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Au bord du silence, vol.3

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L’ a b a t t o i r r e l è v e d e l a r e l i g i o n e n c e s e n s q u e d e s t e m p l e s d e s é p o q u e s
r e c u l é e s, ( s a n s p a r l e r d e n o s j o u r s d e c e u x d e s h i n d o u s ) é t a i e n t à d o u b l e
u s a g e, s e r v a n t e n m ê m e t e m p s a u x i m p l o r a t i o n s e t a u x t u e r i e s.
Georges Bataille
Extrait de l’article « L’abattoir »
Au bord du silence,
vol.3
Les Abattoirs-Avallon
L
e caractère violent du lieu, évident dans le nom qui lui est resté, est encore
présent dans l’aspect massif du bâtiment, dans son sol déclinant vers des égouts
centraux permettants autrefois l’écoulement du sang, dans ses impressionnantes
structures métalliques suspendues au plafond et, évidemment, dans ses terrifiants
crochets, ces esses qui y sont encore attachées.
Cette violence liée à la consommation alimentaire de l’homme, à la prédation, à sa
relation aux espèces animales, fait écho d’une manière saisissante aux interrogations
qui soutiennent ma démarche. Si on ne retrouve plus directement dans ce lieu des
abattoirs cette violence originelle, première et frontale, elle nous apparait cependant
sous forme de traces, et ce qui l’en reste confère à l’espace une forte tension. Ce sont
aussi des traces ; des matériaux chargés, récupérés, bruts, des traits brisés, des images
denses qui viennent, au-delà de leur violence, s’assembler dans mon travail.
Dans ce changement de statut extrême du lieu, dans ce passage de l’abject, de l’immontrable, à la recherche d’une beauté : l’Art ; dans ce basculement du fermé vers
l’ouvert, de l’ancien usage de ses murs qui avaient fonction de cacher ce qui ne pouvait être vu, et qui maintenant viennent exposer, offrir au regard, enfin dans cette
transformation se situe l’essence de mon travail.
Ici, fragments trouvés, déchets divers, matériaux de récupération et éléments intensément élaborés tendent à s’assembler, à s’harmoniser. Ce chemin emprunté vers
la transfiguration se contruit alors dans mes pièces par ces contacts, ces superpositions, enfin dans ce volume qui se developpe au fil de l’acte de création.
L’exposition Au bord du silence,
vol.3
est la plus ambitieuse qu’il m’ait été
donné de présenter à ce jour, celle qui donne à voir mon travail sans compromis ni
restriction et avec une cohérence dont je suis heureux et fier.
“
On ne sait pas bien quand le propre et le sale se sont séparés dans les sociétés et les
consciences des hommes.
Quand est apparu le cadavre et la nécessité angoissée de l’ôter de la vue ?
L’inhumation précéda Sapiens Sapiens.
L’art est une des plus anciennes pratiques pré-humaine et il est bien plus ancien que
la monnaie dans laquelle rien en lui ne se convertit.
L’art est le sempiternel contemporain d’une séparation qui ne l’assujettit pas.
L’art est né avant que se solidifient les filiations disjonctives, arborescentes, entre
homme et bête, social et asocial, ordre et désordre, paré et repoussant, céleste et infernal, vie et mort, forme et non-forme.
Le sacré, le malpropre, ce qui peut souiller, ce qu’on doit placer à part (ou dérober à
la vue) sont mal distincts.
Le sacré n’a jamais été aussi omnipotent que dans les sociétés modernes. On ne s’est
jamais à ce point séparé des cadavres, sang des mois, crachats, morves, urine, fèces,
rots, croutes, poussière, boue.
Nous sommes tous des prêtres maniaques dans nos cuisines.
Nous sommes des tyrans fous dans nos salles de bains.
Il est difficile de dissocier les notions d’hygiène, de morale, de sacrifice, de pensée,
de racisme, de guerre. Nous épions l’autre, le non-classifié social ou sensoriel, le
parasite, la souris, la salive, le marginal, les habitants des interstices (les araignées et
les mulots ou les scorpions ne sont jamais ni dedans ni dehors), les universitaire autodidactes, les mammifères poissons, les juifs chrétiens, les mères célibataires, l’eau
non potable, les habitants des frontières qu’il s’agisse des territoires des pays ou des
corps, le sperme, les épingles, les rognures d’ongles, la sueur, la glaire, les revenants,
les phobies, les fantasmes (qui piratent le mur qui devrait séparer la veille du sommeil). L’art est une production parasitaire.
Celui qui fait surgir ce qui jusqu’à lui n’est pas appartient au règne de l’inapproprié.
Il n’est pas à sa place. C’est la définition même de la saleté : Quelque chose n’est pas
à sa place. Un soulier est propre sur le plancher. Il est sale pour peu qu’on le pose
”
sur la nappe parmi les fleurs, l’argenterie et les verres alignés.
Extrait, Les Ombres errantes, Dernier Royaume, I
À propos
A
zad nait à Paris, grandit dans une famille où
Parti vivre à Londres, cette expérience le marquera
l’art, la littérature sont omniprésentes. Ce
et son travail s’en fera naturellement l’écho. De
sera le terreau et la source d’une recherche qui
nouvelles lectures, d’autres découvertes artistiques,
rencontrera de multiples objets et prendra dif-
d’époques et de sources alors inexplorées, le con-
férentes voies. Azad acquiert, au gré de ses lectures,
duisent à formuler, à tâtons, une réflexion jusqu’al-
de ses découvertes cinématographiques, picturales,
ors inconsciente sur l’expression artistique. Azad
sculpturales, musicales, une culture artistique éc-
offre son regard, nécessairement intime, sincère
lectique, sans lignes directrices imposées ; cela
d’évidence, et donc parfois cruel, ou tendre. Il est
composera un creuset, sans cesse renouvelé, qui
un prolongement physique, viscéral ; il s’impose
nourrit sa recherche et, dépourvu de grille de lec-
métaphysique, authentiquement
ture extérieure, préserve la liberté de ses ressentis.
une recherche fondamentale. Une plongée nue, à
Les peintres européens, l’art primitif africain, les
travers notre condition. Azad développe une es-
bandes dessinées autant que les illustrations de
thétique fondée sur l’acquisition, progressive et
contes développent une sensibilité qui trouve pro-
tâtonnante, de techniques personnelles, propre à
gressivement ses adhérences et le conduit, naturel-
rendre compte de goûts qui s’affirment ; émergent
lement, vers le dessin.
des lignes, parfois épaisses, chaotiques, cassées où
Le travail d’Alberto Giacometti, ses silhouettes, al-
raisonnent les questionnements et les douleurs
longées, presque cadavériques, poussées d’un élan
longues, parfois minimalistes, graciles, vaporeuses
de vie qui n’oublie jamais la finitude organique, la
comme le premier temps d’une joie de l’instant. De
répétition de son trait, le marque. Les corps désar-
son mouvement, naissent des images, reflets qui
ticulés, vulnérables, agressifs, exposés, d’Egon
ne cherchent ni à éblouir, ni à séduire. Il se défie
Schiele sont une source vive. Plus tard, les travaux
des évidences, des messages, des prouesses tech-
de Robert Raushenberg et Jean-Michel Basquiat,
niques ; les traces de son travail sont présentes, la
leur spontanéité, lui rappelleront de construire et
crudité des progressions n’est pas dissimulée et le
de dessiner l’enfance.
résultat n’est jamais celui d’une quête de perfec-
Observateur puis acteur du mouvement graffiti à
tion, sauf celle, peut-être, de vouloir partager l’in-
Paris, il y trouve de nouvelles sources d’inspira-
tuition qu’il a souhaité faire résonner. Simplement,
tion, mais s’en détache, rapidement, alors que lui
il dessine, peint, écrit, filme, photographie, trans-
apparaissent les codes propres à ce courant. Le
forme, coupe, colle, assemble, selon son instinct. Il
graphisme le conduira ensuite vers l’outil informa-
cherche, crée et nous propose le résultat, lorsqu’il
tique et les potentialités multi-media qu’il permet.
estime qu’une beauté en émerge.
humain. C’est
Il travaille les matières, les textures, marie images
et textes, colle, assemble, mêle les techniques, recherche de nouveaux matériaux et supports, réunit
ces objets, en créé de nouveaux, y laisse les traces du mouvement qui l’anime, y imprime ses propres traces. Son trait est toujours présent : sousligné, estompé, dissimulé, évanouie, cassé, brisée,
révélante. Il explore aussi, au gré de sa recherche,
les possibilités, d’abord enthousiasmantes puis à
nouveau trop étriquées, du Street Art. Surtout, il
devient père, touche à l’essence.
A. & A. VS.
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