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Amériques Précolombiennes - Infos

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Amériques Précolombiennes: le Mythe du Dieu blanc
Dans les temps obscurs de la préhistoire, des hommes blancs et barbus ont débarqué sur le
littoral du Nouveau Monde. Ils sont venus aux Indiens, leur apportant les sciences, les
techniques, de sages lois et tous les éléments d'une civilisation fort avancée.
« Mes messagers racontent qu'ils ont trouvé après une marche de douze milles, un village qui
pouvait bien avoir un millier d'habitants. Les indigènes les ont fort bien reçus, on les a fait entrer
dans les plus belles maisons et portés en triomphe, on leur a baisé les mains et les pieds, bref, on a
essayé par tous les moyens de leur montrer que Von savait les hommes blancs venus des dieux.
Environ cinquante hommes et femmes les ont suppliés de leur permettre de retourner avec eux dans
ce ciel des dieux éternels. »
Christophe COLOMB, 6 novembre 1492.
« Ils savaient pour ainsi dire tout; rien ne semblait leur être difficile, ni de tailler la néphrite, ni de
fondre l'or, et tout cela, arts et sciences, procédait de Quetzalcóatl. »
Frère BERNARDINO de Sahagun.
Le Dieu blanc est immortel.
Dans les temps obscurs de la préhistoire, des hommes blancs et barbus ont débarqué sur le littoral
du Nouveau Monde. Ils sont venus aux Indiens, leur apportant les sciences, les techniques, de sages
lois et tous les éléments d'une civilisation fort avancée.
C'est ce que racontent les antiques légendes des indigènes. D'après elles, les nouveaux arrivés,
surgis de la mer, sont devenus les dieux blancs de l'empire indien.
Parmi tous les peuples civilisés du Nouveau Monde, la tradition d'un dieu blanc est restée vivante
jusqu'à nos jours. Les Inca l'appelaient Kon Tiki Illac Viracocha, les Maya Kukulkan, les Toltèques
et les Aztèques Quetzalcóatl. Chez les Chibcha, Bochica était « le manteau blanc de la lumière ».
Selon les vieilles légendes, un homme blanc était venu autrefois apporter aux Maya les lois,
l'écriture, et tout le peuple le vénérait comme un dieu.
Selon les mythes, les dieux blancs avaient surgi de Test dans les temps lointains de la préhistoire,
des étrangers sur des bateaux énormes aux ailes de cygne, aux flancs si éblouissants que l'on eût dit
des serpents géants qui glissaient sur la mer.
Quand les bâtiments eurent abordé, il en descendit des étrangers blonds, à la peau blanche et aux
yeux bleus, qui portaient un vêtement d'étoffe noire grossière, taillé en rond autour du cou et ouvert
devant, avec de petites manches courtes et larges. Sur le front, ils avaient un ornement en forme de
serpent.
Blanc et d'une effrayante laideur — parce qu'il portait une longue barbe — tel était le grand dieu du
Mexique, Quetzalcóatl, selon les anciennes chroniques, mais aussi les statues et les bas-reliefs
conservés, alors que les Indiens sont en général imberbes.
En fait, ce nom de Quetzalcóatl était le titre du grand-prêtre des Toltèques et il ne fut pas seul à le
porter : tous ceux qui se sont succédé dans sa charge ont été désignés de la même façon, mais c'est
sous cette dénomination qu'il est devenu le dieu des Indiens. Ce-acatl ou Nactil de son véritable
nom, il était fils du dieu du ciel Mixcoatl (Serpent des nuages), et la déesse de la Terre Chipalman
(Bouclier couché) l'avait, selon la légende, conçu sans tache.
Quetzalcóatl était devenu roi du peuple de Tollan en 977 de notre ère. C'est alors qu'avait
commencé l'âge d'or pour les Toltèques. Venu d'un des pays du soleil levant, il portait un long
vêtement et vivait caché dans son palais, comme il sied à un souverain. Ses richesses dépassaient
l'imagination, ses demeures regorgeaient d'or, de pierreries, de joyaux et de plumes précieuses.
Il ne s'agit nullement là d'un personnage légendaire, mais du cinquième roi des Toltèques qui vécut
de 947 à 999 après Jésus-Christ. Il apprit aux hommes toutes les sciences et les usages, leur donna
de sages lois et leur enseigna l'agriculture ; dans son royaume, le maïs poussait à hauteur d'homme
et le coton piquetait les champs de ses taches colorées.
Interdisant les sacrifices humains et prêchant la paix, il allait même plus loin : ses sujets ne devaient
pas tuer d'animaux pour se nourrir, mais se contenter des fruits de la terre.
C'était bien l'âge d'or, mais il dura peu, car un démon induisit le souverain en tentation, lui fit
commettre des péchés d'orgueil, d'intempérance, de luxure et l'amena même à négliger ses devoirs
religieux.
Plein de honte et de contrition, il abandonna le pays avec ses serviteurs, après avoir caché ses
trésors, rendu la liberté aux oiseaux de ses volières et changé les arbres en buissons épineux. Il se
rendit alors sur le littoral sud du golfe.
D'après une autre légende, il serait resté vingt ans à Cholula, où les hommes auraient construit la
grande pyramide en son honneur. Puis, au bout de ce temps, il aurait parlé encore une fois à son
peuple et se serait rendu au bord de la mer pour monter de son plein gré sur un bûcher et s'y
consumer. Son cœur serait devenu l'étoile du matin que les Aztèques appellent précisément Ceacatl.
D'autres traditions rapportent qu'il se serait embarqué sur un navire qui l'aurait remmené dans le
pays dont il était venu, mais il aurait promis aux siens de revenir.
Cieza de Léon, le vieux chroniqueur du Pérou, assure qu'un homme blanc et barbu était apparu à
une époque fort ancienne aux Inca sur les bords du lac Titicaca. Personnalité puissante et créateur
de toutes choses, il avait apporté aux habitants tous les éléments de la civilisation, ordonnant aux
hommes de vivre en bonne intelligence et sans violences. C'était Tiki-Viracocha, encore appelé
Tuapaca, ou Arunau.
Ce dieu qui était barbu et « blanc comme nous », écrit le chroniqueur, construisit une grande ville
dont les temples abritaient de nombreuses statues à son effigie, comme d'ailleurs tous ceux du pays.
Mais par la suite, il quitta son peuple, non sans l'exhorter avant son départ à suivre ses
enseignements. Surgi des eaux du lac Titicaca, il serait, selon Juan de Betanzos, parti de là avec son
escorte vers Tiahuanaco. Il créa le soleil et les étoiles, car les ténèbres régnaient sur la Terre, puis,
de grosses pierres, il fit les hommes, les animaux, et donna un roi aux humains.
D'après Ondegarde et Sarmiento, eux aussi anciens chroniqueurs du Pérou, des hommes blancs
barbus sont apparus sur les rives du lac Titicaca, y ont construit une grande ville et ont amené les
habitants à un haut degré de civilisation. Cette ville était si énorme que, selon les indigènes, des
géants blancs seraient venus qui l'auraient édifiée — mille ans avant l'époque des Inca. Tout au
moins, c'est ce que rapportent les chroniqueurs.
Par la suite, le dieu blanc serait entré en guerre contre le chef Cari de Coquimba qui l'aurait vaincu
et massacré tous ses hommes. Sa ville fut détruite ; seuls les femmes et les enfants restèrent en vie.
Mais Viracocha réussit à s'échapper avec quelques-uns de ses fidèles, atteignit la mer et s'éloigna
sur les vagues, porté par un manteau magique après avoir promis de revenir.
Viracocha est pour les Andes, le Pérou, tout le continent sud, ce que Quetzalcóatl est pour le
Mexique : le héros divinisé, venu de la mer ou surgi des eaux pour créer toutes choses. Les Aymara
appelaient leur dieu blanc Hyustus et racontent aujourd'hui encore qu'il était blond aux yeux bleus.
Traduit textuellement, Viracocha signifie « écume de mer ». La science répugne à employer ce nom
qui, selon elle, n'a pas de sens, mais il représente cependant une réalité, car pour les Colla de la
Bolivie actuelle, il désigne le dieu du vent et quand un ouragan fouette les vagues du lac Titicaca en
écume mousseuse, les anciens déclarent : « Voilà Viracocha qui vient. »
D'abord appelé Kon Tiki Viracocha, il devint ensuite Kon Tiki Illac Viracocha.
Kon (qui signifie soleil) était le dieu des Chimu. Tiki a le même sens dans la langue des Aymara et
de plus il désigne une divinité polynésienne. Illac est l'éclair. « Il est le soleil du soleil, il est le
créateur du monde », dit une prière inca. Partout dans les royaumes indiens du Nouveau Monde ces
légendes d'un « dieu blanc » sont connues et partout elles se terminent de la même façon : il a quitté
son peuple, mais en lui promettant formellement de revenir.
Partout, aujourd'hui encore, chez les Maya, au Mexique comme au Pérou et en Bolivie, cette
tradition est demeurée vivante.
Mais les spécialistes modernes savent que ce mythe a été une des causes principales de la rapide
décadence des royaumes indiens. Les indigènes avaient encore si nette devant les yeux l'image de
leur dieu blanc que — sans hésiter une seconde —-ils accueillirent les conquérants espagnols
comme s'ils représentaient celui qu’ils attendaient depuis tant de générations.
Les prêtres des Aztèques avaient calculé que, parti une année Ce-acatl (Un-Roseau) il reparaîtrait
aussi une année Ce-acatl. Or, elle revient tous les cinquante-deux ans dans leur calendrier. Chaque
fois, après un examen attentif des astres et autres signes, les augures annonçaient que le dieu serait
là à la prochaine fête de la nouvelle année.
Par un des caprices du sort les plus extraordinaires que l’on ait connus, c'est peu avant le début
d'une telle année que se répandit la nouvelle de l'arrivée en vue des côtes de « maisons d'eau avec
des ailes de cygne » et au moment même où elle commençait, que l'Espagnol Cortez posait le pied
sur la terre mexicaine ! Même la date coïncidait exactement avec celle que les prêtres avaient
calculée pour le retour du dieu d'après d'anciennes sources : le jour du « neuf-vent ».
Le jour du « neuf-vent » de l'année « un-roseau » tombait le 22 avril 1519, un jeudi saint d'après
notre calendrier. Et c'est ce jour-là que Cortez débarqua !
Le dieu blanc venu autrefois, bien, bien longtemps auparavant, portait une barrette noire et un
vêtement noir — tout comme Cortez lorsqu'il descendit à terre et cela presque à l'endroit où le
personnage divin avait quitté son peuple avec la promesse de revenir. Les indigènes pouvaient-ils
encore douter que le nouvel arrivé fût celui-là même qu'ils attendaient depuis tant de siècles?
Mais ces dieux-là arrivaient avec le feu et le glaive.
Ils étaient certes blancs et barbus, mais ce n'était pourtant qu'un ramassis de mercenaires et
d'aventuriers avides d'or qui faisaient bon marché de la vie humaine.
Les Indiens se ruèrent à leur perte les yeux fermés. Leurs civilisations florissantes furent anéanties
dans le sang et la fumée. Mais ce que les Espagnols leur faisaient subir, ils le prenaient pour le
châtiment du dieu blanc revenu afin de rétablir son ancien empire. Toutefois ce n’est pas tant cette
croyance fanatique qui donna à une poignée d'aventuriers la possibilité de détruire jusque dans ses
racines la culture d'un continent, que la guerre civile qui minait l’empire incas et le désir de
revanche qui couvait dans les tribus soumises aux aztèques et aux incas.
Lorsque les indigènes s'éveillèrent enfin de leur rêve, il était trop tard. Il ne restait plus rien de leurs
anciennes civilisations.
Seules, les langues ont survécu aux désastres et aux siècles. Plus de deux millions d'Indiens parlent
aujourd'hui encore le maya, plus d'un demi-million, l'aztèque, près d'un million, l'otomi, le
zapotèque, le mixtèque et le tarasque, quelques millions l'aymara, le quechua et le mochica.
Lorsqu'un recensement fut effectué au Pérou en 1940, il s'avéra que 40 % des écoliers parlaient le
quechua, la plus ancienne langue des Inca ou l'aymara, et que plus d'un tiers ne comprenaient pas
l'espagnol.
Quand on étudie les populations, sur les hautes terres du Pérou, c'est comme si les antiques statues
et les coupes céphalomorphes ressuscitaient, car on retrouve exactement leurs traits chez les
hommes qui vivent aujourd'hui dans les montagnes.
Et une autre chose encore a été préservée tout au long des siècles : la salutation des Indiens à
l'adresse de l'étranger quand il a leur confiance. C'est aujourd'hui comme il y a des millénaires : «
Viracocha », (Dieu blanc).
Que l'on pénètre dans la hutte d'un Indien au milieu de la jungle du Yucatan, que l'on s'asseye avec
un ancien auprès du feu sur les hauts plateaux glacés de la Bolivie, ou que l'on rencontre des
indigènes dans l'enfer vert de l'Amazonie, partout on raconte aujourd'hui encore la légende des
hommes blancs, barbus, surgis dans les temps lointains de la préhistoire pour devenir les dieux du
Nouveau Monde.
Le Dieu blanc des Indiens est immortel.
La Conquista du Mexique.
Le 12 octobre 1492, Colomb abordait une petite île de l'archipel des Bahamas qu'il nomma San
Salvador. C'est cet événement qui passe pour marquer la découverte de l'Amérique. Et c'est ce jourlà qu'Espagnols et Indiens se rencontrèrent pour la première fois.
« J'ai reconnu », écrit Colomb dans une lettre à la cour d'Espagne, « que ce sont là des gens qui se
laisseraient convertir à notre sainte croyance plutôt par la douceur que par la force et j'ai donné à
quelques-uns des perles de verre, des coiffures bariolées qui leur ont causé une grande joie et nous
ont rapidement valu leur amitié... »
Vingt ans après, d'autres explorateurs avaient reconnu le littoral de l'Amérique du sud jusqu'au Rio
de la Plata, Sébastien Cabot était descendu du nord jusqu'à la Floride, Balboa avait traversé l'isthme
de Panama et planté le drapeau espagnol sur le rivage de l'océan Pacifique. Mais la découverte la
plus éblouissante restait à faire. Inconnus de tous, de l'autre côté du vaste golfe du Mexique, des
villes et des empires subsistaient. Les Espagnols ne s'étaient solidement établis que dans les îles
côtières.
Quand Isabelle de Castille, la grande bienfaitrice de Colomb, mourut en 1504, il y avait sur de
nombreuses îles des « Indes occidentales » des établissements espagnols qui exportaient en
métropole toutes sortes de bois, de teinture, des métaux et de la canne à sucre. Un gouverneur
espagnol, Velasquez, résidait à Cuba. Quand il apprit, par un navigateur aventureux qui avait été
jeté à la côte, qu'il y avait là-bas de riches villes indiennes, il arma en 1518 quelques navires qui
finirent par atteindre le littoral de l'Amérique centrale. Plus loin dans l'ouest, d'après ce que les
indigènes primitifs de l'île avaient raconté à Velâsquez, c'était l'Eldorado, le pays de l'or dont les
Espagnols rêvaient depuis si longtemps.
Le gouverneur résolut de le trouver. Pour cela, il organisa une expédition, enrôla des volontaires et,
le 18 février 1519, une flotte de onze navires portant no marins, 553 soldats et 200 Indiens avec dix
pièces d'artillerie lourde, quatre légères et seize chevaux, quittait Cuba pour se lancer à la
découverte du pays fabuleux.
Le commandant de ces forces était Hernando Cortez, noble espagnol de trente et un an établi depuis
1511 à Cuba où il avait amassé une certaine fortune en terres et laveries d'or. Il partait à la recherche
du pays des Aztèques : un empire de millions d'Indiens qui maîtrisaient d'une poigne féroce les
peuples qu'ils avaient vaincus. Leur souverain avait signé avec trois États voisins un pacte qui
contraignait les tribus soumises à payer tribut, à livrer des esclaves et à supporter l'occupation
étrangère. Mais cela, Cortez ne le savait pas encore.
Le Conquistador, puisque c'est ainsi que l'histoire a nommé le conquérant du continent, longea la
côte du Yucatan jusqu'à l'embouchure du rio Tabasco où il fut reçu par des guerriers indiens prêts au
combat. La bataille se déroula dans la plaine de Ceutla — non loin des ruines de Palenque qui
allaient devenir si célèbres — et la victoire fut remportée par les Espagnols grâce à leur supériorité
en armement. Ils occupèrent la ville de Tabasco, les chefs indigènes durent se rendre et ils
apportèrent à leurs vainqueurs des présents, entre autres vingt jeunes femmes.
Il y avait parmi elles une esclave qui parlait la langue du Mexique aussi bien que celle des Maya.
Nommée dona Marina, intelligente, fidèle et sûre, elle devint l'interprète de Cortez... mais aussi sa
maîtresse et raccompagna dans tous ses déplacements. Les Aztèques l'appelaient Malintzin : née
dans la région d'Acayuan, elle était fille de cacique, mais après la mort de son père elle avait été
vendue comme esclave par son beau-père, sans doute avec l'assentiment de sa mère, pour qu'elle ne
pût réclamer sa part d'héritage.
Elle devait se marier deux fois par la suite, toujours avec des officiers supérieurs espagnols. Elle
avait donné un fils à Cortez, don Martin, qui eut par la suite une fin tragique. D'après les
chroniqueurs, elle avait un charme extraordinaire et une grande noblesse de sentiments. « Elle savait
mener les Indiens exactement à son gré et nous a ainsi rendu des services de la plus grande
importance. »
Malintzin se trouve au centre même de l'aventure qui commençait alors, l'un des tournants les plus
décisifs de l'histoire mondiale. Son nom est vivant aujourd'hui encore dans les récits et les chansons
des Indiens.
Montezuma, empereur des Aztèques, informé depuis longtemps du débarquement des Espagnols,
envoya des messagers chargés de présents à Cortez, mais aussi l'ordre aux étrangers de quitter le
pays.
Rien n'était plus loin de leurs intentions.
La première grande ville du Nouveau Monde où entrèrent les Espagnols fut Cempoala, capitale des
Totonaques. Ses habitants ne ressemblaient guère aux populations à demi sauvages des îles :
habillés de vêtements richement brodés, ils vivaient dans des maisons de pierre et d'argile, au milieu
de temples et de palais.
C'est dans cette agglomération, qui pouvait compter environ 30 000 âmes, que Cortez se rendit
compte pour la première fois de la haine qui grondait contre les Aztèques. Il apprit que le pays des
Totonaques, avec ses trente villes et villages, devait payer aux occupants un tribut impitoyablement
prélevé. Et quand la contribution n'était pas réunie au moment voulu, les guerriers aztèques
enlevaient jeunes gens et jeunes filles pour les sacrifier à leurs dieux sur les autels de Tenochtitlan,
la capitale des hauts plateaux.
De Cempoala où les indigènes avaient contemplé avec un respect admiratif Cortez et sa suite dans
leurs armures étincelantes, montés sur ces créatures mystérieuses, mi-hommes, mi-bêtes, les
cavaliers, le chef de l'expédition revint à La Vera Cruz, sur la côte, d'où il écrivit à son souverain,
Charles Quint, une lettre qui peignait avec les couleurs les plus alléchantes la perspective de
conquérir un vaste empire. Mais avant même que le navire eût levé l'ancre pour rentrer en Espagne
avec cette missive, Cortez découvrit une conjuration des partisans de Velâsquez qui projetaient de
l'évincer, lui, le chef absolu et impitoyable.
Il fit mettre à mort les principaux meneurs, puis détruire ses bateaux pour rompre tous les liens avec
le monde extérieur et couper la retraite à ses soldats.
Il avait devant lui l'empire de Montezuma, dont les dispositions à son égard n'étaient nullement
amicales et des dizaines de milliers de guerriers farouches. La petite troupe ne s'en lança pas moins
bravement vers l'ouest, en tournant le dos à la côte. Au bout de bien des journées de marche à
travers des régions montagneuses désolées, elle arriva au pays des Tlaxcalans qui l'accueillirent les
armes à la main.
Des escarmouches s'ensuivirent et enfin une véritable bataille rangée qui se solda par de si lourdes
pertes pour les indigènes qu'ils implorèrent la paix et se soumirent aux Espagnols.
Là, dans cette ville de Tlaxcala, si belle et si imposante que Cortez la compare à Grenade, un nouvel
envoyé de l'empereur fit son apparition, toujours avec de riches présents et, cette fois, la permission
de lui rendre visite dans sa résidence de Tenochtitlan. Il priait seulement les étrangers de prendre la
route passant par Cholula.
Les Tlaxcalans, désormais alliés des Blancs, leur déconseillèrent formellement cet itinéraire,
assurant qu'il s'agissait d'un guet-apen et que Montezuma voulait les cerner à Cholula. Cortez hésita,
puis décida de passer outre, car cette dernière ville lui avait envoyé une invitation.
C'était bien un piège. Deux mille hommes attendaient les envahisseurs étrangers mais les cavaliers,
les canons et les nouveaux alliés de Cortez furent les plus forts.
Les Indiens s'enfuirent. Des maisons écroulées, des charpentes en flammes, des assassinats et des
horreurs sans nombre marquèrent la fin de Cholula. Les prêtres qui s'étaient retranchés dans les
vastes temples se précipitèrent du haut des terrasses quand ils virent que la bataille était perdue.
Quand le fracas des armes s'éteignit, la ville était en grande partie détruite. Six mille cadavres
jonchaient les rues.
Pour les indigènes, cette effroyable défaite était le châtiment du dieu blanc. De nombreuses villes
voisines envoyèrent des émissaires pour proposer leur soumission.
Rien ne pouvait plus désormais arrêter Cortez. A la tête de sa petite armée, il triompha des obstacles
de la sierra et se dirigea droit vers la capitale, à la lisière des neiges éternelles.
Au cœur du royaume.
Le 8 novembre 1519, Hernando Cortez faisait son entrée avec 400 soldats à pied, une douzaine de
cavaliers et quelques canons dans Tenochtitlan, capitale d'un peuple qui comptait un million d'âmes.
Devant lui, au milieu du lac Texcoco, dans un cadre admirable, la grande ville orgueilleuse dressait
ses pyramides et ses temples. Loin dans la large vallée, la montagne royale de Chapultepec portait
le château du souverain mexicain.
Mais à la cour de Tenochtitlan, les pressentiments les plus noirs étreignaient les cœurs. Les envoyés
de Montezuma apportèrent des charges d'or, promirent un tribut annuel, tout pour que les Espagnols
se retirent.
Le frère de l'empereur voulait, il est vrai, réunir sur-le-champ une armée pour anéantir les étrangers,
mais le souverain se décida en faveur d'un accueil amical. « A quoi bon résister, puisque les dieux se
sont prononcés contre nous? » déclara-t-il, désespéré.
Cinq chaussées coupées par des ponts traversaient le lac pour mener aux îles sur lesquelles la
capitale était construite, telle une Venise mexicaine. La petite armée les franchit et s'installa dans le
palais du père de Montezuma, énorme bâtiment aux allures de forteresse en plein cœur de la ville.
L'empereur s'était montré généreux et les conquérants ne manquaient de rien. Mais leur liberté de
mouvements était fort restreinte dans la cité populeuse et l'inconvénient était surtout grave pour les
précieux chevaux qui avaient jusqu'alors emporté la décision dans tous les combats.
Il ne tarda pas à devenir évident que l'on ne considérait que bien à contrecœur les étrangers comme
des hôtes. Des doutes sur leur caractère divin s'étaient très vite manifestés parmi les Aztèques. Leur
attitude arrogante menaçait en outre de créer une situation critique. On en arriva à des disputes
lorsque les intrus se prononcèrent avec plus de netteté contre l'ampleur des sacrifices humains.
Même les nouveaux alliés, les troupes de soutien recrutées parmi les populations soumises aux
Aztèques, se mirent à harceler les Espagnols. La révolte pouvait éclater d'un jour à l'autre. Dans ce
cas, les aventuriers se trouveraient bloqués sur une île difficile à défendre, au milieu d'un lac, où
leur supériorité en armement ne leur serait pas d'un grand secours. Ils s'étaient laissé prendre au
piège.
C'est alors que Cortez résolut de jouer le tout pour le tout : il emprisonna l'empereur dans son palais
où il l'avait attiré grâce à un misérable subterfuge. Il détenait ainsi un otage qu'il pensait bien utiliser
au mieux de ses intérêts. Et le calcul se révéla juste.
Désemparés, les nobles, les courtisans et les serviteurs du souverain assistèrent sans réagir au coup
de force. L'adoration mystique éprouvée au début pour les dieux blancs s'était changée en haine
féroce. Les dirigeants commencèrent à dresser des plans pour se libérer des envahisseurs...
Mais le destin intervint. Au lieu des renforts attendus d'Espagne, ce fut une flotte envoyée par
Velâsquez qui aborda les côtes : 18 bâtiments, 900 soldats à pied, 85 cavaliers et 12 canons sous le
commandement de Narvaez qui avait mission de ramener enchaîné à Cuba le rebelle Cortez et de
continuer la conquête à sa place.
Celui-ci se rendit aussitôt compte du danger mortel qu'il courait. Il laissa 140 hommes derrière lui
pour garder l'empereur et tenir la ville, puis se porta avec le reste au devant de son compatriote. La
place de La Ver a Cruz lui ouvrit ses portes et une partie des mercenaires espagnols du camp
adverse se rallièrent à lui.
Il attaqua sans plus tarder Narvaez qu'il fit prisonnier après un court engagement au voisinage de
Cempoala, cette ville où les Blancs avaient pris pour la première fois contact avec la civilisation
indienne.
De nouveau la situation s'était retournée. La misérable petite troupe décimée par les combats
précédents était désormais devenue une armée imposante, avec une cavalerie fortement armée,
résolue, autant que son chef, à risquer le tout pour le tout. La marche vers la capitale fut décidée et
entreprise sans retard.
Là-bas, entre-temps, la situation s'était aggravée. Par sa sévérité exagérée et l'exécution d'Aztèques
de haut rang, le représentant de Cortez avait suscité une opposition acharnée. A peine les troupes de
secours avaient-elles atteint la ville que la lutte ouverte s'engageait. Le palais fut assiégé par une
armée puissante réunie à cet effet et chaque fois que les Espagnols se montraient, ils étaient assaillis
par une grêle de flèches et de projectiles. Les courageuses sorties des assiégés n'obtenaient aucun
résultat. Il devenait nécessaire de prendre des mesures radicales. Cortez décida de se servir de son
impérial otage.
Montezuma proposa de parler à son peuple. Ce qui se passait dans l'esprit de ce fier souverain
demeurera éternellement mystérieux. Autrefois « Seigneur courroucé » et vainqueur fameux dans de
nombreuses batailles, il s'inclinait désormais devant la supériorité de son adversaire et s'humiliait
devant son propre peuple.
Il est vrai qu'il n'était plus le chef de celui-ci depuis longtemps. Des cris de dérision l'accueillirent
quand il monta sur une plate-forme pour prendre la parole. Une pierre l'atteignit à la tempe et c'est
ainsi qu'il finit.
Dans la nuit du Ier juillet 1520, Cortez dut entreprendre une périlleuse retraite sur les étroites
chaussées qui traversaient le lac de Texcoco. Il y perdit toutes ses pièces d'artillerie, toute sa poudre,
presque tous ses chevaux et la plus grande partie des inestimables trésors qu'il avait amassés. A
peine la moitié de ses hommes parvint au rivage. Ce fut la noche triste, la nuit effrayante, dont
Cortez et les survivants émergeaient avec ce qu'ils avaient sur le dos, guère plus.
Derrière eux, ils voyaient les feux brûler sur les autels des sacrifices, ils entendaient les hurlements
de leurs camarades que Ton égorgeait. Devant eux, toutes les voies étaient bloquées : le peuple
aztèque s'était dressé comme un seul homme.
Poursuivi par un ennemi bien supérieur en nombre, le Conquistador longea la rive du lac. Sa
position semblait désespérée : l'armée du nouveau souverain, Quauhtemoc, grossissait de jour en
jour, toutes les réserves ayant été appelées pour lutter contre ce dangereux adversaire, alors que du
côté espagnol il n'y avait guère de soldat qui fût indemne. Cortez lui-même perdait son sang par de
nombreuses blessures.
Finalement, la bataille décisive se déclencha, le 8 juillet 1520, vers Otumba. Elle paraissait perdue
pour les envahisseurs lorsque Cortez ordonna, à la dernière minute, un assaut désespéré. Et une fois
encore, le sort des troupes blanches décimées fut déterminé par la terreur superstitieuse des Indiens
devant les cavaliers qu'ils considéraient comme des êtres fabuleux, mi-hommes, mi-bêtes.
L'attaque réussit, les Mexicains s'enfuirent, affolés, les auxiliaires indiens se chargèrent de nettoyer
le terrain.
Quelques semaines plus tard, Cortez se retournait de nouveau contre la capitale. Les Aztèques, sous
le commandement de leur nouvel empereur, Quauhtemoc, se défendirent avec un courage
désespéré. Mais cette fois les îles en flammes furent conquises par un millier à peine d'espagnols.
Plus de 100 000 cadavres jonchaient les rues de la grande ville qui n'était plus que ruines fumantes.
Les Aztèques, même leurs plus puissants seigneurs, devinrent des esclaves qui durent raser de leurs
mains l'antique capitale. La ville impériale fut ainsi anéantie en plein épanouissement.
Source : .Rhedae Magazine
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