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Aux États-Unis aussi, « deux poids deux mesures

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Aux États-Unis aussi, « deux poids deux mesures » dans la médiatisation des tragédies
Extrait du Acrimed | Action Critique Médias
http://www.acrimed.org/Aux-Etats-Unis-aussi-deux-poids-deux-mesures-dans
Aux États-Unis aussi, « deux
poids deux mesures » dans la
médiatisation des tragédies
- Les médias - Médias d'autres pays - Aux USA -
Date de mise en ligne : vendredi 29 juillet 2016
Description :
Selon que vous serez, ou non, occidental...
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Aux États-Unis aussi, « deux poids deux mesures » dans la médiatisation des tragédies
Dans un article récent au sujet de la couverture par certains grands médias français des
http://www.acrimed.org/Aux-Etats-Unis-aussi-la-definition-mediatique-du-terroriste-est-a-ge
ometrie">attentats d'Istanbul du 28 juin 2016, nous pointions « une certaine "logique"
médiatique, qui mêle éloignement géographique, désinvestissement de l'international [...] et
occidentalocentrisme » conduisant certains journaux à appréhender de manière bien différente des
événements tragiques qui seraient pourtant justiciables d'un traitement symétrique.
Force est malheureusement de constater que certains grands médias états-uniens n'échappent pas à
cet écueil, comme le suggère l'article qui suit, paru le 20 juillet sous le titre « US-Led Airstrikes
Kill as Many Civilians as Nice Attack but Get No Front Page Headlines in Major US Papers » sur
le site de l'observatoire états-unien des médias Fair. La couverture abondante d'un côté - les
attentats de Nice - et le quasi silence de l'autre - une « bavure » de la coalition internationale en
Syrie [1], ayant occasionné plusieurs dizaines de morts - rappellent combien la médiatisation des
tragédies est à géographie et géométrie variables [2] (Acrimed).
« Les grands médias furent rares à s'émouvoir »
Les attaques aériennes de la coalition internationale qui ont tué au moins 85 civils syriens mardi 19 jullet - soit une
victime de plus qu'en France lors de l'attentat de Nice le 14 juillet, n'ont même pas été mentionnées en « une » de
deux des plus grands journaux américains (le New York Times et le Los Angeles Times) et n'ont fait l'objet que de
quelques lignes en « une » du Washington Post et du Wall Street Journal, les reportages étant relégués
respectivement en pages 15 et 16.
Selon le London Telegraph du 19 juillet dernier, ces frappes aériennes ont tué « plus de 85 civils après que la
coalition les a pris pour des combattants de l'Etat islamique ». Huit familles figuraient parmi les victimes dont
certaines n'avaient « pas plus de 3 ans ». Le même jour, l'organe de presse indépendant The Intercept estimait que
le bilan humain pourrait largement dépasser la centaine de morts. Selon Stars and Stripes, agence d'information qui
émane du ministère de la Défense [états-unien], le Pentagone n'a pas contredit ces chiffres, affirmant qu'une
enquête était en cours.
Comme beaucoup l'ont fait remarquer sur Twitter, le nombre de morts était à peu près équivalent à celui du récent
attentat de Nice qui a fait l'objet de plusieurs « unes » dans le New York Times et le Los Angeles Times, et auquel le
Washington Post et le Wall Street Journal ont consacré de longs articles ; l'attaque aérienne [du 19 juillet], en
revanche, a été loin de bénéficier de la même couverture médiatique et les grands médias furent rares à s'émouvoir,
contrairement à ce qui s'est produit lors de l'attentat de Nice.
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Faux arguments et vrais prétextes
Ceux qui y voient une « fausse équivalence » avancent deux « bonnes raisons » à cette dissymétrie flagrante : 1) les
morts dans les frappes aériennes ont été victimes d'un « accident » et 2) la Syrie est un zone de guerre où il faut
s'attendre à la mort de civils. Aucune de ces réponses n'est réellement convaincante, en tout cas pas assez pour
justifier une quasi absence en « une » des grands journaux.
Concernant les morts accidentelles censées être moins importantes que les crimes délibérés, il resterait à expliquer
pourquoi les victimes de catastrophes naturelles que personne n'a voulues font régulièrement les gros titres. Car ce
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n'est pas l'intentionnalité qui importe à ceux qui couvrent ces événements, mais bien le nombre de victimes. Encore
faut-il savoir si ces morts ont effectivement été accidentelles, ce qui n'est pas sûr à l'heure qu'il est, ou si l'armée
américaine a utilisé une stratégie - telle que les « signature strikes » [Ndt : que l'on peut définir comme des frappes «
préventives » suite à des comportements ennemis suspects] - dont on sait qu'elles augmentent considérablement les
probabilités de tuer des civils.
Quant à l'argument de la zone de guerre, selon Airwars, groupe occidental qui recense les civils morts suite aux
frappes de la coalition dirigée par les Etats-Unis, le nombre total de civils morts depuis le début des frappes
aériennes en septembre 2014 s'élève à 190. L'augmentation de ce chiffre de près de 50% en quelques jours
constituerait en réalité un changement radical par rapport à la situation habituelle - qui justifierait largement qu'elle
fasse l'objet d'une couverture médiatique digne de ce nom.
Tous les organes de presse mentionnés ci-dessus ont bien évoqué les « dizaines de morts » consécutives aux
attaques aériennes menées par les États-Unis, ce qui montre qu'ils les ont considérées dignes d'intérêt. Mais pas
suffisamment, semble-t-il, pour les mettre en valeur auprès du public américain.
Adam Johnson pour FAIR
(Traduit par Thibault Roques pour Acrimed)
[1] Voir, à propos de la couverture médiatique, en France, du même événement, cet article d'Arrêt sur images (lien payant).
[2] D'après une enquête conduite par Fair, un attentat commis en Europe est 19 fois plus « couvert » par les médias états-uniens qu'un attentat
commis au Moyen-orient.
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