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Biographies, entretiens…

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Festival de Marseille – danse et arts multiples
DU JEUDI
30
JUIN
24 juin › 19 juillet 2016
GARDENS SPEAK
Tania El Khour y
AU
SAMEDI
16
Royaume-Uni et Liban | Création 2014
JUILLET
CONCEPTION ET CRÉATION
Tania El Khoury
RECHERCHE ET ÉCRITURE ( ARABE )
TOUS
LES JOURS
sauf le dimanche
10 et le jeudi
14 juillet
SÉANCES À
15:00
16:00
17:00
ET DESIGN DES STÈLES
ARRANGEMENT SONORE
Khairy Eibesh
CALLIGRAPHIE
Abir Saksouk
PRODUCTION
Jessica
première
En Syrie, de nombreux jardins dissimulent les
en france
corps d’activistes privés de cérémonie pour
installation
protéger leur mémoire, mais aussi la vie de
leurs proches, susceptibles d’être arrêtés à
cette occasion. Une « collaboration entre les
vivants et les morts » que l’artiste libanaise,
1 er juillet
DURÉE
Kinana Issa
DÉCORS
Harrington
jauge limitée
séances
supplémentaires
le jeudi 30 juin et
le vendredi
Dia Batal
ASSISTANT À LA
dont le travail est une profonde réflexion sur
l’oppression politique, raconte dans cette ins-
40’
environ
tallation réalisée à partir d’histoires orales
sonores et d’archives des derniers moments
THÉÂTRE
JOLIETTEMINOTERIE
de « dix personnes ordinaires ». Récits qui lui
ont été confiés « afin de raconter leur histoire,
comme auraient pu eux-mêmes le faire ».
TA R I F U N I Q U E :
5€
COMMANDE
Fierce Festival ( Birmingham, UK ) ; Next Wave Festival ( Melbourne, AU ) ; Live at LICA ( Lancaster, UK )
Artsadmin Artists’ Bursary Scheme ( L ondon, UK ) ; Arts Council of England ( U K ) ; British Council ( U K )
SOUTIEN
Festival de Marseille – danse et arts multiples
24 juin › 19 juillet 2016
Gardens Speak
Tania El Khoury
parcours
Tania El Khoury
Tania El Khoury est une artiste qui travaille à
Londres et à Beyrouth. Elle crée des installations et
des performances interactives qui sollicitent activement le spectateur. Son travail a été présenté
un peu partout dans le monde, dans des lieux très
divers allant du musée au téléphérique. Elle signe
notamment Jarideh, intervention en espace public
qui demande aux spectateurs, en s’appuyant sur
une liste de critères détaillée d’un rapport émis par
la police de Londres, d’identifier celui qui, parmi
eux, serait le plus « suspect », susceptible d’être un
terroriste. Tania El Khoury remporte en 2011 le prix
du Total Theatre Innovation et le prix Arches Brick,
avec sa performance Maybe If You Choreograph
Me, You Will Feel Better. Celle-ci propose à un
homme, posté dans un bâtiment, d’observer Tania
El Khoury, située en contrebas, dans la rue, et de lui
choisir son nom, ses habits, de lui dicter ses actions
et son comportement dans l’espace public, grâce à
un système d’oreillettes en WiFi.
Tania El Khoury développe actuellement une thèse
au Royal Holloway, à l’Université de Londres. Ses
recherches et publications se concentrent spécifiquement sur le spectacle vivant interactif après les
révolutions arabes. Associée au Forest Fringe, elle
est aussi cofondatrice du Dictaphone Group, collectif de recherche urbaine et de performances in situ,
à Beyrouth.
rencontre avec tania el khoury
Comment vous est venue l’idée de ce projet ?
Tania El Khoury : Au début du soulèvement syrien, en 2011,
j’ai vu la photo d’une femme en train de creuser la tombe de
son propre fils, dans son jardin – le jardin d’une maison. Cette
photo m’a frappée, elle disait beaucoup sur ce qui était en
train de se passer à ce moment-là, à quel point la vie et l’intimité des gens étaient en train de plonger. Cette photo était
poignante et aussi plutôt délicate… J’y ai pensé pendant longtemps. Je me suis intéressée aux lieux de sépulture en Syrie
pendant le soulèvement, au fait qu’il soit devenu courant
d’enterrer les morts dans les jardins, que ce soit des jardins
familiaux, des parcs publics, des jardins communaux, même
des jardins où les enfants jouent. Cette situation est en partie
due aux bombardements et aux checkpoints, qui empêchent
les gens d’accéder aux cimetières. Ce qui m’a interpelée aussi,
c’était d’apprendre que le régime syrien ciblait ces funérailles
parce que certaines d’entre elles devenaient des formes de
manifestation, où l’on célébrait les activistes ou les révolutionnaires, ou même les civils qui avaient été tués par le régime.
On y célébrait la vie et la lutte commune. Le régime ciblait ces
funérailles, et les funérailles généraient davantage de morts.
En outre, à un moment donné, le récit de la mort de ces gens
a commencé à être contesté – le régime forçait les familles à
écrire ou à signer des documents déclarant que leurs proches
avaient été tués par des insurgés armés, ou quelque chose
comme ça, forçant ainsi les vivants à trahir les morts. C’est de
là que m’est venue l’idée, de ce constat que le régime oppresse
les gens quand ils sont vivants, et qu’il les oppresse après leur
mort, que cette oppression les suit là où ils sont enterrés, puis
les suit encore dans le récit de leur décès. Je voulais défier
ceci, trouver une forme de résistance en racontant l’histoire
de dix vraies personnes, ce qui leur est arrivé, à eux et à leurs
rêves.
Gardens Speak (Les jardins parlent) livre un point
de vue sur le soulèvement syrien qui est très différent de ce qui en est dit dans les médias. Quelle est
l’intention, derrière ça ?
T.E.K : Les histoires que l’on raconte défient toujours les
grands récits du régime, des médias occidentaux ou des
médias arabes, qui ont leurs propres priorités. N’importe
quelle histoire singulière, d’une personne ordinaire, défie ce
système narratif, ou du moins le questionne en partie.
L’idée peut être polémique. Avez-vous senti une
résistance ?
T.E.K : Le projet est encore très récent, et je ne l’ai pas encore
présenté dans les pays arabes.* Jusqu’à présent, les gens ont
été très émus – ce sont les histoires des gens, et c’est une expérience qui donne à réfléchir sur ce qui se passe, mais aussi sur
sa propre existence, sur sa propre vulnérabilité, et autorise à
pleurer tout ce que vous voulez pleurer. Il a été très bien reçu.
Diriez-vous que l’installation se pose comme une
interaction entre la mort collective et l’expérience
individuelle de la mort ?
T.E.K : Je dirais plutôt qu’il s’agit d’une lutte collective, pas
d’une mort collective, et il s’agit aussi d’individus singuliers. Et
pas seulement de leur mort, mais aussi de leur vie. J’ai beaucoup réfléchi à la manière d’écrire l’histoire d’une personne
qui a été tuée, et j’ai fait le choix de ne pas partir de sa mort,
comme si c’était le moment le plus important, mais plutôt de
laisser un espace pour ses rêves, ses espoirs, ses identités.
C’est donc très personnel. Pour chaque séance, le public est
Festival de Marseille – danse et arts multiples
24 juin › 19 juillet 2016
Gardens Speak
Tania El Khoury
composé de seulement dix personnes, et chacun écoute l’histoire d’une seule personne. D’une certaine manière, c’est une
performance en face-à-face.
Comment le chagrin et la mémoire interagissent-ils, ici ?
Vous avez essayé d’intégrer à la bande sonore les
voix réelles de ces personnes.
T.E.K : J’ai écrit ces histoires à la première personne, comme
si elles nous étaient racontées, et je les ai éditées avec des
enregistrements qu’on a trouvés ou qu’on nous a donné, des
enregistrements de leur voix, ou du moment où ils ont été
tués, ou bien du moment où ils ont été enterrés. On peut donc
entendre les gens en train de creuser, de prier pour eux.
Comment avez-vous sélectionné les dix personnes,
parmi toutes les histoires ?
T.E.K : L’idée était de travailler avec différents scénarios, différentes histoires venant de différentes régions de Syrie – certains étaient des révolutionnaires, d’autres impliqués dans la
lutte armée, d’autres encore étaient des activistes pacifiques
ou bien des civils. Différents âges, aussi. C’est une sélection
des gens dont nous avons réussi à contacter les familles.
Comment ont-elles réagi ?
T.E.K : Les personnes avec qui j’étais en contact m’ont beaucoup encouragée, ils trouvaient l’idée forte. Cependant, la
plupart des gens en Syrie ont été approchés par une activiste
syrienne qui a travaillé avec moi sur le projet. C’est quelqu’un
qui a une crédibilité là-bas et que les gens connaissent et respectent, ce qui a beaucoup aidé. Les gens se sont ouverts à elle
plus facilement.
Pourquoi la Syrie, et pas un autre conflit ?
T.E.K : Je me sens proche du conflit syrien, cela me touche
beaucoup. C’est un des soulèvements principaux du monde
arabe, son histoire est fortement contestée, et il a été complètement abandonné par la gauche, au niveau international.
Alors que tout le monde célébrait la révolution égyptienne,
depuis le début, le soulèvement syrien a été jugé, et n’a pas
vraiment bénéficié de soutien à l’international. J’ai l’impression que les gens ont oublié que c’était un soulèvement légitime contre un dictateur brutal, un régime brutal, et que ce
soulèvement a été réprimé par la force avant de devenir une
résistance militarisée, sans aucun soutien. On a tendance à le
voir comme une guerre civile alors que je ne pense pas que ce
soit une guerre civile ; c’est une guerre menée par un régime
puissant contre son peuple, et je pense qu’il y a beaucoup de
choses à dire là-dessus. Il y a aussi l’idée d’un espace beau,
paisible, intime, qui devient un tombeau cauchemardesque,
toujours sous tes yeux pour te rappeler que tu as perdu une
personne qui t’est chère… En tant qu’artiste, je trouve cette
idée perturbante. À la base, l’idée n’était pas de faire quelque
chose spécifiquement sur la Syrie.
T.E.K : Le chagrin est un outil de résistance très important
– ceci ne vient pas de moi, beaucoup de gens ont écrit sur cette
idée, notamment, dans les études féministes, des personnalités comme Judith Butler et Athena Athanasiou. L’idée est
qu’on ne peut même pas faire le deuil de ceux qui sont tués ;
que si on ne connaît pas leur nom, leurs passe-temps, leurs
vies, il est alors plus facile de les tuer. Donc on fait le deuil et on
raconte leurs histoires dans un geste de résistance, en espérant que cela les rende plus difficiles à tuer.
Et à être oubliés ?
T.E.K : Oui…, mais ils ne seront pas oubliés par leur communauté ni par leurs proches. Au départ, le reste du monde ne les
connaissait pas du tout et donc ne peut pas les oublier, mais
il faut qu’il les connaisse maintenant, qu’il connaisse leur vie
et leurs histoires, qu’il sache que c’étaient des êtres humains
qui avaient des espoirs, des vies et des rêves, comme chacun
d’entre nous.
propos recueillis par Cristiana Moisescu
pour New internationalist magazine – octobre 2014
* Tania El Khoury a, depuis, présenté cette performance au
Caire en avril 2016, et la présentera bientôt à Beyrouth.
« even the dead will
not be safe from the
enemy if he wins. »
Walter Benjamin
« Même les morts ne seront pas à l’abri
de l’ennemi, s’il gagne. »
en tournée
25 > 30 mai - Athènes / Fast Forward Festival
16 > 19 juin - Amsterdam / Holland Festival
23 > 26 juin - Fribourg / Belluard Festival
12 > 15 oct. - Ljubljana / City of women
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