close

Se connecter

Se connecter avec OpenID

Alimenter et administrer des médicaments - Geronto

IntégréTéléchargement
Alimenter et administrer des
médicaments chez un patient
âgé avec troubles de
déglutition
Dr Gilles Loggia, Mme Corinne Kremer (IDE), Mme Soazig Lebaube (IDE)
Pôle d’évaluation gériatrique, département filière gériatrique
CHU de Caen
Introduction :
les troubles de déglutition ou dysphagie peuvent toucher 10 à 19 % des
personnes âgées hospitalisées et jusqu’à 60 % en institution 1
Les symptômes évocateurs de dysphagie sont souvent ignorés car non exprimé
par les patient 2
Les troubles de déglutition gênent l’alimentation et l’administration des
médicaments et sont à l’origine de complications graves : déshydratation,
malnutrition, fausse route, pneumonie chimique ou d’aspiration
Elles ont aussi des répercussions émotionnelles et sociales : dépression,
mauvaise qualité de vie et isolement social
1 : Martin-Borret et al. Cah. Année Gérontol. (2014) 6:58-64
2 : Pouderoux et al, Press Med 2001, 1635-44
La prise en charge :
Mécanisme d’adaptation :
Rééducation spécifique :
ANOMALIE
ANATOMIQUES ET
NEUROLOGIQUES
CONSEQUENCES SUR
LE DÉROULEMENT DE
LA DÉGLUTITION
PHYSIOPATHOLOGIE
DU TROUBLE
La prise en charge :
Mécanisme d’adaptation :
L’alimentation
L’environnement
L’installation au repas
L’adaptation des textures
L’administration des médicaments
CONSEQUENCES SUR
LE DÉROULEMENT DE
LA DÉGLUTITION
L’environnement :
Au Préalable :
Soins d’hygiène bucco dentaire
Prothèses dentaires en place et adaptées, sinon les enlever
Prothèses auditives et lunettes
Matériel d’aspiration à disposition
Utilisation de matériel adapté selon les difficultés motrices du
patient
L’environnement :
L’installation du malade :
Au fauteuil :
L’installation du malade :
Au lit :
Les mauvaises postures :
Le déroulement du repas :
Au calme, absence de distraction
Ne pas engager de conversation
Installation du plateau : sur une table à bonne hauteur (hauteur de l’estomac)
Si le patient mange seul : l’observer
Si le patient a besoin d’être assisté, s’asseoir :
en face de lui ; éviter la rotation de la tête
Légèrement plus bas : éviter l’hyper-extension céphalique
Respecter le temps nécessaire au repas, faire des pauses
Le déroulement du repas :
Techniques compensatoires permettant de réorienter le bol alimentaire
afin d’éviter les fausses routes:
Antéflexion de la tête, menton fléchi sur la poitrine :
meilleure protection des voies respiratoires par l’épiglotte
diminue de presque 50% les FR chez les malades neurologiques
Rotation de la tête du côté déficitaire chez les patients hémiplégiques:
oriente le bolus alimentaire vers le côté fonctionnel
La prise en charge après le repas :
S’assurer pendant et après le repas que la voix n’est pas modifiée
S’assurer de la vacuité buccale et de l’hygiène bucco-dentaire
Maintenir en position ½ assise pendant 30 minutes minimum
Éviter d’éventuels reflux œsophagiens
L’adaptation des textures :
La texture est une prescription médicale
Elle est adaptée en fonction du type de problème et peut évoluer au cours de l’hospitalisation
Surveillance : toux lors de l’alimentation, dyspnée, encombrement, appréhension lors des repas,
amaigrissement, anorexie
Textures possibles :
Mixé / Mixé lisse
Mouliné
Haché
Normal
Principales indications :
Haché : difficulté de mastication
Mouliné fin, mixé, mixé lisse : fausses routes aux solides, dysphagie
Eau gélifiée : fausses routes aux liquides
Texture mixée :
Pas de morceaux, consistance homogène, lisse
Exemple :
Entrées : mousse et potage
Plat principal : viande et accompagnement mixés ensemble
Laitages, entremets et compotes en dessert
Attention : Suppression des aliments caloriques
Texture à risque de dénutrition !!!
Texture moulinée :
Aucun morceau, texture plus grumeleuse, ne nécessite pas de mastication
Exemple :
Hors d’œuvre mixés : mousses
Viandes, poissons et œufs moulinés (pas de plat traiteur type quiche…)
Légumes et féculents en purée
Pas de fromages
des laitages
Pas de fruits crus
des compotes ou entremets
Pas de pain
Texture molle/hachée :
Texture facilement coupable, écrasable à la fourchette. La mastication est
peu importante, les aliments se rassemblent facilement
Seule la viande est hachée, les œufs et le poisson restent entiers
L’accompagnement garde sa texture
Le repas est complété par:
un fruit tendre
du pain
un fromage mou
Test de capacité fonctionnelle de la
déglutition 3 :
aliment mixé
1/2 c.à c. 4 fois
posture flexion+rotation
→
si FR, posture
→
si pas de FR passer à
1 c. à c. 4 fois
1/2 c.à c. 4 fois
→
si FR
→
stop alimentation ,
nutrition entérale totale
→
si FR
→
alimentation de mixé à la
1/2 c. à c.
→
si FR
→
alimentation de mixé à la
c. à c.
→
si FR
→
alimentation de mouliné à
la c. à c.
→
si FR
→
alimentation de mouliné à
la c. à s.
→
si FR
→
alimentation en morceaux
1 cc
si pas de FR passer à
→
si FR, posture
→
si pas de FR passer à
1 c. à c. 4 fois
si pas de FR passer à
aliment mouliné
1 c.à c. 4 fois
→
si FR, posture
→
si pas de FR passer à
1 c. à s. 4 fois
1 c.à c. 4 fois
si pas de FR passer à
→
si FR, posture
→
si pas de FR passer à
1 c. à s. 4 fois
si pas de FR passer à
aliment en morceaux
1cc 4 fois
→
si FR, posture
→
si pas de FR passer à
2 cc 4 fois
si pas de FR passer à
1 cc 4 fois
si pas de FR passer à
→
si FR, posture
→
2 cc 4 fois
si pas de FR passer à
reprise alimentaire
reprise alimentaire
en morceaux
en morceaux
2 cc
2 cc + posture
3 : Guatterie et al, Colloque déglutition et dysphagie. Borde
Test de capacité fonctionnelle de la
déglutition :
Le test à l’eau 4 :
Plusieurs tests existent :
Le « 3 oz water swallow test » le test référence : Prise de 90 mL d’eau sans
interruption
Le « Timed test of swallowing capacity » : il consiste à mesurer le temps
d’ingestion de 150 mL d’eau froide (du contact labial à la dernière ascension
laryngée)
Le « test à l’eau » adapté de Guatterie
3
3 : Guatterie et al, Colloque déglutition et dysphagie. Bordeaux 199
4 : Puisieux et al,Rev Mal Respir 2009 ; 26 : 587-60
Le test à l’eau :
La nutrition entérale :
La question se pose lorsque le risque d’inhalation devient majeur et les infections itératives
Il s’agit le plus souvent d’une décision pluridisciplinaire
Elle n’améliore pas chez les patients déments :
La qualité de vie, les escarres, les capacités fonctionnelles 5
Ne diminue pas la mortalité
5
Expose à des complications dont des pneumopathies d’inhalation par reflux 5,6
Si utilisation de la SNG :
Rincer avant et après chaque passage de médicaments
Vérifier que la granulométrie du médicament est compatible avec la sonde
5 : Finucane et al, JAMA 1999 ; 282 : 13
6 : Gillick et al, N Engl j Med 2000 ; 342
L’administration des médicaments :
Les troubles de la déglutition gênent l’administration des médicaments par voie
orale, notamment les formes sèches comme les comprimés
D’où les infirmières ont souvent recours à l’écrasement des comprimés
Peu d’études sur le sujet
L’écrasement des médicaments expose à des risques :
Pour les patients : sur ou sous dosage, interactions médicamenteuses, baisse d’efficacité
Pour les soignants : contact avec les particules médicamenteuses 7,8 (accidents
allergiques, inhalation de particules médicamenteuses)
Environnemental
7 : Paparella et al, J Emerg Nurs 2010;36(
8 : Stubbs et al, Int Psychogeriatr 2008;20
En 2009, Caussin et al ont réalisé une enquête, ayant permis l’identification de mauvaises
pratiques :
Auprès de 683 malades
De plus de 65 ans hospitalisés
Dans 23 unités de gériatrie
Identification des risques :
Formes galéniques :
41,5% des médicaments écrasés avaient une forme galénique contre-indiquant
l’écrasement
Modalités de préparation :
Médicaments écrasés ensemble (96.8%) pour un patient
Par une infirmière (98.5%) sans protection (gants, masque)
Dans un mortier (92.2%)
Souvent commun à plusieurs malades (48.8%)
Rarement nettoyé entre deux patients (3.3%)
Conservation dans des supports divers sans mention des produits et à l’air libre (61.7%)
Recommandation de bonnes pratiques :
Plusieurs guides existent :
La HAS a sorti en 2010 (réévaluation en 2013) un guide sur les Outils de
sécurisation et d’auto-évaluation de l’administration des médicaments
Les hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ont publié dès 2003 une liste mis à
jour régulièrement au sein de leurs établissement
La collaboration OMÉDIT Haute Normandie - Société Française de Pharmacie
Clinique (Groupe Gériatrie), regroupe les données des RCP et documents transmis
par les laboratoires
L’administration des médicaments :
Rôle de l’infirmière :
Règle des 6B de la HAS :
Bon patient
Bon médicament
Bonne dose
Bonne forme
Bonne voie d’abord
Bon moment
Rôle du médecin :
Nécessité d’une prescription médicale
Évaluer la nécessité de poursuivre chaque ligne
du traitement
Vérifier avec le pharmacien ou à l’aide des
différents supports que les médicaments
prescrits peuvent être écrasés
Rechercher les alternatives thérapeutiques ou
galéniques pour limiter la prescription du
broyage
Renseigner le motif d’écrasement
Alerter le médecin sur les difficultés de
prises médicamenteuses
prescrire après le nom du médicament « à
écraser » si le logiciel le permet
Conditions de l’écrasement des
médicaments :
L’écrasement est une compétence stricte de l’IDE
L’aide à la prise peut quant à elle faire appel à la collaboration d’autres
professionnels, sous la responsabilité de l’IDE
L’utilisation d’un matériel adapté et sécurisé est recommandée :
Facilement nettoyable
Sans contact avec l’opérateur pendant et après usage
Écrasement des médicaments :
L’administration des médicaments :
Mélanger 2 médicaments uniquement après avis du pharmacien
Une fois broyés, les médicaments doivent être administrés dans un liquide
neutre et non chaud (eau ou eau gélifiée)
Des interactions avec les autres types de liquide et la nourriture (jus de
fruits, compotes, produits lactés) bien que peu connues, ont été décrites
Respecter les horaires de prises
L’administration des médicaments :
L’administration des médicaments :
Pour les médicaments à index thérapeutiques étroit :
L’écrasement peut avoir des répercussions cliniques
Pas interdit de les écraser mais monitoring très étroit
Pour les principes actifs irritants et toxiques :
Peuvent être agressif pour les muqueuses
Peut provoquer des œsophagites, glossites, dysphagie
Les immunosuppresseurs : propriétés toxiques pour le personnel
Pour les médicaments au mauvais goût :
Les mélanger (même si pas idéal)
Médicaments sensibles à la lumière :
Nécessité d’administration rapide
Conclusion :
La prévalence des troubles de la déglutition est probablement sous-estimée.
Toute difficulté dans la prise en charge de repas ou de la prise des médicaments
doit être transmise auprès du médecin prescripteur
Elle nécessite une prise en charge multidisciplinaire
La prise en charge des troubles de la déglutition doit poursuivre un but prioritaire,
le maintien du plaisir de manger et de boire, assurer une nécessité vitale
Mais peut soulever certaines autres questions notamment éthique comme
l’administration « cachée » des médicaments écrasés
Auteur
Document
Catégorie
Uncategorized
Affichages
0
Taille du fichier
3 213 KB
Étiquettes
1/--Pages
signaler