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Allocution de M. le Préfet de la Drôme à Vassieux-en

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PRÉFET DE LA DRÔME
Allocution d'Eric SPITZ, Préfet de la Drôme
(Seul le prononcé fait foi)
21 juillet 2016, Commémoration du 72ème anniversaire du martyre de
Vassieux-en-Vercors et des combats du Vercors
Nous venons en ce lieu, à Vassieux en Vercors, sept jours après que l'horreur et la
tragédie aient de nouveau ensanglanté la France.
Nous venons en ce lieu, sept jours seulement après que la haine meurtrière, la fureur
barbare du terrorisme aient fait douloureusement écho à une autre haine meurtrière, une
autre fureur barbare qui se sont abattues sur ce petit village, en guise de représailles le 21
juillet 1944.
Et nos pas soudain résonnent autrement sur les chemins de la souffrance, sur les sentiers
du plateau martyre, sur ces layons tracés par tous ceux qui allaient mourir.
Nos pas résonnent autrement, parce que notre pèlerinage républicain prend aujourd'hui
tout son sens après que par trois fois le sang innocent fût répandu à Paris et à Nice.
Écoutez, vous les enfants de Vassieux, vous les enfants du Vercors, vous les
enfants de France, écoutez le chant de la Liberté, le chant de la résistance.
« Ici commence la République de la Liberté ».
Ces mots tracés en lettres capitales, comme un ultime affront à l'occupant nazi, sur les
panneaux indicateurs tournés vers cette citadelle naturelle que tous croyaient imprenable ;
ces mots écrits par des mains incertaines, mais des mains qui ne tremblaient pas, celles
de Français, jeunes ou moins jeunes, ouvriers, paysans, poètes ou soldats, officiers et
sans grade, Français de toutes conditions qui avaient pris les armes, ces mots là
témoignaient de leur détermination à se battre et de leur volonté de ne plus se soumettre,
de ne plus courber la tête et de participer pleinement à leur propre libération.
« Ici commence la République de la Liberté », comme on s'élève vers le ciel, ce ciel ouvert
au grand soleil de l’été 44, ce ciel qui pourtant s'assombrit, ce ciel d'où viendra la fin.
Vercors,
il fut un temps où ce nom seul suffisait pour que chaque enfant de France se souvienne ;
ce nom parlait de sacrifice, de martyre et de Liberté,
ce nom parlait d'un combat inégal et d'une force ignoble qui s'abattit implacable sur ceux
qui portaient des armes et ceux qui n'en portaient pas ;
ce nom évoquait la mémoire de 4000 fils de France, partisans ou maquisards, qu'importe
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le nom qu'ils se donnaient ;
ce nom représentait le courage et l'abnégation, l'esprit de sacrifice et l'honneur retrouvé.
Vous qui conservez cette mémoire, allez dire aux enfants de France qu'en ce lieu furent
recueillies, préservées, portées à leur paroxysme les plus belles valeurs de la France
Que les enfants de France se souviennent encore qu'il y eut Oradour sur Glane en
Limousin, Etobon en Franche-Comté et Vassieux en Vercors, et tant d'autres villages
martyrs dont les pierres noircies résonnent encore des cris de terreur et de souffrance.
Vassieux, dont le destin est marqué du triple sceau, du martyre, de l'héroïsme et de
l'honneur et dont la croix de Compagnon de la Libération témoigne de la reconnaissance
de la Nation toute entière.
Vassieux, village-martyr dont le glas sonne encore pour tous les habitants et les résistants
tombés sur son sol le 21 juillet 1944.
Après trois jours de combats héroïques et désespérés, les survivants, parmi les 4000 du
maquis du Vercors, submergés par le nombre et l'écrasante supériorité de feu des forces
nazies, furent contraints de se disperser.
Ce fut la fin du Vercors, la fin tragique de la « Citadelle et République de la Liberté ».
A Vassieux, 120 maquisards tombèrent les armes à la main. 73 villageois furent suppliciés
et exécutés et la totalité des maisons du bourg furent incendiées au lance-flamme.
Pour le Vercors tout entier, ce furent 201 civils et 899 maquisards torturés et mis à mort,
dans des conditions ignobles, comme dans les grottes de la Luire où furent odieusement
achevés les blessés qui s'y étaient réfugiés.
« Écoutez les cloches qui sonnent
Elles inscrivent dans les cieux
Les noms de ceux qui dorment
Dans les terres brûlées de Vassieux »
C'est en ces termes que le poète et maquisard Jean-Pierre Rosnay a confié à l'éternité le
sacrifice de ses camarades morts au combat, dans le Vercors ...
Oui, ce sont bien les affres de l'agonie et celles du martyre que le village de Vassieux-enVercors eut à souffrir, en ces effroyables circonstances.
Oui, ces hommes et ces femmes, comme l'écrivit Malraux, « ont été confrontés et ont
combattu à la face de l'enfer »...
Je m’incline devant le sacrifice des héros de la résistance du Vercors, les maquisards euxmêmes qui ont lutté sans faillir contre un ennemi bien supérieur en nombre et en
armement.
Mais je m’incline aussi devant le sacrifice des habitants de Vassieux et de tous les villages
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du Vercors, conscients des risques auxquels ils s’exposaient, mais qui ont apporté leur
aide matérielle et morale à ces maquisards, qui les ont accueillis et qui les ont cachés,
nourris, protégés, au péril de leur vie, pour que leurs propres enfants apprennent le sens
du mot Liberté.
Au nom de la Nation toute entière, je salue en ce jour leur mémoire et j'exprime à leurs
descendants, à leur famille et à leurs frères d’armes toujours présents parmi nous
aujourd’hui, ma profonde déférence et ma plus vive reconnaissance.
Vassieux, c'est le nom d'un village de France qui résonne encore aujourd'hui comme un
hymne à la gloire de ceux qui ont refusé de se soumettre.
Vassieux, c'est le courage et c'est l'honneur de ces combattants de la Liberté qui croyaient
en la France et servaient la Patrie.
Vassieux, c'est la flamme et c'est l'esprit de la Résistance, portés par ses habitants qui
payèrent en ces circonstances le plus lourd des tributs.
Vassieux, c'est l'idéal de la Liberté, celui que ces hommes et ces femmes, au-delà de
leurs origines et de leurs convictions ont continué à nourrir comme une lumière fragile et
pourtant si vive dans un pays abasourdi par la défaite et terrorisé par la barbarie nazie.
Vassieux c'est le peuple, uni par le courage et la plus farouche des déterminations, sa
conscience préservée, son honneur sauvegardé, se révélant selon les mots du Général de
Gaulle, comme « l'un des plus authentiques dépositaires de l’âme de la Nation ».
Voilà pourquoi le village de Vassieux a désormais pris rang parmi les plus hauts-lieux de
notre histoire nationale et est devenu le gardien de cette mémoire qu'elle a reçue en dépôt
sacré.
Distinction insigne qu'elle ne partage qu'avec quatre autres collectivités territoriales de
France, Vassieux a été élevée à la dignité de membre de l'Ordre des Compagnons de la
Libération.
C'est en cette qualité, qu'elle s'est vue conférer la mission de maintenir et de perpétuer la
mémoire des événements du Vercors et de la seconde guerre mondiale ; de dire aux
générations nouvelles, ce que fut la Résistance et de porter pour l'avenir, avec les derniers
témoins vivants, le flambeau de ses valeurs.
Perpétuer cette mémoire, c'est la fonction du Mémorial de la Résistance, de la Nécropole
et du Musée aujourd'hui rénové ; autant de lieux qui, chacun à sa façon, contribueront à
ce que, toujours selon les mots de Jean-Pierre Rosnay, « dans dix ans, dans cent ans, ou
dans mille ans, jamais on n'oubliera les noms de nos camarades qui reposent dans ces
terres gorgées de leur sang »...
Mais nous avons nous-même notre propre responsabilité envers ces héros, célébrés par
Malraux « ces hommes qui ont maintenu la France de leurs mains nues ».
Notre responsabilité c'est d'entretenir ce devoir de mémoire en
transmettant aux
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générations futures le souvenir de leur sacrifice et du prix dont ils ont payé leur révolte
contre un pouvoir et une idéologie qui foulaient aux pieds les valeurs essentielles de
l'Humanité.
En traçant le sillon de la reconquête de notre souveraineté ; en combattant pour la
restauration de la Liberté, de la Justice, du respect des Droits de l’Homme et de la
Démocratie, ces hommes et ces femmes ont payé de leur vie un engagement total. Ce
prix là, ils le connaissaient bien.
Leur enseignement, une fois encore encore, trouve aujourd'hui, une nouvelle et cruelle
actualité.
Demeurer fidèle à leur mémoire c'est nous interroger sur notre propre engagement de
citoyen . Cette fidélité, c'est avant tout « l’ardente obligation » d'être vigilant face à toute
tentative de remise en cause des valeurs fondamentales de nos sociétés.
Car nos sociétés sont en équilibre. Notre propre démocratie est la cible d'une menace
permanente, diffuse et latente. Nous ne pouvons rester en dehors, spectateur de ce que
certains considère comme une mort annoncée.
Après la colère et les larmes légitimes, confrontés à une situation qui nous concerne tous,
nous devons nous rappeler, ce que disait Lucie Aubrac : « la Résistance est un état
d'esprit qui doit toujours se conjuguer au présent ».
La Résistance c'est la voie de l'engagement citoyen et patriote et de la vertu morale.
Les zélateurs abjects de la barbarie, qui ont semé la mort pour la troisième fois,
pervertissant l'enseignement d'un Dieu dont ils osent se réclamer en dévoyant les
préceptes, ne sont que les héritiers sanguinaires des assassins de Vassieux, d'Oradour et
d'Etobon.
Quel que soit l'uniforme et quelle que soit la cause, la mort d'un innocent est un crime et
non un acte de guerre. Quel que soit l'idéal et quelle que soit la guerre, la mort d'un enfant
est une ignominie.
Ici à Vassieux, en ce lieu de mémoire où se sont incarnées toutes les valeurs de la
France, nous célébrons la Résistance et nous proclamons l'unité de la Nation.
En rendant hommage aux héros d'hier, qui demeurent dans nos cœurs et dans nos âmes,
par delà le Temps, et par delà toutes nos différences, nous réaffirmons, que la grandeur de
leurs actes procédait autant de leur courage que de la justice de leur cause et de leur
attachement indéfectible à la Liberté. Aujourd'hui, plus que jamais, sachons retrouver
l'esprit de la Résistance.
Écoutez, vous les enfants de Vassieux, vous les enfants du Vercors, vous les
enfants de France, écoutez le chant de la Liberté, le chant de la résistance.
« Ici commence la République de la Liberté ».
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