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Arbitre du dopage: Tiia Kuuranne

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LE TEMPS
MARDI 26 JUILLET 2016
22 L’été
«Je me sens bien à Lausanne, le travail au laboratoire me correspond parfaitement,
et puis il y a de magnifiques montagnes»
PROFIL
1972 Naissance en Finlande.
1991
Part à Helsinki pour y faire
ses études.
2002
Obtient son doctorat au
Laboratoire d’analyse du dopage
d’Helsinki.
2009
Prend la direction du
Laboratoire d’analyse du dopage
d’Helsinki.
2016
Rencontrée fin juin, alors que les
tricheries à grande échelle du
sport russe n’étaient pas avérées,
la nouvelle directrice du Laboratoire d’analyse du dopage (LAD)
de Lausanne, Tiia Kuuranne, est
chaleureuse, accueillante. Ce qui
contraste avec le bâtiment
ultra-surveillé au sein duquel sont
dénoncés les athlètes dopés.
Elle est très éloignée du cliché
que l’on peut avoir des Finlandaises, à l’exception de ses yeux
bleus bien entendu: menue,
brune. S’avançant d’un pas décidé,
elle bégaie rapidement quelques
mots de français, puis retourne
s’asseoir au centre de la pièce.
Soucieuse du bon déroulement de
l’interview, elle poursuit dans un
anglais sans accent et limpide afin
de se faire comprendre au mieux.
Jambes croisées, posture contrôlée, elle se penche en avant afin
que le micro-enregistreur puisse
capter ses moindres mots.
Autour d’elle, des photos de
sportifs parsèment les murs et un
bureau croule sous des piles de
documents. Elle voit que j’observe
les lieux. «Ce n’est pas ma décoration, c’est celle de Martial Saugy,
l’ancien directeur du LAD.» Si
c’était la sienne, il y aurait plus de
plantes vertes.
Arrivée début juin en Suisse
pour reprendre la direction du
LAD, la Finlandaise n’a pas encore
eu le temps de s’installer. «C’est
la première fois que j’habite en
Suisse. Je suis venue seule mais
ça ne me fait pas peur. Mes choix
ont toujours été dictés par des
occasions comme celle-ci.»
Tiia Kuuranne a grandi dans une
petite ville industrielle de la campagne finlandaise. «C’était un très
bel endroit, qui ressemble un peu
à la Suisse sans les montagnes. Je
faisais de l’athlétisme, du basket,
de la gymnastique», dit-elle, tout
en précisant qu’elle n’a jamais été
douée pour le sport.
A 20 ans, elle part pour la capitale finlandaise afin d’y étudier la
(MERCEDES RIEDY)
Succède à Martial Saugy
à la direction du Laboratoire
d’analyse du dopage de
Lausanne.
chimie. «Lors de ma première
année universitaire, je jouais du
violoncelle au conservatoire et
comptais en faire mon métier.
Hélas, je ne suis pas une assez
bonne soliste.» Elle raconte n’avoir
jamais eu de plan précis pour sa
carrière, tout a été question d’opportunités. Devant un avenir de
musicienne infructueux, elle se
concentre sur ses études en pharmacie, avant d’effectuer une thèse
au LAD d’Helsinki.
Pour travailler dans un laboratoire de contrôle du dopage, il
faut beaucoup de rigueur afin de
ne pas céder à la pression,
explique-t-elle. «J’ai ce caractère,
j’aime que les choses soient bien
faites et toujours à leur place
pour ne pas perdre de temps.»
Impatiente, elle lance presque
pour s’en convaincre qu’elle n’est
pas maniaque. «Enfin si, peutêtre un peu…»
Amusée par cette petite confession, Tiia Kuuranne se détend,
OASIS
Les pieds au frais
au Bassin bleu
PORTRAIT
Arbitre
du dopage
TIIA KUURANNE
Elle est la nouvelle directrice
du Laboratoire d’analyse du dopage (LAD)
de Lausanne. Dans son officine sont
effectuées les analyses biologiques
d’athlètes dont les scientifiques
ne connaissent que le sexe et le sport
qu’ils pratiquent. La Finlandaise
dit être très méticuleuse
PAR JULIE SCHUPBACH t @julie_schups
PAR NOÉMIE MATOS
t @BioNeuchNoemie
Le bar-terrasse Le Bassin bleu fait partie de
ces endroits dépaysants, qui font oublier la
proximité de la ville. Son emplacement, dans le
vieux port de Neuchâtel, y est pour beaucoup,
avec une vue sublime sur le lac, les bateaux, les
mouettes et les Alpes au loin. Ensuite, le concept
du lieu est des plus originaux: la terrasse du
Bassin bleu est sise dans une ancienne piscine
où, à l’époque, les mômes neuchâtelois voguaient
sur de petits bateaux.
Depuis juillet 2014, tables, chaises et pichets
ont remplacé les navires dans le bassin peint en
bleu (piscine), pour le bonheur des amateurs
d’ambiance balnéaire, de bonne musique et de
décroise les jambes, oublie le
micro, rigole. «Contre la pression, j’écoute de la musique classique.» Pour elle, c’est comme les
mathématiques: ordonné, rigoureux. Elle poursuit en parlant de
Bach comme de la perfection:
«Dans son œuvre, il n’y a rien
besoin d’ajouter, rien besoin
d’enlever.» Elle se tait, détourne
le regard. «Mon rôle dans le laboratoire est peut-être celui d’un
chef d’orchestre. Il faut entendre
et diriger tout le monde. Il ne
peut pas y en avoir un qui joue
tout seul dans son coin, sinon
c’est la cacophonie.»
A la tête d’un laboratoire de
25 personnes dont elle est la seule
étrangère, elle met un point d’honneur à discuter. «J’aime que les
choses soient clairement dites.
Dans une équipe, il faut communiquer, savoir ce que chacun fait.»
Et puis il faudra aussi apprendre
le français, afin de s’adapter à ce
nouvel environnement. «Heureu-
cuisine locale, concoctée dans le bâtiment attenant, une ancienne école de voile. Au menu: des
bagels servis avec des frites maison, de grandes
salades composées, de goûteux cocktails et
autres desserts aux fruits de saison… «Nous ne
proposons que des aliments frais et transformés
par nous-mêmes, achetés pour la plupart chez
des producteurs du coin», explique Emilie Rouvinez, gérante et propriétaire du lieu avec son
conjoint, Jonathan Perret. Et la programmation
musicale? Elle est tout aussi savoureuse. Les
vendredis et samedis soir, jusqu’à 23 heures, des
DJ prometteurs de la scène romande choient
les oreilles du client avec de l’électro de qualité.
Le Bassin bleu s’illustre par sa fraîcheur. Ce,
dans tous les sens du terme. Pendant les fortes
chaleurs de ce mois, «il faisait tellement étouf-
sement que Martial Saugy est
encore là pour m’accompagner.»
Après avoir quitté la tête du LAD,
il se consacre maintenant à la
recherche fondamentale et multidisciplinaire, en inventant des
techniques de détection des substances dopantes. Tiia Kuuranne
précise qu’ils ont tous deux la
même vision du travail. «Mais Martial est bien plus extraverti que
moi, il est très médiatique en
Suisse.» Ce ne sera pas son cas.
Discrète, elle ne répondra aux
questions «que lorsqu’il y aura
besoin d’éclaircir certains points
de mon travail.» Pourtant, Tiia
Kuuranne mentionne sans hésiter
l’importance qu’a la prévention
dans la lutte contre le dopage. Une
manière d’agir plutôt que de réagir.
Dans son laboratoire sont effectuées les analyses biologiques
d’athlètes dont les scientifiques ne
connaissent que le sexe et le sport
qu’ils pratiquent. Les résultats
obtenus, parfois lourds de conséquences, échappent à la pression
grâce à un respect absolu du protocole d’analyse. Un travail méticuleux qui la passionne. «Dans ce
métier, les choses bougent très
rapidement, il faut être réactive
et savoir s’adapter sans jamais
improviser.»
Entre polémiques et désillusions, comment ne pas douter face
à cette cause presque perdue
d’avance? «Je suis convaincue que
le sport peut être propre et je me
bats pour les athlètes qui le sont.»
Et puis, la science fondamentale,
ce n’est pas pour elle. Tiia Kuuranne aime la recherche appliquée dont les résultats sont immédiats. «Je me sens bien à Lausanne,
le travail au laboratoire me correspond parfaitement, et puis il y a
de magnifiques montagnes.» Profondément convaincue que maintenant sa place est ici, la nouvelle
directrice imagine même avoir
une maison à la campagne, «pour
pouvoir jouer du violoncelle sans
déranger les voisins». ■
fant que des clients nous ont suggéré de mettre
un peu d’eau dans le bassin», raconte Emilie
Rouvinez. Ce fut chose faite: les épicuriens ont
pu déguster leurs bières, les jambes rafraîchies!
L’expérience risque de se renouveler.
En trois ans, le Bassin bleu a pris son rythme
de croisière dans le paysage neuchâtelois. «Lorsqu’il fait beau, nous affichons complet», affirme
la gérante, ravie. Pour ceux qui souhaitent prolonger l’aventure l’hiver, mais bien au chaud,
une yourte sera installée dans le bassin de
novembre à février. ■
Le Bassin bleu, quai du Port 5, Neuchâtel,
tél. 032 721 02 68, lu-me 10h -23h30, je-sa 10-1h,
di 10h-20h30, jusqu’à fin septembre,
fermé par mauvais temps, www.lebassinbleu.ch 
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