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Enseignements de l’atelier
sur le rôle des femmes
dans la préservation de la
biodiversité agricole.
Kayes, décembre 2006
Remerciements
Nous tenons à remercier toute l'équipe de l'URCAK
qui a préparé l'atelier de Kayes et a veillé à son bon
déroulement. Nous remercions toutes les participants,
personnes ressources, chercheurs, représentants
d'associations, paysannes et paysans du Sénégal, du Mali et de
France, qui sont venus partager leurs connaissances et expériences. Nous
n'oublierons pas l'accueil chaleureux au village de Babala, ponctué d'une veillée en
danses, musiques et chants des griots chasseurs. Egalement merci à Goundo
Kamissoko, représentante des femmes de l'URCAK, et à son Président Siré Soumaré,
pour l'accueil dans leur village de Somankidi Coura. Par ailleurs, nous exprimons
notre sincère reconnaissance à Mohamed Haïdara et son équipe d'AMASSA, pour son
accueil à Bamako. Merci également à Marie Le Breton, qui a eu la patience de concilier
toutes nos remarques pour maquetter l'affiche calendrier et pour la réalisation de ce
document.
Avec le soutien de
Misereor, Coopération Suisse au Mali DCC, Fondation Nature et Découvertes,
Fondation Un Monde par Tous.
Document imprimé sur du papier recyclé
Séminaire organisé par
L'Union Régionale des Coopératives de Kayes (URCAK, Mali) et BEDE
Contact URCAK : URCAK • BP252 • Kayes
Tél. +223 252 27 70 • E-mail urcak@sotelma.net.ml
Contact BEDE : Association BEDE • 47, place du Millénaire • 34000 Montpellier • France
Tél./Fax +33 (0)4 67 65 45 15 • E-mail bede@bede-asso.org
Rédaction
BEDE : Anne Berson, Bob Brac de la Perrière, Nathalie Ramos, Cécile Rousseau
Crédit photos
Anne Berson, Cécile Rousseau, Patricia Corsini
Maquette et infographie
Félinaé - felinae@orange.fr
ISBN : 2-9523870-1-X
Sommaire
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1. La préservation des semences locales sur le terrain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
• Céréales : des variétés locales inégalées
• Potagères : l’avancée des hybrides
• Variétés paysannes
• Sélection des semences : le savoir-faire des femmes
• La conservation des semences en greniers
2. Enjeux politiques de la conservation des semences locales . . . . . . . . . . . . . . 7
• “La cuisine est plus vieille que la mosquée”
• Le principe de souveraineté alimentaire
• Une dépendance vis-à-vis des produits importés
• Une dépendance via les hybrides, les intrants chimiques et les OGM
• Les nouvelles lois imposent les semences industrielles
• L’uniformisation des cadres de biosécurité facilite l’introduction
des OGM
3. Comment regagner son autonomie semencière ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Conclusion générale... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Annexe 1 : associations présentes à l’atelier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Annexe 2 : liste des participants des organisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
1
Introduction
« Tout le monde est réuni pour une noble cause,
pour laquelle tous les sacrifices sont bons. Les
objectifs sont d’être nous-mêmes, de sauvegarder
ce que Dieu a donné à l’humanité : l’air, l’eau et la
nourriture qui nous sont à tous indispensables. Si
l’un des éléments se perd ou est approprié par la
puissance de l’argent, on doit se lever pour sauvegarder
ce don de Dieu. Il y a 10.000 ans, l’agriculture a été
inventée sur les bords de l’Euphrate, en Mésopotamie. Les
pionniers ont tout mis en œuvre pour collecter les diverses
semences, ont peiné pour les distribuer à toute l’humanité et les léguer aux
générations suivantes ; nous devons tous honorer leur œuvre et ne pas la laisser en
perdition. Nous sommes tous conscients des menaces sur nos semences traditionnelles
qui viennent d’un petit groupe d’hommes, les superpuissances qui veulent rendre
l’humanité esclave. Il faut dire non à cette hégémonie et reprendre en main notre
avenir. Il ne faut pas attendre de Dieu qu’il règle tout, l’homme doit prendre ses
responsabilités. Cet objectif transcende les frontières et les cultures. Merci à nos amis
français qui vivent sous d’autres cieux mais ont les mêmes objectifs. Egalement merci
aux frères du Sénégal, dont Lamine qui se bat depuis des années pour sauvegarder ces
valeurs qui risquent d’être appropriées par les puissances financières. Saluons ceux
qui se donnent la main pour relever ce défi. Saluons aussi les techniciens de la
recherche qui vont dans le même sens. De même ceux qui sont venus depuis Bamako
et de plus loin au Mali malgré les difficultés du voyage. A tous les anonymes qui se sont
investis et sont prêts à s’engager, je souhaite beaucoup de courage, de respect
personnel et d’engagement. Je déclare ouverts les travaux du forum sur les semences
paysannes. »
Discours d’ouverture de l’atelier par Siré Soumaré, président de l’URCAK
Le Programme Semences de Connaissance de BEDE
BEDE en lien avec des organisations de différents réseaux européens et
internationaux crée des espaces pour favoriser l’échange direct de paysans à paysans
sur leurs savoir-faire, connaissances et expériences sur la biodiversité cultivée, les
biotechnologies et les alternatives que propose l’agriculture paysanne et écologique.
Ces espaces, centrés sur les paysans et leurs innovations, prennent la forme
d’ateliers, de séminaires de formation et de voyages d’échanges de terrain en Europe
de l’Ouest et de l’Est, au Maghreb et en Afrique de l’Ouest. Les rencontres permettent
aux paysans d’améliorer tant leur travail de terrain que leur capacité de négociation
sur le plan législatif. BEDE favorise également la publication de documentation et la
diffusion d’information sur les innovations paysannes intéressantes pour le
développement d’une agriculture durable et de la souveraineté alimentaire des
communautés rurales.
2
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
1. La préservation des semences locales sur le terrain
En Afrique, les femmes jouent un rôle essentiel dans la conservation des
semences. A Kayes, dans la région ouest du Mali, de nombreuses associations de
femmes adhèrent à l’Union Régionale des Coopératives Agricoles de la région de
Kayes (URCAK). Dans la continuité de plusieurs échanges entre organisations
paysannes maliennes, sénégalaises et françaises, URCAK et BEDE ont organisé en
décembre 2006 un atelier sur le rôle des femmes dans la préservation de la
biodiversité agricole. L’objectif était d’informer les paysannes et paysans sur les
enjeux actuels qui menacent les semences et de mettre en lien les initiatives en
cours pour valoriser les connaissances paysannes sur le patrimoine végétal local.
• Céréales : des variétés locales inégalées
La grande majorité des paysannes et paysans conservent et ressèment chaque
année les semences locales de céréales de mil, de sorgho, de maïs et de riz. Ils
sont attachés à ces semences avec lesquelles ils ont en principe de très bons
résultats. Même si leur culture est dépendante des pluies, elles sont utilisées
depuis des générations et sont adaptées aux conditions climatiques et aux sols.
L’enjeu autour des céréales est fondamental en Afrique puisqu’elles sont la base
de la consommation et de la sécurité alimentaire des pays. Il est important de
rappeler aux paysans et paysannes la nécessité de préserver leurs semences,
surtout en période de crise (sécheresse, criquets) où parfois les stocks dits de
sécurité (pour semer) sont consommés.
Il faut donc encourager le travail des paysans à conserver et sélectionner sur
leurs champs des variétés paysannes à partir de leurs terroirs et leurs savoir-faire.
• Potagères : l’avancée des hybrides
La plupart des paysannes utilisent des semences “améliorées” hybrides pour
les cultures de plantes potagères. Quand l’accès à l’eau est possible, les légumes
“modernes” (chou pommé, laitue, tomate, concombre…) sont largement
cultivés pour leur valeur sur le marché. Les semences de ces légumes non
traditionnels sont importées et sont essentiellement des semences sélectionnées
et multipliées en Europe, souvent des hybrides issus de lots de mauvaise qualité.
Les paysannes ont peu de connaissances sur la culture de ces potagères. Quand
elles peuvent se le permettre financièrement, elles les cultivent avec le lot
d’intrants qu’il est conseillé d’utiliser. Outre que les semences modernes
(hybrides, issues des biotechnologies...) sont les seules disponibles sur le marché,
une des raisons qui poussent les paysannes à les utiliser, c’est qu’elles ont pour
critères de choix la grosseur, la plasticité du légume ou du fruit pour qu’ils se
vendent bien sur le marché. C’est ainsi qu’elles abandonnent peu à peu la
culture de leurs variétés de légumes traditionnels.
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
3
1. La préservation des semences locales sur le terrain
• Les variétés paysannes
Le plus souvent, les productrices ne connaissent pas le nom officiel des
variétés locales. Le nom africain (farafing), le nom du village d’origine ou bien
celui de la première personne qui a introduit la variété dans la zone reviennent
très souvent pour signifier que la variété est locale. Les enquêtes d’Aminata Dolo
menées dans la région de Kayes en 2005 (“Savoir-faire en production de
semences des exploitations familiales de Kayes”, URCAK) puis les échanges en
groupes de l’atelier de Kayes ont permis de commencer à recenser les variétés
utilisées par les femmes. L’inventaire obtenu n’est bien sûr pas exhaustif et les
noms retranscrits sont ceux des appellations locales données par les paysannes
et les paysans.
Variétés locales produites par les femmes recensées dans la région de Kayes
par Aminata Dolo en 2005 et au cours de l’atelier de Kayes 2006 :
Gombo
• Farafing gan (gombo africain) rouge et
blanc
• Touri gan (gombo crapaud ou gombo
enceinte c’est-à-dire ventru)
•
•
•
•
Woukoulo gan (gombo nain)
Sa gan (gombo serpent)
Gan blema
“chinois”
Arachide
• Kalo sabani ou Tiga Ni Teli (précoce)
• Tiga ba (tardive)
• Kadioro (plant gros et grand, 2 graines
Echalote (Farafing diaba ou diaba miseni)
• Sandaré diaba
• Niono diaba
• Mopti diaba
• Logo diaba
• Ségou diaba
Aubergine amère (Diaxatou ou Jaxatou)
Oseille de Guinée (Dah Bleni)
• variété locale malienne
• variété du Burkina Faso (moins acide)
Riz
•
•
4
Kundjimi (tardive)
Wassagara (précoce)
Niébé
• Danfagabougou sio
• Sio ni teli (précoce)
• Si oba (tardive)
• Koumba Soucko
•
•
•
dans la coque)
Tiopo (plant gros et grand, 2 graines
dans la coque)
Makandian (3-4 graines dans la coque)
Bete Tiga (4 graines dans la coque,
contient beaucoup d’huile, vient de Côte
d’Ivoire)
Patate
• “chinois”
• Danfaga
• Sio bléma
• Diéma
Amarante
• Naboulou diéma
• Bléma
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
1. La préservation des semences locales sur le terrain
• Sélection des semences :
le savoir-faire des femmes
En règle générale, les femmes pratiquent la
sélection massale, pour les légumes ou les
cultures sèches (arachide, niébé) issus des variétés
paysannes.
Tous ont appris avec leurs parents comment
sélectionner les meilleures panicules ou épis dans un
champ de céréales, les meilleurs fruits sur le gombo,
ou trier simplement les meilleures graines après récolte
(arachide, niébé, échalote). L’expérience de la sélection est
fonction soit de l’âge de la personne, soit de l’âge de son
mariage (sélection de légumes) pour les femmes venant des zones exondées à
cultures sèches principalement. Tout le travail de sélection est fait manuellement
: récolte, battage, nettoyage, triage et stockage. Ils font de l’autoproduction et
de l’autosélection, en choisissant dans leurs potagers ou dans leurs champs les
meilleurs fruits, sains, jolis, vigoureux, typiques de la variété recherchée. Cette
sélection a pour objectif de récolter une semence identique à celle semée, une
semence choisie pour ses qualités qui sont, entre autres, l’adaptabilité aux
conditions pédoclimatiques, le goût, la résistance aux maladies, la précocité,
l’écoulement rapide sur le marché, la productivité élevée.
Le plus souvent, pendant que les femmes s’occupent des semences locales de
légumes, les hommes multiplient les semences achetées sur le marché, comme
le concombre, le poivron, l’oignon, l’aubergine, la carotte, la laitue, la betterave,
le piment, le gombo, la tomate, le chou, le melon, une variété d’oseille de
Guinée et de pastèque.
Mais, ce sont aussi principalement les hommes qui sélectionnent et multiplient
les semences de céréales (maïs, riz, sorgho, mil, fonio), et qui gardent dans un
coin humide de leur champ les tubercules de patate douce et de manioc.
On peut diviser les productions en trois groupes avec différents rapports à la semence :
•
•
•
cultures sèches, céréales
Semences locales ou améliorées, autoproduites souvent par les hommes :
mil, sorgho, arachide, maïs, riz.
légumes locaux
Semences locales ou améliorées, autoproduites par les femmes :
gombo, aubergine amère, échalote, patate douce, courge, niébé, oseille de guinée,
amarante, voandzou (pois de terre).
légumes d’origine étrangère
Semences achetées (tous les ans ou tous les 2 à 3 ans), souvent hybrides :
tomate, carotte, chou, pomme de terre, laitue, betterave, concombre, melon,
poivron, certains piments, pastèque, oignon.
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
5
1. La préservation des semences locales sur le terrain
• La conservation des semences en greniers
Le projet mené par USC Canada à Douentza
dans l’est du Mali présente une initiative
originale : une banque de gènes avec
conservation naturelle de semences (greniers,
canaris…) a été créée. S’il pleut, on peut les
semer, sinon, on les cultive près des points d’eau.
Cependant, il existe de nombreuses formes
traditionnelles de conservation des semences.
Ethnies
Outils
Produits/méthodes
Peulhs
Grenier avec mirador
Poudre de wangaraboubel (accacia sp)
Bambara
Grenier en terre battue
pour mil, sorgho, riz ;
Cuisine pour maïs et
niébé
Enfumage avec bouse de vache+
feuilles de wangaraboubel + feuilles de
Boscia
Suspension des épis de maïs et des
gousses de niébé au dessus de la fumée
des foyers
Dogon
Grenier pour épis ;
Godori pour graines de
céréales ; Gourdes et
canaris pour niébé et
voandzou
Poudre de wangaraboubel
Poudre de wangaraboubel ou cendre
d’écorces de Lannéa microcarpa, de
Balanites ou toute autre cendre
d’origine végétale
Songhaï
Grenier en terre
Enfumage avec
wangaraboubel
des
feuilles
de
Source USC Canada
Construction d’un grenier malinké par Francisca Diouf (ASPSP)
« Pour les céréales, on peut construire un grenier en banco, c’est-à-dire en paille de
fonio et latérite. Faire une pâte et laisser sécher. Commencer par trois boules pour les
pieds, puis construire peu à peu le bâtiment en forme de canari mais plus gros, en
attendant une heure entre chaque couche. Faire un trou avec un bouchon en bas, et un
couvercle qui sera soudé avec du mélange latérite et paille de fonio. En cas de besoin,
on peut enlever le bouchon pour prendre les céréales. Pour la semence, on la garde sans
la toucher jusqu’à la prochaine saison. On peut aussi faire une armature en bambous et
combler avec de la bouse de vache pour faire un enduit. Mais attention, cela ne résiste
pas en cas d’incendie. »
6
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
2. Enjeux politiques de la conservation des semences locales
• “La cuisine est plus vieille que la mosquée”
« Que gagne-t-on ou perd-on sur le plan politique si nous avons ou n’avons plus la maîtrise
des semences ? Tout l’enjeu est à ce niveau. La mobilité des hommes et des marchandises
est une bonne chose, car c’est la diversité qui fait la richesse des échanges. Mais, ces
dernières années, on a observé une tendance à uniformiser les pratiques dans le domaine
agricole et celui de l’alimentation. Les multinationales poussent pour que partout dans le
monde on adopte les mêmes habitudes alimentaires, culturales, culturelles, notamment
par la force des images. On veut que les semences cultivées dans le Sahel soient produites
par ces mêmes firmes même si les techniciens sont locaux. La pression est constante en
Europe et en Afrique.
80% de la population africaine est constituée de paysans. C’est un groupe
socioprofessionnel. Professionnel signifie qu’il représente des savoir-faire, des pratiques.
Social, c’est la manière de faire, la fonction sociale du travail, le mode de vie, les relations.
L’agriculture familiale se définit par les relations, le partage du travail et du gain, même si
récemment on assiste à une monétarisation dans ce domaine. On ne travaille pas avec
n’importe qui mais avec des gens que l’on connaît bien,l’échange de semences fait partie
de ces relations sociales. Ce groupe socioprofessionnel est très important car il produit la
nourriture pour tous : “la cuisine est plus vieille que la mosquée”, dit un proverbe
bambara. Si on ne mange pas, on ne peut rien faire. La question fondamentale, vue
l’importance de la paysannerie et en même temps la direction mondialisée que prend
l’agriculture, c’est : a-t-on besoin des paysans qui représentent 80% de la population et
donc représentent le groupe socioprofessionnel le plus important ? Ce groupe est-il appelé
à disparaître ? S’il disparaît, que vont devenir les paysans ? Quel projet de société voulonsnous bâtir pour notre pays ? Va-t-on prendre en considération ce groupe pour construire le
Mali ? Je me pose la question en tant que consommateur, je veux que mon pays soit celui
où l’on est fier de vivre sans rien envier aux autres.
Il y a de forts enjeux politiques autour de l’agriculture. L’agriculture paysanne nous fournit
ce que nous mangeons. Mais il n’y a pas d’agriculture ni de souveraineté alimentaire sans
terre, sans paysan et sans semence. On ne pourra pas assurer la sécurité alimentaire tant
que les paysans ne pourront pas participer aux décisions importantes de la société. Il faut
maintenir et valoriser la place de l’agriculture paysanne en Afrique.
Il faut se donner les moyens législatifs, regarder la question foncière de près, celle de l’eau,
de l’éducation. Les paysans doivent prendre en charge ces questions politiques, sans créer
des partis politiques, juste en tant que citoyen, s’intéresser à la situation de son pays et la
critiquer de façon constructive. La politique, ce n’est pas aller régler ses propres problèmes
ou ceux de ses amis et abandonner le reste du pays. La société civile a un grand rôle à jouer
là-dessus.
Il y a un autre scénario possible : on décide que nos semences ne sont pas bonnes, on
abandonne tout, on vend les terres et on attend tout du reste du monde : l’aide alimentaire
de mauvaise qualité, les semences hybrides et les OGM.
Les maliens qui émigrent au péril de leur vie sont de jeunes ruraux qui n’ont plus de travail
et sont au désespoir en partie à cause des subventions occidentales sur les produits
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
7
2. Enjeux politiques de la conservation des semences locales
alimentaires importés qui cassent les prix des produits des marchés locaux. Dans la région
de Kayes, cet effet pervers est connu par chaque famille dont un ou plusieurs membres ont
émigré. Dans toutes les zones du Mali il y a des gens qui souffrent de l’inégalité des termes
de l’échange. Donc ou bien on se laisse gagner par la passion et on continue à faire comme
cela, ou bien on se donne la main. “Chaque peuple mérite son chef” dit le proverbe. Il faut
comprendre ce que l’on gagne ou perd en sauvegardant nos semences ou en les laissant
disparaître. Le proverbe dit encore : “on pense que le moustique est le plus petit. Passe la
nuit avec lui et tu vas voir qui est le plus petit”. On ne doit pas rester dans une position de
victime par rapport à l’OMC ou ses dirigeants. Il faut se lever et se battre et non pas rester
assis à critiquer. Cela ne veut pas dire qu’il faut entrer dans un mouvement citoyen ou dans
tel parti politique. Il faut simplement défendre sa position de paysan. »
Extrait de l’intervention d’Assétou Samaké, chercheuse à l’université de Bamako
et membre de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN)
• Le principe de souveraineté alimentaire
Aujourd’hui encore, la FAO - Organisation des Nations Unies pour
l’Agriculture et l’Alimentation - estime que plus de 850 millions de personnes
souffrent de la faim dans le monde (soit 15% de la population mondiale), dont
plus de 600 millions sont des paysans ! Au Mali, c’est environ 30% de la
population qui ne mangerait pas à sa faim.
A l’occasion du Sommet Mondial de l’Alimentation de la FAO à Rome en
novembre 1996, Via Campesina, qui regroupe des mouvements paysans du
monde entier, a lancé par cette définition le principe de souveraineté alimentaire,
qui est : “le droit de chaque pays de maintenir et développer sa propre capacité
de produire son alimentation de base, en respectant la diversité culturelle et
agricole.” Partant du constat que “l’accès et le contrôle de la terre, de l’eau, des
semences et des ressources naturelles est dénié aux paysans et petits
agriculteurs”, Via Campesina préconise dans tous les pays une réforme agraire et
le droit de protéger ses ressources naturelles. Pour que chacun ait accès aux
produits alimentaires de sa région et de son pays, une réorganisation du
commerce est également nécessaire. Les gouvernements devraient engager des
politiques fortes en soutenant des réformes agraires mais aussi en faisant
prévaloir le droit de s’alimenter sur la liberté du commerce qui met en péril la
sécurité alimentaire des pays du Sud (subventions à l’exportation des produits
agricoles des pays occidentaux en concurrence déloyale avec les produits locaux,
niveau des barrières douanières tarifaires, aide alimentaire importée).
Le rôle prépondérant des femmes est affirmé : “Les femmes jouent un rôle
central dans la souveraineté alimentaire des familles et des communautés. Elles
ont donc un droit fondamental aux ressources pour la production alimentaire, à
la terre, au crédit, au capital, à la technologie, à l’éducation et aux services
sociaux. Elles doivent avoir l’opportunité équivalente de développer et
d’employer leurs compétences.”
Le gouvernement du Mali s’est engagé dans un processus visant à introduire
le principe de souveraineté alimentaire dans sa loi d’orientation agricole.
8
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
2. Enjeux politiques de la conservation des semences locales
• Une dépendance vis-à-vis des produits importés
Le chemin vers la souveraineté alimentaire est ardu, il suffit de regarder la
composition d’un petit déjeuner en Afrique de l’Ouest pour s’en convaincre :
pain fait avec de la farine d’Europe, beurre et confiture de France, café et lait
concentré sucré en boîte de Suisse, mayonnaise et margarine de Hollande...
Depuis plus de cinquante ans, les occidentaux ont peu à peu imposé leurs
produits et modifié les habitudes alimentaires. Cela a commencé au temps de la
colonisation par l’arrivée du pain et de légumes comme la salade verte, le chou,
la pomme de terre, la carotte… Mais après la seconde guerre mondiale, avec la
fermeture de ses frontières pour encourager la production agricole et tendre vers
la suffisance puis la surproduction, l’Europe a commencé à vendre aux pays
africains ses produits transformés et subventionnés et les a imposés au détriment
de la production locale. C’est ainsi que le lait en poudre et le lait concentré
européens, sous couvert de publicités vantant leurs qualités nutritionnelles, sont
omniprésents aujourd’hui en Afrique. En Afrique de l’Ouest et du Centre, la
consommation de produits laitiers est satisfaite à plus de 50% par les
importations, cette proportion atteignant plus de 90% dans les grandes villes.
Les prix auxquels ces produits sont vendus (grâce en partie aux subventions mais
aussi aux écarts de productivité) ne permettent pas de développer des filières
locales dont la production pourrait se substituer progressivement aux
importations.
Les boissons gazeuses trop sucrées, dont une célèbre marque américaine, ont
également envahi les boutiques, jusque dans les villages les plus reculés, grâce à
l’image de modernité qu’elles véhiculent. De la même façon, le “cube maggi”,
bouillon cube consommé par tous les ménages en Afrique, a remplacé les
condiments produits localement, comme les échalotes séchées, ou le soumbala,
une pâte très nutritive issue de la gousse de néré (un arbre de la famille des
légumineuses). Ces bouillons cube sont composés de sous produits animaux de
l’agriculture industrielle, de soja peut-être issu de cultures génétiquement
modifiées, et d’ingrédients parfois dangereux pour la santé lorsque consommés
en trop grande quantité, comme le sel et le glutamate. Les familles utilisent
souvent ces cubes par souci d’économie, car ils coûtent beaucoup moins cher
que de la vraie viande. La publicité mensongère, qui promet santé, bien-être et
bonheur aux consommateurs de ces produits, est également un facteur de
propagation de leur utilisation, qui est aujourd’hui devenue un tel réflexe en
cuisine qu’il sera difficile de changer les habitudes des ménagères. C’est ainsi
qu’en quelques dizaines d’années, on est passé d’une cuisine utilisant des
produits locaux variés riches en vitamines à une alimentation carencée, voire
mauvaise pour la santé. A cela, les promoteurs d’OGM répondent qu’ils ont
conçu un riz riche en vitamine A, alors qu’il suffit d’une bonne sauce aux feuilles
de manioc ou de haricot, comme on en fait traditionnellement, pour avoir toutes
les vitamines et les minéraux nécessaires !
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
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2. Enjeux politiques de la conservation des semences locales
• Une dépendance via les hybrides, les intrants
chimiques et les OGM
L’histoire du passage d’une agriculture
autonome en intrants (semences, fertilisants,
pesticides) à une agriculture dépendante des
fournisseurs de l’agro-industrie a suivi celle de la
colonisation et des intérêts des industriels
occidentaux. Les colons ont commencé par imposer
les cultures et leurs paquets technologiques : arachide
et coton sont les principales cultures industrielles
implantées au Mali et au Sénégal, café et bananes en Côte
d’Ivoire. Des entreprises semencières ont ouvert des filiales
spéciales Afrique comme Tropica Sem et Semivoire, filiales du français
Technisem, et se sont intéressées aux cultures vivrières en proposant des
semences, dont des hybrides. Pour ces entreprises, l’avantage des semences
hybrides est que le producteur doit racheter la semence chaque année : elles ont
réussi à créer un marché là où auparavant il n’y avait rien à vendre puisque
chacun faisait sa semence et l’échangeait avec son voisin. De plus, les semences
sont sélectionnées en conditions de culture “chimiques”, c’est-à-dire avec des
engrais et des pesticides issus de la pétrochimie. Les paysans qui veulent obtenir
de “beaux” légumes ont donc intérêt à acheter aussi ces produits et doivent
également irriguer davantage car les sels minéraux des engrais assoiffent la plante.
On est ainsi passé en quelques dizaines d’années d’une situation où les
paysans cultivaient céréales et légumes pour eux et de façon autonome à une
nouvelle situation où ils fournissent des produits pour le commerce et
l’exportation en achetant semences et intrants, non seulement pour ces cultures,
mais également pour leurs productions vivrières. Les conséquences sont
l’endettement des producteurs et la malnutrition de ceux qui sont pourtant censés
vivre de la terre !
Et si les organisations paysannes et de la société civile craignent entre autre
l’introduction des OGM, c’est parce qu’elles savent que les firmes comme
Syngenta, Bayer, Monsanto et d’autres qui ont développé le secteur semencier
caressent l’idée de faire fructifier leurs marchés grâce aux OGM. En effet, grâce
au brevet qui est déposé sur la modification génétique introduite de la plante, il
est interdit à un agriculteur de conserver la semence pour la prochaine
campagne. L’obtenteur a un droit de propriété intellectuelle sur la semence.
Chaque semence est vendue chère et devient pour le semencier une source de
revenus encore plus importante. Actuellement, de nombreuses plantes OGM
sont résistantes à un herbicide, le glyphosate, vendu en même temps que la
semence aux producteurs. Les obtenteurs peuvent même demander des
dédommagements aux producteurs qui cultivent ces plantes sans en avoir payé
le droit (et quand bien même ils se seraient fait involontairement contaminer par
leurs inventions chimériques).
10
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
2. Enjeux politiques de la conservation des semences locales
Les OGM et l’agriculture industrielle en Afrique, une réponse à la faim?
Il est important de souligner que la faim n’est pas un problème de production à
l’échelle mondiale. La FAO reconnaît aujourd’hui que nous produisons une fois et
demie la quantité suffisante pour nourrir la planète. Pourtant, la plupart des crises
continuent de toucher l’Afrique où les populations sont en insécurité alimentaire,
situations majoritairement causées par la sécheresse, un conflit ou la combinaison
des deux. Pour résoudre la malnutrition, deux modèles économiques et conceptions
de la société s’opposent : d’un côté l’industrialisation des cultures, l’accroissement
de la productivité et les cultures d’exportations (appelé “Révolution verte”), de
l’autre, les agricultures familiales, les cultures vivrières et les marchés locaux. Les
cultures d’OGM répondent clairement à la première conception, qui sacrifie des
millions de paysans, sans contrepartie.
Les OGM portent un nom en bambara , bayérémashi, la mère nourricière
transformée. Ces nouvelles semences, issues de biotechnologies, sont nées aux
Etats-Unis, dans les années 80. Progressivement, les surfaces dédiées à ce type
d’agriculture se sont répandues à travers le monde... Seul pays du continent à
autoriser les cultures commerciales d’OGM, l’Afrique du Sud fait des adeptes,
notamment le Bukina Faso qui expérimente le coton Bt, soutenu financièrement par
l’industrie et la coopération états-unienne. La plupart des pays d’Afrique reçoivent
également des PGM via l’aide alimentaire. C’est donc par la petite porte que les OGM
entrent en Afrique, dans un contexte opaque, où les réglementations sont déficientes
et les scientifiques mal formés et sous équipés.
L’Espace citoyen démocratique (ECID) sous les auspices de l’Assemblée régionale de
Sikasso a abrité en janvier 2006 un jury citoyen unique en Afrique de l’Ouest sur les
OGM. 45 productrices et producteurs étaient réunis pour auditionner des témoinsexperts et débattre de la question des OGM au Mali. A la fin, ils ont rendu leur verdict:
“Oui à la semence traditionnelle, non aux OGM.”
(Voir Film DVD “Paroles de paysans, Sénékélaw ka kuma” d’Idriss Diabaté.
DJA-COMM, AAPSI, BEDE, IIED, 2006)
• Les nouvelles lois imposent les semences industrielles
L’Afrique de l’Ouest fait depuis plusieurs années l’objet d’importantes
pressions pour uniformiser les lois sur les semences et la biosécurité. Les objectifs
sont de mettre en place un marché de semences industrielles certifiées au niveau
ouest africain et d’autre part de favoriser des cadres de biosécurité facilitant la
diffusion des variétés GM brevetées.
Le durcissement des législations sur les semences de l’Afrique de l’Ouest est
actuellement à l’ordre du jour des organisations intergouvernementales.
Plusieurs législations s’affrontent mais c’est sous l’égide de la CEDEAO1, qu’elles
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
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2. Enjeux politiques de la conservation des semences locales
vont être uniformisées (catalogue ouest africain des variétés végétales,
harmonisation des règles de certification et de commercialisation). Il y a fort à
craindre pour la biodiversité cultivée et les variétés locales, car elles ne sont pas
reconnues par ce système. Lors de la conférence d’Accra en février 2007, les
organisations semencières privées annonçaient la création d’un futur réseau des
organisations productrices privées de semences d’Afrique de l’Ouest ; un nouvel
espace pour négocier et favoriser les droits des semenciers et organiser la
conquête de marché qui mène à la dépendance des producteurs.
• L’uniformisation des cadres de biosécurité facilite l’introduction des OGM
Fin février 2007, la CEDEAO a validé le plan d’action quinquennal pour “le
développement de l’application de la biotechnologie afin d’améliorer la
productivité agricole et de stimuler la compétitivité […]”, comme si la culture des
PGM était la solution aux maux de paysans africains! Le CORAF2 et l’Institut du
Sahel, rattaché au CILSS3 proposent également leurs projets. Détail non
négligeable, ces institutions sous-régionales sont principalement financées par
l’USAID, qui n’est autre que la coopération bilatérale du premier pays cultivant
les PGM au monde : les Etats-Unis. En parallèle, la Banque Mondiale, l’USAID,
SwissDevelopment Corporation, le gouvernement français et CropLife, une
association des principales entreprises de l’agrochimie, investissent 24,3 millions
de dollars sur 5 ans pour harmoniser les cadres nationaux de biosécurité dans un
projet coordonné par l’UEMOA4. Les premiers pays visés sont le Burkina Faso, le
Mali et le Sénégal où l’introduction du coton Bt est un enjeu brûlant. Pourquoi
passer par l’UEMOA alors qu’il existe déjà d’autres projets au niveau de la sousrégion ? Le processus d’uniformisation serait espéré plus rapide considérant
l’expérience d’harmonisation législative dans l’UEMOA où s’applique d’autre
part le principe de subsidiarité. C’est-à-dire qu’une législation mise au point au
niveau régional s’impose aux Etats membres.
Tous ces projets de loi sont en faveur des semences industrielles au détriment
des variétés paysannes. La réglementation introduit peu à peu l’idée de
privatisation des semences et justifie la contamination des variétés locales par
des cultures GM qui peuvent présenter, en plus de la mise sous dépendance des
producteurs déjà évoquée, des problèmes pour la vie des sols, l’environnement
et la santé animale et humaine.
1 - Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest
2 - Centre Ouest-Africain pour la Recherche et le développement Agricole
3 - Comité Inter-Etats pour le Lutte contre la Sécheresse au Sahel
4 - Union Economique et Monétaire Ouest Africaine
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Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
3. Comment regagner
son autonomie semencière ?
La conscience de l’enjeu de préserver ses
semences locales doit être le premier pas dans la
reconquête de l’autonomie semencière, parce
qu’aujourd’hui les paysans souvent peu informés
négligent les raisons qui devraient les pousser à
conserver leurs semences locales.
Certaines espèces ont déjà disparu et des communautés
tentent de les retrouver aujourd’hui auprès de leurs proches (famille,
village) ou de groupes plus éloignés (autres régions, pays voisins). Un travail de
mémoire collective au niveau de la communauté est alors nécessaire pour
comprendre ce qui a disparu et pourquoi. La recherche auprès des anciens peut
alors s’entreprendre. Ensuite, il y a un vrai travail de multiplication de ces
variétés, qui peut se faire d’abord par quelques paysans choisis collectivement.
Multipliées d’année en année, la quantité de semences augmente au niveau de
la communauté et peut être diffusée.
Les savoir-faire concernant la culture proprement dite, mais également le
stockage de la récolte et des semences, les modes de préparation, sont aussi
importants à collecter que les semences elles-mêmes. C’est aussi la civilisation
d’un peuple qui se retrouve dans sa cuisine et son alimentation.
À la recherche des variétés disparues. L’expérience de l’ASPSP au Sénégal.
L’ASPSP (Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes) a été
créée en 2003. Les membres de l’association ont recensé les semences existantes,
disparues et en voie de disparition. Ils ne travaillent qu’avec les semences locales,
issues des familles, et non de l’Etat ou de la recherche. En 2004, l’ASPSP a organisé
une première foire des semences paysannes pour récolter des informations et a pu
retrouver des semences disparues dans une zone, mais présentes dans d’autres
zones. Les foires avaient jusqu’en 2005 un seul objectif : échanger des semences
tout en respectant le contrat de rendre la semence qu’on a empruntée l’année
précédente. Tout en continuant à favoriser l’échange, la vente a été également
autorisée, pour que ceux qui les produisent puissent en vivre. Aujourd’hui, l’ASPSP
est parvenue à obtenir une bonne semence de riz local. Elle a même maintenant des
problèmes de stockage, avec 50 tonnes de semences pour un magasin ne pouvant
contenir que 20 tonnes !
Lors des foires, des paysans, personnes ressources, inventorient les variétés, leurs
caractéristiques (précocité, goût, sol…). L’idée de ce répertoire est de favoriser
l’échange entre paysans, de diffuser l’information mais également de faire
reconnaître au niveau national et même sous-régional cette biodiversité cultivée à
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
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3. Comment regagner son autonomie semencière ?
valeur agronomique, culturelle et spirituelle. Au
terme de son travail l’ASPSP compte bien
développer un plaidoyer pour que les décideurs
réalisent enfin l’existence de ce patrimoine et
puissent le prendre en compte dans leurs décisions
pour assurer aux producteurs leur autonomie
semencière.
L’ASPSP a mis au point une formation pour les
collecteurs de savoirs anciens et de semences
traditionnelles. “Une étape importante pour une collecte
des savoirs anciens est l’identification des possesseurs de
connaissances en matière de semences anciennes, de leur
conservation et de l’utilisation de plantes médicinales. Ces personnes maîtrisent
souvent le code socioculturel contenant le savoir total ou global de la société. Des
éléments de ce code sont rarement accessibles et les formes de transmission sont
très rigoureuses et discrètes. En fait, ce sont ces détenteurs qui choisissent à qui
donner et à quelle dose. Ainsi des qualités bien définies sont nécessaires pour le
collecteur ou la collectrice.”
Cette recherche de savoirs anciens et de semences traditionnelles nécessite donc de
former des “collecteurs”, non seulement sur la démarche de communication à
adopter auprès des paysan(ne)s, mais également sur toutes les notions techniques
préalables à acquérir et les enjeux qui gravitent autour de la semence : les types de
sélection, la différence entre une population et un hybride, les OGM, la préservation
de la biodiversité, de la culture autochtone, etc.
L’un des atouts principaux de la semence locale, d’un point de vue
agronomique, est l’adaptation aux conditions pédoclimatiques de chaque zone
de production. Cela permet une meilleure résistance à la sécheresse et un emploi
plus modéré de fertilisants et de pesticides. De plus, dans des régions où les
routes et moyens de transport sont souvent difficiles, produire sa propre
semence permet d’en avoir en temps et en heure pour la saison suivante.
Aujourd’hui, dans certaines régions éloignées du Nord du Mali, les paysans
peuvent recevoir les semences seulement après la date favorable aux semis, et en
plus à des prix exorbitants… Diversifier les variétés, entre autre en fonction de
leur précocité, permet également d’échelonner les récoltes et face aux risques
climatiques, d’en assurer une partie.
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Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
3. Comment regagner son autonomie semencière ?
Vers la reconversion des programmes de recherche en faveur des variétés
locales ?
« L’un des objectifs au Mali est la souveraineté alimentaire. L’agriculture est soumise
à plusieurs contraintes :
• La pluviométrie : insuffisance et mauvaise répartition des pluies
• La pauvreté des sols dans toutes les zones agroclimatiques du pays
• La pression parasitaire
Pour faire face aux problèmes de pauvreté des sols, on importe des engrais très
coûteux et des pesticides pour les problèmes de parasites, alors qu’il existe des
solutions locales et naturelles à portée de tous, comme certaines plantes ou la fumée
de cuisine.
Les besoins en production ont augmenté avec l’accroissement de la population. Il
fallait des variétés à haut rendement. On a transformé les variétés locales avec des
programmes de sélection d’où l’érosion de certaines variétés locales. On a remplacé
les variétés locales par les variétés améliorées. Or, il faut un matériel végétal
abondant et diversifié pour arriver à produire. On a fini par comprendre qu’il fallait
revenir sur les variétés locales qui sont plus adaptées aux conditions
agroclimatiques, d’où les collections mises en place par des prospections et
inventaires sur le mil, le sorgho, l’arachide, le fonio…
La recherche est d’avis qu’il faut passer par des collections décentralisées, et remettre
l’accent sur les ressources naturelles pour limiter les risques. On peut recourir à la
base pour reconstituer la collection.
Pour réduire la pression extérieure, il faut valoriser la semence locale à travers des
accompagnements, pour améliorer le savoir et les savoir-faire de nos producteurs
pour faire leurs semences. C’est par là que l’on peut aller vers une souveraineté
alimentaire digne de nous. »
Extrait de l’intervention de Drahmane Sacko, chercheur au CRCA de Kayes
dans l’équipe Gestion des ressources naturelles
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
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Conclusion générale…
La souveraineté alimentaire se reconstruit d’abord localement. L’autonomie
semencière est un élément de cette souveraineté. En reconquérant les variétés
locales et les savoir-faire associés, les paysannes et paysans se donnent une
chance d’avancer dans cette voie. Mais une vigilance sur les politiques et les
législations est également nécessaire pour se préserver du biopiratage et faire
reconnaître le rôle et les droits paysans et des paysannes sur leurs semences. Des
instruments collectifs comme les banques de semences, les registres
communautaires de variétés locales peuvent se construire au niveau des
communautés rurales. D’autres initiatives de méthode de sélection participative
peuvent également permettre d’innover avec le vivant en replaçant les paysannes
et paysans et leurs terroirs au cœur de la sélection des plantes. La biodiversité
agricole locale vivante pourra permettre de faire face aux enjeux actuels tel le
réchauffement climatique pour construire des projets de sociétés basés sur une
agriculture nourricière de proximité.
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Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
Annexe 1 : associations présentes à l’atelier
• ASPSP : Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes
L’objectif de l’ASPSP est le maintien et la sauvegarde de l’autonomie
semencière des paysans, en valorisant les semences des variétés locales
traditionnelles, pour assurer la sécurité alimentaire.
Ses activités sont :
• Créer et gérer des jardins de production de semences biologiques dans
chaque région écologique du Sénégal (semences vivrières, maraîchères,
plantes médicinales).
• Faciliter la formation, à la production, la conservation et au stockage de
semences, au sein des organisations paysannes.
• Développer des contacts avec les initiatives pour les semences paysannes en
d’autres pays, et avec la Recherche.
• Sensibiliser les paysans, le grand public et l’Etat sur les questions de semences
traditionnelles et les OGM.
L’ASPSP organise des formations et une foire régionale de la biodiversité tous
les ans en Casamance.
• BEDE : Bibliothèque d’Echange de Documentation et d’Expériences
BEDE est une organisation de solidarité internationale fondée en 1994.
BEDE crée des espaces pour favoriser l’échange direct de paysans à paysans
sur leurs savoir-faire, leurs connaissances, expériences particulièrement sur les
thématiques de la biodiversité cultivée, les biotechnologies et les alternatives que
propose l’agriculture paysanne et écologique face au modèle de l’agriculture
industrielle.
Les objectifs de BEDE sont :
• documenter et valoriser les innovations paysannes auprès du grand public ;
• appuyer la construction d’initiatives paysannes et d’échanges d’expériences ;
• soutenir les droits collectifs sur les ressources naturelles (eau, semences, terre)
pour la souveraineté alimentaire ;
• prévenir les risques technologiques (OGM, pesticides, surexploitation des
ressources).
• CAPROSET : Centre agro écologique de production de semences tropicales de Gao
En réponse aux difficultés climatiques et économiques de la région de Gao,
l’UAVES (Union pour un Avenir Ecologique et Solidaire), en collaboration avec le
groupement d’intérêt économique GIE ZEYRA, appuyés par les associations
françaises Terre & Humanisme et Kokopelli, ont travaillé à la multiplication des
semences reproductibles par tous, en créant en 2006 une association dénommée
“CAPROSET” (Centre agro écologique de production de semences tropicales). Le
CAPROSET gère une ferme semencière sur 5 hectares qui multiplie des semences.
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
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Annexe 1 : associations présentes à l’atelier
• COPAGEN : Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain
La COPAGEN est née de l’initiative d’un petit groupe de personnes influentes
d’ONG régionales (INADES, GRAIN, ACORD). Elle est implantée dans huit pays de
l’UEMOA et en Guinée Conakry où ses actions sont coordonnées par des points
focaux nationaux. Au niveau sous-régional, la coordination du mouvement est
assurée par Inades-Formation, IF. La COPAGEN a comme objectif d’informer,
sensibiliser et former des populations sur les enjeux réels des OGM et du brevetage
du vivant. Elle souhaite amener les décideurs africains à élaborer de manière
participative, à voter et à faire appliquer les lois régissant le patrimoine génétique
africain, les connaissances traditionnelles associées, tout en garantissant les intérêts
stratégiques des communautés locales.
• URCAK : Union Régionale des Coopératives Agricoles de Kayes
L’URCAK a été fondée par les membres de la coopérative de Somankidi Coura
officiellement le en 1980. Elle regroupe 20 coopératives agricoles et 55 groupements
féminins dans toute la région de Kayes. Elle organise pour ses membres des
formations, des forums et rencontres, et participe à de nombreux projets. Plusieurs
commissions se répartissent les domaines d’intervention : commission agricole,
commission promotion féminine (petit élevage, savonnerie, teinture, transformation
de produits alimentaires), commission formation, commission économique et
financière (épargne et crédit). Elle dispose également d’une équipe technique
employée à plein temps. Cette coordination prend part aux concertations au niveau
politique et social tant avec les organisations paysannes nationales que celles de la
sous-région.
• USC Canada Mali
L’association USC Canada soutient depuis 1945 les populations rurales
défavorisées, dans le monde entier. Depuis 1989, le programme “Semences de
Survie” met en avant le rôle prépondérant des paysans dans la sauvegarde des
semences locales, et le rôle essentiel de ces semences sur la sécurité alimentaire.
USC Canada Mali intervient à Douentza sur un programme intitulé “Programme
Agro biodiversité”. Le travail en commun avec des paysannes et paysans dogons,
peuls et sonraïs a permis de recenser les moyens de conservation des semences
utilisés selon les ethnies. Le projet a mis en évidence le rôle des femmes dans la
conservation, l’utilisation et l’amélioration des ressources génétiques, plus
particulièrement pour les cultures comme le niébé, le gombo, l’arachide et l’oseille.
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Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
URCAK - BEDE 2007
Annexe 2 : liste des participants des organisations
Nom Prénom
Fonction - Organisme
Ag Hamada Mohamed Coordinateur
USC Canada Douentza
Contact
maghamada@yahoo.fr
Berson Anne
anneberson@no-log.org
Membre BEDE
Biayes Lamine
Président de l’ASPSP, Sénégal
biopatelin@yahoo.fr
Corsini Patricia
Paysanne BEDE
jeanjacques.mathieu2@wanadoo.fr
Dolo Aminata
Membre URCAK, chercheur IER Bko
mamidolo@yahoo.fr
Kamissoko Goundo
Présidente des femmes de l’URCAK
urcak@afribone.net.ml
Kodio Ondié
Chercheur chef programme Arachide,
Kayes
ondiekodio@yahoo.fr
Lavaysse Anne-Marie
Paysanne BEDE
gimios@no-log.org
Rousseau Cécile
Chargée de mission BEDE
cecilerousseau@no-log.org
Sacko Drahmane
Chercheur, Kayes
dramanesacko@yahoo.fr
Samaké Assétou
Chercheur Université Bko,
COPAGEN
asamake@yahoo.fr
Souleye Mahamadou
Animateur du CAPROSET, Gao
sadjibero@yahoo.fr
Soumaré Siré
Président URCAK
urcak@afribone.net.ml
Bibliographie
“Révolution verte 2.0 pour l’Afrique ?”
ETC Group, communiqué N°94, mars avril 2007.
“Les portes d’entrée des PGM en Afrique”
Inf’OGM bulletin n°68, octobre 2005.
“PGM en Afrique : des législations sous pression”
Inf’OGM bulletin n°81, décembre 2006.
Inf’OGM : 3 bulletins spécial Afrique
octobre 2002 (Bénin), avril 2003 (Sénégal), février 2004, (Algérie).
“Semences paysannes, fondement de la souveraineté alimentaire en Afrique de l’ouest”
Anne Berson, BEDE, juin 2007.
DVD “Senekelaw ka kuma - Paroles de paysans”
Dja Comm, AAPSI, BEDE, IIED (film sur le jury citoyen (ECID : Espace Citoyen
d’Interpellation Démocratique) sur le coton Bt qui s’est déroulé au Mali en 2006).
Les semences des paysannes au cœur de la souveraineté alimentaire
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Bibliographie
“Les organismes génétiquement modifiés (OGM) en
Afrique : comprendre pour mieux agir”
Dossier pédagogique, BEDE, Inf’OGM, GRAIN, Inades
Formation, 2006.
“Les droits des Communautés africaines face aux
droits de propriété intellectuelle”
Dossier pédagogique, BEDE, Inf’OGM, GRAIN, Inades
Formation, 2006.
Déclaration de Bamako : “Semences paysannes, fondement
de la souveraineté alimentaire en Afrique de l’ouest”
Atelier d’échanges paysans sur la privatisation de la semence CNOP
/ BEDE / IIED, 17-21 février 2007 - Bamako, Mali - www.bede-asso.org
Compte rendu “Atelier d’échanges d’information et d’expériences : Les femmes font
vivre la biodiversité en Afrique”
BEDE, URACK, février 2007, Kayes.
“Savoir-faire en production de semences des exploitations familiales de Kayes”
Aminata Dolo, URCAK, 2005.
“Options de construction de cadres réglementaires de contrôle des OGM et de
protection des ressources génétiques”
Compte rendu de l’Atelier international, Tipaza (Algérie) avril 2005, AREA-ED - BEDE.
“Coton Bt: les faits derrière le battage publicitaire”
GRAIN, seedling, janvier 2007.
“Contribution à la réflexion sur les OGM et la biopiraterie en Afrique”
Bérénice OKOU et JINUKUN, GRAIN, avril 2007.
“Nyéléni - Pour la souveraineté alimentaire”
GRAIN, janvier 2007.
“Souveraineté alimentaire: un bouleversement du système alimentaire mondial”
GRAIN, janvier 2005.
“Qu’est ce que la souveraineté alimentaire ?”
Via Campesina - www.viacampesina.org
“Souveraineté alimentaire : un droit pour tous. Déclaration des ONG/OSC au Forum pour
la souveraineté alimentaire”
Rome, Juin 2002 - http://www.foodsovereignty.org
“Rapport de formation des collecteurs de savoirs anciens et de semences
traditionnelles”
Mekhé du 18 au 21 février 2007, ASPSP.
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