en quantité
exploitable.
Du côté du Maghreb, les pays ont
du mal à trouver des sites pouvant
accueillir les centrales nucléaires, à
cause de nombreuses zones sismiques
ou à risques, compromettant la sûreté
nucléaire.
Les ressources nécessaires, comme
l’eau ou l’uranium posent également
privilégiés de l’Afrique sur les projets
nucléaires. L’intérêt de ces nations en
Afrique est bien évidemment lié à la
question de leur puissance stratégique
et économique, mais elles veulent
également garantir leur accès aux réserves d’uranium.
La Russie très active
L’Egypte est loin d’être la seule à
bénéficier de l’aide de la Russie dans
le domaine nucléaire. Le gouvernement fédéral Nigerian a signé, en
2016, avec la Russie, un mémorandum d’entente relatif à la construction d’un centre multifonctionnel
de recherche scientifique sur le nucléaire. Dernièrement, l’entreprise
russe Rosatom a signé un accord avec
le Nigeria pour construire une centrale qui devrait être opérationnelle
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Récemment, la Chine et le Kenya ont signé un accord sur la construction de la première centrale nucléaire dans ce pays d’Afrique orientale.
Cette dernière sera opérationnelle d’ici à 2025.
en 2025. Rosatom, a aussi signé un
accord de coopération avec le Kenya,
l’Ouganda, et la Zambie. La compagnie a également fait part de son désir de participer au projet de mise en
place des 9600 MW de nucléaire en
Afrique du Sud. « Nous voulons que
l’Afrique du Sud soit notre tremplin
vers le reste de l’Afrique. Nous désirons
créer un cluster nucléaire avec d’autres
compagnies qui pourront collaborer
avec nous sur le continent », a déclaré
Viktor Polikarpov, le vice-président
Afrique subsaharienne de Rosatom.
En dehors de la Russie, le principal
partenaire des projets nucléaires africains est la Chine.
Des contrats chinois
En février dernier, la China General
Nuclear Power Corporation a commencé, en Namibie, l’exploitation
de l’uranium de la mine d’Husab.
Récemment, la Chine et le Kenya ont
Juillet-Août 2016 4 N°8
signé un accord sur la construction de
la première centrale nucléaire dans ce
pays d’Afrique orientale. Cette dernière sera opérationnelle d’ici à 2025.
La centrale aura une capacité d’environ 1200 MW qui seront fournis par
deux réacteurs de 600 MW chacun.
La Chine aidera également le Soudan
à construire, d’ici 2017, sa première
centrale nucléaire. Le gouvernement
chinois mettra à la disposition de son
homologue soudanais sa technologie
en matière d’énergie nucléaire pour
l’accomplissement de ce projet.
La France confiante dans sa
supériorité technologique
La France est également très intéressée par le nucléaire africain,
surtout en Afrique du Sud. Elle
est d’ailleurs assez confiante en ses
chances face aux autres pays. Selon
Pascal Colombani qui a été envoyé
par l’Hexagone auprès de la nation
arc-en-ciel, la France a plusieurs
atouts qui jouent en sa faveur. « La
technologie qui, à mon avis, est la plus
avancée au point de vue de la population. Le développement des compétences dans lesquelles nous avons une
offre qui, je crois, a été inégalée. Qui
est particulièrement ciblée sur besoins
en Afrique du sud et qui provient de la
coopération très ancienne entre EDF et
Eskom, par exemple sur Koeberg », a-til affirmé. Olivier Bard, directeur de
projet d’EDF, a affirmé pour sa part
que l’Afrique du Sud devrait avoir
recours à une seule technologie,
compte tenu des coûts et de sa taille.
Alors que l’Afrique semble décidée
à faire entrer le nucléaire dans son
mix énergétique, la Chine, la Russie
et la France ne s’arrêteront sûrement
pas aux partenariats déjà signés. La
bataille industrielle et commerciale
ne fait que commencer. y
ENERGIES AFRICAINES x 33
EthiCarbon Afrique® veut
contribuer à la révolution
énergétique africaine
ENERGIES 2050 et SABER-ABREC ont le
plaisir de vous présenter leur initiative solidaire
ethiCarbon Afrique® qui a pour objet de contribuer
à la révolution énergétique africaine en finançant des
projets concrets sur le continent, sobres en carbone et
à forte valeur environnementale, sociale et éthique. Il
s’agit également de lutter contre les conséquences des
changements climatiques dont le continent africain est la
première victime.
Nous vous invitons également à nous rencontrer à
l’occasion du Forum Carbone Africain qui se déroulera à
Kigali, Rwanda du 28 au 30 juin 2016 notamment :
- lors de la Session technique « Marchés MDP : de
nouvelles initiatives finançant les projets MDP et
fournissant à l’Afrique des CERs » le 29 juin de
11h45 à 13h00.
- lors du side event « ethiCarbon Afrique® : innovation,
éthique et mécanismes carbone pour soutenir la
transition énergétique Africaine et améliorer la
résilience du continent » le 30 juin de 10h00 à
11h00, side event room numéro 1.
Conscient de la nécessité d’aller au-delà des mécanismes
carbones existants, l’initiative ethiCarbon Afrique® est
un outil innovant de « solidarité carbone » au service
de l’Afrique. Lancée le 6 décembre 2015, à Paris à
l’occasion de la Conférence climat, ethiCarbon Afrique®
a pour objectif de permettre à chacun, professionnel ou
particulier, quel que soit son pays de résidence et son
secteur d’activités, de calculer ses émissions de gaz à effet
de serre et de les équilibrer sur la base d’un « prix éthique
et solidaire » du carbone. L’argent ainsi collecté est ensuite
utilisé pour financer des projets en Afrique.
Les financements mobilisés sont utilisés, à parts égales,
pour des projets :
• d’« atténuation », c’est-à-dire, visant à réduire
les émissions de gaz à effet de serre. Ces projets
permettront de contribuer à la lutte contre les
changements climatiques et de soutenir l’Afrique sur
le chemin d’un développement bas-carbone, résilient
et solidaire ;
• d’« adaptation », c’est à dire, des projets permettant
aux populations et communautés vulnérables
de faire face aux effets néfastes des changements
climatiques.
ethiCarbon Afrique® privilégie les projets « mixtes » ayant
des co-bénéfices aussi bien en matière d’adaptation que
d’atténuation et accorde une importance particulière aux
projets mis en œuvre par et pour les femmes africaines ou
prenant en compte la question du genre.
Le point d’entrée d’ethiCarbon Afrique® est un calculateur
disponible sur : http://ethicarbon-afrique.org, qui s’adresse
aussi bien aux professionnels (collectivités locales, ONG,
hôtels, autres entreprises) qu’aux particuliers. L’utilisateur
peut choisir l’activité dont il veut calculer les émissions
de gas à effet de serre (on parle d’équivalent-carbone
ou d’équivalent CO2) comme, par exemple, un voyage
d’affaires, une nuitée d’hôtel, l’ensemble des émissions
d’une entreprise ou d’une activité…. Le calculateur permet
une évaluation précise et réaliste conformément aux
standards et méthodologies internationales.
L’utilisateur est ensuite invité à « équilibrer » ses émissions
en versant le montant correspondant. L’initiative
ethiCarbon Afrique® a choisi de donner au CO2 une
valeur adaptée à sa performance économique, sociale,
environnementale et éthique (valeur décolérée du prix du
marché très bas actuellement).
Les entreprises, collectivités locales et particuliers
soucieux de leur impact sur le climat et désireux de
s’engager dans une démarche de responsabilité climatique
et de solidarité avec l’Afrique peuvent s’impliquer dans
l’initiative de trois façons complémentaires en calculant
l’empreinte carbone associée à leurs activités grâce à notre
calculateur et :
(i)en achetant des crédits carbone certifiés (CERs)
correspondants. Cette option est particulièrement
intéressante pour les acteurs économiques soumis
à des obligations légales en matière de réduction
de leurs émissions de gaz à effet de serre ;
(ii)en faisant un don du montant correspondant (à
noter que, pour les contribuables français et dans
certains cas européens, cette option leur permet
de bénéficier d’une déduction fiscale) ;
(iii)en soutenant plus globalement la mise en
œuvre d’ethiCarbon Afrique® par l’octroi d’une
subvention ou d’un don plus important.
Les premiers projets d’atténuation choisis pour alimenter
l’initiative ethiCarbon Afrique® en crédits carbone
certifiés ont été mis en œuvre par notre partenaire Aera
Goup (ecosur afrique) :
- une petite installation d’hydroélectricité « au fil de
l’eau » à Madagascar
- une centrale solaire photovoltaïque à l’Île Maurice
- un système de traitement des effluents d’une
distillerie de canne à sucre en Ouganda
Les premiers projets d’adaptation s’inscrivant dans le
cadre de l’initiative ethiCarbon Afrique® mis en œuvre
par la société Aera Goup concernent la production
et la fourniture de foyers améliorés au Ghana et en
République Démocratique du Congo pour diminuer les
besoins en bois de chauffe et contribuer à la lutte contre
la pauvreté.
Plus que jamais le temps est à l’action et plus au
plaidoyer. Il s’agit de témoigner des possibles en
permettant à chacun de s’engager et de financer des
projets concrets et duplicables sobres en carbone à forte
valeur éthique, sociale et environnementale.
L’Afrique possède un véritable trésor de ressources
naturelles et humaines, notamment dans le domaine de
l’énergie. Pour autant le continent reste confronté à une
pauvreté énergétique caractérisée notamment par un
accès inégal et des coupures fréquentes de courant ou
dans l’approvisionnement ou encore un prix de l’énergie
beaucoup trop cher (parfois le plus cher du monde !) par
rapport au niveau de vie des populations.
Pour endiguer cette situation paradoxale, une véritable
révolution énergétique est plus que jamais nécessaire
pour garantir l’accès de tous à des services énergétiques
de qualité. Elle doit conduire le continent à adopter
massivement les énergies renouvelables et à s’engager sur
une trajectoire d’efficacité et de sobriété énergétique. En
parallèle, la question de l’adaptation aux effets néfastes du
changement climatique, essentielle pour les pays africains
qui y sont particulièrement exposés, doit recevoir
l’attention qu’elle mérite.
Pour 2016, ethiCarbon Afrique® doit attirer de nouveaux
soutiens financiers et des acteurs publics, privés ou
citoyens pour permettre la mise en place d’un important
portefeuille de projets. L’urgence est à l’action et chacun a
un rôle à jouer.
L’initiative sera présentée au prochain Forum Carbone
Africain à Kigali en juin 2016 et à la 22ème Conférence
climat (COP22) à Marrakech en novembre. Nous
aurons à Kigali l’immense plaisir de remettre les premiers
« chèques carbones » à nos partenaires pour témoigner de
leur engagement et soutien.
ENTRETIEN
« Les exportateurs de
ressources fossiles ont
besoin d’amorcer le
processus de transition plus
rapidement que les autres »,
selon Henri Waisman
L’Institut du développement durable et des relations
internationales (Iddri) est une organisation française
qui accompagne les acteurs dans la réflexion
sur la gestion mondiale des grands problèmes
collectifs, dont le réchauffement climatique. Elle
a coédité les Trajectoires de la décarbonisation
profonde (DDPP), une recherche menée sur les
moyens de mise en place, par les pays, d’une
économie sobre en carbone. Entretien avec Henri
Waisman, le coordinateur de la recherche au sein
du programme climat de l’Iddri.
PAR GWLADYS JOHNSON
Energies Africaines : Quelle était la
raison du retard de l’application des
processus de décarbonisation dans les
différents pays ?
Henri Waisman : Le retard dans la
mise en œuvre du processus de décarbonisation est le résultat de deux
phénomènes. D’un côté la reconnaissance du risque climatique qui
n’était pas effectivement suffisante
pour mettre en marche le processus
de décarbonisation, en tout cas pas à
l’échelle qui était nécessaire pour faire
des actions vraiment ambitieuses.
L’autre raison pour laquelle nous
36 x ENERGIES AFRICAINES
avions aussi eu du mal, sur le plan
international, jusqu’à récemment, à
prendre cette dimension relative à la
réorientation économique en compte,
c’est que, jusqu’à Copenhague,
jusqu’en 2009, le processus climatique était vu uniquement comme à
l’échelle globale, c’est-à-dire comme
une contrainte globale.
EA : Cette situation a-t-elle connu
des améliorations au cours de ces dernières années ?
HW : Oui, nous assistons au cours
des dernières années à une prise de
conscience très générale des impacts
et des dangers de l’impact du changement climatique.
La deuxième dimension, qui a été
très importante, s’est aussi accélérée
au cours des deux dernières années
avant l’accord de Paris. Il s’agit de la
prise de conscience que le processus de
décarbonisation, notamment du système énergétique, n’est pas seulement
une contrainte que les différents pays
devraient mettre en œuvre pour lutter contre les impacts du changement
climatique, mais aussi une façon pour
eux de réorienter leurs stratégies de déJuillet-Août 2016 4 N°8
ENTRETIEN
« Pour y parvenir, il est important de garder en tête qu’il n’y a pas une solution unique miracle qui devrait être appliquée partout pour
opérer cette décarbonisation du secteur énergétique, mais qu’au contraire la transition doit être construite par les pays en fonction de leurs
caractéristiques. »
veloppement et que cela peut avoir un
certain nombre de bénéfices pour leurs
processus de développement interne.
Les Etats ont intégré le fait que
les processus de décarbonisation
devraient être construits à l’échelle
nationale pour prendre en compte
toutes les spécificités des différents
pays et permettre de bien aligner les
stratégies de décarbonisation avec les
objectifs nationaux prioritaires en
termes socio-économiques, en termes
d’environnement local, etc.
Il y a eu aussi un moment très important qui a vraiment retourné cette
logique. C’est la conclusion de l’alliance conjointe Chine-Etats-Unis de
novembre 2014. Elle a, pour la première fois, mis en avant une volonté
de ces deux pays (qui sont clairement
deux participants essentiels au processus global), d’instaurer un processus
de décarbonisation cohérent avec leur
trajectoire nationale.
EA : Comment les pays, dépendant
des ressources fossiles, le pétrole noJuillet-Août 2016 4 N°8
tamment, devraient-ils s’organiser
pour que le processus de décarbonisation n’entraîne pas un déficit de leur
économie ?
HW : Il y a des bénéfices très importants liés au processus de décarbonisation, même pour les pays exportateurs de ressources fossiles. Plusieurs
d’entre eux, le Canada, la Russie par
exemple, ont une dépendance très
forte par rapport à la situation extérieure. Aujourd’hui, on a un certain
nombre de pays qui subissent des
difficultés parce qu’ils dépendaient
beaucoup des exportations des ressources fossiles et que les pays importateurs ont décidé de suivre d’autres
stratégies.
Cette prise de conscience que la
décarbonisation est, pour les pays exportateurs, l’occasion de construire
une trajectoire indépendante des exportations de ressources fossiles, est
fondamentale. Elle se fait petit à petit.
Le Qatar par exemple développe des
stratégies d’investissement général à
l’échelle internationale, qui le prépare
à l’ère post-gaz. Il aura donc à terme
un modèle de développement repensé
et reconstruit de façon beaucoup plus
indépendante de ces ressources.
Un autre exemple est l’Arabie
Saoudite qui, dans le cadre des négociations internationales, reste un
pays relativement réticent et difficile
à convaincre. Mais il y a aujourd’hui
dans ce pays, un changement de logique qui est la prise de conscience
que l’ère de la domination des énergies fossiles à l’échelle globale touche
à sa fin, que ce soit pour des motifs
climatiques ou en raison de la raréfaction des ressources. On sent donc
le besoin de construire une stratégie
de développement qui permet d’imaginer ce que pourrait être l’économie
d’un pays comme l’Arabie Saoudite
à un horizon de 10, 15, 20, 30, ou
50 ans.
Evidemment, on ne parle pas de
changer du jour au lendemain l’organisation économique, mais de procéder progressivement pour finalement
moins dépendre des ressources fossiles ...
ENERGIES AFRICAINES x 37
ENTRETIEN
« Par exemple, il existe une technologie qui consiste à utiliser des ressources fossiles, mais
au lieu d’émettre des gaz à effet de serre dans l’atmosphère nous allons les capter et les
séquestrer dans le sol. »
... et avoir un développement interne
qui soit beaucoup plus stable.
EA : Cette transition n’entrainera-t-elle pas un changement des
rapports de force qui existent actuellement entre les pays sur le plan de
géopolitique ?
EA : Evidemment, et on sait qu’aujourd’hui il y a beaucoup de relations
internationales, d’aspects géopolitiques qui sont liés à la possession
d’énergie. Des pays qui construisent
leur statut géopolitique en fonction
de ces ressources-là. Et petit à petit
la sortie des énergies fossiles changera
les rapports de force.
Pour les pays importateurs d’énergie, aujourd’hui, ce n’est pas seulement un bénéfice économique de
réduire les importations, mais c’est
aussi un bénéfice en terme de stabilité géopolitique, de rééquilibrage des
rapports de force qui doit permettre
justement aux pays, d’être moins
dépendants de ce qui se fait dans
d’autres pays.
L’une des motivations du processus de décarbonisation doit être cette
38 x ENERGIES AFRICAINES
stabilisation et cette plus grande indépendance des économies par rapport à
la situation extérieure. Grosso modo,
le processus de décarbonisation implique notamment de développer
beaucoup plus des ressources types,
des ressources renouvelables qui sont
des ressources internes et de moins
dépendre des ressources externes.
EA : Que devraient faire les exportateurs de ces combustibles pour garder un tant soit peu de leur influence
et de leur puissance actuelle, une fois
la décarbonisation finie ?
HW : Quand on parle d’un monde
« décarbonné », on parle d’un monde
fondamentalement différent de celui
qu’on a aujourd’hui. Il faut donc sortir d’une vision où l’on essaie d’imaginer des changements marginaux par
rapport à la situation d’aujourd’hui et
où la logique serait d’essayer de rester
le plus proche possible de la situation
d’aujourd’hui, que l’on connait et qui
est donc rassurante.
Pour ces pays-là, la question n’est
pas tellement comment maintenir
mon influence grâce à la possession de
ressources fossiles, elle est de repenser
une stratégie de développement qui
leur permette de construire une stabilité économique basée sur d’autres
logiques.
C’est pour cela que finalement les
exportateurs de ressources fossiles
ont besoin d’amorcer le processus de
transition plus rapidement que les
autres. Ils vont en effet avoir besoin
de reconstruire leurs économies, par
exemple pour développer des secteurs
industriels très forts, qui leur permettront de participer à ce processus de
transition.
Si l’on prend en compte le fait que
les ressources fossiles sont progressivement en train de disparaitre et ce,
même indépendamment du climat,
l’émergence de cette question climatique est une chose positive. En effet,
elle force tous les pays, y compris les
exportateurs de ressources fossiles à se
projeter sur une trajectoire à plus long
terme, et à anticiper plus rapidement,
ce qui est bénéfique pour eux dans le
cas de la transition.
EA : Quelles transformations devraient effectuer les entreprises investissant dans les ressources fossiles pour
demeurer au-delà de la transition et
éviter de subir le sort de nombreux
autres qui ont fait banqueroute?
HW : Les logiques d’investissements
massifs dans des ressources comme le
charbon sont amenées à se réduire au
cours du temps. Ces décisions d’investissement sont construites sur une
vision très à court terme qui consiste
à imaginer que, parce qu’aujourd’hui
on consomme du charbon, on va
continuer en consommer demain. Or
c’est exactement ce qui ne va pas se
passer. Aujourd’hui, les engagements
climatiques internationaux des pays
nécessitent l’arrêt des investissements
dans le charbon. Parce que sinon il
faudra fermer des mines, des centrales
à charbon avec un coût très important et une obsolescence des investissements et donc des faillites, des
catastrophes industrielles.
Tout l’enjeu est donc d’être capable
Juillet-Août 2016 4 N°8
ENTRETIEN
de construire une sortie progressive,
avec un arrêt des investissements dans
ces ressources qui sont de toute façon
destinées à disparaître, et une redirection de ces investissements vers les
énergies de l’avenir. Et pour le faire,
le secteur privé a besoin de signaux
clairs, politiques et économiques,
qui lui donnent une indication claire
et indiscutable de l’avènement de la
transition.
EA : Pouvons-nous déjà prévoir la
masse d’efforts qui sera nécessaire en
terme de réduction d’émissions de gaz
à effet de serre pour atteindre les objectifs fixés lors de la COP 21 ?
HW : Pour atteindre un objectif de
réchauffement en dessous de 2°C, il
faudra tendre vers la neutralité carbone à l’horizon 2050. Il faut que les
émissions nettes de carbone soient
aient moins de services énergétiques,
mais nous voulons que ces processus
de consommation soient beaucoup
plus efficaces et rationnalisés, ce qui
permettra de diminuer la demande
d’énergie.
Le second est une décarbonisation
fondamentale des énergies utilisées,
c’est-à-dire l’utilisation des énergies
qui ont un contenu carbone beaucoup plus faible que ce qu’il est aujourd’hui ou, comme vous l’avez dit,
c’est à 75% des énergies fossiles, donc
beaucoup d’émission associés à la
consommation de l’énergie.
Pour y parvenir, il est important de
garder en tête qu’il n’y a pas une solution unique miracle qui devrait être
appliquée partout pour opérer cette
décarbonisation du secteur énergétique, mais qu’au contraire la transition, doit être construite par les pays
« Tout l’enjeu est donc d’être
capable de construire une sortie
progressive, avec un arrêt des
investissements dans ces ressources
qui sont de toute façon destinées
à disparaître. »
égales à 0, c’est-à-dire que ce qui est
émis soit compensé par la séquestration naturelle.
Cela implique des émissions du
secteur énergétique très significativement diminué par rapport à ce
qu’elles sont aujourd’hui. Il y a de
différentes façons, des différentes
combinaisons d’actions qui doivent
être menées pour atteindre ces objectifs. Ces actions s’articulent autour de
trois piliers essentiels pour le secteur
énergétique.
Le premier est l’efficacité. Avant de
changer le type d’énergie que l’on utilise, il faudra en consommer moins.
Cela n’implique pas que les gens
Juillet-Août 2016 4 N°8
en fonction de leurs caractéristiques.
Nous avons des pays dans lesquels
les ressources en soleil sont importantes, d’autres dans lesquels des potentiels géothermiques colossaux sont
envisageables. Or, ce n’est pas du tout
pareil quand on parle d’éolien, de solaire, de géothermie ou de bio carburant. Il ne s’agit pas du même secteur,
des mêmes solutions techniques et le
développement des renouvelables sera
contraint par les ressources, la structure et les caractéristiques des pays
concernés.
Mais il y a aussi des pays comme
la Corée du Sud ou le Japon, dans
lesquels les ressources renouvelables
restent limitées dans tous les cas. Il
va falloir mobiliser d’autres solutions
dans ces pays-là.
Par exemple, il existe une technologie qui consiste à utiliser des
ressources fossiles, mais au lieu
d’émettre des gaz à effet de serre dans
l’atmosphère nous allons les capter et
les séquestrer dans le sol. Il y a beaucoup d’autres exemples en termes de
développement technologique qui
devraient être faits pour faciliter la
transition.
Mais ces questions doivent être
construites aujourd’hui puisque ce
type de développement technologique à grande échelle est très innovant. Ils pourront être utilisés à
condition qu’il y ait une redirection
pareille de l’action collective pour
permettre des efforts massifs en recherche et développement, des efforts
massifs de diffusion, un soutien pour
faire en sorte que cette technologie
soit disponible à temps, et permettre
leur disponibilité à grande échelle.
EA : Est-ce que dans un avenir plutôt moyen, voire lointain, on arrivera
à complètement réduire la contribution des énergies fossiles dans le mix
énergétique avant leur épuisement,
ou ces dernières seront-elles utilisées
jusqu’à la fin ?
HW : C’est pour cela que l’arène
internationale est fondamentale parce
qu’elle permet de construire une vision commune dans laquelle tous les
pays intègrent la question de la décarbonisation dans leur décisions et ont
envie de construire un processus de
transition qui les rendent indépendantes des énergies fossiles.
Une fois que le modèle de développement sera construit de façon à ne
plus dépendre de ces énergies fossiles,
on aura plus envie de les utiliser. Nous
consommons uniquement de l’énergie fossile aujourd’hui, parce que c’est
le seul moyen que nous connaissons
pour satisfaire un ensemble de services, services de mobilités, services
résidentiels, production industrielle,
etc... y
ENERGIES AFRICAINES x 39
FOCUS
Eskom fait peau neuve
L’Afrique du Sud a
été confrontée ces
dernières années à
un déficit énergétique
qui l’a sérieusement
ébranlée.
Heureusement, l’Eskom,
le principal fournisseur
d’électricité du pays,
remonte la pente
avec une constance
rassurante.
PAR GWLADYS JOHNSON
« On m’a assuré qu’il n’y aura plus
jamais de délestage. » C’est ainsi que
Jacob Zuma, le président sud-africain
a officiellement confirmé l’amélioration observée par les Sud-africains
dans la fourniture de l’électricité par
l’Eskom. « Je suis heureux des progrès
qu’Eskom a fait. A cette époque l’année dernière, la situation était sombre
et il n’y avait pas de lumière au bout
du tunnel. La société va dans la bonne
direction et cela nous donne un peu de
confort », a-t-il ajouté.
Le pays sort en effet d’une crise
énergétique sévère qui avait mené le
réseau électrique national au bord de
l’effondrement, avec des délestages
locaux allant jusqu’à 22 heures par
jour. Ces jours tristes sont bien loin
puisque la compagnie a annoncé en
mai 2016 avoir évité les délestages
imprévus sur neuf mois consécutifs. « Nous n’envisageons pas de délestage pour cette année à moins que
quelque chose ne tourne vraiment à la
catastrophe. Mais cela n’est pas complètement exclu, car nous ne sommes
pas encore au bout de nos peines », a
40 x ENERGIES AFRICAINES
confirmé Brian Molefe, le directeur
général de l’Eskom.
Constante amélioration
En mai 2016, l’Eskom a déclaré une
constante amélioration du facteur de
disponibilité de l’énergie (EAF) de
ses centrales électriques depuis octobre 2015. Alors qu’il était estimé à
69,87% à cette date, il a progressivement atteint 76,37% en avril 2016.
Cette performance, quoique bonne,
reste inférieure à la cible de la compagnie qui ambitionne une disponibilité
de 80% des centrales, 10% de maintenance planifiée et 10% de maintenance imprévue.
« La moyenne totale pour les coupures
non planifiées du 28 avril au 2 mai,
2016, était d’environ 2819 MW, avec
une perte moyenne de charge partielle
d’environ 1249 MW. Nous avons même
eu des pertes de charge partielle à des
niveaux record de 780 MW le mardi
3 mai 2016 », a déclaré la compagnie.
Pour éviter les délestages au cours
de l’hiver 2016, l’Eskom a débuté le
1er avril un plan d’approvisionnement
en électricité. Ledit plan sera achevé
en août 2016 et la société explique :
« Nous avons déjà amorcé une réduction
des maintenances planifiées et augmenté
la quantité d’énergie disponible en prévision du pic de la demande en hiver.
Juillet-Août 2016 4 N°8
GRAND DOSSIER
« Nous n’envisageons pas de délestage pour cette année à moins que quelque chose
ne tourne vraiment à la catastrophe. Mais cela n’est pas complètement exclu car nous ne
sommes pas encore au bout de nos peines. »
Nous pourrons ainsi faire face à la demande tout en conduisant les maintenances nécessaires dans nos centrales. »
Des enquêtes ont également révélé que près de 90% de la population
sud-africaine était reliée au réseau
électrique, une évolution par rapport
au taux d’électrification de 77,1%
enregistré en 2002. De même, 78,1%
de la population cuit désormais ses
repas grâce à l’électricité.
Favorisée par un agrandissement
du réseau électrique national
L’amélioration de la situation énergétique dans la nation arc-en-ciel est
le fruit de l’installation de nouvelles
Juillet-Août 2016 4 N°8
capacités combinées à la réhabilitation des anciennes et une extension
du réseau électrique.
La maintenance des installations du
réseau électrique a joué un rôle majeur dans la résolution de la crise. Les
travaux ont en effet été menés de manière systématique avec l’utilisation
d’un nouvel outil appelé Tetris.
Conçu par deux jeunes ingénieurs,
l’outil Tetris s’inspire du jeu du
même nom qui consiste à agencer
correctement dans un espace défini, des blocks de différentes formes.
Le joueur doit éviter que les blocks
ne prennent trop d’espace pour ne
pas perdre. La méthode développée
par l’Eskom permet donc de mettre
en œuvre les plans de maintenance
en prenant en compte les différentes
variables et en évitant que le plan de
maintenance ne conduise à des délestages. Il a permis aux techniciens
de l’entreprise de mieux organiser
leurs travaux de maintenance tout en
préservant l’intégrité du réseau électrique. Il est d’ailleurs prévu pour être
aussi utilisé dans la mise en place des
nouvelles capacités.
De nouvelles centrales
L’Eskom affirme être en pleine
exécution du plus grand projet de
développement
d’infrastructures ...
ENERGIES AFRICAINES x 41
FOCUS
... électriques de son histoire, visant la
construction de nouvelles centrales
électriques d’une capacité totale de
17 384 MW sur les cinq prochaines
années. 9756 km de lignes de transmission seront ajoutés tandis que la
capacité des sous-stations sera augmentée de 42,470 MVA. Le pays devrait, selon la société, avoir un surplus
de fourniture énergétique qui sera exporté d’ici 2021.
Pour atteindre cet objectif, le
pays compte sur les sources d’énergie fossiles telles que les centrales de
Kusile et de Medupi, qui devraient
ajouter 4,8 GW au réseau électrique
au cours des prochaines années. De
même, les unités 4 et 3 de la centrale
hydroélectrique d’Ingula ont fourni 666 MW au réseau électrique. La
centrale fournira à terme 1300 MW
au réseau électrique. Le renouvelable
jouera également sa partition, avec
une capacité installée qui passera à
7 GW au cours de l’année 2016.
Le pays entend également s’appuyer
sur le nucléaire qui devrait lui permettre de mettre en place 9,6 GW de
centrales d’ici à 2030.
L’efficacité énergétique a aussi été
mise à contribution avec la distribution de 1,3 million d’ampoules économiques dans les provinces du KwaZulu Natal, Western Cape, Eastern
Cap et Free State. Ces équipements
permettront l’économie de 67 MW
d’énergie. L’opération fait partie du
Programme d’échange d’ampoules
économiques mis en place par l’Eskom pour d’installer 5,2 millions de
lampes dans les neuf provinces du
« Notre santé financière s’est améliorée. Nous avons réussi à significativement minimiser la
menace de la banqueroute qui pesait sur nous depuis des années. »
pays, d’ici mars 2018 afin d’économiser de l’énergie.
De grandes levées de fonds
en perspective
L’ensemble de ces opérations a été
possible en grande partie grâce à la
restauration de la fiabilité de l’Eskom
sur les marchés financiers. « Notre santé financière s’est améliorée. Nous avons
réussi à significativement minimiser la
menace de la banqueroute qui pesait
sur nous depuis des années », a déclaré
Brian Molefe à cet effet.
L’Eskom affirme être en pleine exécution
du plus grand projet de développement
d’infrastructures électriques de son
histoire, visant la construction de
nouvelles centrales électriques d’une
capacité totale de 17 384 MW sur les cinq
prochaines années.
42 x ENERGIES AFRICAINES
L’Eskom a en effet déclaré une
hausse de 22% de son bénéfice, qui
a atteint 734 millions $, ainsi que la
réalisation de 584,4 millions d’économies supplémentaires.
Du coup, la mobilisation des fonds
sur les marchés se déroule sans encombre. « Notre financement pour
l’année écoulée est achevée et la majorité
de la mobilisation de fonds pour cette
année est faite », a d’ailleurs affirmé le
dirigeant.
La société aura en outre besoin,
pour son programme d’expansion
d’un financement de 23,5 milliards $
sur les cinq prochaines années. Elle
a affirmé avoir déjà mobilisé plus de
5,5 milliards $ pour les années 2016
et 2017.
« Les montants relativement importants dont nous pourrions avoir besoin
au cours des deux prochaines années
sont déjà mobilisés à travers la mise en
place d’un certain nombre de dispositifs.
Nous les allouerons donc en fonction des
différents projets », a révélé Anoj Singh,
le directeur financier de l’Eskom. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
FOCUS
Afrique du Sud : « Le
système ne se porte pas
aussi bien qu’il n’y paraît »,
selon Johan Van Den Berg
Le secteur énergétique sud-africain s’est
significativement amélioré au cours de ces derniers
mois, après avoir frôlé l’effondrement. Energies
Africaines s’est entretenu avec Johan Van Den
Berg, le président de l’Association sud-africaine de
l’énergie éolienne (SAWEA).
PAR GWLADYS JOHNSON
Energies Africaines : Au cours des
derniers mois, le secteur sud-africain
a connu un renouveau. Comment
le gouvernement est-il parvenu, en
quelques mois, à réhabiliter un secteur qui était au bord de l’abîme ?
Johan Van Den Berg : Le système ne
se porte pas aussi bien qu’il n’y paraît
tion de l’activité minière, notamment
dans les domaines énergétivores tels
que les fonderies de ferrochrome,
d’aluminium, etc.
En effet, le pays est en proie à une
récession d’environ 9%, qui a abouti
à une baisse considérable des activités
du secteur économique. Cela a donné
« Nous avons fait des progrès
considérables. Mais, en seulement
quatre ans, nous ne pouvons pas
espérer avoir convaincu tous les
sceptiques. »
et la validité du parc de centrales à
charbon est d’environ 75%. La demande énergétique a baissé en raison
de la récession et de la baisse du prix
des produits de base en Chine. Cela
a conduit à une baisse de la producJuillet-Août 2016 4 N°8
l’illusion, lorsque les capacités ont été
augmentées, grâce aux renouvelables
notamment, que nous générions assez d’énergie pour tout le monde.
Cependant, la production d’énergie
est à peu près au même niveau qu’en
2008, alors que nous entrions dans la
récession, et les tendances suggèrent
que nous ne sommes pas encore arrivés au niveau plancher.
EA : Pourquoi les autorités ont-elles
attendu si longtemps avant d’engager cette restructuration du secteur
énergétique ?
JVDB : Eskom a perdu un grand
nombre de ses compétences au cours
des années écoulées. Il a également
subi une ingérence politique dans la
mise en place de ses différents projets, notamment son programme de
maintenance. Par exemple, lors de la
Coupe du monde 2010, Eskom a dû
se conformer à la politique générale
qui était de « garder les lumières allumées à n’importe quel prix ». Autant de
facteurs qui ont transformé la maintenance préventive de réseau électrique
en une espèce menacée.
EA : Cette réhabilitation ouvre
de nouvelles possibilités pour ce qui
est du potentiel du réseau électrique ...
ENERGIES AFRICAINES x 43
FOCUS
ment pour aller plus loin dans le développement du secteur ?
JVDB : La poursuite du REIPPPP,
même en cas de retard. Nous pouvons
également mettre en place des programmes de revalorisation de l’énergie, notamment dans la production
du gaz et de la chaleur, communément appelée cogénération. Le pays
pourrait également confier, comme il
le fait avec les énergies renouvelables,
la construction des centrales à charbon aux entreprises privées. Dans le
même temps, la mise en place des
compteurs solaires continuerait de façon accélérée.
« Nous avons un potentiel important pour mettre en place un secteur énergétique solide et
respectueux de l’environnement. Cependant, la réalisation de ce potentiel est entravée par
le manque d’une vision forte et cohérente des objectifs. »
... national. Le gouvernement s’arrêtera-t-il là ou ira-t-il plus loin dans le
développement du secteur ?
JVDB : Nous avons un potentiel important pour mettre en place un secteur énergétique solide et respectueux
de l’environnement. Cependant, la
réalisation de ce potentiel est entravée
par le manque d’une vision forte et
cohérente des objectifs que nous voulons atteindre et des rôles du gouvernement, d’Eskom et du secteur privé
dans l’atteinte de ces buts. Le développement des énergies renouvelables
se poursuivra aussi longtemps que
le gouvernement continuera la mise
44 x ENERGIES AFRICAINES
en œuvre du Programme d’acquisition de producteurs indépendants
d’énergies renouvelables (REIPPPP),
qu’Eskom continuera avec une bonne
maintenance du réseau électrique
et que ce dernier sera régulièrement
étendu.
Des partenariats avancés pour la
mise en place d’un réseau électrique
optimisé requièrent une forte vision
et un engagement des acteurs importants du système, qui actuellement
fait défaut.
EA : Quelles sont les mesures
concrètes à prendre par le gouverne-
EA : Que pensez-vous des déclarations de Brian Molefe, le directeur
d’Eskom, selon lequel les énergies
renouvelables ne sont pas parvenues
à participer à la relève du secteur
énergétique ?
JVDB : De janvier à juin 2015,
l’énergie éolienne à elle seule a économisé à Eskom 300 millions de
rands (19,6 millions de dollars), qui
devaient servir à l’achat de charbon et
de diesel. Les énergies solaires et éoliennes ont permis d’éviter et de réduire les délestages sur une durée de
quinze jours, selon une étude publiée
par le Conseil pour la recherche scientifique et industrielle.
Récemment, la ministre de l’Energie, Tina Joemat-Pettersson, a affirmé que le programme d’énergies
renouvelables avait été un succès sans
précédent. Selon ses informations, les
énergies renouvelables participent au
réseau électrique à 16% à n’importe
quelle heure de la journée, avec des
pics au matin et dans l’après-midi.
Il est donc difficile de concevoir,
dans ce contexte, que les énergies
renouvelables n’ont joué aucun rôle
dans l’évolution constatée dans le secteur énergétique.
EA : Ces déclarations ne présagent-elles pas de futures difficultés
pour la mise en place du processus de
transition vers un secteur énergétique
moins polluant ?
Juillet-Août 2016 4 N°8
FOCUS
JVDB : Nous n’en sommes pas
encore là. Nous avons fait des progrès considérables. Mais, en seulement quatre ans, nous ne pouvons
pas espérer avoir convaincu tous les
sceptiques.
EA : Combien de temps pourrait
prendre cette transition, surtout dans
un pays où le charbon occupe une
place aussi importante dans le mix
énergétique ?
JVDB : Si nous pouvons éviter le
programme nucléaire, les énergies
renouvelables constitueront entre
20 et 40% du mix énergétique national d’ici 2030. Les recherches du
Conseil pour la recherche scientifique
et industrielle ont montré que nous
pouvons parvenir à un taux de pénétration plus élevé avec les capacités
installées de base que nous avons déjà.
EA : L’utilisation de plus de nucléaire dans le secteur énergétique
est l’un des sujets à controverse de
« Nous avons une centrale nucléaire à Koeberg depuis 1984. Cependant, nous devrions
éviter d’étendre notre parc nucléaire parce qu’il fera grimper le coût de l’énergie au point
de le rendre inaccessible. »
ces centrales nécessitent également
des investissements importants lors
de leur démantèlement, qui dure en
moyenne 30 ans. Une charge assez
lourde, peut-être la plus importante
du processus d’alimentation au nucléaire, que le pays devra supporter
et qui se ressentira dans les tarifs de
« Eskom a perdu un grand nombre
de ses compétences au cours des
années écoulées. Il a également
subi une ingérence politique dans
la mise en place de ses différents
projets, notamment son programme
de maintenance. »
l’Afrique du Sud. Pensez-vous que
le pays est prêt pour la mise en place
d’un tel programme et, si oui, est-il
opportun actuellement ?
JVDB : Nous avons une centrale
nucléaire à Koeberg depuis 1984.
Cependant, nous devrions éviter
d’étendre notre parc nucléaire parce
qu’il fera grimper le coût de l’énergie
au point de le rendre inaccessible. En
effet, outre le coût de mise en place,
Juillet-Août 2016 4 N°8
l’électricité. Ce coût a été estimé par
les Etats-Unis à 300 millions de dollars par réacteur nucléaire.
EA : La majorité des centrales électriques actuellement mises en place
dans le pays appartiendront à des investisseurs privés sur une durée d’au
moins 20 ans. L’Etat ne court-il pas
ainsi un risque de perdre le contrôle
du secteur énergétique ?
JVDB : La réponse à cette question
varie selon l’idéologie de chacun.
Mais, les développeurs privés sont
fondamentalement tenus par contrat
de vendre l’énergie qu’ils produisent
au réseau électrique national. Ils n’ont
donc nulle part où aller. Contrôler le
réseau est plus important que contrôler la génération de l’énergie. En
outre, le recours à un nombre croissant de développeurs de taille relativement modeste réduit ce risque et
démocratise le secteur énergétique.
Certains diront que la possession
des infrastructures par le gouvernement augmente les possibilités de
contrôle et permet la mise en place
d’initiatives parallèles, telles que
des programmes d’emploi à grande
échelle. D’autres diront que la possession des infrastructures par le gouvernement est non économique et n’apporte aucune valeur ajoutée.
Quoi qu’il en soit, le gouvernement ne dispose actuellement pas des
moyens financiers pour construire
ces différentes centrales et le risque
le plus élevé qu’il court est une élévation du tarif de l’électricité et une
défection du réseau, qui conduirait à
un effondrement de l’opérateur électrique national et, par conséquent,
de la planification énergétique. Mais,
l’acquisition d’énergies renouvelables
à bas coût pourrait réduire ce risque. y
ENERGIES AFRICAINES x 45
PROJETS ET REALISATIONS
Jusqu’à 59% de baisse du coût
d’installation de l’éolien et
du solaire, d’ici 2025
L’AFC et Harith partent ensemble à la
conquête du marché énergétique africain
La rentabilité des énergies renouvelables
s’accroîtra au cours des prochaines années, selon une étude menée par l’Agence
internationale de l’énergie renouvelable
(IRENA).
Le solaire photovoltaïque dont le coût
a baissé de 58%, entre 2010 et 2015,
connaîtra une autre diminution de 59%,
d’ici 2025, tandis que celui du solaire à
concentration connaîtra une chute de
43%. L’éolien onshore et celui offshore
coûteront, respectivement, 26% et 35%
moins chers au même horizon.
Cette diminution des coûts sera portée par les progrès technologiques, les
économies d’échelle et une chaîne de
distribution plus compétitive. L’ensemble
de ces changements interviendra dans
un contexte de pressions concurrentielles
grandissantes qui les accélérera.
En effet, les développeurs d’énergies renouvelables, pour remporter les mises en
concurrence auxquelles ils participeront,
tendront toujours vers les meilleures
pratiques, aussi bien sur le plan technologique, qu’en matière de prix.
« Etant donné que le solaire et l’éolien sont
déjà les sources d’énergies les moins chères
sur de nombreux marchés, cette réduction
supplémentaire de leurs coûts accentuera cette tendance et rendra irréfutable la
rentabilité de la transition des énergies
fossiles vers les renouvelables », a affirmé
Adnan Amin, le directeur de l’IRENA. y
L’Africa Finance Corporation (AFC) et Harith General
Partners ont fusionné en une société énergétique déterminée à augmenter la capacité du continent en se basant
sur les sources d’énergie aussi bien renouvelables que non
renouvelables.
La nouvelle entité a une capacité brute de 1575 MW,
alimentant environ 30 millions de personnes réparties
dans 10 pays africains. Elle fusionne en effet les intérêts
de Cenpower et de la Pan Africa Infrastructure Development Fund (PAIDF). Cenpower met en œuvre le projet de
construction de la centrale thermique de Kpone au Ghana
(350 MW) et détient des actifs dans la ferme éolienne de
Cabeolica (25,5 MW) qui fournit 20% de l’énergie consommée au Cap Vert. Quant à la PAIDF (gérée par Harith), elle
intervient dans les projets des centrales d’Edo au Nigeria
(450 MW), de Kelvin en Afrique du Sud (600 MW), de
Rabai (90 MW) et du Turkana au Kenya (310 MW).
« La fusion permettra à la coentreprise de développer rapidement des projets électriques de qualité, à coûts rentables, porteurs de bénéfices pour les utilisateurs et les investisseurs. Le
timing est idéal ; le secteur de l’électricité en Afrique présente
des opportunités d’investissement très attractives et devrait
connaitre une croissance exponentielle. Il va sans dire que
l’électricité aura pour le développement de nos communautés
un impact positif énorme et bienvenu » , a expliqué Tshepo
Mahloele, le PDG de Harith.
« L’électricité est l’un des secteurs prioritaires de l’AFC. Le
total de nos investissements s’élève à plus de 350 millions $.
Nous avons été la première institution du secteur privé à atteindre notre objectif dans le cadre de l’initiative Power Africa
du président Obama, avec un total d’investissements directs
de 269 millions $ et de 1,2 milliard $ d’investissements tiers
mobilisés », a pour sa part affirmé Andrew Ali, le PDG de
l’AFC. y
46 x ENERGIES AFRICAINES
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Nigeria : des régions
raccordées au réseau
électrique après des années
d’obscurité
Après des années dans l’obscurité, les populations
des zones rurales et urbaines des Etats du Delta
et d’Ondo seront bientôt connectées au réseau
électrique national.
Le fruit d’une volonté politique
indéfectible
Fin avril 2016, le gouvernement
nigérian a signé avec la BEDC un
accord pour connecter plusieurs régions touchées par l’obscurité dans
le Delta et dans l’Etat d’Ondo. Le
des questions énergétiques à l’Assemblée nationale, a déclaré que les
parlementaires veilleront à ce que la
BEDC distribue effectivement et de
façon régulière l’énergie à tous les
nécessiteux dans le cadre du projet.
Il a aussi exhorté le BEDC à investir
En effet, suite à la recrudescence des actes de
vandalisme sur les installations électriques qui a
affaibli la capacité de production électrique, et au
non-paiement des factures d’électricité, ces zones
ont toutes été déconnectées du réseau national.
contrat signé devrait aboutir à un
projet d’électrification des localités
concernées. Barrister Newworld
Safugha, le secrétaire d’Etat à
l’énergie du Nigeria, a déclaré à
Asaba, dans l’Etat du Delta, que le
Ministère de l’énergie travaille en
étroite collaboration avec le BEDC
pour assurer à terme une connexion
efficace des zones rurales et urbaines
dans ces régions. Il a salué les efforts
« appréciables » consentis jusque-là
dans ce sens par la société.
De son côté, Peter Onwusanya, le
président de la chambre en charge
Juillet-Août 2016 4 N°8
dans les zones rurales négligées, soulignant que connecter ces zones au
réseau électrique national est la clé du
développement.
Plus qu’une connexion,
une reconnexion…
Les habitants des deux Etats avaient
déjà accès à l’électricité. Celles du
Delta, en l’occurrence celles des régions Ogwashi-Uku et Ubulu-Uku,
ont perdu l’accès au courant électrique depuis au moins dix ans et
celles de l’Etat d’Ondo (district d’Ondo South) depuis deux ans.
En effet, suite à la recrudescence
des actes de vandalisme sur les installations électriques qui a affaibli la
capacité de production électrique,
et au non-paiement des factures
d’électricité, ces zones ont toutes été
déconnectées du réseau national. Au
total, des dizaines de transformateurs ont été sabotés et les dettes des
deux régions cumulées se chiffrent à
près de deux milliards de nairas (environ 10 millions $) selon Albert
Esenabhalu, le chef de la direction
de Benin Electricity Distribution
Company (BEDC).
Récemment, Anthony Akah, le
directeur exécutif par intérim de la
Commission nationale de régulation
de l’électricité (NERC), a révélé qu’en
deux ans, la fourniture d’électricité
via le réseau électrique national est
passée de 5000 MW à 2800 MW.
Une situation principalement causée
par les actes de vandalisme. Le phénomène est d’une ampleur telle que
les responsables en charge de l’électricité au Nigeria ont appelé à une collaboration entre le Conseil de défense
des consommateurs, les compagnies
de distribution d’électricité et les
agences de sécurité afin de protéger
ces installations. y
ENERGIES AFRICAINES x 47
GESTION PUBLIQUE
Burkina Faso : l’électrification accélérée
grâce à l’énergie solaire
Depuis quelques mois, grâce au solaire, le pays des
hommes intègres a mis un coup d’accélérateur aux
projets d’électrification sur toute l’étendue de son
territoire.
PAR OLIVIER DE SOUZA
Le photovoltaïque à la rescousse
A la mi-mars 2016, Alfa Oumar
Dissa, le ministre en charge de l’Energie, a annoncé le lancement du
Projet d’électrification rurale décentralisée par système solaire photovoltaïque (PERD/SPV). A travers ce
projet, le gouvernement envisage de
permettre l’accès à l’énergie, d’ici les
30 prochains mois, à 3400 ménages,
soit plus de 27 000 personnes. Le
projet intègre également plusieurs
de francs CFA, il sera financé à 90%
par la Banque islamique de développement et à 10% par Ouagadougou.
57 localités du Centre-Nord
électrifiées avant 2017
Dans le cadre de la troisième phase
du Programme d’électrification des
chefs-lieux de communes rurales,
le Burkina Faso prévoit d’électrifier,
avant 2017, 57 localités de la région
du Centre-Nord du pays. Il faut sou-
Dans le cadre de la troisième phase
du Programme d’électrification des
chefs-lieux de communes rurales, le
Burkina Faso prévoit d’électrifier,
avant 2017, 57 localités de la région
du Centre-Nord du pays.
infrastructures communautaires, à
savoir 130 écoles, 50 centres de santé et 90 centres communautaires.
L’objectif du projet, qui sera mis en
œuvre dans 41 localités rurales, est
de réduire l’extrême pauvreté en zone
rurale par des solutions énergétiques.
D’un coût global de 6,7 milliards
48 x ENERGIES AFRICAINES
ligner que le programme avait déjà
permis d’apporter la lumière à 47 localités lors des deux premières phases.
« Nous allons étendre le réseau pour
augmenter le taux de couverture sur
toute l’étendue du territoire national.
Nous avons également une vision au
niveau solaire, celle de placer des mini-
centrales solaires pour accompagner la
SONABEL (la compagnie en charge
de la fourniture électrique nationale,
ndlr) dans la fourniture en permanence
de l’électricité », a expliqué Alfa Oumar
Dissa, le ministre de l’Energie.
Dans le cadre de cette troisième
phase du programme, la totalité des
chefs-lieux du pays ainsi que les villages se trouvant dans un rayon de
5 km autour d’eux auront accès à
l’énergie, dans un pays où le taux
d’électrification est à peu près de
20%.
MICRESOL : le microcrédit pour
bénéficier de l’énergie solaire
Microcrédit solaire (MICRESOL)
est un programme permettant au
Burkina d’accélérer son processus
d’électrification. Lancée depuis 2011
et prévue pour se poursuivre jusqu’en
2016, l’initiative, dont l’objectif est
d’électrifier les localités rurales du
pays, a déjà permis à 40 000 ménages
d’avoir accès à l’énergie. Elle a permis à ces populations d’acquérir des
kits solaires grâce aux crédits qu’elle
octroyait.
MICRESOL a un coût d’environ
131 milliards de francs CFA. L’Union
européenne l’a financé sous forme de
subvention à hauteur de 75%. « Le
programme de planification visait à
Juillet-Août 2016 4 N°8
GESTION PUBLIQUE
Le gouvernement prépare la mise en place de la centrale solaire de Zagtouli, d’une capacité de 33 MW.
électrifier dix localités et, au final, nous
en sommes à 41 localités avec environ
40 000 ménages qui ont eu accès à
l’électricité », a salué Yves Maigne, le
Banque européenne d’investissement
(15 milliards), de l’Agence française de
développement (14,7 milliards) et de
l’Union européenne (16,3 milliards).
MICRESOL, dont l’objectif est
d’électrifier les localités rurales
du pays, a déjà permis à 40 000
ménages d’avoir accès à l’énergie.
directeur général de l’ONG Fondem,
un autre partenaire du programme.
Bouclage du financement de
la centrale solaire de Zagtouli
Par ailleurs, le gouvernement prépare la mise en place de la centrale
solaire de Zagtouli, d’une capacité de
33 MW. Il a annoncé qu’il a mobilisé
les 46 milliards de francs CFA nécessaires à la réalisation du projet. Cela
a été possible avec le concours de la
Juillet-Août 2016 4 N°8
Selon les autorités, ce financement
permettra « d’apporter des solutions
viables et réalistes aux difficultés rencontrées dans le domaine de l’énergie,
plus particulièrement dans le sous-secteur de l’électricité. Elle contribuera
également à la réduction des coûts et à
l’accroissement de la fiabilité de l’approvisionnement en électricité, tout en
ouvrant la voie à la réalisation d’autres
projets solaires dans le pays ».
La capacité électrique du pays est
actuellement de 177 MW, pour une
demande de 220 MW, ce qui entraîne
une importation de 46% de l’énergie
consommée sur son territoire.
Cinq centrales solaires de 80 MW
bientôt mises en service
Le pays travaille également à la
conclusion d’un accord de production avec les producteurs indépendants d’énergie photovoltaïque, afin
de mettre en place plusieurs centrales
solaires pour une capacité globale de
80 MW.
La réalisation de ces centrales s’inscrit dans le cadre du Programme national de développement économique
et social (PNDES) qui, selon le ministre, permettra de réduire le déficit
énergétique du pays.
Une centrale sera construite dans la
capitale avec une capacité de 30 MW.
Dori et Dédougou accueilleront chacune une centrale de 15 MW. Les
villes de N’Gourma et Orodara auront, quant à elles, une centrale de
10 MW chacune. y
ENERGIES AFRICAINES x 49
PROJETS ET REALISATIONS
SunEdison, ex-numéro 1 mondial du
développement de l’énergie solaire
a fait faillite
Le développeur solaire américain SunEdison a annoncé sa
faillite après plusieurs années de forte croissance. « Notre
décision d’initier une restructuration sous la supervision
de la justice est une étape difficile mais importante pour
résoudre nos problèmes immédiats de liquidités », a affirmé
Ahmad Chatila, le directeur général de la compagnie.
Cette situation a été induite par une politique de stratégie
de croissance externe qui a conduit la société à accumuler
des dettes. L’ex-numéro 1 mondial du développement de
l’énergie solaire a effectué des acquisitions massives, en
2014 et 2015 et s’est retrouvé en état de surendettement.
L’acquisition pour 2,2 milliards de Vivint Solar, en juillet
2015, et l’annulation, en mars 2016, de cette transaction a
conduit à une perte de confiance des investisseurs et à une
série de poursuites judiciaires qui ont mené le groupe à sa
perte.
Après avoir été cotée à 33 $ en juillet dernier, les actions
de la société ont vu leur valeur chuter jusqu’à 34 cents
avant d’être retirées du marché boursier. A sa fermeture,
SunEdison a déclaré 16,14 milliards $ de dettes pour 20,71
milliards d’actifs.
Le groupe compte désormais réduire ses dettes, tirer le
plus de valeur possible de ses technologies et de ses brevets
et céder ses opérations non stratégiques, pour sortir de la
tourmente. Elle a d’ailleurs déjà mobilisé 300 millions $
pour débuter le remboursement de ses dettes.
Il faut rappeler que SunEdison n’en est pas à sa première
restructuration. En 2001, alors qu’elle se dénommait
MEMC Electronics Materials et qu’elle était spécialisée
dans l’électronique, la société avait été acquise par Texas
Pacifique Group à 1 $ symbolique et avait été lourdement
restructurée avant de redevenir rentable.
Les principaux actionnaires actuels de SunEdison sont
Oppenheimer Funds (11,9%), BlackRock (6,5%), The Vanguard Group (6,4%) et Adage Capital Partners GP (5,4%). y
50 x ENERGIES AFRICAINES
Kenya : une meilleure
distribution de l’électricité
bientôt possible grâce au
centre de dispatching
Au Kenya, un centre de dispatching de
l’électricité sera bientôt mis en place
selon la Commission de régulation de
l’énergie (ERC). Le principal objectif
de cette nouvelle infrastructure est de
mettre l’électricité à la disposition des
ménages et des entreprises en commençant par l’énergie provenant des sources
les moins chères. L’énergie plus chère
sera mise à disposition au fur et à mesure que la demande augmentera.
Le centre de dispatching sera dirigé par
la Compagnie kényane de transmission
de l’électricité (Ketraco). « Nous voulons
un gestionnaire de réseau indépendant qui
a une vue panoramique de la demande et
de l’offre et qui peut prendre les décisions
adéquates pour l’obtention du mix énergétique le plus optimal et le plus économique
possible », a affirmé Joe Ng’ang’a, le
directeur général de l’ERC.
L’énergie la moins chère au Kenya coûte
actuellement 2 cents de shillings kényans, le kilowatt, et est fournie par les
centrales hydroélectriques tandis que la
plus chère provient des centrales thermiques et est achetée par la compagnie
de distribution à 20 cents le kilowatt. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
INVESTISSEMENT
Le jeu trouble d’Exim Bank
of India au Zimbabwe
Alors que le Zimbabwe se débat pour sortir de sa
crise énergétique, deux de ses projets sont retardés
suite aux réserves d’Exim Bank of India.
de demande d’informations supplémentaires par la banque, qui a financé
les projets de Jaguar Overseas sur les
deux dernières années.
Finalement, Jaguar Overseas, qui
essaie de conserver la réalisation
de ce projet, a décidé de négocier
avec l’African Export-Import Bank
(Afrexim), qui accorde en moyenne
500 millions de dollars de financement au Zimbabwe par an pour la
réalisation de divers projets.
Le Zimbabwe traverse actuellement une
crise énergétique due à la baisse du niveau
de l’eau dans ses centrales hydroélectriques.
Refus de financement de la
réhabilitation de la centrale
électrique d’Harare
L’Export-Import Bank (Exim Bank)
of India a contribué au retard du lancement du projet de réhabilitation de
la centrale électrique d’Harare, qui
permettra d’augmenter la capacité de
l’infrastructure de 90 MW, la portant
à 120 MW.
La banque a, en effet, refusé d’accorder le financement de 70,2 millions
de dollars demandé par la compagnie
indienne Jaguar Overseas, chargée de
la mise en œuvre du projet. Ce refus
est intervenu après de nombreux mois
Juillet-Août 2016 4 N°8
Retard également à la centrale
électrique de Bulawayo
L’Exim Bank of India a également
retardé la réhabilitation de la centrale
électrique de Bulawayo. L’institution
financière a, en effet, accordé au projet un prêt de 87 millions de dollars,
assorti d’un intérêt de 2% et rem-
sieurs mois la durée de mise en œuvre
du projet. « Cela prendra environ six
mois, alors nous projetons de démarrer
les travaux à la fin de cette année »,
a affirmé, en mars 2016, Fullard
Gwasira, le porte-parole de la ZESA,
la compagnie en charge de l’électricité
au Zimbabwe.
Agée de 69 ans, la centrale électrique de Bulawayo ne produisait que
30 MW d’énergie, pour une capacité installée de 120 MW. A la fin des
travaux, elle devrait, en plus de cette
capacité, fournir 90 MW supplémentaires au réseau électrique national.
Le Zimbabwe traverse actuellement
une crise énergétique due à la baisse
du niveau de l’eau dans ses centrales
hydroélectriques, qui fournissent la
majorité de sa capacité électrique.
La banque a refusé d’accorder le
financement de 70,2 millions de
dollars demandé par la compagnie
indienne Jaguar Overseas, chargée
de la mise en œuvre du projet.
boursable sur treize ans. Ce financement a été conditionné par la réalisation en Inde, plutôt qu’au Zimbabwe,
de l’appel d’offres devant sélectionner
l’entreprise qui réalisera les travaux.
Une condition qui allonge de plu-
Elle produit, en effet, moins de
1000 MW, pour une demande de
plus de 1600 MW. La réhabilitation
de ces centrales vise à résoudre cette
crise aussi vite que possible. y
ENERGIES AFRICAINES x 51
PROJETS ET REALISATIONS
Sénégal : 3000 ménages de 40 villages
auront accès à l’électricité grâce au solaire
Le Nigeria émettra
1,5 milliard $ de bons du
Trésor pour financer son
marché de l’électricité
Au Nigeria, le gouvernement fédéral
s’apprête à émettre 1,5 milliard $ de bons
du Trésor pour financer son marché de
l’électricité. Ces fonds, révèle le journal
Thisday, sont destinés à aider les compagnies nigérianes de distribution de l’électricité (Discos) à faire face aux difficultés
financières qu’elles rencontrent.
En effet, le tarif qu’appliquent ces entreprises aux consommateurs électriques est
en dessous des coûts de production de
l’énergie fournie. Ce phénomène est aggravé par l’incapacité du gouvernement à
apporter les subventions promises pour
pallier ce manque. La conséquence de
cette situation est que les Discos souspayent les compagnies de génération
(Gencos), freinant ces derniers dans la
réalisation des investissements visant à
étendre leurs réseaux.
Cette émission de bons se fera durant
l’année en cours, et vise principalement
les fonds de pension nationaux, tout
en restant accessibles aux autres types
d’investisseurs. Les membres des fonds
de pension ont, quant à eux, annoncé
qu’ils n’investiraient dans le secteur
énergétique national que s’ils avaient un
produit structuré à évaluer. y
52 x ENERGIES AFRICAINES
Le programme « Développement durable par les énergies
renouvelables du Sud-Est du Sénégal » permettra bientôt
l’électrification de 3000 ménages, répartis dans 40 villages, grâce à des centrales solaires photovoltaïques. Une
centaine d’infrastructures de base telles que les écoles, les
centres sanitaires, les lieux de culte et les lieux communautaires, ainsi que 150 petites et moyennes entreprises sont
également concernées par le programme.
D’un coût estimé à plus de 5 milliards de francs CFA (7,6
millions d’euros), le programme sera financé à 74% par
l’Union européenne. Il consistera, en pratique, à installer
40 miniréseaux électriques transmettant de l’énergie produite par des minicentrales photovoltaïques, d’une capacité
totale de 800 KW.
Les initiateurs du programme ont d’ores et déjà annoncé
que Taguit et Boutoupa Camaracounda feront partie des
bénéficiaires de l’initiative. « Boutoupa Camaracounda doit
être la seule communauté rurale du Sénégal où aucun village
n’est électrifié. C’est pourquoi, nous accueillons ce projet
avec beaucoup de joie », a affirmé l’un de responsables de la
localité.
« Les sites devant abriter les centrales solaires PV ont été
identifiés et les chefs de villages ont émis des lettres d’engagement. Il ne reste que les conseillers ruraux qui vont siéger et
faire des attributions de terres au nom du projet », a affirmé,
pour sa part, El hadji Sylla, expert en électrification rurale.
Le pays qui avait un taux d’électrification rurale de 29% en
2014, compte faire passer ce dernier à 60%, d’ici à la fin de
l’année en cours. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
PROJETS ET REALISATIONS
Scaling Solar va accélérer
la mise en place des
centrales solaires en Afrique
La Banque mondiale a lancé l’initiative Scaling
Solar, un plan d’investissement qui améliorera
l’intérêt des pays africains pour les investisseurs
énergétiques.
Un projet de la Banque Mondiale
mené par la SFI
Scaling Solar est une initiative de
la Banque mondiale conduite par
la Société financière internationale
(SFI). Elle a pour but d’encourager et
de faciliter la mise en place des projets
privés d’énergie solaire en Afrique.
Le programme permettra en effet aux Etats d’instaurer un climat
d’affaire plus sûr pour les investisseurs désireux d’intervenir dans le
domaine énergétique. Les pays bénéficieront en effet d’un ensemble
d’appuis techniques, financiers,
ainsi que de services d’assurance qui
« permettront aux gouvernements et
aux investisseurs d’être sûrs de la viabilité et de la bancabilité de leurs projets », selon la SFI.
Grâce à cet appui, ils pourront
mettre en place une centrale solaire en
deux ans. Outre cette réduction des
délais, le programme permettra également la mise en place d’un cadre cohérent et transparent pour l’ensemble
des investisseurs.
Les pays ayant déjà bénéficié
de ce projet
La Zambie, le Sénégal et Madagascar
sont actuellement les pays qui se sont
Juillet-Août 2016 4 N°8
engagés dans le projet Scaling Solar.
A Lusaka, la capitale zambienne,
une centrale solaire de 100 MW a
été inaugurée dans le cadre du pro-
s’appuyer pour augmenter son taux
d’électrification, qui est actuellement
de 50%. La collaboration débutera
par la mise en place d’une centrale so-
Les pays bénéficieront en effet
d’un ensemble d’appuis techniques,
financiers, ainsi que de services
d’assurance qui « permettront aux
gouvernements et aux investisseurs
d’être sûrs de la viabilité et de la
bancabilité de leurs projets »,
selon la SFI.
gramme. L’infrastructure est la première phase d’un projet ayant pour
but l’installation de 600 MW de solaire. Le pays a également inauguré
deux centrales de 50 MW qui ont été
construites en deux ans.
Le Sénégal est également engagé
dans l’initiative, sur laquelle il compte
laire de 200 MW au cours de l’année
2016.
Madagascar, qui est actuellement
en proie à une crise énergétique sévère, verra bientôt la construction
d’une centrale solaire de 30 à 40 MW,
avec l’appui de l’initiative. y
ENERGIES AFRICAINES x 53
PROJETS ET REALISATIONS
La Tanzanie investira
1,9 milliard $ annuel
dans des projets
énergétiques d’ici 2025
La Tanzanie envisage d’investir
chaque année jusqu’en 2025,
1,9 milliard $ dans des projets
énergétiques afin de mettre fin
au déficit énergétique et d’accélérer son développement industriel. « Le secteur énergétique
tanzanien fait face à un autre
défi. Parce qu’il dépend en grande
partie de l’hydroélectricité, son
approvisionnement en énergie
n’est pas garanti dans les périodes de sécheresse », a affirmé
Kassim Majaliwa, le Premier
ministre tanzanien, dans un
communiqué. Et de poursuivre :
« Les sécheresses sévères qui sont
survenues au cours des dernières
années ont induit une crise énergétique dévastatrice caractérisée
par de longues heures de délestages. »
Le pays compte donc réduire
sa dépendance à ses barrages
électriques en ayant recours
aux centrales thermiques à
gaz et à charbon. Ce faisant, il
compte faire passer sa capacité
électrique des 1500 MW actuels
à 10 000 MW d’ici 2025. Le
secteur privé devrait être le principal acteur de ce programme.
« Le financement des projets de
centrales électriques envisagés
dépasse les ressources fiscales du
gouvernement. Pour attirer l’investissement privé, nous améliorerons le cadre institutionnel et
légal », a révélé le ministre.
Dans ce contexte, le gouvernement a récemment révélé que la
Japan’s Koyo Corporation envisageait d’investir 1 milliard $
dans une centrale thermique à
gaz. y
54 x ENERGIES AFRICAINES
Le coût de l’énergie solaire en Chine pourrait
connaître une baisse de 38%, d’ici 2020
La baisse des coûts de l’industrie de l’énergie solaire pourrait permettre au gouvernement chinois de réduire le coût de ces centrales
de 38%, d’ici 2020. C’est ce qu’a affirmé Trina Solar Ltd, le premier
fabricant mondial de panneaux solaires.
Cette diminution amènerait le coût du kilowattheure à 0,5 yuan,
soit 8 cents de dollar américain. Si cette tendance est maintenue,
l’énergie solaire pourrait être compétitive par rapport à l’électricité
produite avec le charbon, d’ici dix ans.
Cette réduction de coût sera possible si la capacité de conversion
de l’énergie solaire en électricité par les panneaux est améliorée.
L’efficacité des cellules monocristallines, par exemple, devrait passer
des 18% actuels à 20%, d’ici deux à trois ans. Mais il faudra également que le gouvernement chinois réduise les coûts inhabituels que
supportent les développeurs.
La Chine, qui est maintenant le pays avec la plus grande capacité
installée de solaire, devant l’Allemagne, est dans un processus continu de réduction du coût de cette énergie qui, depuis 2012, a connu
sept diminutions ; ce qui a, entre autres, permis au gouvernement
de diminuer de 11%, en 2016, par rapport à 2015, le taux préférentiel appliqué aux développeurs d’énergie solaire. Ce faisant, il réduit
la subvention liée l’acquisition de ce type d’énergie par le réseau
électrique national chinois. Un décalage qui est actuellement l’un
des points faibles du programme de transition vers une énergie plus
propre. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
PROJETS ET REALISATIONS
Les parcs éoliens kényans
dans l’œil du cyclone
Au Kenya, la mise en place des centrales
éoliennes semble être particulièrement sujette aux
contestations et aux retards.
Le parc éolien de Turkana retardé
par l’achèvement des lignes
de transmission
Le parc éolien de Turkana ne fournira pas ses 70 premiers mégawatts
d’énergie au réseau électrique en octobre 2016 comme prévu. Ce retard
est dû aux problèmes que rencontre
la mise en place des 428 km de lignes
électriques devant relier l’infrastructure, située à 423 kilomètres au nord
de la capitale kényane, au réseau
national. « Les difficultés relatives au
tracé dans les villes de Nyahururu et
de Naivasha et les problèmes sécuritaires dans la province de Samburu
retardent l’achèvement (des lignes de
transmissions, ndlr) », a expliqué
John Mativo, le directeur exécutif
de la Kenya Electricity Transmission
Co. Ldt, l’entreprise chargée du raccordement du parc au réseau kényan.
Ce projet n’en est pas à son premier
retard. La construction de ce parc éolien, d’un coût de 689,7 millions $,
avait démarré en 2014, après dix années de retard sur son calendrier initial. Une situation qui tend à devenir
une habitude au Kenya.
Le parc éolien de Mpeketoni retardé
par le changement de son site
Le parc éolien de Mpeketoni, d’une
capacité de 90 MW, ne sera plus
construit sur le site initialement prévu pour accueillir l’infrastructure. Un
changement de la vitesse du vent au
niveau de l’ancien site a obligé l’entreprise Kenwind Holdings, chargée de
la construction, à choisir un nouvel
Juillet-Août 2016 4 N°8
La construction de ce parc éolien, d’un coût de 689,7 millions $, avait démarré en 2014,
après dix années de retard sur son calendrier initial. Une situation qui tend à devenir une
habitude au Kenya.
emplacement pour son implantation.
Ce changement du site a entraîné
la résiliation des baux préalablement
conclus avec des fermiers de la localité de Baharini, pour l’acquisition de
l’ancien site. « La Kenwind Holdings
veillera à ce que les personnes affectées
par ce projet soient indemnisées pour les
années durant lesquelles elles sont restées loyales à l’initiative. Et, ce, avant
la conclusion des contrats définitifs de
bail », a assuré Susan Nandwa, la directrice de Kenwind Holdings.
Ce changement n’a pas ébranlé la
confiance des fermiers locaux envers
la société kényane. « Ce projet est le
bienvenu car il apportera des améliorations significatives, dont la création de
nouveaux emplois pour les jeunes. Les
investisseurs ont déjà promis de mettre en
place un fonds de 3,8 millions $ destiné
à l’accompagnement des plus démunis
d’entre nous », a affirmé Isaac Gitau,
l’un des fermiers affectés par le projet.
Pourtant, il y a quelques semaines,
la relation entre la Kenwind Holdings
et les résidents de Lamu, le comté devant accueillir l’infrastructure, étaient
tendues. Le projet était confronté à
l’opposition des habitants du comté,
menés par leur gouverneur adjoint
Eric Mugo. Des fermiers avaient
même eu recours à la justice pour
obtenir un arrêt de l’acquisition
des terres devant abriter la centrale.
Finalement, les fermiers ont euxmêmes demandé l’annulation de ces
dossiers de justice pour que les investisseurs du projet leurs versent des
compensations et puissent lancer sa
réalisation.
Ces différends avec les personnes affectées par l’installation des centrales
éoliennes sont fréquents au Kenya.
En février dernier, la construction du
parc éolien de Kinangop (60,8 MW)
avait été annulée à cause de problèmes
domaniaux entre les propriétaires terriens, les fermiers locaux et les développeurs de l’infrastructure. y
ENERGIES AFRICAINES x 55
TECHNOLOGIE
Des panneaux solaires
produisant de l’énergie
avec de l’eau bientôt
commercialisés
Des groupes de chercheurs des universités Ocean
University of China et Yunnan Normal University ont
développé ensemble une cellule qui peut générer
de l’électricité, aussi bien avec des rayons solaires
qu’avec des gouttes de pluie.
Une prouesse scientifique…
Les universitaires chinois ont intégré une cellule à pigment photosensible qui a, par la suite, été enduite
d’une très légère couche de graphène.
Pour rappel, le graphène est un feuillet de l’épaisseur d’un atome obtenu
à partir du graphite et qui est chargé
en électrons. « Le graphène a beaucoup
d’avantages, mais il est surtout connu
pour sa très bonne conductivité. L’ajout
d’une simple couche de graphène de
l’épaisseur d’un atome facilite le déplacement des électrons à la surface de la
cellule », ont expliqué des scientifiques
dans la revue allemande Angewandte
Chemie.
Durant la saison des pluies, chaque
goutte d’eau peut produire des microampères, le graphène liant ses électrons avec les ions chargés positivement. Grâce à ce matériau, la cellule
solaire est en mesure de générer de
l’électricité, quelle que soit la saison.
Toutefois, le taux de conversion des
gouttes d’eau et des rayons de soleil
de la cellule n’excède pas les 6,53%.
Or, les panneaux solaires classiques
affichent un taux de conversion d’environ 15% et les plus performants
peuvent même atteindre 22%.
56 x ENERGIES AFRICAINES
Grâce à ce matériau, la cellule solaire est en mesure de générer de l’électricité, quelle que
soit la saison.
Et une alternative au soleil sous
certains cieux
Même si les cellules solaires recouvertes de graphène paraissent
très inefficaces et que la fabrication
du graphène lui-même coûte cher,
les nouveaux panneaux peuvent être
utiles. Dans les régions à forte pluviométrie, ces équipements peuvent
prendre la place des panneaux solaires
classiques, qui produisent de 10 à
25% d’énergie en moins à cause du
peu de soleil caractérisant un tel le climat. Pour certains experts, les sphères
politiques devraient déjà se pencher
sur le développement de cette nouvelle cellule dont « l’apport dans la
transition énergétique du monde devrait être non négligeable ». D’ailleurs,
les chercheurs chinois ont affirmé que
leurs cellules solaires « tout temps »
peuvent contribuer à résoudre la crise
de l’énergie. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
TECHNOLOGIE
Saphon Energy invente une
nouvelle turbine éolienne
sans pale
La startup tunisienne Saphon Energy a lancé la
commercialisation de sa saphonienne, une turbine
éolienne sans pale plus efficace que les turbines
classiques.
Une turbine éolienne révolutionnaire
En 2012, Anis Aouini et Hassine
Labaied lancent la startup Saphon
Energy, avec le projet de créer une
turbine éolienne sans hélice utilisant
la Zero-Blade Technology (technologie sans pale).
Ils se sont inspirés des voiles des
célèbres navires du royaume de
Carthage, situé autrefois au nordest de l’actuel Tunis. « À l’apogée de
Carthage, nos bateaux étaient les plus
rapides au monde. J’ai donc commencé
à m’intéresser à la captation du vent par
leurs voiles », explique Anis Aouini.
Avec son partenaire, ils dessinent
les plans d’une turbine qui a l’allure
d’une antenne parabolique. Sa forme
lui permet de capter l’énergie cinétique du vent qui, en décrivant un
mouvement tridimensionnel, produit
de l’électricité.
Le prototype, nommé saphonienne
par ses créateurs, est breveté en mars
2013. Quelques mois plus tard, il
remporte le prix de la Best Idea au
Sustainable Entrepreneurship Award
2013 et fait les unes de nombreux
médias spécialisés.
Cette notoriété vient du fait que la
turbine sans pale de Saphon Energy
affiche une efficacité largement supérieure à celle des modèles traditionnels. Contrairement à ces derniers, qui ont un taux de conversion
Juillet-Août 2016 4 N°8
du vent d’environ 50% et stockent
peu d’énergie, la saphonienne peut
convertir jusqu’à 80% de l’énergie éolienne en électricité et offre une plus
grande capacité de stockage.
En outre, le fonctionnement de ces
turbines n’entraîne aucune nuisance
sonore et ne présente aucun danger
pour les oiseaux. Mieux, les saphonniennes ne gênent pas les ondes de
télécommunications, qui étaient
brouillées par le mouvement des pales
des turbines éoliennes classiques.
Enfin, le coût de fabrication des
un Pakistanais, dont les identités sont,
à ce jour, confidentielles. Renforcée
par ces partenariats, la startup tunisienne lance l’industrialisation de sa
saphonienne. Peu de temps après, elle
obtient son premier marché.
L’Inde aura le premier parc éolien
constitué de saphoniennes
Saphon Energy a déjà un client. Il
s’agit d’une banque indienne, qui a
tenu à garder son anonymat. Cette
dernière a confié à la startup tunisienne la construction, dans le sud
La turbine sans pale de Saphon
Energy affiche une efficacité
largement supérieure à celle des
modèles traditionnels.
turbines de Saphon Energy est 45%
moins important que celui d’une éolienne traditionnelle.
Ces raisons ont convaincu
Microsoft de signer, en 2014, un
partenariat avec Saphon Energy. La
société va également bénéficier du
soutien de deux business angels (investisseurs providentiels), un Algérien et
de l’Inde, d’un parc éolien de 1 MW
constitué de 50 saphoniennes, d’une
capacité de 20 kilowatts chacune.
Ce parc pourra alimenter 1000 ménages. Si cette expérience s’avère être
un succès, on pourra définitivement
conclure que la saphonienne est le
nouveau souffle de l’industrie de l’éolienne. y
ENERGIES AFRICAINES x 57
TECHNOLOGIE
Les panneaux solaires
transparents, bientôt
une réalité
Il est désormais possible de voir à travers les
panneaux solaires grâce aux travaux de plusieurs
entreprises et équipes de chercheurs.
Une technologie développée par
de nombreuses organisations
En 2011, Sunpartner, une jeune
entreprise française a lancé WYSIPS
(What You See Is Photovoltaic
Surface), une cellule photovoltaïque
transparente, dont les versions améliorées atteignent aujourd’hui une
transparence de 90%, même si le
rendement en matière de production
énergétique reste faible (entre 2 et
3%).
des cellules photovoltaïques en silicium cristallin (taillées sur mesure)
sous la surface des prismes, en reliant
le tout sur un support transparent.
Lorsque le module est suspendu à la
verticale, une grande partie de la lumière qui y entre de façon oblique
est totalement réfléchie sur les bords
du prisme, qui la conduit aux cellules
photovoltaïques.
Outre la transparence, les prismes
confèrent un autre avantage aux pan-
Lorsqu’ils seront commercialisés, les panneaux
solaires transparents pourront faire partie
intégrante des bâtiments qu’ils alimenteront
à l’instar d’un simple vitrage. Utilisés sur les
surfaces vitrées, ils permettront du même
coût de régler le problème des panneaux
solaires encombrants et peu esthétiques.
En 2012, l’entreprise Mitsubishi
« Rayon » et le laboratoire Yamada
de l’Université technologique de
Nagaoka ont conçu un prototype de
panneau de cellules photovoltaïques
laissant passer la lumière.
La transparence de ce dispositif
est principalement due à l’insertion
du prisme, par lequel le panneau solaire reçoit la lumière du soleil. Pour
concevoir ce prototype, ils ont fixé
58 x ENERGIES AFRICAINES
neaux solaires. Ils multiplient en effet
par 1,8 leur capacité de génération de
l’électricité à partir des rayons solaires.
Un prototype
Des chercheurs de l’Université de
Michigan ont mis en place en 2014,
un prototype de panneaux solaires
transparents. « Le panneau solaire
absorbe certains rayons (les rayons invisibles comme la lumière infrarouge).
Une fois absorbée, cette lumière est
guidée vers les bords du panneau solaire où la lumière est transformée en
électricité », a affirmé Richard Lunt,
le responsable de l’équipe de chercheurs à ce propos. Ces panneaux ont
une efficacité de 1% en matière de
transformation de l’énergie solaire en
électricité.
De nouvelles perspectives dans
plusieurs domaines
Lorsqu’ils seront commercialisés,
les panneaux solaires transparents
pourront faire partie intégrante des
bâtiments qu’ils alimenteront à l’instar d’un simple vitrage. Utilisés sur
les surfaces vitrées, ils permettront du
même coût de régler le problème des
panneaux solaires encombrants et peu
esthétiques.
Dans le domaine du transport, ces
cellules photovoltaïques induisent
également des changements. Elles
peuvent en effet être appliquées aux
portières des automobiles et même au
hublot des avions.
Les
cellules
photovoltaïques
peuvent également être intégrées à
des dispositifs tels que les montres,
les téléphones ou la technologie domotique, ou elles pourraient être intégrées par exemple à des fenêtres qui
s’obscurciraient
automatiquement
pour servir de pare-soleil. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
TECHNOLOGIE
Des scientifiques inventent
par hasard une batterie
ultrapuissante
Découverte par hasard lors de travaux scientifiques,
une batterie surpuissante pourrait bien provoquer
une révolution dans le secteur énergétique.
Une batterie qui dure 400 fois plus
longtemps
Mya Le Thai est une doctorante en
chimie de l’Université d’Irvine, en
Californie. Alors qu’elle collaborait
avec des chercheurs de son université
sur la manière de créer des batteries
plus résistantes que la normale (en
remplaçant le lithium par des nanofils
d’or), la jeune scientifique a mis au
point accidentellement une batterie
qui dure 400 fois plus longtemps que
celles qui sont actuellement intégrées
dans les téléphones portables.
En effet, à l’opposé des batteries actuelles qui sont conçues pour supporter un cycle d’environ 7000 charges
et décharges avant de se détériorer, la
batterie de Mya est capable de supporter un cycle de 200 000 chargements
et déchargements avant de montrer
un signe de dégradation de 5%.
Une bonne nouvelle… et
des questions en suspens
L’invention de Le Thai est d’autant
plus surprenante qu’elle est accidentelle. L’étudiante, après avoir travaillé
sur une solution d’électrolyse, et sans
se laver les mains, avait manipulé
les nanofils d’or. C’est alors qu’elle a
constaté que cette solution augmentait significativement leur résistance
et leur durée de vie. Elle alerta aussitôt ses collègues qui installèrent
un nanofil d’or dans une enveloppe
Juillet-Août 2016 4 N°8
La batterie de Mya est capable de supporter un cycle de 200 000 chargements et
déchargements avant de montrer un signe de dégradation de 5%.
conçue en dioxyde de manganèse et
remplacèrent le lithium par un gel
électrolyte. Après cette expérience,
l’équipe de recherche procéda à plusieurs tests.
« Pour l’instant, nous n’avons pas encore tout compris du fonctionnement
de cette batterie », a déclaré Reginald
Penner, l’un des responsables de cette
étude. Pour que sa commercialisation soit effective un jour, et ceci à
moindre coût, Penner suggère l’emploi du nickel à la place de l’or. y
ENERGIES AFRICAINES x 59
TECHNOLOGIE
Les centrales numériques de
GE maximisent le rendement
des centrales électriques
La technologie de centrale numérique développée
par General Electric boostera d’ici peu l’efficacité
des centrales électriques sud-africaines et
égyptiennes.
PAR SERVAN AHOUGNON
Une innovation révolutionnaire
General Electric a créé en 2015
ses toutes premières centrales numériques. Il s’agit en fait d’une combinaison d’outils matériels et logiciels
qui permettent d’améliorer l’efficacité des centrales électriques, qu’elles
soient éoliennes, à gaz, hydroélectrique ou à charbon.
Grâce à la plateforme Predix développée par la compagnie américaine,
les centrales numériques de General
Electric permettent de créer un jumeau
numérique de la centrale électrique. Ce
jumeau numérique informe en temps
réel sur tous les éléments de la centrale,
permettant de fournir plus efficacement une énergie plus propre. Mieux,
les jumeaux numériques permettent
de prévoir les problèmes des centrales
grâce à des simulations de scénarios qui
décèlent les potentielles pannes et les
évitent avant qu’elles ne se produisent.
Avec la technologie de General Electric,
chaque aspect de la création d’énergie
dans la centrale est pris en compte pour
une efficacité accrue. Le système a déjà
convaincu l’Egypte et l’Afrique du Sud
qui souhaitent s’en servir pour faire
face aux challenges de leurs secteurs
énergétiques.
L’Egypte veut améliorer l’efficacité
de ses infrastructures
L’Egypte, qui fait face à une importante croissance de la demande
60 x ENERGIES AFRICAINES
Juillet-Août 2016 4 N°8
TECHNOLOGIE
en électricité depuis quelques années,
a choisi, en plus de la construction
de nouvelles centrales pour satisfaire
cette demande, d’améliorer l’efficacité des infrastructures disponibles. En
effet, d’après le rapport « Addressing
Egypt’s Electricity Vision », publié
en 2015 par le Ministère égyptien
de l’énergie, le pays peut augmenter
de 20% l’efficacité de ses centrales.
C’est là qu’interviennent les centrales
numériques de General Electric, qui
est l’un des principaux partenaires de
l’Egypte dans le secteur des énergies.
Pour capter les 20% d’efficacité supplémentaires recherchés par les auto-
rités égyptiennes, General Electric va
transformer les centrales existantes en
centrales numériques. La compagnie
américaine va également fournir les
logiciels de protection des centrales
numériques égyptiennes.
L’Afrique du Sud vise un gain
de 10%
Partenaire de l’Afrique du Sud dans
le secteur de l’énergie, General Electric
transformera les centrales de la nation
arc-en-ciel en centrales numériques,
dans le but d’augmenter l’efficacité des
infrastructures en place. « Il y a environ
45 GW d’énergie en Afrique du Sud et 30
GW d’entre eux proviennent de la technologie de GE. Si nous pouvons obtenir
10% de plus en termes de performance sur
les infrastructures existantes, cela fera 3
GW d’énergie nouvelle », a déclaré Steve
Bolze, le PDG de General Electric, lors
de sa visite en Afrique du Sud en avril
2016. « Actuellement, l’Afrique du Sud
se base fortement sur le charbon, mais
(avec les centrales numériques) il y a une
grande possibilité de réaliser des économies
de charbon, mais également de réduire
les émissions (de gaz) ». Les centrales
numériques auraient donc un double
avantage, en agissant à la fois au niveau
énergétique et écologique. y
Mieux, les jumeaux numériques permettent de prévoir les problèmes des centrales grâce
à des simulations de scénarios qui décèlent les potentielles pannes et les évitent avant
qu’elles ne se produisent.
Juillet-Août 2016 4 N°8
ENERGIES AFRICAINES x 61
INTERNATIONAL
De nombreuses initiatives
pour une Europe « neutre
en carbone »…
Encouragés par l’essor des énergies renouvelables
et dans un souci d’assainissement, les pays d’Europe
projettent d’atteindre la neutralité carbone dans les
prochaines années.
PAR AARON AKINOCHO
Le gouvernement britannique s’est fixé comme objectif de devenir neutre en carbone d’ici 2050. 33% des émissions de GES proviennent de
l’électricité, 21% du transport, et 18% du chauffage domestique.
Copenhague, la capitale danoise,
s’est fixée comme objectif, d’ici
2025, de devenir la première capitale
« neutre en carbone ». L’objectif est
certes ambitieux, mais il est crédible :
depuis 2005, la ville a déjà réussi à réduire de 35% ses émissions.
Des autoroutes cyclables
Le meilleur atout dont dispose
Copenhague pour devenir neutre
en carbone en 2025, est de pouvoir
compter sur une population extrêmement avertie. En effet, un quart
seulement des habitants possède une
62 x ENERGIES AFRICAINES
voiture et près de la moitié d’entre
eux se rend, au travail ou à l’école,
à vélo. Le vélo représente 40% des
déplacements dans Copenhague, et
60% des habitants possèdent un vélo.
Cette culture du vélo provient de la
première crise pétrolière de 1973, qui
a poussé les habitants à garer leurs
voitures, à cause de la cherté de l’essence, et à pédaler. Cela a conduit à
la construction des premières pistes
cyclables. Au fil des années les pistes
cyclables se sont développées pour
encourager l’utilisation des vélos, la
ville compte aujourd’hui 400 km de
pistes, dont des autoroutes cyclables
qui permettent aux habitants les plus
éloignés d’atteindre le centre-ville très
rapidement.
Ainsi, la municipalité compte bien
tirer parti de cette passion du vélo en
construisant plus de pistes cyclables
pour faire grimper les déplacements à
vélo de 40% à 75% en 2025.
Des centrales de cogénération
Devenir neutre en carbone impliquera des mesures plus importantes et
plus drastiques. Près des trois quarts
de l’électricité de Copenhague proJuillet-Août 2016 4 N°8
INTERNATIONAL
vient encore de combustibles fossiles,
en particulier charbon et gaz. « Le
défi va être de trouver des idées pour
faire disparaître les 300 000 dernières
tonnes de CO2 », a expliqué Jorgen
Abildgaard, le directeur du projet climat, au journal Libération.
L’une des solutions trouvées à ce
propos est la conversion des centrales
à combustible fossile en des centrales
de cogénération qui ne consommeront que de la biomasse. La construc-
min à parcourir. Aujourd’hui en effet,
environ 85% de la production totale
du pays provient toujours des sources
traditionnelles que sont le pétrole, le
gaz naturel et le nucléaire (le charbon
étant éliminé).
Pour atteindre son objectif de neutralité en carbone, le Royaume-Uni
envisage également d’alimenter les
secteurs du transport et du chauffage
grâce à l’électricité. Des centrales éoliennes, solaires et nucléaires supplé-
À l’horizon 2020, la Suède veut
réduire de 40% les émissions de
GES dans les secteurs ne faisant
pas partie du système européen
d’échange de quotas d’émission
(SCEQE), la bourse du carbone
de l’Europe.
tion d’une centaine d’éoliennes en
périphérie de ville est également envisagée ainsi que des investissements
dans la géothermie profonde afin
de récupérer la chaleur des nappes
aquifères. La municipalité met en
outre l’accent sur les économies
d’énergie et l’efficacité énergétique.
Elle multiplie les travaux de rénovation énergétique de bâtiments publics
et d’immeubles d’habitation anciens,
crée de nouveaux quartiers écologiques et envisage l’extension des
lignes du métro.
Le Royaume-Uni veut atteindre la
neutralité carbone d’ici 2050
Le gouvernement britannique s’est
fixé comme objectif de devenir neutre
en carbone d’ici 2050. 33% des émissions de GES proviennent de l’électricité, 21% du transport, et 18% du
chauffage domestique.
Malgré l’augmentation de la production d’électricité par le renouvelable, le pays a encore un long cheJuillet-Août 2016 4 N°8
mentaires seront mises en place pour
soutenir cette transition. Ce changement modifiera d’ailleurs le paradigme énergétique du royaume. Le
transport et le chauffage consommeront respectivement 110 GW et 200
GW, ce qui portera le pic de demande
énergétique du pays des 60 GW actuels à 370 GW.
Cela engendrera des coûts pour les
populations qui, en l’absence d’intervention des autorités, auraient vu
leurs factures d’électricité augmenter
de 1427 $ en moyenne par an par
rapport au niveau de 2014. Le gouvernement décidant que cela n’est pas
acceptable pour les consommateurs
ou les industries, a établi un plafond
d’augmentation de prix de 100 £ (143
$) par an pour les clients résidentiels.
La Suède emboite le pas
Le gouvernement suédois s’est également fixé comme objectif de neutraliser l’empreinte carbone du pays d’ici
à 2050. Cet objectif présenté dans
son Climate Bill (décret sur le climat) est sous-tendu par la vision pour
2020 d’une Suède dotée d’un approvisionnement énergétique durable et
efficace en termes de ressources.
À l’horizon 2020, la Suède veut réduire de 40% les émissions de GES
dans les secteurs ne faisant pas partie du système européen d’échange
de quotas d’émission (SCEQE), la
bourse du carbone de l’Europe. Cet
objectif sera atteint grâce à des efforts
nationaux (pour 2/3 des réductions)
et des efforts internationaux, tels que
des investissements via le Mécanisme
de développement propre (pour 1/3
des réductions).
Sur le même terme, 50% de l’énergie devrait provenir de sources d’énergie renouvelable et 10% de l’énergie
utilisée dans le secteur du transport
devrait être renouvelable. L’efficacité
énergétique est prévue pour augmenter de 20% à l’horizon 2020.
Le gouvernement a déjà commencé
à travailler à cette feuille de route en
chargeant l’Agence suédoise de protection de l’environnement, en concertation avec d’autres agences gouvernementales, d’établir des scénarios
et des propositions d’instruments de
politique. Il a également procédé à la
nomination d’un groupe de référence
composé de représentants d’organisations de défense de l’environnement,
du secteur économique et de la communauté des chercheurs afin de faciliter la mise en œuvre des futures politiques à ces divers niveaux.
Et les autres pays…
Outre ces quelques grands
exemples, plusieurs initiatives sont entreprises dans les autres pays du vieux
continent. Les objectifs sont certes
moins grands mais concourent tous à
une forte réduction des émissions de
gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
La France, par exemple, s’est fixé
comme but de réduire à l’horizon
2050 de 75% ses émissions de GES
par rapport à 1990, l’Allemagne et la
Finlande elles, projettent une réduction de 80% à 95%. y
ENERGIES AFRICAINES x 63
La chronique quotidienne
de l’électrification africaine,
avec une priorité aux
énergies renouvelables
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INTERNATIONAL
Les efforts en faveur du
climat pourraient se révéler
très rentables pour l’Union
européenne
La lutte contre le réchauffement climatique
pourrait faire économiser 29 milliards $ à l’Union
européenne. C’est ce qu’a révélé une étude
réalisée par l’ONG International Council on Clean
Transportation (ICCT).
Réduction des importations
de pétrole
Selon l’étude d’ICCT, le respect
des engagements pris lors de la
COP 21, notamment dans le secteur des transports, conduira à une
baisse de la consommation d’hydrocarbures. Passant par une plus
rait les dépenses de la communauté
en achats de carburant de 12 milliards supplémentaires.
Ces prévisions sont basées sur l’hypothèse selon laquelle des investissements massifs dans les technologies
bas carbone feront reculer la demande
pétrolière mondiale de 11 millions de
Ces prévisions sont basées sur
l’hypothèse selon laquelle des
investissements massifs dans les
technologies bas carbone feront reculer
la demande pétrolière mondiale de
11 millions de barils par jour d’ici à 2030.
Ce chiffre passera à 60 millions de barils
par jour d’ici 2050.
grande électrification du secteur, ces
réformes permettraient de réaliser
une économie d’environ 29 milliards
d’euros d’ici à 2030. En outre, la
chute des prix du pétrole causée par
cette baisse de la demande, diminueJuillet-Août 2016 4 N°8
barils par jour d’ici à 2030. Ce chiffre
passera à 60 millions de barils par
jour d’ici 2050.
Les règles d’efficacité énergétique
imposées aux véhicules européens
entre 2000 et 2015 ont fait baisser la
consommation pétrolière de la région
de 5 milliards de barils.
Si ces politiques étaient appliquées,
elles conduiraient à une augmentation de 0,9% du revenu moyen d’ici
2050. Plus de 400 000 emplois seront
également créés dans le processus,
une bonne nouvelle pour une région
dont le taux de chômage peine à passer sous la barre des 10%.
De belles perspectives dans
le secteur énergétique
La transition du vieux continent
offre d’encore plus grandes potentialités dans le secteur énergétique. Selon
une étude conduite par Bloomberg
New Energy, l’Europe pourrait produire 70% de son énergie grâce au
renouvelable d’ici 2040. Cela reviendrait à doubler la part actuelle
de ce type d’énergie dans le bouquet
énergétique de la région.
Ce développement intensif sera en
grande partie facilité par la baisse des
coûts qui sera de 60% pour l’énergie solaire et de 41% pour l’énergie
éolienne. Ce qui laisse présager des
économies supplémentaires. y
ENERGIES AFRICAINES x 65
LEADER DU MOIS
Brian Molefe, le capitaine
imperturbable qui a sorti
l’Eskom de la tourmente
Brian Molefe est arrivé à la tête de l’Eskom, la
société sud-africaine en charge de l’électricité
alors que le secteur énergétique était au bord de
la faillite. Zoom sur le dirigeant qui a libéré la nation
arc-en-ciel des délestages.
Un optimisme sans faille au cœur
de la tourmente
« L’Eskom au bord de la faillite ? Pas
du tout ! L’agence a des réserves financières. Les coupures d’électricité ont-elles
durement touché les ménages et l’activité
économique ? Pas du tout ! à peine dix
heures dans le noir sur 168 heures par
semaine. Et pour le retard pris dans la
construction des centrales de Medupi et
Kosile, ce n’est pas la faute d’Eskom, mais
des entreprises qui ont de mauvais rapports avec leurs employés, ce qui a provoqué des grèves à répétition. Donc inutile
66 x ENERGIES AFRICAINES
d’accabler Eskom, tout ira mieux demain. » Tels sont les propos rassurants
de Molefe devant les parlementaires
tout juste après sa prise de fonction le
25 septembre 2015. Très optimiste, il
a su garder le cap face aux problèmes
financiers de la société mais aussi face
aux délestages répétitifs qui ont perturbé le pays pendant plusieurs mois.
Une efficacité dans la résolution
des problèmes
Brian Molefe a pris des mesures radicales pour sortir l’Afrique du Sud de
la crise énergétique. L’entreprise a en
effet entrepris la maintenance de ses
équipements. Et pour cela, il fallait
faire subir au pays une douloureuse
cure de délestage. « A mon arrivée j’ai
tenu des réunions avec divers responsables techniques et managériaux. De
ce que j’ai suivi, il semble que les équipements actuels ont besoin de maintenance et pour chaque opération, on est
obligé de suspendre au moins 3000 mégawatts d’énergie sur le réseau », avait-il
expliqué.
La société a également annoncé qu’elle investirait 21 milliards $
dans la construction de centrales
électriques dans les cinq prochaines
années. Mais en attendant, les principaux travaux de maintenance ont été
réalisés et le temps des délestages est
passé.
Un succès reconnu
« Nous n’envisageons pas de délestage pour cette année à moins que
quelque chose ne tourne vraiment à la
catastrophe. Mais cela n’est pas complètement exclu car nous ne sommes
pas encore au bout de nos peines », a
affirmé Brian Molefe en mars 2016,
confirmant l’amélioration observée
par l’ensemble du pays. « Notre santé
financière s’est améliorée. Nous avons
réussi à minimiser significativement la
menace de banqueroute qui pesait sur
nous depuis des années », a-t-il poursuivi. Le fournisseur d’électricité a aussi
annoncé une hausse, à 76,37%, de
son taux de disponibilité de l’énergie
électrique, ainsi qu’un taux d’électrification de près de 90%. y
Juillet-Août 2016 4 N°8
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