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12 Les jeunes conteurs du Bénin, des ponts entre les hommes

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La Croix -vendredi 22 juillet 2016
Culture
12
Les jeunes conteurs du Bénin,
des ponts entre les hommes
tLa Caravane des enfants
conteurs du Bénin, spectacle
itinérant visible cet été
en France, apporte son
lot de belles histoires, de
dépaysement et de généreux
messages de paix pour petits
et grands.
Chaque jour, un homme transportait sur ses épaules de l’eau dans
deux grandes jarres reliées par une
pièce de bois. L’une des deux jarres,
fissurée, perdait en chemin la moitié de sa précieuse cargaison. Un
jour, cette jarre désolée s’adressa
au porteur d’eau – eh oui, les jarres
parlent ! « Je n’effectue que la moitié
de ma mission, alors que tu te donnes
tant de mal ; à cause de moi, tu n’as
pas la reconnaissance qui devrait
être la tienne pour tes efforts. » Alors
l’homme lui montra les bords du
chemin : du côté de la jarre endommagée, il avait semé des graines.
Avaient poussé là des hibiscus et
autres fleurs superbes qui embellissaient la table du maître. « Nous
avons tous des éclats et des blessures,
explique l’un des jeunes conteurs.
Nous sommes tous des jarres abîmées. Ce sont les défauts en nous
qui rendent nos vies intéressantes et
exaltantes. »
Chaque conte
porte un espoir,
un message de paix.
Venus de quatre caravanes d’enfants conteurs de différentes régions du Bénin, ils sont trois filles
et deux garçons, habillés de rouge,
jaune et orange chatoyants. La
benjamine, Orphée, a 11 ans et le
« doyen », Michel, 18 ans (il œuvre
comme conteur depuis six ans).
Ces groupes sont nés à l’initiative
de Martine Macé, une psychologue
française habituée à travailler dans
l’Hexagone auprès de jeunes en difficulté en s’appuyant sur les contes.
Lors d’un premier voyage au Bénin en 2009, elle écoute beaucoup
les villageois de tout âge : « Les vieux
– les sages – se plaignaient que le patrimoine culturel oral du pays se perdait parce que les jeunes étaient happés par les nouvelles technologies. La
transmission par la parole ne s’effectuait plus. » Avec Nestor Viédanon,
Martine Macé fonde l’association
La Compagnie du sens commun.
Entre 2010 et 2014, ils se rendent
dans des écoles de quatre villes béninoises et, avec les instituteurs, ils
sélectionnent des enfants motivés
pour se former avec un conteur professionnel trois heures par semaine.
Ils jouent des spectacles dans leur
ville et à l’Institut français de Cotonou.
« Universels, les contes sont une colonne vertébrale qui aide les enfants
à se construire, explique Martine
Macé. Sur scène, chacun exprime
sa personnalité et raconte à sa manière. À raison de quatorze enfants
par caravane (chacune renouvelée
au fil des années), ils se sont épanouis
et ont pris de l’assurance. Michel veut
en faire son métier. Bernice, 15 ans,
souhaite devenir médecin en utilisant le conte dans sa pratique. »
Depuis septembre 2011, plusieurs
tournées ont été organisées en
France, avec en 2013 une participation au Festival d’Avignon – le tout
sans financement, les billets étant
vendus pour une somme modique
ou offerts selon les lieux.
Avec charisme, charme et aisance, nos jeunes conteurs chantent, dansent et surtout relatent
des histoires traditionnelles qu’ils
se sont appropriées et qu’ils ont
transformées à leur gré. S’il faut au
début prêter un peu l’oreille pour
s’habituer à leur accent, ils usent
d’un français élégant pour emporter le spectateur chez eux au Bénin.
Dépaysement garanti. Dans
leurs récits, un homme « authentique » est celui qui tient son engagement, fût-ce au prix de sa vie ; les
rites essentiels se transmettent de
génération en génération par l’apprentissage, « par le sang » et par le
tambour sacré ; un beau destin finit
toujours par s’accomplir quels que
soient les détours qu’il prend.
Si les contes parlent d’un ailleurs
lointain, ils prennent aussi pleinement leur sens ici, tel l’histoire de la
jarre qui s’appelle « le secret de celui
qui n’a jamais rien perdu ». Ils se finissent bien et portent chacun un
espoir, un enseignement, un message de paix.
Comme l’histoire de cet homme
à tout faire à qui l’on a demandé
de construire un mur et qui en lieu
et place a bâti un pont. « Les paroles sont des ponts pour rassembler
les hommes », expliquent les enfants conteurs qui ont fait de cette
maxime le titre de leur spectacle.
Corinne Renou-Nativel
22 juillet : Tournus (71), 14 heures, Les
Berges en fête
23 juillet : Melun (77), 17 heures, Salle
Saint-Jean, 26, place Saint-Jean
24 juillet : Paris (75), 17 heures, église
Saint-Paul, place Saint-Paul
Rens. : 06.85.55.93.72
Les enfants narrent avec talent et énergie les légendes
de leur pays. Wilson Claude Balda
repères
La richesse
des contes africains
En Afrique, « les contes, les
fables, auxquels s’ajoutent
les légendes et les chansons
de geste sont d’heureuses synthèses de l’émotion propre aux
mythes et de la sagesse carac-
téristique des proverbes. Ils
constituent la pièce maîtresse
de la littérature profane », écrit
l’Encyclopædia Universalis.
« Un vieillard qui meurt, en
Afrique, c’est une bibliothèque
qui disparaît. » L’aphorisme
du poète Amadou Hampâté
Bâ a fait le tour de la terre.
Chacun a pris conscience, au
XXe siècle, de la nécessité de
préserver la tradition orale
des contes et des langues menacées de disparition, et de ne
pas limiter leur transmission à
la seule parole des anciens.
À lire, dès 10 ans : La Femme
panthère et autres contes du
Bénin, ouvrage collectif illustré par Nicolas Thers, « Folio
Junior », éd. Gallimard, 128 p.,
5,70 €.
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