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Biographies, interviews ( in French )…

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Festival de Marseille – danse et arts multiples
MARDI
28
JUIN
24 juin › 19 juillet 2016
MACBETH
Bret t Bailey
20:30
MERCREDI
29
JUIN
Afrique du Sud | Création 2014
COMPAGNIE Third
ARTISTIQUE ET MISE EN SCÈNE
CONCEPTION, DIRECTION
Brett Bailey
Cassol, d’après Macbeth de Verdi
20:30
Premil Petrovic
DURÉE
World Bunfight
100’
LE SILO
Natalie Fisher
CRÉATION LUMIÈRE
INTERPRÉTATION
MUSIQUE
Fabrizio
DIRECTION MUSICALE
Felice Ross
CHORÉGRAPHIE
Owen Metsileng ( Macbeth ),
Nobulumko Mngxekeza ( Lady Macbeth ), avec 8 chanteurs
d’opéra Otto Maidi ( Banquo ) Sandile Kamle, Jacqueline
Spectacle
en italien surtitré
en français
Manciya, Monde Masimini, Lunga Hallam, Bulelani
Madondile, Philisa Sibeko, Thomakazi Holland et le
À Goma, des réfugiés trouvent une malle ren-
TA R I F S
No Borders Orchestra ( Ex-Yougoslavie ) : Stanko Madic
fermant les costumes de Macbeth. Ils décident
( premier violon ), Jelena Dimitrijevic ( second violon ),
de monter le spectacle en s’exclamant : « Cette
Catégorie 1 :
31 / 20 / 10 / 5 €
Catégorie 2 :
25 / 15 / 10 / 5 €
Abonnement :
spectacle A
Sasa Mirkovic ( alto ), Dejan Bozic ( violoncelle ), Ilin Dime
Dimovski ( contrebasse ), Jasna Nadles ( flûte ), Aleksandar
Tasic ( clarinette ), Ivan Jotic ( basson ), Nenad Markovic
( trompette ), Viktor Ilieski ( trombone )
Adams, Dylan Tabisher
ADMINISTRATION
Munoz
Pule Sethlako
RÉGIE LUMIÈRE
DIRECTION TECHNIQUE
Catherine Henegan
RÉGIE SON
ILLUSTRATION ET ANIMATION VIDÉO
Miguel
RÉGIE PLATEAU
ASSISTANT TECHNIQUE ET VIDÉO
Tal Bitton
Cherilee
DIRECTION DE LA PRODUCTION ET
Barbara Mathers
RÉGIE GÉNÉRALE
PERCUSSIONS
Carlo Thompson
Pierre-Olivier Boulant
Roger Williams
PROJECTION
histoire est la nôtre ! » Et voilà comment, en un
clin d’œil, Brett Bailey, sa troupe de chanteurs
lyriques sud-africains, sa compagnie Third
World Bunfight et le No Borders Orchestra,
dirigé par le Serbe Premil Petrovic, transportent la fable de Shakespeare et la musique
de Verdi au Congo d’aujourd’hui. Le décor
change mais pas le tyran Macbeth qui, kalachnikov en bandoulière, trouve une seconde vie
sous les traits d’un commandant de milice au
verbe cru. Oui, la passion du pouvoir est tou-
DES PHOTOS
Marcus Bleasdale/VII, Cedric Gerbehaye
jours l’actualité de cet opéra réinventé comme
SUR-TITRAGE
Brett Bailey
une virulente satire du néocolonialisme.
Salvoldi
ACCESSOIRES
COORDINATION COSTUMES
ADMINISTRATION ET PRODUCTION
Stephane Payen
Penny Simpson
Helena Erasmus
PHOTOGRAPHES
PRODUCTEURS INTERNATIONAUX
Cristina Domenica
ASSISTANTE
COPISTE
Morne Van Zyl, Brett Bailey
Quaternaire ( Paris ) ;
Arts Projects Australia ( Unley, AU )
théâtre musical
Spectacle présenté en partenariat avec le Festival de Naples ; en coprésentation avec le Festival d’Aix-en-Provence
PRODUCTION Third
World Bunfight ( Le Cap )
COPRODUCTION Kunstenfestivaldesarts
( Bruxelles ) ; Wiener Festwochen ( Vienne ) ;
Theaterformen Festival ( Braunschweig , DE ) ; The Barbican ( Londres ) ; La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-laVallée ; Festival d’automne à Paris
SOUTIEN
Programme Culture de l’Union européenne.
Festival de Marseille – danse et arts multiples
24 juin › 19 juillet 2016
Macbeth
Brett Bailey
parcours
Brett Bailey
Né en Afrique du Sud à la fin des années 1960, Brett
Bailey a connu l’apartheid. Auteur dramatique,
metteur en scène, scénographe, il fonde en 1995 la
compagnie Third World Bunfight et travaille notamment en Afrique du Sud, au Zimbabwe, en Ouganda,
à Haïti, au Royaume-Uni et en Europe. À travers
diverses formes artistiques, installations, performances, pièces de théâtre, opéras ou spectacles
musicaux, son œuvre questionne les dynamiques
du monde postcolonial et les relations de pouvoir et
d’assujettissement qui perdurent entre l’Occident et
le continent africain. Qu’il s’intéresse au parcours du
dictateur ougandais Idi Amin Dada dans Big Dada
ou aux origines des inégalités raciales en Afrique du
Sud dans Terminal (Blood Diamonds), Bailey questionne sans relâche la responsabilité de l’Occident
dans la situation actuelle de l’Afrique, mais aussi plus
largement ce qui, consciemment ou inconsciemment, « colonise » toujours les esprits : ce racisme
ordinaire qui légitime encore aujourd’hui la violence
faite aux étrangers et aux autres, à l’image de la
société ségrégationniste dans laquelle Brett Bailey
a grandi. Son travail iconoclaste a été présenté en
Europe, en Australie et en Afrique. On le découvre
en France avec Exhibit B, bouleversante exposition
vivante qui déchaîne la polémique. Il remporte de
nombreux prix, notamment la médaille d’or de la
Quadriennale de Prague en 2007, siège au comité
de sélection théâtre du National Arts Festival de
Grahamstown, en Afrique du Sud, et est invité en
2014 par l’International Theater Institute (ITI) à prononcer le message international de la Journée du
théâtre à l’Unesco.
Fabrizio Cassol
Compositeur et saxophoniste du groupe Aka
Moon depuis vingt ans, Fabrizio Cassol travaille
avec des chorégraphes tels Alain Platel, Anne
Teresa De Keersmaeker, Lemi Ponifasio et Faustin
Linyekula. Il touche également à l’opéra avec Philippe
Boesmans, Luc Bondy ou au théâtre avec Tg STAN.
Depuis 2012, il est en résidence à la Fondation de
l’abbaye de Royaumont, près de Paris, où il prolonge
l’étude des cultures du monde, sa création la plus
récente étant AlefBa, avec des musiciens d’Égypte,
de Syrie, du Liban, d’Irak et de Turquie. Cet intérêt
pour les musiques non européennes est lié à un
voyage déterminant qu’il a fait chez les Pygmées
Aka, en République centrafricaine, en 1992, et à
de nombreux voyages en Asie, principalement en
Inde, et en Afrique, où il travaille notamment avec
la diva malienne Oumou Sangaré, le griot Baba
Sissoko et les Black Machine, le maître percussionniste indien U. K. Sivaraman et le Sénégalais Doudou
N’diaye Rose. Il approche également la scène des
musiques improvisées et travaille avec Mark Turner,
Robin Eubanks, David Gilmore, Magic Malik, Marc
Ducret et Joe Lovano. Avec le DJ Grazzhoppa, il
crée le premier big band de 14 DJs, et avec le fabricant d’instruments François Louis, il participe à la
conception de l’aulochrome, premier instrument à
vent chromatiquement polyphonique. Sa pratique
des expressions issues de l’oralité et de l’écriture, de
la musique de chambre aux œuvres symphoniques,
l’amène à donner régulièrement des ateliers ou
des master classes un peu partout dans le monde,
comme au Conservatoire national supérieur de
musique de Paris, à la Royal Academy de Londres,
aux Conservatoires de Jérusalem, Alger, Beijing,
Berlin, Chennai, Tunis et à Royaumont.
Owen Metsinleng
Owen Metsileng est né en 1987 dans le village de
Manamakgotha, en Afrique du Sud. Issu d’une
famille de musiciens, il commence à chanter très
jeune à l’église et dans les chorales scolaires, puis
se il dirige vers la musique classique. Il prend part à
plusieurs concours de chant, notamment la Tirisano
Choral Eisteddfod Competition, est sacré champion national de la compétition SACMA 2007 et il
est finaliste du concours Belvedere 2014. Membre
du Black Tie Ensemble de 2006 à 2008, il rejoint
ensuite le Cape Town Opera, dont il suit le programme de formation en 2010 et où il chante dans
plusieurs productions (Le Dancaïre dans Carmen,
Barone Douphol dans La Traviata, Marcello dans
La Bohème, Jake, pendant la tournée au RoyaumeUni du Porgy and Bess de Gershwin). En septembre
2012, Owen Metsinleng se produit avec l’Orchestra
Victoria aux concerts de gala du Cape Town Opera,
au Hamer Hall de Melbourne.
Festival de Marseille – danse et arts multiples
24 juin › 19 juillet 2016
Macbeth
Brett Bailey
Nobulumko Mngxekeza
Eisler, à Berlin, obtient plusieurs bourses d’étude
– notamment la Heinrich Böll, ainsi que la prestigieuse « Musik Theater Heute » de l’Akademie der
Deutschen Bank. Figure majeure de la scène musicale
de sa Serbie natale, il lance en 1996 le théâtre musical au cinéma REX, qui compte parmi les lieux culturels les plus importants et politiquement engagés de
Belgrade, dans les années 1990. Résidant à Berlin, il
dirige plusieurs orchestres à travers le monde et présente son travail dans des festivals internationaux.
Son répertoire inclut des interprétations historiques
de musiques anciennes, d’opéras classico-romantiques et de répertoires symphoniques, ainsi qu’un
grand nombre de premières mondiales de musique
contemporaine. Il reçoit le First Hanns Eisler Award
à Berlin. Il est très lié à la musique d’Isidora Žebeljan,
une des plus célèbres compositrices serbes de
musique contemporaine. Premil travaille notamment
avec Bruce LaBruce, pour le théâtre musical expérimental Pierrot lunaire, présenté au Hau 1, à Berlin,
puis pour le film du même nom qui recevra le Teddy
Award de la Berlinale 2014 et pour lequel Premil
enregistre une nouvelle interprétation de la musique
de Schoenberg.
Nobulumko Mngxekeza est née en 1981 à
Queenstown, une petite ville d’Afrique du Sud. Elle
commence la musique à la chorale de son lycée,
puis rejoint en 2001 la formation Musique de l’Université du Cap où elle suit les enseignements de
Virginia Davids, Sidwill Hartman, Marisa Mavchio
et Angela Gobatto. Elle a notamment joué Micaëla
dans Carmen, Bess dans Porgy and Bess, Pamina
dans Die Zauberflöte / La Flûte enchantée et Anna
dans Nabucco. Nobulumko Mngxekeza a travaillé
avec l’Isango Ensemble, avec qui elle joue Impempe
Yomlingo (La Flûte enchantée), Abanxaxhi
(La Bohème), Aesop’s Fables et The Ragged Trouser
Philanthropists. Elle a aussi chanté pour les tournées internationales des productions du Cape Town
Opera, dont elle a par ailleurs suivi la formation
Studio.
Otto Maidi
Otto Maidi commence le chant très jeune, à l’école,
à l’église et dans plusieurs chorales. Il suit les cours
de chant de la Pretoria Technikon Opera School,
sous Pierre du Toit, puis s’installe au Texas où il se
forme auprès de Barbara Hill Moore, à la Southern
Methodist University de Dallas, et où il obtient un
diplôme de chant. Il interprète le père de Zeno dans
Zeno @ 4 am et Confessions of Zeno, Sacristan dans
Tosca, Bonzo dans Madame Butterfly, Colline dans
La Bohème, Peter dans Hansel et Gretel, Crown
dans Porgy and Bess, Olin Blitch dans Susannah,
Banco dans Macbeth, Ramfis dans Aïda, Vodník
dans Rusalka, Dulcamara dans L’Elisir d’amore, et
un très remarqué Joe dans Show Boat. Otto Maidi a
notamment chanté avec le Cape Town Philharmonic
Orchestra, la Turtle Creek Chorale (Dallas, Texas,
au Meyerson Symphony Center) et le Meadows
Symphony Orchestra. Il a aussi chanté les oratorios suivants : Verdi - Requiem, Brahms - Requiem,
Mozart - Requiem, Charles Gounod - Messe solennelle, Rossini - Stabat Mater, Telemann - TWV 1:884
« Ich will den Kreuzweg gerne gehen ».
Premil Petrovic
Premil Petrovic est fondateur, directeur artistique et
chef d’orchestre du No Borders Orchestra. Il se forme
avec Winfried Müller à l’Académie de musique Hanns
rencontre avec Brett Bailey
Vous avez déjà monté Macbeth à plusieurs reprises.
Pourquoi cette nouvelle version ?
Brett Bailey : J’avais travaillé auparavant avec une troupe
d’opéra locale qui était assez conservatrice, avec des orientations commerciales. Il y avait des restrictions sur ce que
je pouvais faire. J’ai voulu monter Macbeth à ma manière.
Je voulais une pièce plus réduite – comme vous le savez,
la musique a été adaptée – pour en faire un opéra pour un
ensemble réduit.
Comment avez-vous travaillé à partir de l’œuvre
originale ? Avez-vous fait des coupes ?
B. B : Oui, mais j’ai toujours fait des coupes en montant cet opéra.
Je l’ai monté deux fois avec un grand orchestre. On est passé
de 45 musiciens, la dernière fois, à 12 musiciens aujourd’hui.
J’ai coupé des morceaux entiers. J’ai aussi déplacé certaines
scènes. Par exemple, au début de l’acte III, il y a le chœur des
réfugiés : « Patria oppressa ». J’ai créé un dispositif dans lequel
un groupe de réfugiés raconte l’histoire de Macbeth, et ce
« Patria oppressa » me sert de cadre. Je l’ai tiré de l’acte III pour
le mettre en ouverture et en clôture de l’opéra.
Festival de Marseille - danse et arts multiples
24 juin › 19 juillet 2016
Macbeth
Brett Bailey
Pouvez-vous nous en dire plus sur ce dispositif ?
Comment avez-vous travaillé avec le compositeur
Fabrizio Cassol ?
B. B : Une troupe de comédiens réfugiés a fui les combats
dans les villages du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo. Ils s’installent à Goma, la capitale régionale.
Des dizaines de milliers de réfugiés s’y trouvent. La troupe
découvre une malle pleine d’accessoires et de costumes, de
livrets et de vieux enregistrements de Macbeth… En passant
en revue ces objets, ils se rendent compte qu’ils font écho à
leur propre histoire. Ils utilisent ce matériau pour raconter
leur histoire, leur situation dans leur pays.
Quels sont ces échos ?
B. B : Dans Macbeth comme en République démocratique
du Congo, il s’agit d’un pays en état de guerre. Des chefs de
milice apparaissent, se battent pour le pouvoir, se trahissent,
sont vaincus. Dans la pièce de Shakespeare, on voit un chef
de milice qui, avec sa femme, est rongé par l’ambition. Dans
un accès de faiblesse, il tue son roi et prend le pouvoir. Dès
que son règne est menacé, il sombre dans la violence absolue. Le conflit au Congo est le terrain de jeu de tant de milices
différentes, d’armées et de factions. Bon nombre d’entre elles
viennent ou reçoivent des fonds des États voisins comme le
Rwanda et l’Ouganda. D’autres sont apparues sur place. Et
bien sûr, la Force nationale de défense congolaise est aussi
complètement impliquée dans les pillages et la violence. Les
factions ne cessent de changer d’orientation, de se retourner
les unes contre les autres, les chefs sont tués et certains se
retrouvent devant la Cour pénale internationale de La Haye.
Dans Macbeth, un groupe de sorcières déstabilise aussi la
situation. Vous vous souvenez qu’au début, les deux généraux, Macbeth et Banquo, sont de retour de la guerre, lorsqu’ils
rencontrent les sorcières qui sèment le vent de la corruption
dans l’esprit de Macbeth. Cela m’intriguait de savoir d’où ces
sorcières venaient, qui elles étaient, quel était leur but… Dans
le conflit au Congo, qui entretient le feu de la guerre ? Je me
suis intéressé aux multinationales qui luttent pour accéder
aux ressources du Congo, qui sont prêtes à tout pour mettre
la main dessus, qui ont financé la milice brutale qui a commis
ces atrocités pour avoir accès aux minéraux dont ils tirent
profit. Les représentants de l’une de ces multinationales sont
mes sorcières.
À la fin du Macbeth original, l’ordre est finalement
rétabli. Comment avez-vous abordé cette fin ?
B. B : J’ai coupé ces scènes ! Je ne suis pas un partisan du
retour à la normale. Surtout au Congo, cela ne va tout simplement pas se produire. Il n’y a pas de fin à ce cycle du désespoir.
Chaque fois qu’une milice est vaincue, une autre apparaît – le
serpent a plusieurs têtes. La pièce de Shakespeare se termine
sur la mort de Macbeth et le couronnement de Malcolm, fils
du roi Duncan assassiné. Mon opéra se termine avec le corps
de Macbeth sur scène et les sorcières qui attendent à l’arrière-plan l’arrivée du nouveau Macbeth.
B. B : Je cherchais quelqu’un qui ait une expérience du théâtre
musical, qui soit à la fois compositeur et musicien, qui ait eu
accès à la musique africaine. Ce type de personnes est assez
rare. Fabrizio a toutes ces qualités. Je voulais qu’il apporte
une résonnance africaine à Macbeth, mais il a trouvé cela
très difficile. Il dit que la musique africaine est complètement
différente en matière de rythme et de structure. Mais la texture africaine apparaît quand même par endroits. Fabrizio
est un musicien incroyablement sensible, il s’intéresse à la
psychologie de la musique. Il parle beaucoup de « vibrations ». On peut vraiment remarquer la façon dont il utilise
les cordes dans l’orchestre : on a une toute petite section de
cordes, cinq instruments sur douze musiciens, et ces cordes
rôdent comme des insectes tout le temps, elles bourdonnent
et vrombissent, c’est vraiment extraordinaire. Il amène une
vraie dimension mystique à la musique. Je ne voulais pas la
lourdeur de Verdi. La pureté de l’opéra ne m’intéresse pas.
J’écoute de la pop plus que du classique. Je suis impressionné
par la beauté de l’œuvre de Verdi mais je ne veux pas travailler
avec l’architecture pesante d’un opéra du xixe siècle. Je veux
quelque chose qui bouge rapidement, où la musique change
constamment, où l’histoire ne cesse pas d’avancer.
Quelle est votre situation en tant qu’artiste aujour­
d’hui en Afrique du Sud ? Et celle des artistes
sud-africains en général ?
B. B : C’est vraiment dur, en Afrique du Sud, il n’y a pas beaucoup d’argent. Il y a des festivals artistiques mais il faut souvent lever les fonds soi-même pour s’y présenter. Il y a peu de
théâtres qui produisent, la plupart se contentent de présenter
des œuvres. Il y a très peu d’argent public ou privé pour l’art.
Les artistes sud-africains ont longtemps dépendu de contributions de donateurs ou d’associations étrangers, mais les
fonds de ces institutions se sont asséchés avec la crise financière mondiale. En conséquence, il y a plus d’œuvres commerciales, parce que les gens doivent remplir les salles. Cela
s’accompagne d’un certain conservatisme. Il y a toujours des
œuvres de qualité qui sortent du pays et des choses intéressantes qui se passent dans les marges, mais ce n’est plus le
bouillonnement d’il y a dix ans, quand il y avait beaucoup
plus d’argent.
propos recueillis par Barbara Turquier
Festival de Marseille – danse et arts multiples
rencontre avec fabrizio cassol
En tant que directeur musical et compositeur, respectivement, de Coup Fatal et de Macbeth, pouvez-vous nous dire en quoi ces deux spectacles se
ressemblent et en quoi ils diffèrent ? Comment se
répondent-ils, présentés dans un même festival ?
F. C : Bien que complètement différents, ils sont un peu les
deux faces d’une même pièce. Tout d’abord, les deux parlent
du Congo. Dans Macbeth, Brett Bailey observe ce pays depuis
l’Afrique du Sud, avec des interprètes sud-africains, et il en fait
une œuvre artistique et politique. Il y a ici une forme de ricochet qui passe par l’Afrique et qui est plutôt rare, plusieurs
visions qui se rejoignent dans cette observation. Coup Fatal
est une explosion de joie, même si la pièce a ses côtés sombres
qui dévoilent progressivement d’autres aspects, c’est-à-dire
la douleur, la mort, toutes sortes de choses que l’on connaît
de ce pays. À cet égard, Freddy Tsimba a réalisé un élément
du décor qui symbolise bien cette dualité : sur le plateau, un
rideau est composé de douilles ramassées au Congo. Ces
douilles ont été fabriquées pour des balles créées pour tuer, et
qui ont probablement tué des gens ; d’un seul coup, dans les
lumières du spectacle, elles deviennent une pluie d’or, on dirait
des bijoux ! On n’est pas censé voir directement que ce sont des
douilles ; c’était extrêmement important pour Alain Platel de
ne pas trop appuyer sur ce qui ressort habituellement quand
on parle du Congo, la misère, toujours, la mort, toujours, les
viols, toujours, les enfants soldats, toujours… Tous ces éléments restent présents, mais il faut être attentif pour les déceler. Enfin, Coup Fatal laisse une grande liberté d’expression aux
musiciens congolais. La direction artistique canalise toutes les
énergies sans pour autant chercher à contrôler, à l’occidentale,
leur propre vision expressive. Macbeth est l’exact opposé. On
n’est pas ici dans la joie mais plutôt dans l’opéra, dans le frontal
; les choses sont dites de face, ce qui est aussi propre au style
de Brett Bailey. Le spectacle commence comme une pièce
de cabaret, avec l’ascension de Macbeth et de Lady Macbeth,
qui n’hésitent pas à tuer pour accéder au pouvoir et, une fois
qu’ils y sont parvenus, c’est la grande dégringolade, un plongeon vers le néant et le vide qui finit dans la désolation et la
tristesse. Ces deux spectacles représentent deux manières
très différentes d’aborder une même situation, et c’est très
intéressant qu’ils soient présentés dans le même festival. Si on
voit les deux, on peut mieux comprendre ce qu’est le Congo.
Avec Macbeth, on peut mieux comprendre Coup Fatal et avec
Coup Fatal, on peut mieux comprendre Macbeth.
24 juin › 19 juillet 2016
Comment voyez-vous le lien entre ces projets et
Marseille ? Cette ville peut-elle leur apporter une
couleur différente ou représenter un défi supplémentaire ?
F. C : Marseille est une ville très intéressante. Je collabore avec
Jan Goossens depuis plus de dix ans ; nous avons travaillé
avec des artistes venus d’un peu partout dans le monde, dans
une conscience que l’on peut qualifier d’universelle parce
qu’elle n’est pas simplement localisée. Toutefois, ce travail
artistique ouvert sur le monde a toujours été en rapport étroit
avec la conscience d’une ville, c’est-à-dire avec la conscience
de Bruxelles au KVS, avec celle, singulière, de Kinshasa,
lorsque nous y étions. Pour Jan Goossens, il est toujours
important d’observer ce qui se passe dans son rapport spécifique au lieu. Son arrivée à Marseille risque d’être fascinante
parce que Marseille est une ville à la fois complexe et fascinante, aux yeux du monde entier. Marseille est multiculturelle ; située dans le bassin méditerranéen, elle est forcément
connectée à toutes les rives de la Méditerranée, à toutes les
cultures méditerranéennes et c’est cette complexité que nous
devons découvrir.
propos recueillis par le Festival de Marseille
« This avarice Sticks deeper,
grows with more pernicious
root Than summer-seeming
lust, and it hath been The
sword of our slain kings. »
Macduff, in Macbeth, acte IV, scène 3
« L’avarice creuse plus profondément,
elle jette des racines plus pernicieuses
que la luxure d’un été ;
elle est l’épée qui a tué nos rois. »
Trad. François-Victor Hugo
Festival de Marseille – danse et arts multiples
24 juin › 19 juillet 2016
Macbeth
Brett Bailey
le conflit au Congo
autour du spectacle
« Les tensions ethniques et territoriales du Congo
se sont soudainement embrasées après le génocide rwandais de 1994, alors qu’un million de réfugiés hutus et les auteurs du massacre traversent la
frontière pour le Congo voisin. Dans cette région
déstabilisée, les guerres et les violences qui suivent
entraînent la mort d’environ 5,4 millions de personnes – ce qui en fait le conflit le plus meurtrier
depuis la Seconde Guerre mondiale. Des millions de
personnes sont déplacées. Des milices avec des affiliations ethniques et nationales se fragmentent et se
réalignent. Les seigneurs de guerre s’établissent,
rassemblent autours d’eux voyous, enfants soldats
et terrorisent les civils. Le viol et l’esclavage sexuel
sont épidémiques.
RENDEZ-VOUS.................. CINÉMA ..................
Rencontre avec l'équipe artistique
Mar. 28 juin – à l'issue de la
représentation, au QG du Festival /
Théâtre Joliette-Minoterie
Projection du film
Impempe Yomlingo
Mer. 29 juin
L’Alcazar - BMVR
« L’une des principales causes de cette crise qui n’en
finit plus est liée aux richesses minérales de la région.
Les milices rivales s’affrontent pour le contrôle des
mines. Elles forcent les hommes, femmes et enfants
à y travailler et les taxent tous les jours, leur laissant
à peine de quoi survivre. Quand une nouvelle milice
prend le contrôle d’une mine, elle massacre, mutile
et viole afin d’affirmer son pouvoir. Les orphelins
sont enrôlés dans les mines ou les armées. Les taxes
collectées sont utilisées pour soutenir les opérations
et acheter armes et outils.
24, 25 juin - Napoli Teatro Festival Italia / Auditorium RAI
Domenico Scarlatti
« Ce système est soutenu par les responsables gouvernementaux locaux et voisins, par les multinationales qui exploitent les minéraux de la région et font
des profits énormes dans la production de biens
électroniques, industriels et de bijoux. Ils injectent
des fonds dans la zone de conflit et on sait qu’ils
facilitent l’accès aux armes et aux munitions par les
milices. Ils sont conscients des atrocités commises.
Ils voient les civils en fuite. Ils les voient se déchirer.
Mais ce sont des dommages collatéraux. Il ne s’agit
pas d’être sentimental, quand le profit est en jeu… »
Brett Bailey
en tournée
28, 29 mai - Macao Arts Festival
16, 17 sept. - Fairfield University (CT - USA)
24, 25 sept. - Philadelphia Fringe Arts (PA - USA)
4,5 oct. - Quimper / Théâtre de Cornouailles
16 janv. 2017 – Vancouver / Push Festival
« When our actions
do not, Our fears do
make us traitors. »
Lady Macduff, in Macbeth, acte IV, scène 2
« À défaut de nos actions,
ce sont nos frayeurs qui font de nous des traîtres. »
Trad. François Guizot
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