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Brexit : Vraie ou fausse bonne nouvelle ? Par Valérie

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Brexit : Vraie ou fausse
bonne nouvelle ? Par Valérie
Bugault
Par Valérie Bugault − le 17 juillet 2016
Cet article est la version écrite, détaillée et étayée, d’une
interview de l’auteure publiée initialement par le site
Médias-Presse-Info et repris par le Saker francophone.
A propos du Brexit : un
soigneusement alimenté
brouhaha
politico-médiatique
Suite au vote anglais pour sortir des institutions européennes
(Brexit), l’essentiel du discours ambiant consiste à affirmer
que le peuple aurait gagné une grande victoire démocratique
sur la finance internationale. L’emblématique allocution de
Nigel Farage en est l’exemple le plus parfait. Or, il se
trouve que Nigel Farage, charismatique et déjà ancien leader
du parti britannique UKIP, est lui-même une émanation de la
City 1. Un émissaire de la City prétend donc que le peuple a
gagné une grande victoire sur la finance internationale ; il y
a de quoi, pour le moins, sourire…
Une autre facette de la narrative politico-médiatique est
l’effet boule-de-neige attendu de cette première sortie par un
pays des institutions européennes 2. Le Brexit sonnerait donc
le départ de la reconquête de la liberté pour tous les pays de
l’Union européenne, dont la perte d’indépendance serait
exclusivement imputable aux actuelles institutions
européennes. Cet effet boule-de-neige serait le plus grand
danger pour l’oligarchie à la tête de l’Union européenne et le
début d’une grande victoire générale des peuples européens sur
leurs élites. Un large consensus politico-médiatique invite
ainsi une large partie des opinions publiques à considérer que
l’oligarchie était et est encore irrémédiablement hostile à
une sortie de l’Angleterre des institutions européennes.
Une telle présentation des choses est erronée à plus d’un
titre.
D’une part car elle part du postulat que l’oligarchie
occidentale est intégralement fusionnée dans un parti-pris
américain, ce qui est tout à fait faux. Seuls les Américains −
John Kerry lui-même est intervenu auprès des élites
européennes suite à l’inquiétant Brexit − et la faction proaméricaine de l’oligarchie occidentale ont réellement quelque
chose à perdre de la dislocation des actuelles institutions
européennes. Il ne faut pas sous-estimer la frange des élites
qui doit son ascension sociale, politique et/ou économique au
développement de l’empire américain ; cette faction de
l’oligarchie est composée d’individus qui ont misé
l’intégralité de leur destin sur la suprématie américaine. Il
est évident que cette partie de la population, auto-proclamée
élite politique, dont les éléments sont encore – pour une
large partie – au pouvoir sur le continent européen (pour la
plupart sélectionnés par les Young leaders), ne voit pas d’un
bon œil l’affranchissement de la Grande-Bretagne des
institutions européennes ; avec au surplus un risque de
contagion à d’autres pays. Les partisans de la domination
planétaire américaine ne peuvent de toute évidence pas se
réjouir de la disparition de cette domination. Toutefois, s’il
ne faut pas sous-estimer cette catégorie d’élites qui a encore
beaucoup de leviers du pouvoir politique en Occident, il ne
faut pas non plus surévaluer le contrôle de la situation
mondiale par cette partie de l’élite. La faction proaméricaine, bien qu’incessamment mise sur le devant de la
scène, ne fait, très vraisemblablement, pas partie du petit
cercle des véritables élites bancaires internationales qui ont
le contrôle effectif du pouvoir monétaire mondial. Ce petit
cercle de décideurs, composé d’individus dont les avoirs sont
localisés nulle part et partout, n’a pas réellement de patrie
; il agit, par le biais des banques et des institutions
monétaires internationales, en tout point de la planète comme
s’il était chez lui.
D’autre part parce que la prochaine dislocation des
institutions européennes, annoncée comme imminente par les
médiats dominants est, dans les faits, loin d’être certaine et
surtout loin d’être immédiate ; elle suppose un renouvellement
intégral du personnel politique des pays (jusqu’alors très
pro-américain, et soigneusement sélectionné comme tel) soumis
à la domination des instances technocratiques unionesques.
Il convient en outre de faire la juste part des choses dans le
double discours de certaines élites qui abondent dans un sens
et agissent dans un autre ; ce qui a très précisément fait le
succès des élites bancaires depuis qu’elles ont entrepris de
conquérir le pouvoir 3. Il est loisible de soupçonner Peter
Sutherland 4, mais aussi Christine Lagarde du FMI 5 de ce type
de discours à double entrées. S’agissant de Peter Sutherland,
il est également loisible d’estimer qu’en fervent partisan de
l’empire américain, ce dernier est réellement inquiet pour son
avenir – chacun se fera sa propre opinion sur l’honnêteté du
discours de cet individu.
D’autres membres de l’oligarchie financière, tellement sûrs
d’eux-mêmes et confiants en l’étendue de leur pouvoir, ont
clairement affirmé ce que nous suggérons également dans le
présent article : à savoir que le Brexit pourrait, au
contraire, renforcer l’Union européenne 6 ; de tels individus
allant même jusqu’à édicter des conditions pour le
renforcement de ladite union.
Les élites bancaires et financières mondiales,
appuyées pour un temps (assez long) sur la
partisans de la domination américaine, n’ont
jamais aucun scrupule à abandonner leurs affidés
qui se sont
frange des
et n’auront
partisans de
la domination américaine afin d’avancer plus sûrement vers
leur objectif de monnaie internationale et de gouvernement
mondial. Il faut en effet, pour s’en convaincre, conserver à
l’esprit le sort qui fut réservé à l’empire anglais, lequel
fut littéralement absorbé par l’empire américain. Les élites
bancaires qui ont pris le pouvoir en occident n’ont jamais
hésité à opérer une quelconque trahison – revirement tactique
– afin de poursuivre leur stratégie de long terme.
Le contexte politico-médiatique désormais éclairci, il
convient d’analyser concrètement la réalité institutionnelle,
à la fois en Grande-Bretagne et dans les autres pays de
l’Union européenne, après le retrait anglais.
La réalité institutionnelle « européenne » post-Brexit
Nous analyserons successivement le cas anglais et celui des
autres pays membres de l’Union européenne.
LE CAS ANGLAIS
La Grande-Bretagne n’était, quoiqu’il en soit, pas concernée
par les principaux méfaits des institutions européennes
puisqu’elle bénéficiait d’un nombre considérable de
dérogations aux traités ; elle était par exemple à la fois
hors de la convention de Schengen et hors de la zone euro.
D’une certaine façon, elle appartenait plus formellement que
réellement à la réalité civile issue des traités européens
successifs.
S’agissant des accointances de l’État anglais avec l’OTAN, il
est à peine nécessaire de préciser que la sortie de ce pays de
l’Union européenne ne changera absolument rien à la quasi
fusion Angleterre-USA du point de vue tant militaire 7, que
paramilitaire s’agissant des armées secrètes de l’OTAN
décrites par Daniele Ganser – précisons au passage que ce
phénomène du Gladio existe en France dans les mêmes
proportions qu’il existe en Angleterre –, ni même du point de
vue de l’alliance de renseignements dite des cinq yeux 8.
S’agissant du domaine financier, si le Brexit a quelque peu
endommagé, dans un premier temps (très court au demeurant),
les finances – bourse et livre sterling – britanniques,
celles-ci ont tôt fait de reprendre du poil de la bête. Les
bienheureux propriétaires de la City pourront d’ailleurs, en
guise de récompense de leurs efforts, bientôt compter sur leur
nouveau statut de refuge off-shore des actifs financiers
chinois.
La seule réelle conséquence financière quelque peu durable du
Brexit consiste en une baisse des prix de l’immobilier
britannique. Ce qui, étant donné le niveau atteint par lesdits
prix (bulle spéculative), est sans aucun doute, objectivement,
une bonne nouvelle pour les Britanniques dans leur ensemble 9
– à l’exception notable des récents acquéreurs de biens
immobiliers coûteux… mais ce sont les risques du jeu.
Les grandes fortunes présentes à la City – composées d’actifs
financiers réfugiés dans les paradis fiscaux sous domination
anglo-saxonne et de biens, matériels ou immatériels, répartis
partout sur la planète – ne seront pas réellement frappées par
une baisse durable de l’immobilier britannique.
Ainsi, il résulte d’une analyse précise des faits que la
sortie de la Grande-Bretagne des institutions européennes ne
change, concrètement, pas grand-chose à la situation
géopolitique de ce pays et, surtout, ne change strictement
rien à la situation financière et géopolitique des détenteurs
d’actifs présents à la City. Tout au plus le Brexit rendra la
vie plus difficile aux étudiants bénéficiant du programme
Erasmus. Rien de bien méchant pour les détenteurs de grands
capitaux prospérant à la City et à Wall Street.
LES AUTRES PAYS MEMBRES DE L’UE – DONT LA FRANCE : VERS
DAVANTAGE D’INTÉGRATION EUROPÉENNE ET DE DÉSINTÉGRATION DES
ÉTATS-NATIONS ?
Pour comprendre l’UE, il faut faire un peu d’histoire et se
rappeler qu’elle fut d’abord allemande avant d’être américaine
(ce qu’elle est encore aujourd’hui). Nous ne reviendrons pas
sur la longue – centenaire – histoire des institutions
européennes, cette dernière ayant déjà été abondamment
documentée par l’historienne Annie-Lacroix-Riz 10, le
sociologue Pierre Hillard 11, ou encore le politicien François
Asselineau 12.
Peu
importe
donc
la
domination
opérée
par
et
sur
la
superstructure européenne, la seule domination qui compte
réellement est la domination capitalistique, laquelle s’appuie
un jour sur un pays, le lendemain sur un autre et le
surlendemain sur un troisième (la nouvelle domination
pourrait, si on en croit certains indicateurs matériels, être
la Chine ; nous ne pouvons néanmoins pas encore être, à ce
stade, certains de la validité d’une telle interprétation des
choses). D’une façon générale, le soutien d’un État dominant
n’est utile à l’oligarchie financière que tant que celle-ci a
besoin d’adosser sa domination (des masses populaires) sur des
armées d’hommes.
Par ailleurs, il faut avoir à l’esprit que les institutions de
l’UE sont, en quelque sorte et pour la première fois dans
l’Histoire, la mise en forme institutionnelle du principe de
libre-échange. Dans ce contexte, la signature des traités de
libre-échange qui finaliseront l’avènement du grand marché
transatlantique est le continuum logique de ces institutions.
Or, aux dernières nouvelles, il n’est pas réellement question
pour les instances germano-européennes de renoncer à ces
grandes avancées mondialistes ; la signature de ces traités
est, et reste, une priorité institutionnelle de l’Union
européenne 13.
Il résulte de cette analyse que le Brexit, qui signe
probablement le début de la fin de l’Union européenne sous
domination américaine, ne signifie pas en revanche la fin de
l’intégration européenne et le cortège de désintégration des
États-nations qu’elle suppose. Plus vraisemblablement, la
domination américaine sur les instances européennes va
s’atténuer – voire même disparaître – sans que la domination
financière du grand capital qui est derrière ne soit atteinte.
Nous pourrions en effet assister à une réorientation, encore
plus financière, des instances européennes au détriment de la
domination géopolitique des USA. Ce phénomène est d’autant
plus probable que les élites dirigeantes des pays européens
sont, pour la grande majorité d’entre elles, dominées par les
élites oligarchiques locales (lire à cet égard les différents
ouvrages d’Annie Lacroix-Riz), lesquelles ont la mainmise sur
leur banque centrale respective et sont donc, a minima, en
relation étroite avec l’oligarchie financière mondiale (que
l’on retrouve à la City).
La chute du dollar en tant que monnaie internationale, comme
d’ailleurs la chute des différents États occidentaux – anciens
empires – par le biais des monnaies, des dettes et du libreéchange, a été savamment organisée par les tireurs de ficelles
au niveau mondial. Dans ce contexte, les acteurs financiers
dominants n’ont aucun intérêt à conserver l’Union européenne
en tant que colonie de l’empire américain dont elles ont par
ailleurs décidé le sabordement. En conséquence, les
institutions unionesques sont amenées à évoluer. Et,
justement, le Brexit pourrait bien sonner le gong d’un nouveau
départ européen vers d’avantage d’intégration.
Concrètement en effet, l’un des premiers effets – quasi
immédiat – du Brexit a été la publication d’une planification
franco-allemande vers de nouvelles institutions européennes
encore plus intégrées 14. La souveraineté de la France et des
autres pays agglomérés sera ainsi définitivement reléguée aux
oubliettes de l’histoire juridico-géopolitique. Notons au
passage que la France, ou ce qu’il en reste, a encore quelques
belles cartes stratégiques à perdre dans cette ultime bataille
pour sa survie : son siège au Conseil de sécurité de l’OTAN,
sa dissuasion nucléaire etc.
Ce qui in fine restera des institutions européennes telles que
nous les connaissons actuellement est leur valeur
expérimentale pour l’oligarchie financière ; sur la durée, ces
institutions pourraient ne représenter rien d’autre qu’une
expérience institutionnelle faite à un moment donné.
CE QUE RÉVÈLE LE BREXIT : UNE PERMANENCE DE LA STRATÉGIE ET UN
CHANGEMENT DE TACTIQUE
Comme toujours, pour avoir une vue d’ensemble – sur la durée –
des processus de modifications juridiques en cours au niveau
international, il apparaît utile de faire un bref tour
d’horizon – nécessairement incomplet – sous forme de rappel
historique des principales avancées institutionnelles en
matière monétaire, financière et économique au cours des
derniers siècles ; lesquelles avancées ont subi une
considérable accélération à compter de la seconde moitié du
XXe siècle :
Création en Europe du concept de banque centrale (1609, 1694,
1800) présentée comme publique – appartenant à l’État – tandis
que leurs capitaux sont dans des mains privées ;
Création de la Fed (1913), système fédéral de banque centrale
aux USA ;
Création de la BRI (1930), pour la première fois une banque
accède au même statut juridico-politique qu’un État avec en
plus la garantie de n’avoir jamais à assumer personnellement
de guerre ou d’intrusion quelconque dans ses affaires et
dossiers de la part d’un quelconque État ;
Création des institutions financières de Bretton Woods (1944 :
FMI, banque mondiale, banques de développement régionales…) ;
Création du GATT (1947) puis de l’OMC (1995) ;
Traité de Maastricht (1992) puis de Lisbonne (2007) qui
officialisent le libre-échange en droit international public ;
l’UE devenant la manifestation politique du principe du libreéchange ;
Création du système européen des banques centrales et de
l’eurozone (1999) au sein des institutions de l’Union
Européenne ;
Actuelles négociations des grands marchés trans-pacifique –
que la Thailande a refusé de signer – et transatlantique,
comportant la signature de multiples traités multilatéraux.
Dans ce contexte (aussi durable que général), il est tout à
fait improbable que le Brexit opère une quelconque
modification en profondeur de la stratégie, ci-dessus décrite,
qui tend vers la disparition des États indépendants et vers la
création d’une monnaie unique à usage mondial. La stratégie
oligarchique aux mains des financiers globalisés reste la même
: la marche forcée vers une monnaie mondiale, préalable à
l’organisation d’un gouvernement mondial.
Le Brexit révèle en revanche une modification de la tactique
utilisée par les tenants de la globalisation. La finance, dont
les intérêts sont concentrés à la City mais aussi sur d’autres
places de marchés (dont Wall Street) et dans de multiples
paradis fiscaux, se désintéresse apparemment et temporairement
de l’Union européenne – et surtout de l’empire américain qui
est derrière – afin de mieux rebondir dans la création d’une
monnaie mondiale. Ce qui change – et ce changement est révélé
par le Brexit – est la tactique utilisée par l’oligarchie
mondialiste pour parvenir à ses fins.
Il faut remarquer que ce changement apparent de stratégie –
qui n’est qu’un changement de tactique – respecte strictement
la méthodologie utilisée (dont le succès n’a jamais été
démenti) qui consiste, pour l’oligarchie mondialiste, à
suivre, la voie de moindre résistance dans la poursuite de ses
objectifs de long terme : moindre résistance sociale,
politique et économique des peuples dominés. L’Union
Européenne fait face à une levée de boucliers, qu’à cela ne
tienne, on va faire semblant d’abandonner, partiellement et
pour un temps, cette stratégie pour se concentrer sur la suite
qui est la constitution d’une monnaie internationale. Ce
faisant, les mondialistes gagnent sur deux tableaux à la fois
: ils accélèrent la chute de l’empire américain 15 tout en
progressant vers leurs objectifs mondiaux. De ce point de vue,
la désintégration de la domination américaine sur l’Europe,
dont la première pierre est le Brexit, s’avérerait,
finalement, être une étape nécessaire et indispensable.
Dans la perspective d’une vision à long terme, on ne peut que
s’étonner de la permanence des méthodes de domination
employées par la petite caste des dominants, représentée par
les principaux propriétaires des banques internationales.
En effet, si l’on veut bien se donner la peine d’observer le
phénomène du développement et de la concentration des
richesses sur plus d’un siècle, on ne peut manquer de comparer
l’avènement des grandes richesses aux USA avec le même
phénomène, un siècle plus tard, en Chine. Dans les deux cas de
figure, un pacte oligarchique a permis le développement
soudain de fortunes colossales en relativement peu de temps.
La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle aux USA
ressemble à s’y méprendre à la fin du XXe siècle et au début
du XXIe siècle en Chine, pays devenu, entre temps et par la
grâce du libre-échange l’usine du monde 16. Souvenons-nous en
effet que les principales élites américaines, au premier titre
desquelles figure la famille Rockefeller, ont dû leur
incroyable ascension financière et sociale à la bienveillance
des banques occidentales – qui ont financé leurs plans de
développement industriel – combinée au principe du libreéchange rendu possible par le système politique fédéral en
vigueur dans ce pays.
La comparaison avec la Chine est frappante : la Chine doit
également sa fulgurante ascension économique dans le dernier
tiers du XXe siècle aux principes combinés d’une aide
financière des banques – et autres investisseurs extérieurs –
et de la généralisation au niveau international cette fois-ci
du libre-échange. Dans les deux cas de figure nous retrouvons
la combinaison d’une facilité d’accès aux capitaux avec le
libre-échange, étant précisé que l’expérience américaine était
locale tandis que l’expérience chinoise est faite à l’échelle
mondiale. Rappelons à cet égard que l’actuelle liberté de
circulation des capitaux est rendue possible par la
combinaison de la généralisation du principe de libre-échange
avec l’opacité et le contrôle financier soigneusement
entretenus dans et par les paradis fiscaux 17.
Les institutions européennes : un laboratoire in vivo
Si l’on se place du point de vue de la nouvelle méthode
tactique employée par l’oligarchie financière (pratiquée dans
le cadre de la permanence de la stratégie de planification
mondiale), il est tentant de considérer les institutions
européennes comme ayant été un laboratoire in vivo.
D’une part, au niveau monétaire, la nouvelle méthode des
droits de tirage spéciaux (dits DTS) fait inéluctablement
penser à ce que fut le serpent monétaire européen – notons au
passage la curiosité terminologique : pourquoi serpent et non
ruban ou autre chose encore… – bientôt transformé en système
monétaire européen, lequel a précédé le système européen des
banques centrales et l’avènement d’une monnaie dite commune de
l’eurozone.
Un pas plus loin, les institutions européennes furent une
expérience unique de monnaie dite commune sans gouvernement
économique commun. Comme chacun a pu constater l’échec patent
d’une telle stratégie, l’oligarchie à la manœuvre aura beau
jeu, à l’avenir, de montrer du doigt cet échec pour justifier
que la même chose ne saurait être renouvelée sous peine de
n’être pas viable. Il est loisible d’estimer que cet échec
sera mis en avant par ceux-là même qui l’ont organisé – à
marche forcée – pour justifier une prochaine centralisation
économique locale – au niveau de bloc continentaux – ou
mondiale. Et, de fil en aiguille, la centralisation économique
justifiera la création d’une centralisation politique ; ce à
quoi répondra parfaitement un gouvernement mondial.
D’autre part, au niveau juridico-politique, la création ex
nihilo d’un gouvernement de bloc géographique dont les
frontières s’effacent au niveau de la circulation des capitaux
et des personnes est une expérience inédite dont on peut tirer
des conclusions. En effet, à la différence de ce que fut la
défunte URSS, la création des institutions européennes est
contextualisée par la liberté de circulation des capitaux ;
cette particularité fait que l’Union européenne pourrait bien
préfigurer la structuration d’un futur gouvernement mondial
superposé à des structures juridiques de type fédéral
composées de blocs géographiques 18 dépourvus de frontières
capitalistiques : des blocs dont la seule raison d’être
politique serait d’être des courroies de transmission pour un
gouvernement central, l’ensemble du système permettant un
contrôle effectif des populations.
Enfin, les institutions européennes représentent une
expérience de centralisation du pouvoir politique obtenu grâce
à la centralisation du pouvoir monétaire. Cette centralisation
facilite la création de chocs économiques et monétaires à
répétition, lesquels ont, in fine, pour mission de faire
accepter aux peuples leur asservissement volontaire ainsi que
l’inéluctabilité du gouvernement mondial pour s’en sortir,
lequel passe par la création d’une monnaie commune mondiale.
Enfin, il est impossible d’analyser l’avenir de l’Union
européenne tout en ignorant l’avenir de l’OTAN alors que cette
alliance est le pendant militaire des institutions européennes
(à usage civil et financier).
L’OTAN : rôle et perspective d’évolution
L’OTAN, actuellement sous commandement américain, remplit deux
rôles essentiels.
Premièrement celui d’assurer la domination américaine sur la
planète en partageant les frais financier et humains avec les
pays membres de l’alliance 19 ; en réalité il s’agit, de plus
en plus, pour les USA de faire financer leur domination
militaire par les États soumis eux-mêmes. Deuxièmement,
l’installation de bases de l’OTAN sur des territoires non
américains est un moyen simple et efficace pour les USA de
s’assurer de la loyauté interne des États membres de
l’alliance. Autrement dit l’installation de bases de l’OTAN
sur le territoire des États membres est un moyen efficace pour
les USA de s’assurer que les États soumis n’auront aucune
velléité d’indépendance. Dans cette perspective l’OTAN permet
aux USA de liquider le problème européen 20.
Dans la mesure ou l’OTAN est actuellement le bras armé des
États-Unis d’Amérique et que ce pays est financièrement et
économiquement condamné par les élites bancaires
internationales, il devient intéressant de se poser la
question de l’avenir de cette alliance militaire à moyen et
long terme. A cette fin, il importe, comme toujours, de mettre
les choses dans une perspective temporelle.
D’une façon générale, tant que les élites au pouvoir auront
besoin – ont actuellement et pour quelques temps encore besoin
– d’hommes de confiance dévoués pour assurer leur pouvoir
effectif sur les masses, les concepts d’États, d’Empire et
d’armées humaines ont et continueront d’avoir une place
centrale dans le développement du phénomène d’asservissement.
Le destin des concepts d’État, de frontière, de nation et
d’armée, est intimement lié à l’avenir technologique (et cet
avenir ne se présente pas de façon favorable pour les
populations… tant, du moins, que l’élite bancaire dirigeante
restera aux commandes du monde).
Qu’en est-il concrètement aujourd’hui, et surtout demain ?
Actuellement, on constate que le besoin de main d’œuvre se
raréfie pour toutes les tâches de fabrication en conséquence
des considérables avancées technologiques et robotiques ; la
même tendance se dessine en matière militaire où les drones
tendent d’ores et déjà à remplacer, pour certaines missions,
les avions.
Dans une perspective de court terme – qui est notre actualité
– on suppose que la notion d’armée composée d’hommes est et
restera quelques temps encore, d’actualité. L’OTAN conserve
dans ce cas toute son utilité de maintien de l’ordre. Il est
vraisemblable que l’OTAN continue et continuera de permettre
la mise au pas de tout État qui voudrait prendre ou affirmer
son indépendance 21, non plus de la domination américaine
vouée à disparaître, mais de la domination financière, au
contraire promise à un bel avenir.
Sur du long terme, s’esquisse d’ores et déjà un monde dans
lequel la domination pourra être assurée non plus par des
hommes, dont la loyauté est toujours susceptible de manquer de
fiabilité, mais par des machines, des robots guerriers ou des
hommes améliorés, selon le concept actuellement en vogue de
transhumanisme. Dans un tel monde, on peut aisément
pronostiquer que les élites financières globales n’auront plus
besoin d’États ni d’armées pour assurer leur contrôle sur les
masses : elles commanderont à des armées mécaniques qui
exécuteront toujours fidèlement leurs ordres. L’alliance
militaire qu’est l’OTAN disparaîtra vraisemblablement le jour
où les armées composées d’humains seront reléguées dans les
brocantes de l’histoire.
Les institutions européennes, tout comme l’OTAN, sont des
organisations à la solde temporaire d’une élite pro-américaine
mais à la solde permanente – bien que cachée – d’une élite
financière internationale sans réelle attache géographique.
Un principe intangible : celui qui tient la monnaie tient les
économies et les politiques
On ne saurait trop insister sur le fait que pour percevoir et
comprendre les mouvements géopolitiques, de nature tectonique,
auxquels nous assistons au niveau mondial, il importe d’avoir
à l’esprit le principe, très simple, selon lequel celui qui
tient la monnaie tient les rênes de l’économie et, par voie de
conséquence, celles de la politique.
Pour
ceux
qui
l’auraient
oublié,
cette
vérité
a
été
directement précisée par l’un des fondateurs de l’oligarchie
financière 22 : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une
nation et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font les lois
» 23.
L’actualité nous donne tous les jours de nouvelles preuves de
cet axiome général. A cet égard (contrairement à ce que les
médias laissent entendre) la nomination de l’ancien président
de la Commission européenne dans une grande banque
multinationale 24 – notons au passage que ledit Barroso est
passé d’un maoïsme passionné 25 à Goldman Sachs sans état
d’âme – n’a strictement rien d’anormal, n’est pas une dérive
mais se situe au contraire dans la pure et absolue logique des
choses ; une sorte de corruption structurelle et non
conjoncturelle comme les médias tentent d’en persuader les
gens. Des exemples du passage de la haute fonction publique ou
de la direction de banques centrales – officiellement mais à
tort présentées comme des banques d’État – à la banque privée
ou vice versa, prolifèrent dans tous les pays européens. Pour
ne citer que quelques exemples, nous avons, récemment, les
deux Mario (Draghi, nommé gouverneur de la BCE et Monti, un
temps propulsé à la tête du gouvernement italien), Mark Carney
actuel gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre après
avoir été celui de la Banque centrale du Canada, ou encore en
France Emmanuel Macron et son nouveau parti politique En
marche. Il faut par ailleurs souligner que ce phénomène ne
date pas d’hier, souvenons-nous, pour un exemple français, de
l’ancien président de la République Georges Pompidou.
La voie conceptuelle d’une
mondialisation oligarchique
sortie
effective
de
la
La seule solution conceptuelle qui permettrait de sortir les
peuples de l’étau de domination dans lequel ils sont enserrés
consiste à sortir des postulats sociétaux actuels et à
réinvestir structurellement les fondamentaux qui régissent la
vie en société et le concept de pouvoir.
La politique telle qu’actuellement comprise en Occident – et
telle qu’elle tend à se propager partout sur la planète – a
été tout à fait dénaturée de sa fonction originelle pour
devenir intégralement incluse dans les concepts économiques.
Or, contrairement aux sous-jacents civilisationnels
actuellement en vigueur en Occident, très largement entretenus
par les économistes – toutes écoles confondues – et les
financiers, la politique ne saurait se réduire au seul fait
économique.
Il faut au contraire réaffirmer avec force le principe, dicté
par le bon sens, le droit et l’équité, selon lequel l’économie
est une partie du fait politique et non l’inverse. Si l’on
veut bien considérer que le fait politique est l’organisation
des rapports régissant la vie en commun, le fait économique
s’avère être l’une des composantes du fait politique, lequel
ne se réduit pas à cette seule donnée. Autrement dit, faire
dépendre le fait politique du fait économique est une très
étrange inversion des valeurs. C’est en cela que les
brillantes analyses de Karl Marx nous entraînent
collectivement – peut-être d’ailleurs à son corps défendant –
dans une impasse conceptuelle et idéologique. Il faut
impérativement sortir du conditionnement idéologique qui veut
que le fait politique soit intégralement soumis au fait
économique. C’est à la condition de cette prise de conscience
collective que la politique retrouvera ses lettres de
noblesses et les humains leur droit de cité dans le
gouvernement des hommes.
La méthode pour parvenir à rendre au fait politique ses
lettres de noblesses passe par une analyse précise des moyens
qui ont été utilisés pour l’asservissement contemporain : la
monnaie et l’organisation de l’anonymat des détenteurs de
capitaux. Une telle analyse est la condition sine qua non qui
permettra ensuite à une éventuelle volonté politique
d’inverser le processus.
Ainsi, si l’on retourne aux fondamentaux, il apparaît en effet
que la monnaie – et son pendant qu’est la dette – 26 conjuguée
au principe de l’entreprise anonyme qu’elle a juridiquement
autorisé à se mettre en place 27 sont les armes du servage
d’aujourd’hui au même titre que l’épée et la lance étaient
celles du servage d’hier.
Tant que le destin des monnaies restera l’apanage des
banquiers mondialisés, et continuera en conséquence à échapper
aux peuples qu’elles contraignent, nous assisterons à la
continuation de la mise sous tutelle financière, économique,
juridique et politique de ces derniers.
À moyen-terme, la suite logique sera une sorte
d’internationalisation du phénomène de la crise grecque 28 et
de disparition des concepts même d’État et de nation.
Sur un plus long terme, la loi d’airain de l’esclavagisme
(perte d’autonomie et de contrôle des individus sur leurs
propres vies) et la disparition de la dignité humaine
continueront à prospérer jusqu’à complète disparition de toute
résistance organisée.
Valérie Bugault
Liens
Cf.
https://www.morningstaronline.co.uk/a-b842-Former-trader-Nigel
-Farage-backs-rich-City-mates#.V4OY849OKgk
;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nigel_Farage ; marié à une
ancienne
trader
d’origine
allemande
:
http://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/ukip-lépouse-de-nigel
-farage-dresse-un-portrait-décapant-de-son-mari/ar-AA158qx ↩
Cf.
par
exemple
:
https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/photos/a.39397
4702611.173278.367713397611/10154331862237612/?type=3&theater
↩
Cf. par exemple le coup de Nathan Rothschild qui a consisté à
répandre la fausse rumeur de la victoire française lors de la
défaite française à la bataille de Waterloo :
http://www.alterinfo.net/Les-Rothschild-et-les-crises-mondiale
s_a32261.html ↩
Cf.
http://lesobservateurs.ch/2016/06/26/brexit-peter-sutherland-p
resident-de-goldman-sachs-resultat-etre-annule/
;
https://twitter.com/PDSutherlandUN/status/746687362902728704 ↩
Cf.
https://www.24bourse.fr/actualites/economie/brexit-le-fmi-revo
it-a-la-baisse-la-croissance-de-la-france-pour-2017/ ↩
Cf.
Georges
Soros
:
http://www.msn.com/fr-be/actualite/other/soros-le-brexit-peut-
renforcer-l%e2%80%99ue/vi-AAhOr1c ↩
Cf.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l
%27Atlantique_nord ; de l’aveu même du secrétaire général de
l’OTAN : https://euobserver.com/uk-referendum/134192 ↩
Cf.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Five_Eyes
;
http://www.rfi.fr/ameriques/20131102-etats-unis-nsa-alliance-f
ive-eyes/ ↩
Cf.
http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-vie-immo-bre
xit-quelles-consequences-sur-le-marche-immobilierlondonien-2406-837843.html
;
http://immobilier.lefigaro.fr/article/alerte-sur-les-fonds-imm
obiliers-britanniques_6bb01a1a-42b7-11e6be92-6642240b8ece/?pagination=4 ↩
Cf.
sous
forme
de
vidéos
https://www.youtube.com/watch?v=EyzcW-bpsp0
:
;
https://www.youtube.com/watch?v=aTqMfnu_AMs ; sous forme de
livre
:
https://www.amazon.fr/Aux-origines-carcan-europ%C3%A9en-1900-1
960/dp/2370710012 ↩
Cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial :
http://nouvel-equinoxe.over-blog.com/pages/La_marche_irresisti
ble_par_Pierre_Hillard-424323.html ↩
Cf. Conférences disponibles sur les liens suivantes :
https://www.upr.fr/conferences/les-origines-cachees-de-la-cons
truction-europeenne-2
;
https://www.youtube.com/watch?v=Qj5utZJm1dA ↩
Cf.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/07/11/traite-trans
atlantique-les-europeens-esperent-encore-avancer-malgre-lebrexit_4967374_3234.html
;
https://francais.rt.com/economie/23024-traite-ue-canada–juncke
r ↩
Cf. http://static.presspublica.pl/red/rp/pdf/DokumentUE.pdf ;
https://philippehua.com/2016/06/29/la-france-et-lallemagne-ont
-prepare-un-projet-pour-lue-apres-le-brexit/ ↩
Cf. en ce sens http://www.voltairenet.org/article192655.html :
Tous les éléments étaient posés pour faire de la City le
cheval de Troie chinois dans l’Union européenne au détriment
de la suprématie états-unienne ↩
Cf.
http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economiqueglobal-27-geopolitique-du-libre-echange
;
ainsi
que
http://lesakerfrancophone.fr/heurs-et-malheurs-du-concept-de-p
ropriete-privee ↩
Cf.
http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economiqueglobal-47-geopolitique-des-paradis-fiscaux
mais
aussi
http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economiqueglobal-37-geopolitique-de-loptimisation-fiscale et encore
http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economiqueglobal-27-geopolitique-du-libre-echange ↩
Cf.
Voir
en
ce
sens,
Pierre
Hillard
http://www.voltairenet.org/article164176.html ↩
:
Cf.
en
ce
sens
l’amiral
Debray
:
https://francais.rt.com/entretiens/22811-entretien-amiral-debr
ay ↩
Cf.
Xavier
Moreau
:
http://www.polemia.com/le-mur-de-bruxelles-tentative-de-lotande-separer-la-russie-de-leurope/ ↩
Cf.
pour
un
exemple
d’actualité
:
http://reseauinternational.net/lorsque-poutine-se-retire-dans-
le-silence/ ↩
Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mayer_Amschel_Rothschild ↩
Cité
par
exemple
ici
:
https://www.cercledesvolontaires.fr/2015/01/12/livre-la-guerre
-des-monnaies-la-chine-et-le-nouvel-ordre-mondial-de-hongbingsong/ ↩
Cf.
http://www.challenges.fr/europe/20160708.CHA1646/jose-manuel-b
arroso-se-recycle-a-goldman-sachs.html
;
http://www.leparisien.fr/international/europe-la-nomination-de
-barroso-chez-goldman-sachs-faitpolemique-09-07-2016-5955039.php ↩
Cf. https://www.youtube.com/watch?v=wAHv3UnXvmM ↩
Cf.
http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economiqueglobal-57-entreprise-bancaire-linstrument-juridique-dudesordre-politique-global
;
http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economiqueglobal-17-geopolitique-du-systeme-banques-centrales ↩
Cf.
http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economiqueglobal-67-geopolitique-entreprise-capitalistique-12 ↩
Cf. https://www.youtube.com/watch?v=a4ZcsRgC5ak
Myret Zaki : https://w
;
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