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Actualité - La Gazette du Palais

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Ac tu a l it é
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La phrase
“ Le chiffre
L’avocat n’est pas libre,
il est lié à la profession
”
Monica Osorio, élève-avocate participant
au concours de plaidoiries donné en
faveur des confrères turcs emprisonnés,
à la Maison du barreau de Paris, le
21 juillet dernier
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L’indiscret
17%
C’est le ratio de femmes
parmi les 2 millions
d’auteurs d’infractions
pénales traitées par les
parquets en 2014
(Source : Min. Justice,
statistiques Justice
pénale, 8 juill. 2016)
Petite déception pour la plateforme
contributive www.avosidees.org,
lancée au début du mois de juin
par le barreau de Paris et accessible
aux avocats parisiens équipés
d’une clé e-barreau. Celle-ci n’a en
effet recueilli qu’une trentaine de
contributions en quatre semaines.
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Institutions
Le palais de justice des Batignolles en quête de symboles 272k0
Antoine Garapon a remis au garde des Sceaux, le 21 juillet dernier, un rapport sur la symbolique du futur
tribunal de Paris qui met en lumière toute la difficulté de penser la symbolique judiciaire du XXIe siècle. Une balance sans glaive, un arbre sur le parvis, des
salles d’audience baptisées « Mandela » ou encore
« Martin Luther-King », telles sont les idées avancées
par le groupe de travail sur la symbolique du futur
tribunal de Paris remis jeudi soir dernier à Jean-Jacques
Urvoas. Le groupe de travail, piloté par le secrétaire
général de l’Institut des hautes études sur la justice
(IHEJ), Antoine Garapon, était composé des équipes
de l’architecte Renzo Piano et de plusieurs avocats et
magistrats. Un rapport qui a suscité, dès sa publication
sur le site du ministère de la Justice, de nombreuses
interrogations chez ses lecteurs.
Car bien des choses étonnent dans ce document. À
commencer par son timing. Alors que tous les parisiens
peuvent constater que le bâtiment est quasiment
érigé, on se demande bien pourquoi c’est seulement
maintenant que l’on s’interroge sur la symbolique à
attribuer aux lieux. « Il est vrai que c’est tard, mais
l’architecture contemporaine ne s’intéresse qu’aux
formes, aux volumes et aux couleurs dont le langage est
censé se suffire à lui-même ; à la décharge de l’équipe
de Renzo Piano, il faut reconnaître que le programme
était évasif voire silencieux sur ce point. Personne
n’avait pensé à pallier ce manque dans la conception
du bâtiment, explique Antoine Garapon. Par ailleurs,
Renzo Piano était au départ très hostile, craignant
que l’on défigure son œuvre par ce qu’il appelait
des « verrues », c’est-à-dire des symboles dépassés,
« ringards » et laids. Il a donc fallu le rassurer sur ce
point et faire un gros travail de pédagogie pour lui faire
comprendre la nécessité d’expliquer aux justiciables ce
qu’ils venaient faire dans ce lieu et pourquoi ».
Adieu la peur, bonjour la civitas
Au-delà de la question du timing, le fond du rapport
intrigue également dans son souci évident de rompre
avec les symboles judiciaires hérités de l’Histoire, au
profit de concepts pas forcément compréhensibles,
voire franchement fumeux aux yeux de certains
lecteurs. Faute d’une réflexion menée en amont
de la construction du bâtiment, c’est Renzo Piano
lui-même qui a défini l’esprit du lieu. Son choix a
consisté à rompre avec ce qu’il appelle « l’architecture
de la peur », autrement dit, selon lui, celle des églises
et des palais de justice. Sur ce point, le rapport
précise : « Nous ne voulons pas », dit Renzo Piano,
« tomber dans le piège de l’arrogance, de l’agressif, de
l’intimidant. On ne peut que souscrire à ce souci de
dédramatisation qu’ont choisi les architectes, c’est-àdire de ne pas culpabiliser, ni intimider inutilement les
justiciables, ce qui apparaît comme un incontestable
défaut du palais du XIXe (reposant d’ailleurs sur un
contresens car la symbolique devait autant faire
réfléchir les juges). Cela correspondait à son époque
à la formule loi, transgression, culpabilité qui paraît
hors de propos aujourd’hui ». Mais alors par quoi
remplacer cette agressive transcendance des palais de
justice anciens ? « Par la civitas », a décidé l’architecte.
Et le rapport d’expliquer : « Renzo Piano a trouvé le
mot juste pour qualifier le nouveau modèle qui émerge
de l’épuisement des modèles anciens : le tribunal de
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A ct u al i t é
Paris doit être un « lieu de civitas ». Le terme de civitas
fait référence à la tradition de l’« humanisme civique ».
Ce que l’architecte doit mettre en scène, c’est le lien
indissoluble entre la loi qui parle et ce que l’on appelle
aujourd’hui le « vivre ensemble » ». Il s’agit donc de
sacraliser à hauteur d’Homme, de faire du monumental
qui ne soit pas écrasant. Avec ses 38 étages, on se
demande bien comment l’architecte a rompu avec la
verticalité oppressante. Réponse : le bâtiment n’est
pas vertical comme l’on pourrait le croire mais pensé
comme un empilement de plateaux horizontaux. Et
l’on s’aperçoit que l’architecture actuelle, à l’instar de
l’art contemporain, ne parle vraiment qu’après avoir
été longuement expliqué, ce qui pose la question de ce
que comprendra le justiciable du message qu’a voulu
lui adresser l’architecte. Les autres partis pris sont un
peu plus accessibles. À commencer par la transparence
du bâtiment qui renvoie à la nécessaire transparence
de l’institution, mais aussi la décoration des salles
d’audience, murs blancs et bois blond, leur éclairage
à la lumière naturelle, les salles civiles meublées de
tables rondes et autres éléments de décoration dont la
vocation rassurante apparaît en effet assez clairement.
“ Notre époque a besoin
de symbolique mais ne sait plus
ce qu’est le symbolique
”
Le glaive disparaît car il est jugé « trop classique »
Au-delà de l’expression architecturale, c’est la
symbolique judiciaire qui tente de faire sa révolution.
Ainsi, si l’architecte a finalement accepté la nécessité
d’apposer dans les salles d’audience la balance symbole
de justice, il a préconisé d’en ôter le glaive, jugé trop
« classique ». Le point a été discuté au sein du groupe
de travail mais a finalement emporté l’adhésion. La
balance seule, redessinée par Renzo Piano avec des
lignes légères et comme en suspension, renvoie « au
moment judicaire qui est une suspension du temps
ordinaire, de façon à rejouer un moment de vie pour
y mettre définitivement un terme » note le rapport.
S’agissant des salles d’audience, il est proposé de leur
donner non plus des numéros mais des noms que,
curieusement, on est allé puiser moins dans l’histoire
judiciaire française que dans la culture mondialisée.
Nelson Mandela et Martin Luther King sont ainsi
proposés. « Tout le problème réside dans le fait que
notre époque a besoin de symbolique mais ne sait plus
ce qu’est le symbolique. Et l’architecture n’aide pas en
ce sens qu’elle est asymbolique et ne se préoccupe que
de beauté, de confort, de transparence et de vastitude.
Renzo Piano a fait son projet autour de l’idée de civitas,
c’est-à-dire de civilité, et nous avons réfléchi avec des
praticiens pour lui donner toute sa dimension. Il est
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évident que tout le monde travaille mieux dans un
endroit confortable mais comment traduire les attentes
de nos concitoyens à l’égard de la justice ? », s’interroge
Antoine Garapon. « Nous vivons dans une société
infantile qui veut tout et son contraire et dont les désirs
ont d’ailleurs changé au cours de cette étude avec les
tragiques attentats, d’où la complexité de l’exercice
consistant à penser la symbolique du nouveau palais. »
Mais alors, pourquoi n’avoir pas tout simplement
reproduit la symbolique actuelle, telle qu’elle figure sur
le palais de la cité ? « Avec la Loi, les statues de SaintLouis et les lions ? Nous voyons bien que nous sommes
dans un temps fondateur entre la fin d’un cycle et le
début d’un nouveau. La Loi avec une majuscule a
cédé la place à un empilement de textes, les élites sont
rejetées, la transcendance n’est plus à l’ordre du jour.
C’est dans ce contexte compliqué qu’il faut réinventer
une symbolique ! » répond le directeur de l’IHEJ. L’arbre, le drapeau et la devise
Parmi les éléments qui survivent au grand basculement
symbolique, à côté de la balance privée de son glaive,
figure l’arbre. Il est prévu d’en planter un sur le parvis.
L’arbre, c’est le chêne sous lequel Saint-Louis rendait la
justice mais pas seulement. On le retrouve dans toutes
les traditions, souligne le rapport : « Depuis “l’arbre à
palabres” en Afrique qui réunit sous son feuillage les
villageois pour traiter des affaires de la communauté
et des litiges sous l’autorité d’un chef coutumier,
jusqu’au panchâyat dans l’Inde du sud, en passant
par la Chine antique où un recueil de jurisprudence
était intitulé “Les cas de dessous le poirier”. Plus près
de nous, en Angleterre, la tradition de rendre justice
seigneuriale sous un arbre a duré jusqu’au XVIIIe siècle
et peut-être subsiste-t-elle dans le « dais de justice »
qui surplombe encore nombre de juges ». Quant aux
symboles républicains que sont le drapeau et la devise
« Liberté, Égalité, Fraternité », ils figureront bien sur
l’édifice. Seule leur position suscite des interrogations
sur la meilleure manière de leur conférer toute la force
souhaitée.
Toutes les idées sont les bienvenues
« Ce rapport constitue une amorce de réflexion. Je n’ai
pas voulu y livrer de longues et complexes analyses du
rituel judiciaire et de son évolution, c’est peut-être un
tort car cela aurait mis en lumière la difficulté de cet
exercice symbolique apparemment évident. Toujours
est-il que les commentaires sont les bienvenus afin
d’avancer dans la réflexion », précise Antoine Garapon.
D’ailleurs, le barreau de Paris, déjà mis à contribution,
a lancé un concours de citations pour trouver les
formules qui seront inscrites sur les murs. De son
côté, le groupe de travail a retenu la belle formule de
Pierre Drai : « Juger, c’est aimer écouter, essayer de
comprendre et vouloir décider ».
Olivia Dufour
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