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2666,¿ Qué haré yo con esta espada ?,Antigone,L

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Ça va, ça va, le monde !
Parfois le vide.
Le 12ème jour. Il a fallu attendre le 12ème jour de ce des
roque se veut, qui se dit porteur du monde, engagé dans une
vision politique. C’est par miracle selon les dires d’Olivier
Py qui affirme lui-même n’avoir pas prévu de ligne précise
dans sa programmation mais que voulez-vous, on n’échappe pas à
l’histoire.
Et ce dimanche 17 juillet, à 11h30, au jardin de la rue Mons
(qui vibre encore des mots brûlant d’Attitude Clando de
Dieudonné Niangouna ou de Épilogue d’une trottoire d’Alain
Kamal Martial) enfin a résonné la parole incandescente,
acérée, percutante de Jean Luc Raharimanana disant les mots de
son dernier “poème” – Parfois le vide (à paraître en mars 2017
chez Vents d’ailleurs).
Ici, pas de faste inutile. Rien que de l’essentiel et de la
beauté, de l’évidence et de la force ce qui suffit lorsque les
mots sont pleins au sens où l’être humain peut être quand il
porte en lui le poids de l’Histoire et de son histoire et
qu’il le porte à un niveau si haut de conscience et de poésie.
Et ses mots qui fouaillent les couleurs de notre monde nous
emmènent loin des hébétudes et apitoiements paralysants. Ils
disent nos responsabilités, nos évitements, nos empêchements
du haut de nos prétentions occidentales à voir et sentir
l’orgueil et l’insoutenable légèreté de ceux qui ont tout à
nous apprendre de la liberté. Entendons de cet endroit ce que
la parole peut dire en tirant par la queue, en les étirant
jusqu’à l’absurde les mots « mondialisation – vote – crise ».
Superbement ponctuée, relayée, accompagnée par la partition
d’une chanteuse (magnifique passeuse de mots par la voix et le
corps) et de deux musiciens vibrants, la voix de Jean Luc
Raharimanana nous emmène loin. Saluons l’initiative de RFI qui
donne la parole à d’autres histoires du monde. Un seul regret,
le caractère unique de cette mise en lecture car nous
aimerions pouvoir dire allez-y.
La mise en lecture de Parfois le vide sera diffusée sur les
ondes de RFI le 7 août 2016 et disponible en podcast sur le
site de RFI.
Traumboy
Une performance intelligente, vraie
et juste.
Présente pour la première fois sur le festival, la Sélection
Suisse en Avignon se révèle exigeante et ambitieuse en
proposant des spectacles comme King Kong Théorie par Émilie
Charriot et Traumboy par Daniel Hellmann qui abordent des
sujets de société comme le viol ou la prostitution de manière
très intelligente, vraie et juste.
Daniel est un travailleur du sexe qui fait part de ses
expériences en toute franchise, sans détourner les mots (les
prix, les positions, ses clients, etc.). Il raconte comment il
a commencé ce métier, légalement reconnu en Suisse, Allemagne
ou Belgique par exemple, mais condamnable en France. C’est un
des premiers questionnements de cette performance qui soulève
l’hypocrisie à la française envers la prostitution ainsi que
la stigmatisation, la non reconnaissance d’un métier et donc
de droits, ou encore les idées préconçues que tout cela peut
engendrer.
Au fil du spectacle, Daniel Hellmann fait un coming out
sincère où le doute subsiste entre la part de vécu réel et la
part imaginaire. Cette interrogation en suspens ne fait que
renforcer ce qu’il est en train de se passer sur le plateau.
En véritable performeur, il arrive à installer, en prenant le
temps nécessaire, la bonne distance avec le public tout en
créant paradoxalement une intime proximité. Il permet par
exemple aux spectateurs d’envoyer des sms pour lui poser des
questions, ce qui les place dans une position d’acteurs
actifs. Mais attention, en retour, Daniel Hellmann restant
maître de sa création, posera lui aussi des questions qui
touchent à l’intimité. Après tout, puisqu’il se livre en
direct sous nos yeux, pourquoi n’en ferions-nous pas autant en
répondant sincèrement et spontanément ?
Les différentes parties artistiques du spectacle (shooting
photo « hot », installations plastiques) sont très travaillées
et mériteraient presque d’aller encore plus loin tant le
spectateur se laisse happer par ce qu’il est en train de
partager. Parce qu’il s’agit bien de partage, d’autant plus
quand le micro circule dans la salle et que le public est
invité à lire les commentaires laissés sur le profil de ce
travailleur du sexe. À la manière d’un karaoké, ne sachant pas
sur quoi chacun peut tomber, ce qui en découle est drôle,
parfois cocasse et d’autant plus jouissif.
Rien de provocant, une parole brute, une présence forte,
Daniel Hellmann bouscule les codes du théâtre et réussit à
nous entraîner avec lui en abordant des sujets souvent tabous,
parfois controversés, d’une manière très subtile qui donne
matière à réflexion.
Jusqu’au 19 juillet à 23h05 à La Manufacture et retrouvez
toutes les dates des représentations à venir sur le site de
Daniel Hellmann.
Le ciel, la nuit et la pierre
glorieuse
Le soleil, les étoiles et la plage
sous les pavés.
Tous les jours de ce festival pour le moment ensoleillé, la
troupe de la Piccola Familia de Thomas Jolly nous offre la
jolie histoire du festival d’Avignon.
On connaît, surtout depuis le début de l’ère Py, le principe
de ces petites formes sans prétention. Fraicheur, amusement et
partage de plaisir au rendez-vous, les comédiens improvisent
autour d’une trame évoquant chaque jour un point particulier
de ce qui caractérise ce festival et son histoire.
À l’image des chroniques quotidiennes que Thomas Jolly fait à
20h45 sur France 2, il faut replacer ça dans à son endroit et
ne pas oublier que Py et Jolly, digne héritier de ce dernier,
se veulent fervents défenseurs d’une popularisation du théâtre
qu’ils sentent se renfermer sur lui-même. Cela fait du bien et
permet aux critiques de s’abstenir le temps des quarante
minutes pétillantes quotidiennes de midi à l’ombre des arbres
du jardin Ceccano.
Le ciel, la nuit et la pierre glorieuse, par la Piccola
Familia. Jardin Ceccano, à 12 heures, jusqu’au 23 juillet.
Durée : 40 min.
Photographie à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festival
d’Avignon.
Karamazov
La splendeur de Dostoïevski.
Dostoïevski magistral sur ce texte œuvrant à dépeindre la
Russie moderne qui ne peut que résonner avec le monde
contemporain. Des personnages à la dérive, se vautrant
lamentablement dans leurs petitesses, embourbés dans la
fatalité d’un destin injuste.
Saluons la performance des comédiens, qui jouent ensemble avec
un plaisir qui transperce les murs de la carrière de Boulbon
et sauve sans doute le spectacle du décevant Jean Bellorini.
Nous sommes plongés dès le départ dans un décor imposant,
grande maison, rails permettant de faire rouler des modulesscènes, jeu sur plusieurs niveaux (l’avant scène, les rails,
l’avant de la maison et le toit de cette maison), cages en
verre… On s’attendrait à un grand et beau spectacle, on y voit
une influence Mnouchkine ou encore Chéreau dans cette
scénographie. Puis la parole est prise par le premier
comédien, et les scènes s’enchaînent, nous sommes emportés
dans une épopée embourbée dans la complexité de l’auteur
russe, sans pour autant qu’elle en souffre. Les comédiens
transpirent la volonté de bien faire et le plaisir de
s’inscrire dans l’histoire de ce lieu mythique. Ils sont bons,
très bons pour certains. On leur pardonne la fatigue qui les
fait trébucher à plusieurs reprises sur un texte puissant
parce qu’on les sent un peu en roue libre face à un metteur en
scène qui a l’air de se concentrer sur d’autres choses plus
importantes… On se délecte de l’humour révélé par leur jeu. On
rit (ou au moins sourit), sur Dostoïevski et même si on
retrouve cet humour à la lecture du texte, ce n’est
généralement pas l’élément que l’on retient en premier. Le
spectacle dure cinq heures trente dont un entracte de trente
minutes… La nuit est malgré tout longue parce que nous sommes
confrontés à une lecture un peu simple et donc sans grand
intérêt de l’œuvre originale. Voilà encore une fois un metteur
en scène qui cherche à ne surtout pas prendre parti pour
retranscrire au plus juste le texte du maître. Jean Bellorini
considère que son travail est réussi si les spectateurs
sortent en voulant lire le texte original.
Alors que l’on se dise les choses, ce festival est là pour ça,
aussi… A l’air de se dessiner un mouvement du genre dans le
paysage du théâtre français. Rendre le spectateur lecteur du
texte. Pourquoi pas. Seulement quand cela se fait au détriment
de ce qui fait l’essence du théâtre, un homme qui raconte une
histoire à un autre homme. Un comédien donc, qui parle à un
spectateur. Quelque soit le parti pris de la place du
spectateur, de la place du comédien – et nous sommes
évidemment d’accord que les lignes doivent bouger – il ne faut
pas oublier que si le théâtre peut prétendre à incarner un
espace de liberté dans notre société c’est parce qu’il
s’empare de cette liberté. Lorsque l’on est confronté à une
petite lecture d’un texte comme celui-là, à une mise en scène
qui n’a l’air d’en faire que le minimum syndical et fait donc
ressortir les petites manies du metteur en scène de 2016
(vidéo dont on se passe presque jusqu’à la fin et qui est
utilisée pour le procès de façon a évacuer rapidement la
question du traitement scénique de cette scène, cage en verre
qui sort du toit de la maison…), on a le droit d’être déçu et
de s’inquiéter un peu sur ce que fait cette génération d’un
théâtre qui ne semble pas être à la hauteur des problématiques
de notre monde.
Quel que soit le sujet, les mutations de notre monde sont trop
importantes, trop graves pour ne pas s’en soucier. Alors
pourquoi monter ce texte aujourd’hui ? La réponse est dans le
texte, pas dans la mise en scène de Bellorini. On regrette le
manque d’imagination de ce metteur en scène qui prétend avoir
construit le spectacle pour la carrière de Boulbon mais se
contente de projeter des ombres sur le côté jardin, dans un
petit coin, à croire que ce n’est même pas fait exprès, qui se
contente d’allumer la façade pour je ne sais quelle raison,
sans doute pour rappeler qu’on est dehors, face à un mur
imposant.
Au final on est content d’avoir découvert certains bons
acteurs mais est déçu par un Bellorini qui n’est pas à la
hauteur du texte, du lieu et pire, du monde et du théâtre dans
ce monde.
Karamazov, par Jean Bellorini. Carrière de Boulbon, à 21h30,
jusqu’au 22 juillet. Durée : 5h30.
Photographie à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festival
d’Avignon.
Tigern
Mauvaise blague.
Sofia Jupither met en scène La Tigresse, un texte de l’auteure
Gianina Cărbunariu. Se voulant être sur le ton d’une fable où
les humains et les animaux croisent leurs discours. Tigern est
l’histoire d’une tigresse Mihaela qui s’est évadée d’un zoo
pour aller découvrir le monde, après quelques heures elle se
fit abattre par des gendarmes et des vétérinaires. Il y a un
centre historique, des terrasses, des pigeons, des passants,
des touristes, des sans-abri, des animaux…
Alors on s’interroge, on se tourne vers la feuille de salle
pour essayer de comprendre ce que Sofia Jupither a tenté de
faire. Quel est donc le fonds du propos ? les injustices
sociales, la crise des réfugiés, la marginalisation, le repli
identitaire ? on passe totalement à côté, dans cette mise en
scène frontale où les cinq comédiens ne semblent pas vraiment
savoir ce qu’ils font ici, à l’image de l’incarnation du
moineau par un des acteurs (David Fukamachi Regnfors) très
plate et dénuée de sens.
Malgré les tentatives d’explications et d’accroches, le
capital sympathie du départ est très vite entamé et tombe à
son niveau le plus bas rapidement. Le propos est desservi par
une approche du texte beaucoup trop premier degré, de plus le
décalage récurrent dans les surtitres (et par pitié, employez
donc un correcteur professionnel pour relire ces surtitres…)
compliquent d’autant plus la compréhension et mène à ce que
l’on pourrait nommer une succession de private jokes. La
dernière scène dans le zoo avec les comédiens déguisés en
peluche qui ne s’assument pas, achèvent cette mauvaise blague.
À vouloir représenter La Tigresse, Sofia Jupither n’est au
final qu’un tout petit chaton se frottant à une fable
burlesque qui mériterait un travail plus approfondi.
La metteure en scène suédoise ayant un autre spectacle
programmé, 20 November sur un texte de Lars Norén qui relate
l’histoire d’un jeune homme de 18 ans se préparant à commettre
un massacre dans son lycée d’Emstetten en Westphalie. David
Fukamachi Regnfors (le petit moineau de Tigern) se lance dans
un monologue plus que monotone d’une heure où la vidéo –
omnisciente et qui est ici un véritable gadget, si ce n’est
qu’en 2016, suivant le manuel du Castor junior de la mise en
scène (à paraître bientôt sur notre site), il convient
d’utiliser la vidéo à tout va. Malgré le respect du texte et
une écoute attentive, on n’arrive pas à rentrer dans la tête
de ce tueur qui apparaît comme très autocentré voire
nombriliste.
Avec ces deux spectacles, on s’interroge donc vraiment sur la
place accordée à Sofia Jupither dans cette 70ème édition car le
manque d’aboutissement dans le travail se fait sentir.
Tigern, par Sofia Jupither. Théâtre Benoît XII, à 18 heures,
jusqu’au 17 juillet. Durée : 1h15.
Photographie à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festivald’Avignon.
Les Damnés
Et pendant ce temps…
Nous attendions avec impatience ce qui peut clairement se
définir comme un des événements de cette édition 2016 du
Festival d’Avignon. Le retour dans la Cour d’Honneur de la
troupe de la Comédie Française et la confiance faite à Ivo van
Hove pour la mettre en scène.
Nous nous souvenons encore du magistral The Fountainhead de
2014 que nous avait livré le metteur en scène belge, cette
virtuosité des comédiens, cette justesse et incisive
originalité de la vidéo, cette épopée galvanisante…
De plus, le pari audacieux du metteur en scène de s’emparer du
scénario du mythique film de Visconti ne pouvait être que des
plus alléchants.
Le vent souffle fort ce soir là. Les projecteurs sont
tremblants, les cris des manifestants anti loi travail
résonnent derrière les majestueux murs du palais des papes, le
froid transperce les journaux utilisés comme rembourrage sous
nos couches de pulls et couvertures. Avant le coup d’envoi de
la représentation nous pouvons déjà sentir un lien qui se crée
entre les spectateurs de la cour. Nous sommes tous logés à la
même enseigne, on se serre les coudes et se prête un bout de
couverture ou une feuille du journal La terrasse, très
pratique parce que très épais.
À l’ouverture, les dès sont jetés, les codes sont posés, van
Hove nous plonge dans une fiction fragmentée par une
distanciation qui le caractérise si bien. Évidemment la vidéo
prend une place prépondérante dans le parti pris. Deux caméras
sont constamment à la poursuite des comédiens interprétant
dans un coin ou un autre de cette immense espace les scènes se
succédant. Heureusement d’ailleurs que nous pouvons bénéficier
de cet écran géant, central, pour suivre ces scènes que nous
avons souvent du mal à localiser sur le plateau. L’usage de la
vidéo par van Hove nous plonge dans un traitement à mi chemin
entre une approche cinématographique et théâtrale de la mise
en espace comme du jeu des acteurs.
Les acteurs d’ailleurs… On sent toute la suffisance d’un
Guillaume Gallienne qui se regarde jouer mais reste très bon
parce qu’en adéquation avec son personnage et le récit. Un
Denis Podalydès courant après la performance dans ce qui est
sans doute un des rôles les plus intéressants de la pièce. Et
soulignons une révélation, Christophe Montenez, qui interprète
le dérangé Martin avec une virtuosité digne des plus grands
acteurs que cette cour d’honneur ait accueilli.
L’espace que construit Ivo van Hove est simple, de jardin à
cour, chaises sur lesquelles les comédiens deviennent
spectateurs lorsqu’ils n’interviennent pas, miroirs de loges
de théâtre qui constituent un premier espace de jeu, grande
piste de jeu orange, puis noire, sur l’espace central, chaises
pour les musiciens à cour et cercueils dans lesquels les
protagonistes viennent mourir petit à petit (pratique pour se
repérer dans le temps et savoir qu’il ne reste que deux morts
avant la fin de la représentation). Disons que ce traitement à
l’horizontal que van Hove fait de la cour pourrait être
intéressant mais les chaises des comédiens-spectateurs et les
cercueils peuvent rapidement nous sembler installer la
représentation dans un rythme redondant, aux codes d’avancées
narratives répétitifs. Je ne sais pas s’il faut pardonner ou
pas ce que nous qualifierons de petite coquetterie facile.
Aussi, comme dans la plupart des spectacles proposés dans le
In cette année, les musiciens sont sur scène, et se baladent
entre le balcon situé sur l’écran géant et leurs chaises
d’orchestre situées sur le côté. La musique est omniprésente,
ce qui accentue le côté cinématographique de l’approche, sans
pour autant se référer au film original.
À la sortie, une vague sensation de rancœur, un spectacle qui
ne nous emporte certainement pas dans la folie galvanisante
que nous pouvions attendre mais qui reste honnête. Pas besoin
d’être dans les arcanes du festival ou du français pour
imaginer un Ivo van Hove arrivant avec sa scénographie clé en
main et des comédiens ayant un bon mois pour s’approprier
l’espace et donner corps et vie à cette histoire qui est tout
de même brûlante. La mayonnaise ne prend pas vraiment et on
regrette un rythme redondant dans lequel nous glissons très
rapidement. Tout s’enchaine proprement, ponctué par quelques
envolées dramatiques des comédiens jouissant de la situation
qu’ils vivent cet été.
Malgré ce sentiment mitigé, notons tout de même le dernier
quart d’heure du spectacle, Martin qui s’en prend à sa mère en
l’enduisant d’une sorte de pétrole bleu gluant, lui versant
des plumes blanches dessus, un Martin qui se verse les cendres
de l’urne des morts de la famille dessus, vent aidant, les
images créées par van Hove sont splendides, le comédien aussi…
Il termine d’ailleurs sur une image d’une puissance à
provoquer des crises cardiaques, écran clignotant blanc, effet
stroboscope, Martin nous visant et tirant par rafales sur le
public…
Tout cela a commencé à 23h le 14 juillet 2016 pour se terminer
deux heures plus tard, alors qu’à Nice se déroulait ce que
nous ne savons plus qualifier. Vivement que le théâtre
s’empare, sans timidité, du monde dans lequel nous vivons.
Les Damnés, par Ivo van Hove. Cour d’Honneur du Palais des
Papes, à 22 heures, jusqu’au 16 juillet. Durée : 2h10.
Photographie à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festivald’Avignon.
Tristesses
Un polar parfaitement maîtrisé.
Anne-Cécile Vandalem déroule un polar nordique sur une petite
île perdue, Tristesse, une île que chacun pourrait habiter
aujourd’hui. Inspirée par la montée des nationalismes en
Europe, croisant la fiction et la réalité, le théâtre et le
cinéma, les vivants et les morts, la metteure en scène belge
dissèque les armes les plus redoutables de la politique
contemporaine.
Un polar haletant.
Au nord du Danemark, Tristesse est une île prospère avec des
centaines d’habitants et dont l’économie repose sur les
abattoirs, seul employeur local. Après la faillite de ceux-ci,
ils ne sont plus que huit à vivre là-bas : le maire, Soren
Petersen, sa femme, Anna, et leurs deux filles, Ellen et
Mallen ; le pasteur, Joseph Larsen, et sa femme Margret ; Ida
et Käre Heiger, qui dirigeait les abattoirs et qui sont les
parents de Martha, la dirigeante du Parti du Réveil Populaire.
Tout bascule quand Ida est retrouvée pendue dans le drapeau
danois, l’intrigue commence à se dérouler. Martha revient sur
l’île pour les funérailles de sa mère, bien décidée à
réhabiliter les abattoirs en studio de cinéma pour que le
Parti puisse en faire un outil de propagande. Un à un, les
habitants, tous plus ou moins impliqués dans une histoire
compromettante, se retrouvent dos au mur.
Allant au-delà de la narration, Anne-Cécile Vandalem emmène le
spectateur dans la vie de cette petite communauté comme un
témoin actif qui ne peut rester indifférent à ce qu’il est en
train de voir. On ri, on se révolte, on a presque envie
d’aller sur le plateau pour faire part des émotions vécues
tant les histoires imbriquées sont susceptibles de parler à
chacun.
Une justesse à tous niveaux.
La mise en scène d’Anne-Cécile Vandalem est parfaitement
maîtrisée à tous niveaux. Le parti-pris cinématographique est
d’une intelligence redoutable, entièrement assumé, il permet
une lecture à deux niveaux entre le plateau et l’écran ainsi
qu’une immersion totale dans ce polar. La caméra s’immisce
dans les maisons comme un œil décrivant la banalité ordinaire
du quotidien dans toute sa violence, dans toute sa profondeur.
Portés par des comédiens d’une justesse remarquable, à l’image
de l’ensemble de la pièce, les vivants imposent leurs discours
tandis que les morts rôdent.
La montée des nationalismes en Europe n’est presque plus qu’un
prétexte pour dire. Bien sûr le sujet est omniscient, comme un
fil rouge tout au long de la pièce mais la metteure en scène
arrive à le décortiquer sous tous les angles. Le
conservatisme, les valeurs familiales, celles morales, les
relations humaines, la place de l’individu dans le collectif,
etc. La liste serait presque trop longue à faire tant
Tristesses témoigne, rend compte, donne matière à réflexion
sur un sujet tentaculaire avec lequel nous vivons au quotidien
et qu’il est plus que nécessaire d’aborder aujourd’hui.
Tristesses, par Anne-Cécile Vandalem. Gymnase du Lycée
Aubanel, à 18 heures, jusqu’au 14 juillet. Durée : 2h15.
Photographie à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festivald’Avignon.
2666
#JeSuisGosselin
Gosselin a tout d’un grand, avec son spectacle fleuve de douze
heures il use de tous les outils nécessaires aux grands
metteurs en scène de ce monde pour inscrire son spectacle dans
l’histoire. On salue la performance polyglotte des acteurs,
l’allemand, le français, l’anglais et l’espagnol sont au
rendez-vous. On lève notre chapeau à une musique d’une beauté
à faire trembler les murs de La FabricA, lieu de création et
de représentation de ce spectacle à Avignon. On applaudit
longuement les comédiens et nous-mêmes pour la performance
qu’est de tenir l’attention et l’intérêt sur une telle durée.
On se régale de l’œuvre monumentale inachevée et publiée à
titre posthume de Roberto Bolaño. On se confronte à un sujet
difficile et essentiel. On profite de ces comédiens hors pair,
de ces décors magistraux, mobiles, à deux niveaux. On se
laisse prendre par le jeu de lumières et la fumée. On est
heureux des différentes adresses. On mange à volonté de la
vidéo en direct. On sait que l’on vit un moment historique
parce que… Un tel format est rare à La FabricA (rires)…
Le problème de Gosselin sur ce spectacle n’est pas compliqué.
Tout ceci a l’apparence nécessaire pour le projeter dans la
cours des grands, mouvement qu’il avait déjà engagé avec Les
particules élémentaires salué unanimement par la critique et
les spectateurs d’Avignon, de France, et de Navarre, il a tout
d’un géant mais fait semblant. En fait ce spectacle bénéficie
d’une jolie gueule mais est complètement vide. Il emporte le
spectateur dans une envolée intellectuelle qui ne peut que le
rendre passif, et qui ne peut donc que le satisfaire
(puisqu’on sait depuis bien longtemps maintenant que
spectateur passif est équivalent à spectateur satisfait).
Gosselin nous endort avec une carte de visite à en faire pâlir
toutes les compagnies françaises. Il signe là un spectacle
très intelligent que nous ne pouvons pas qualifier de lisse,
de propre, de gentil, de par les moyens techniques déployés et
les subterfuges utilisés pour se débarrasser de pans entiers
du marathon qu’inflige ce texte qu’il n’a absolument pas voulu
toucher. Pourtant ce spectacle est lisse, propre et gentil. On
regrette l’absence d’évolution de la folie créatrice qui
apporterait un intérêt à ces douze heures. Gosselin a les
moyens financiers mais se laisse sans doute déborder par ce
qui lui est donné par ce système vérolé. Il justifie son
enveloppe budgétaire par une technique mal maîtrisée, micros
pas allumés au bon moment, manipulations de ces imposants
modules-scènes très hasardeuses, vidéo sans grand intérêt qui
ne jouit pas d’une belle originalité, même pas d’une véritable
maîtrise technique (sauts de l’image, transitions un peu
aventureuses…). Tout cela donne l’impression d’un enfant gâté
à qui on a donné un nouveau jouet un peu compliqué à
manipuler. Je crois qu’on appelle cela du gâchis.
Et là se pose alors une question centrale sur l’état du
théâtre français et du système dans lequel nous sommes
embourbés. Gosselin construit son théâtre sur la propreté, la
sagesse, la maîtrise (qui faisait la force et le talon
d’Achille des Particules élémentaires qui présentait une
maîtrise parfaite du plateau, nous plaçait dans une position
de délectation mais n’était pas forcément approprié à un
Houellebecq qui se veut sali, vomi et déchiré). Le problème
est que le spectaculaire insufflé à 2666 n’est pas
véritablement maîtrisé et que la propreté et la sagesse ne
sont pas vraiment adaptées à un spectacle de douze heures si
on veut ne pas s’ennuyer (et on le veut). Ce manque de
douceur, de finesse, de féminité nous fait glisser vers une
indécence à la limite du supportable quand on pense à ces
dizaines de dizaines de milliers d’euros accordés par des
coproducteurs aveuglés qui se permettent de parier sur une
nouvelle figure starifiée du théâtre français qui se regarde
le nombril. Le problème de Gosselin est qu’il a tout eu tout
de suite, qu’il est jeune et que personne n’a dû œuvrer à
refréner sa mégalomanie. Ce garçon est sans doute très
sympathique mais il perd ici son urgence à dire et sa
nécessité de raconter cette histoire si essentielle à entendre
aujourd’hui. On ne sent en rien son urgence à dire cette
parole… Lui qui est pourtant si attaché à un texte qu’il a
élevé au rang du sacré et n’ose pas toucher pour ne pas le
dénaturer. Il n’y a aucune indignation, aucune évolution au
cours de toutes ces heures durant lesquelles il nous tient la
jambe. C’est effrayant cette standardisation. Lorsqu’on est
metteur en scène on peut se planter, et lui se plante, mais il
n’avait pas le droit sur un tel texte, dans un tel lieu, avec
une telle attente. La profession du spectacle ou de la
critique ne lui en tiendra pas rigueur… Moi si.
Quand on pense à cette orgie sidaïque on ne peut que pleurer,
où sont les soutiens à ces metteurs en scène qui eux ont des
choses importantes, belles et nécessaire à exprimer ? Gosselin
passe à côté d’un élément essentiel de l’œuvre de Bolaño qui
rend ce spectacle plat et vide de sens, l’aspect épique du
récit. Il confond sans doute l’épique au spectaculaire. C’est
dommage. Il laisse à l’abandon ses acteurs d’un courage
exemplaire qui s’engouffrent dans des monologues durant
parfois plus de trente minutes sans respirer, sans vivre. Qui
jouent du coup en pléonasme du texte…C’est bon… On a compris.
Ces tunnels sont assassins pour ces comédiens comme pour les
spectateurs et installent la performance dans une musique
redondante. Le plus horrible de tous est sans doute le plus
âgé de la troupe, qui joue presque faux, on salue la part
féminine du groupe qui est un des rares éléments à tenir à
bout de bras le spectacle. La musique est excellente mais très
significative de la tumeur de cette création. Elle nous prend
par la main, nous indique quoi penser, où et comment regarder
(comme la vidéo utilisée à outrance d’ailleurs, comme une
envie d’en vomir tellement il nous en fait manger), elle nous
conditionne et nous prive de notre liberté, elle nous rend
passif et personnellement la passivité au théâtre…
C’est drôle (parce qu’il vaut quand même mieux en sourire) la
façon dont Gosselin se prive lui-même de liberté. Au nom du
respect du texte et de l’invention du nouveau genre théâtral
dont il se fait figure de proue, l’adaptation de romans sur
scène, il n’ose rien toucher au texte de Bolaño et nous oblige
à être spectateur littéraire, j’en veux pour preuve la demiheure passée à la troisième partie à lire le texte défilant
sur la moustiquaire nous séparant de la scène. NB :
Moustiquaire, élément indispensable à utiliser pour entrer
dans la cour des grands.
On note aussi le manque d’inventivité de ce Gosselin qui se
défile sur bien des points décidément. Les structures très
contraignantes imaginées par celui qui doit être son super
pote, Hubert Colas, sont très belles et nous offrent des vitre
transparentes antireflets parfois, fumées d’autres fois.
Résultant d’un bel effet miroir sur le public à l’entrée de la
quatrième partie. Quelle originalité !
Je suis triste de l’utilisation de la vidéo (NB : Vidéo, à ne
pas oublier dans un spectacle créé dans les années 2010) qui
est presque l’unique mode de représentation de la troisième
partie (qui dure quand même 2h20). Quand on pense à son
utilisation magistrale par Ivo Van Hove dans The Fountainhead
on se dit qu’il y a du chemin à parcourir pour que Gosselin
trouve l’intérêt de cette manie de la scène contemporaine.
En conclusion, on salut l’apparition de Macaigne qui est une
petit bulle d’air dans ce spectacle camisolé. On trouve que
Julien se prend pour ce qu’il n’est pas. On a peur pour
l’avenir du théâtre français parce que si c’est ça l’avenir du
théâtre français, on part en Belgique. On ressent que « La
douleur s’accumule » et on aimerait que « La folie soit
contagieuse » comme dirait Bolaño. On en veut à Gosselin et on
aimerait bien boire une bière avec lui pour lui dire deux
mots. On sourit de tristesse… On se lève ce matin avec la
gueule de bois et on poursuit malgré tout ce festival en
attendant de belles émotions.
2666 par Julien Gosselin, La Fabrica, les 12, 14, 16 juillet.
Durée : 12h.
Photographie à la Une – Portrait de Julien Gosselin © Simon
Gosselin
¿ Qué haré yo con esta espada
?
La fascinante beauté de l’infini.
En assistant à la représentation de ¿ Qué haré yo con esta
espada ? un des premiers mots qui vient à l’esprit serait
magistral. Avec sa dernière création, Angélica Liddell livre
un véritable bijou, tant par le texte que par la mise en
scène, et pousse à nouveau les limites de sa recherche
théâtrale en bousculant plus que jamais l’être.
¿ Qué haré yo con esta espada ? est le deuxième volet de la
Trilogie de l’infini que l’auteure et metteure en scène est en
train de dérouler. Le premier volet, Esta breve tragedia de la
carne, créé en 2015 lors de la 39ème édition du Festival de La
Bâtie, révélait toute la ferveur mystique d’une cérémonie où
la poétesse Emily Dickinson et les mutilés étaient convoqués.
Lors de ce 70ème Festival d’Avignon, à la nuit tombée, dans le
Cloître des Carmes, le triangle de la beauté, de l’amour et de
la mort s’incarne en se mêlant à la colère et aux tréfonds de
l’âme humaine.
Renouer avec les instincts et les âmes, par la poésie.
Le texte juxtapose d’une part, les attentats du 13 novembre à
Paris, date à laquelle Angélica Liddell jouait Primera carta
de San Pablo a los Corintios au Théâtre de l’Odéon – un moment
où la violence poétique mise en plateau devint une violence
réelle. Et d’autre part, toute la noirceur, les actes de
tueurs en série comme Ted Bundy, Jeffrey Dahmer ou Issei
Sagawa – le Japonais cannibale qui assassina Renée Hartevelt,
une jeune Néerlandaise de vingt-quatre ans, étudiant tout
comme lui la littérature comparée et qui revendiqua son acte
comme un acte artistique.
Au fil des trois actes, les intenses monologues succèdent aux
tableaux révélant tant la splendeur picturale, à l’image de
certaines fresques de Goya ou tableaux de Vélasquez, que la
parole dite ou désincarnée. La voix d’Issei Sagawa, la
naissance d’un assassin et ses mots reflétant toute sa cruauté
donnent une interprétation qui est pourtant d’une étrange
beauté, qui témoigne d’un acte d’amour. Le lyrisme, la
musicalité, le chant entonné en japonais font naître une
certaine forme d’empathie avec cet assassin. Les sentiments
ressentis sont assez paradoxaux tout comme dans le tableau
créé par huit femmes lorsqu’elles utilisent des poulpes,
souvent représentés dans les estampes érotiques japonaises,
comme objets sexuels ou instruments de torture. La beauté des
images sont en contradiction avec l’écœurement ou la violence
projetée pouvant être ressentis.
Dans ¿ Qué haré yo con esta espada ?, les influences de ce que
l’on pourrait définir comme des pairs artistiques sont
perceptibles : celles de Jan Fabre dans l’endurance, voire
l’épuisement quand un des interprètes japonais effectue le
même mouvement répétitif ; celles de Pina Bausch dans
l’évolution chorégraphique ou encore celles de Rodrigo Garcia
au travers de l’esthétique. Ces influences, que l’on pouvait
déjà sentir dans des précédentes créations dans une moindre
mesure mais qui là exultent, prennent et font sens avec la
démarche artistique d’Angélica Liddell en étant clairement
lisibles par le spectateur.
Toucher à l’affect personnel, à la parole universelle.
Dans le dernier acte, Angélica Liddell en squelette Loyal
interpelle les spectateurs dans une adresse directe. Chacun
est responsable du mal qui gangrène le monde dans lequel nous
vivons. Nous, nous tous, engendrons ce que nous n’arrivons à
percevoir que lorsqu’il est déjà trop tard, quand le mal est
fait, quand des hommes massacrent leurs semblables au nom
d’une pseudo idéologie ou religion qui en aucun cas ne prône
la haine et l’assassinat de son prochain.
Se tourner vers le divin peut-il être salvateur, qu’en est-il
de la beauté, de l’amour ? ne sont-ils pas là pour nous
sauver, pour sauver le monde ? Que voulons-nous faire de nos
sociétés, quelle réelle volonté avons-nous de faire bouger les
lignes, voulons-nous vraiment voir grandir nos enfants, voir
les personnes que nous aimons vivre dans cette merde que nous
avons généré ? le nous est commun, comme une prise de
conscience.
À chaque tuerie de masse, à chaque attentat, on crève, on en
est malade. Le traumatisme est là, il grandit mais il est hors
de question de le laisser faire, de se résigner, de rester
impuissant, de seulement pleurer les morts et de se laisser
aller dans des zones de confort reflétant la médiocrité de la
vie. Chacun a la capacité de faire bouger les lignes et il est
plus que nécessaire que les prises de conscience se
réveillent, se développent et s’accroissent.
Angélica Liddell est une artiste majeure allant jusque dans
les tréfonds de l’être humain, exprimant l’indicible,
s’exposant sans aucune limite pour questionner. Dans ce voyage
entre Tokyo et Paris, faisant appel au vécu collectif et non
seulement personnel, elle fait jaillir les instincts en
s’attaquant aux bien-pensants, à la morale d’un autre temps ou
moutonnière. Mêlant la beauté, l’amour et la mort, ¿ Qué haré
yo con esta espada ? amène dans des lieux où nulle
tranquillité n’est possible.
«
Elle
aurait
dû
chanter,
cette
âme
humaine,
et
non
parler ! ».
Qué haré yo con esta espada ?, par Angélica Liddell. Cloître
des Carmes, à 22 heures, jusqu’au 13 juillet. Durée : 5h.
Photographie à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festivald’Avignon.
Antigone
Installés dans le centre d’Avignon, nous sommes prêts à
affronter les chaleurs du soleil, des foules et des éclairs de
génies des artistes que nous attendons de revoir ou de
découvrir. Nous entamons ce parcours du Off avec une libre
adaptation de Antigone, de Sophocle, au Théâtre des Lucioles.
Dès l’entrée dans la salle, les codes traditionnels du théâtre
se voient ébranlés. Accueilli par ce que nous savons être les
comédiens, ils nous attendent, nous accueillant en souriant,
devant ce rideau fermé. Petit mot traditionnel à Avignon,
“Parlez de nous autour de vous, éteignez vos portables,
profitez bien”.
Nous nous trouvons face à une proposition qui se veut
assassine des codes traditionnels du théâtre. Méta théâtre en
perspective de par la présence sur le côté des comédiens
n’étant pas dans l’arène de jeu, la présence de cette diva
narratrice, omnisciente, l’adresse directe au public qui est
tour à tour témoin des scènes clés de ce qu’il reste de cette
Antigone épurée, puis complice du Chœur, cette diva
narratrice, et enfin peuple de Thèbes.
On dessine chez Jean-Charles Raymond, l’adaptateur, metteur en
scène, une violente volonté de ramener ce mythe puissant à une
résonnance qui fait clairement vibrer notre société
contemporaine. Plusieurs axes s’ouvrent alors à nous. La
première est cette incrustation saugrenue de l’Espagne, mise
en parallèle avec les tragédies grecques. J’ai beau
m’accrocher à l’explication qui nous est donnée du rapport de
ce pays avec la mort notamment à travers les corridas ou la
guerre civile, le lien semble bien trop lointain pour ne pas
passer ici pour une véritable coquetterie de l’adaptateur.
Heureusement pour lui que ce parti pris est porté à bout de
bras par un comédien travesti ayant les moyens de puiser dans
ses ressources pour assumer l’embûche.
On ne peut que souligner également la qualité de jeu des
comédiens qui sont individuellement très beaux. Encore une
fois, manquement de la direction d’acteurs sans doute, les
très belles propositions de jeu, de situations physiques ou
d’instants esthétiques sont avortées et disparaissent derrière
la sagesse presque scolaire d’un metteur en scène qui sait
créer un véritable univers, nous livrer une véritable lecture
originale de cette œuvre, qui installe des codes et niveaux de
narrations claires et audacieux malheureusement gâchés par ce
manque d’attention pour une équipe qui vaut le détour. Notons
aussi la création originale de la musique, qui est en vente à
la sortie et qui joue à la fois son rôle d’accompagnateur dans
ces glissements répétés entre les niveaux de narrations et
nous ouvre les portes d’un état dans lequel s’approprier cette
fabuleuse histoire d’injustice mais surtout de révolte.
Dernier bémol de cette adaptation, la révolte est bien
présente dans cette proposition de lecture mais est souvent
voilée par l’injustice sur laquelle l’adaptateur a voulu
insisté. Une frustration de plus qui n’entache pour autant pas
le plaisir de cette découverte originale.
Note pour les festivaliers : c’est une belle proposition, à
voir pour la lecture qu’elle offre d’un Antigone qui n’est
pas, pour une fois, une simple adaptation de plus. Vous
pardonnerez sans doute les maladresses sus mentionnées à cette
équipe qui vous accueillera avec le sourire et aura du plaisir
à vous livrer ce spectacle.
Du 07 au 30 juillet 2016 au Théâtre des Lucioles à 15h15
(relâche les 11, 18 et 25 juillet 2016) par La Compagnie La
Naïve.
Photographie à la Une © Compagnie La Naïve.
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