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Comment organiser et gérer les groupes de chevaux ? **

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Comment organiser et gérer les
groupes de chevaux ?
Niveau de technicité :
Auteure : C. Briant, Ifce-Inra
Juillet 2016
Il est connu et reconnu que le bien-être des chevaux est conditionné par la
possibilité de bénéficier de contacts sociaux, pleinement offerts par la vie en
groupe. Cependant pour bien fonctionner un groupe doit être stable. D'autres
facteurs comme l'espace, les ressources disponibles, la composition et la taille
des groupes doivent être pris en compte pour les constituer et les gérer en
fonction des besoins de l'élevage ou de la structure équestre quelle qu'elle soit.
Fiche consultée 158 fois.
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Sommaire
Quelques notions d'éthologie
Comment gérer les groupes de chevaux ?
Comment introduire un cheval dans un groupe ?
Comment procéder avec les étalons ?
Comment préparer la séparation du cheval de son groupe social pour l'entraînement ?
Bibliographie
Voir aussi
Lettre d'information "Avoir un cheval"
Quelques notions d'éthologie
Pour réussir la conduite de chevaux en groupe il est important de
tenir compte du comportement des chevaux dans les conditions
naturelles.
Ainsi, la famille est constituée d’un étalon adulte, d’une à trois
juments non-apparentées et de leurs jeunes pré-pubères. Elle
constitue donc un environnement social riche, entourant le jeune
lors de son développement. Les chevaux non socialisés pendant
le jeune âge, n'ont pas acquis ces compétences sociales.
Le poulain acquiert ses compétences sociales au sein de
sa famille © Inra UEPAO
Le poulain prend progressivement son indépendance bien avant le
sevrage, en interagissant avec les autres poulains, notamment par le
jeu et le toilettage mutuel (= grooming), et avec les adultes, envers
lesquels ils effectuent le snapping : c'est un comportement
caractéristique au cours duquel le poulain mâchouille, encolure
tendue vers un congénère. Plusieurs interprétations en sont faites :
soumission envers les adultes, tétée redirigée et peut être
apaisement.
Les relations de dominance entre les jeunes chevaux sont peu
claires. La présence d'adultes dans un groupe de jeunes est
importante, car plus le nombre d'adultes est bas par rapport au nombre de jeunes, plus la manifestation des comportements
d'agressivité entre jeunes est forte, montrant le rôle « modérateur » des adultes.
La stabilité de la famille repose essentiellement sur les liens créés par les femelles et le rassemblement constant de ses juments
par l’étalon. Les relations entre femelles sont principalement caractérisées par le maintien de leur rang hiérarchique lors
d'interactions agonistiques (= d'agressivité) faibles et par les relations de toilettages mutuels. Au sein du groupe, les chevaux
ont en général un à trois partenaires préférentiels, à côté desquels ils sont observés plus souvent, ou avec lesquels ils
effectuent plus de toilettages mutuels.
Comment gérer les groupes de chevaux ?
Offrir un espace suffisant par
rapport à la taille du groupe
Le budget temps reflète la proportion des comportements ou
groupes de comportements exprimés sur une période de 24h.
Une modification du budget temps, par rapport à celui exprimé en
conditions naturelles, est observée lorsque des chevaux sont
hébergés dans un espace trop réduit avec :
modification des proportions relatives des différents
comportements observés
et
disparition de certains comportements du répertoire.
Ceci est interprété comme une altération du bien-être. De plus les
relations sociales sont perturbées, avec augmentation des Offrir un espace suffisant © Inra UEPAO
comportements d'agression ou d'évitement au dépend des
comportements sociaux positifs (= affiliatifs).
Ainsi sur un troupeau de juments détenues dans des paddocks de haute densité (44 juments avec 50 m 2 par jument), et où le
fourrage n'est pas disponible à volonté, certains comportements, comme se coucher, se rouler et le grooming mutuel ne sont
jamais observés. Le comportement le plus observé est la locomotion : 27 % du temps, dont 18 % de marche active, ce qui est
beaucoup par rapport à des troupeaux observés en conditions naturelles. Par contre le temps passé à manger est réduit: 26 %
(54 à 69 % en conditions normales). En ce qui concerne les relations sociales, seules des relations sociales négatives
(=agonistiques) sont observées (2,5/jument/heure) et aucune relation sociale positive.
Lorsque la taille de l'enclos est légèrement augmentée (85 m2 par jument), quelques relations sociales positives apparaissent,
notamment le grooming mutuel (moins de 1 fois/jument/heure ) mais le nombre de comportements agonistiques reste
important.
Lors de l'utilisation d'enclos plus grands, à partir de 300 m2 par cheval, il n'y a quasiment plus d'agression.
La taille de l'abri doit également être adaptée au nombre de chevaux, afin que tous puissent s'y coucher, y compris les plus
dominés. La taille minimale par cheval est différente selon qu'il s'agit de normes réglementaires (exemple : 7m2 pour un
cheval de 1,65 m dans l'ordonnance Suisse) ou de recommandations issues de la recherche (11 à 16 m2 pour un cheval de
même taille).
Fournir des ressources en
quantités suffisantes
La meilleure solution est que les chevaux aient accès au fourrage de
façon illimitée : herbe ou foin. En effet, la limitation des ressources
provoque une augmentation des relations agonistiques. d'autant
plus que la durée de disponibilité du fourrage diminue. L'agressivité
augmente également selon le type de distribution du fourrage et
serait plus importante lors de distribution au sol que dans des filets
ou des logettes.
Veillez à l'accès aux ressources pour tous © M.
Vidament, Ifce/Inra
La disponibilité des ressources permet également de se rapprocher
d'un budget temps plus « naturel ». C'est ce qui a été observé dans
les paddocks haute densité. Les juments qui avaient du foin à
disposition ont passé moins de temps à se déplacer que celles qui
n'avaient pas de foin, plus de temps à manger, moins de temps
debout immobiles et moins de temps en alerte. Elles ont montré
moins d'interactions agonistiques et plus d'interactions affiliatives.
Enfin, elles ont été observées couchées et faisant du grooming
mutuel, contrairement aux juments n'ayant pas de foin.
Il faut également veiller à la disponibilité des ressources pour les chevaux bas dans la hiérarchie, qui peuvent ne pas satisfaire
leurs besoins nutritionnels, et en tenir compte en augmentant la place d'alimentation disponible par animal.
Organiser la composition des groupes
Là encore, il faut essayer de se rapprocher des conditions naturelles, où la cohésion est donnée par la structure familiale et où
les taux d'agression sont les moins élevés dans les harems permanents. Or, dans les conditions d'élevage en général, des
groupes différents sont constitués pour les juments avec poulains, les jeunes, les étalons sont isolés, les juments et hongres
sont séparés pour éviter les comportements sexuellement apparentés.
Les recommandations sont donc d'intégrer des adultes aux groupes de jeunes afin de favoriser l'apprentissage social et la
reconnaissance de la hiérarchie. Ceci enrichit le répertoire comportemental, favorise les interactions positives et diminue les
négatives.
Élever un poulain seul avec sa mère n'est pas optimal car elle sera naturellement plus tolérante. Pour l'organisation d'une
structure équestre d'enseignement ou de pension, il est intéressant pour faciliter la gestion quotidienne de mettre ensemble
des chevaux qui travaillent ensemble.
Adapter la taille des groupes
Qu'il s'agisse de chevaux domestiques ou sauvages, les taux d'agressivité et la locomotion sont plus élevés quand la taille du
groupe augmente : pour les chevaux domestiques (8 chevaux vs 11 vs 23), pour les chevaux de Prjewalski (4 vs 13). Une taille
modérée de 4 à 6 chevaux est recommandée par certains auteurs.
Veiller à la stabilité des groupes
Dans un groupe stable, les niveaux d'agression, d'approches, retraits, et d'interactions totales sont constants sur une année.
Au contraire, les changements fréquents de groupes, même entre chevaux qui se connaissent, sont associés à plus de
comportements agonistiques de menaces, même s'il en résulte peu de blessures. Au fil des semaines, si les changements sont
répétés, les chevaux ne s'habituent pas.
Comment introduire un cheval dans un groupe ?
Souvent, les premiers contacts entre chevaux non familiers conduisent à l'agression, car cela perturbe la structure du groupe,
les chevaux recherchant leur nouvelle place ou défendant l'ancienne dans la hiérarchie.
Les différents conseils que l'on peut trouver dans la bibliographie vont tous dans le même sens : il faut aller progressivement.
Quand il s'agit de mettre deux chevaux ensemble, il est proposé de les mettre dans deux boxes côte à côte, avec possibilité de
contacts, puis dans deux paddocks adjacents avant de les lâcher ensemble.
Lorsqu'il s'agit d'intégrer un nouveau cheval dans un groupe, différentes organisations ont été testées :
(1) mettre le cheval à introduire et un cheval du futur groupe ensemble, dans un paddock voisin de celui du troupeau,
pendant 1 à 7 jours avant introduction des deux,
(2) introduction immédiate du cheval,
(3) introduction du cheval après qu'il ait passé 1 à 7 jours dans le paddock voisin.
La première proposition est celle qui induit le taux d'agressions le moins élevé. Le rang social est déterminé très rapidement
après introduction et reste stable.
Commencer à 2...
... avant d'intégrer dans le troupeau © L. Marnay, Ifce
Comment procéder avec les étalons ?
L'expérience de mettre des étalons en groupe a été réalisée par l'équipe Agroscope du Haras national suisse d'Avenches. Les
étalons, de race Franche montagne et agés de 8 à 19 ans, ont été préalablement mis dans des boxes mitoyens pendant 2
semaines, où ils pouvaient interagir par des cloisons ouvertes. Après déferrage, les étalons ont été mis ensemble par groupes
de 4 à 5, dans une grande pâture de 4 ha. Le nombre d'interactions agressives a diminué progressivement au cours des 21
jours d'observation, pour passer de 20/étalon/heure à quasiment 0. En parallèle, le nombre d'interactions affiliatives
(grooming mutuel et jeu) a augmenté de 0,2 à 0,4/étalon/heure. Les auteurs insistent sur le fait que des précautions doivent
être prises : isoler les étalons des juments, installer une bonne clôture, déferrer les chevaux.
Une autre expérience a consisté à introduire un étalon dans un troupeau de 7 juments. L'étalon a tout d'abord été mis dans
le pré des juments, seul pendant un mois, puis les 7 juments ont été réintroduites, 1 par 1 sur 2 mois. L'ordre d'introduction
des juments a été choisi en fonction de leur tempérament, de leur position dans la hiérarchie, de leur centralité (nombre de
juments avec lesquelles elles sont connectées), de leur agressivité. La première jument était celle qui réunissait au mieux : plus
de centralité, moins de grégarité, moins d'agressivité et moins de dominance.
Comment préparer la séparation du cheval de son groupe
social pour l'entraînement ?
Ce moment représente un stress pour le cheval. Ceci a été mis en évidence par la mesure du rythme de cortisol, sur des
juments déjà débourrées, observées pendant 4 jours avant et 5 jours après leur transfert, de leur groupe social vers un box
individuel. Le matin du transfert, les taux de cortisol sont multipliés par trois et le rythme reste perturbé pendant les 5 jours
suivants, même s'il se rétablit progressivement.
Une expérience récente a montré que l'isolement de jeunes chevaux de leur groupe social était moins stressant (mesuré par le
rythme cardiaque) quand il était effectué avec un compagnon du groupe. Il peut donc être proposé de ne pas associer la mise
en box à l'isolement, mais de gérer ensemble au moins deux chevaux du groupe d'origine, dans des boxes adjacents.
Bibliographie
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