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Azi - Val d`Oise

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JEUX D'ÉCRITURE
AU CHÂTEAU DE LA ROCHE-GUYON
Premier Prix Benjamin(e)s
Azi
par Tom Houdré, 14 ans
Collège Roland-Vasseur – Vigny
Juin 1944
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Un an ! Tu te rends compte ? Cela fait déjà un an que je vis dans ce château humide. Ce
que je regrette l'Allemagne. Berlin, c'était autre chose. Tu aurais dû voir leur palais, leur
bibliothèque et le service, c'était parfait !
C'est sûr que cela devait être autre chose que notre serviteur, le vieux Joseph ! En même
temps, quand Moustache en brosse venait vous rendre visite, il fallait que ça ait un peu de
tenue.
Ça c'est vrai, mon p'tit Berlioz. Notre Joseph, à Berlin, vu ses manières, il n'aurait pas tenu
longtemps. Si Moustache en brosse l'avait vu, il aurait été fusillé sur place. Pas mécontent
de l'avoir quitté, celui-là. Dis Berlioz, tu penses qu'ils vont le réussir leur attentat ?
Je ne sais pas, ils ont une réunion dans quelques jours, après le départ du maître des lieux
pour en parler.
Tu parles, pfff !
Soudain, j'entends un bruit de bottes dans un couloir inférieur.
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Bottes ferrés ! Il revient donc de la cave... Cette fois, vu le temps que cela a duré, il a dû en
tuer trois ou quatre, au moins...
Encore ? Cela ne s'arrêtera donc jamais ! Bon, j'y vais. Si ton maître me voit ici, il va encore
hurler.
OK Berlioz, mais je t'ai déjà dit que c'était pas mon maître. Attends, reste. Je vais te montrer
qui est le maître.
Les pas se rapprochent dans le couloir :
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–
Azraël ? A-zra-ël ?... Où est Azraël ?
Troisième porte à gauche, Herr General !
Danke, Herr Kommandant !!
Il entre.
–
Azraël, tu es là ? Mon petit sucre d'orge ? Viens voir papa. Schatzi !
Je le regarde, de haut... Bien que je sois sur le parquet de sa bibliothèque... environ un mètre
cinquante en-dessous de sa sale face d'alligator affamé. Je lui lance un regard noir.
–
Mon pote, lui dis-je, mon nom, c'est I-sra-ël pas Azraël ! Tu vas finir par l'imprimer, OUI ?
Je m'interromps, reprends mon calme malgré mon énervement et continue :
–
Je veux bien n’être qu'un chat et que, de tout ce que je dis, tu n'entendes que des miaous,
miaous. Mais je commence à en avoir « ras les coussinnets » de tes remarques
désobligeantes ! Sur les juifs ... sur les soit-disant « sous-races » de l'autre débile mental de
Moustache en brosse. Avec les potes, on va finir par le renverser votre gouvernement de
casques à pointes. Et puis arrête de m'appeler « ma petite boule de poils chérie » ! Tu es
censé être un chef nazi, pas un toiletteur pour chat ! (soupir)
Ah je te jure, même pas fichu d'établir des plans de défense convenables. Tu crois
sérieusement que les Anglais vont passer par l'Atlantique ? C'est par la Manche qu'ils vont
arriver, cela t'arrive de réfléchir ?
Bien sûr, vous vous en doutez, si je me permets de lui parler sur ce ton, c'est parce que je sais
pertinemment qu'il ne m'entend pas. Oui, je suis un râleur. Oui, je suis communiste. Et alors, ça ne
veut pas dire que je suis suicidaire pour autant. Surtout que, entre nous, il ne me reste que trois vies
sur neuf, alors j'y tiens.
–
–
Mais il a faim le minou ? Mais oui Azraël... JOSEPH !!! Azi a faim ! Apportez-lui vite son foie
gras et son lait d'ânesse.
Ja, Herr Rommel. Tout de suite, Herr Rommel.
Bon, je suis d'accord, le bon côté des choses, c'est qu'ici, presque tout le monde est aux petits soins
avec les chats.
Une fois "Roro" parti, notre Joseph entre :
–
Tiens le chat, ta gamelle. Profites-en bien. Qu'est ce que je ferions pas pour en avoir une
partie. Un jour, l'maître vous r' trouvera dans la cheminée. Nous serions ben contents qu'vous
partiez en enfer. Sur que ça irait mieux pour les serviteurs comme nous.
Après sa tirade, Joseph s’éclipse et me laisse manger en paix. Grr, c’est un sale personnage celuilà.
[...]
–
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–
Bon, maintenant que Rommel est parti fêter l'anniversaire de sa femme, on peut mettre au
point les derniers préparatifs pour l'attentat.
Oui, donc, Von Stauffenberg pose la bombe dans la salle de réunion, il repart en avion une
fois la bombe explosée et nous appelle pour déclencher l'opération Walkyrie... et après il
reprend le pouvoir, arrête la guerre et...
Mais Rommel ne voudra jamais trahir Hitler. Il lui est trop fidèle.
Arrête, Rommel c'est un bon gars !
Oui, c'est vrai, il ne nous oubliera pas.
Oui. On sera riche.
À ce moment je rentre dans la salle et tous les regards convergent sur moi.
–
Tiens, voilà son chat.
Au fond de la salle, Joseph me fixe du regard et murmure :
–
Mauvais le chat, mauvais, il va nous trahir.
Je m'approche de lui.
–
Eh mec, je lui dis, on est dans le même camp. J'aimerais juste vous faire comprendre que
Rommel, il vaut pas mieux qu'Hilter. La défaite d'El Alamein et l’Africa Korps, l'aide à
Mussolini, c'était lui.
Mais tout ce que le vieux serviteur sait dire, c'est son inlassable et ennuyeux « Mauvais, mauvais ».
Cependant cette fois-ci, il accompagne sa phrase d'un bon coup de pied dans les côtes, si bien que
je me vois forcé de quitter la salle en vitesse avant que cette douloureuse réponse ne se répète une
seconde fois.
Je prends un instant pour vous dire que, même si Joseph croit que je suis un espion pour le compte
de « Roro » et qu'il voudrait me voir mort, je ne lui en veux pas. C'est un bon bougre au fond, un
gars d'une ferme voisine qui a été réquisitionné par les Allemands à leur arrivée au château, d'après
ce que m'a dit Berlioz.
Je me balade donc à travers les couloirs, banni de leur réunion, à la recherche de Berlioz. Au détour
de l'angle d'un mur, je tombe truffe à truffe avec un gros chien noir :
–
Eh l'ami, ça roule ?
Son regard sinistre tente de sonder mon individu et je vois bien que, s’il ouvrait la gueule, en sortirait
un aboiement suivi d'une morsure. Quel idiot, j'ai entendu le garde mais j’ai cru que c'était une de
mes connaissances et non un visiteur. Heureusement, pour le moment, le garde tient le chien en
laisse.
J'essaie de partir discrètement mais, comme je vois la laisse glisser de la main de son propriétaire,
je me mets à courir à fond. Le chien, libéré de l'emprise du garde, me court après. Je suis déjà à
l'autre bout du couloir lorsque j'entends :
–
Goebbels, reviens ici tout de suite, Goebbels !
Mais le chien ne s'arrête pas, il me poursuit. Je sors dans la cour, monte l'escalier qui est à ma
droite, dépasse les toits. J'arrive à la passerelle mais Goebbels est toujours là. Je continue puis
hésite : le pigeonnier où le donjon ?
Tant pis, je poursuis ma montée, s’il me trouve dans le pigeonnier, je suis fini ! Arrivé au pied du
donjon, j'essaye la porte qui mène au jardinet mais elle est fermée. C'est la pause du garde, celuici est redescendu, je file entre ses jambes. Le chien ne passera pas, me dis-je. Mais si, il passe,
même qu'il renverse le garde pour arriver à ses fins ! Je monte, je monte, et soudain, je ne peux
plus, je suis au plus haut, après c'est le vide.
Je me retourne, au bord du vide, il est là, en face.
–
Alors Goebbels, tout va se finir ici, pas vrai ?
Il s'approche de moi et, juste au moment où je me mets en garde, pattes tendues, griffes acérées,
prêt à le combattre, il me pousse, le lâche !
–
Non, c'est ta vie qui s'achève maintenant, le chat !
À l'instant où je vais m'écraser, alors que je crois encore au renversement d'Hitler, je lui hurle :
–
Raté mon vieux ! Tu as pris ma vie... mais moi, il m'en reste encore deux ! Car l'espoir fait
vivre.
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