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Interview de Mgr Pontier à Cracovie
Mgr Georges Pontier : Une stupeur inimaginable et une immense tristesse. Ce qui est étonnant,
c’est qu’un tel acte a été commis non pas en ville, dans de grands rassemblements, mais dans un
petit coin de campagne, une petite communauté chrétienne rassemblée le matin avec un prêtre
de 85 ans, une poignée de fidèles autour de lui comme souvent aujourd’hui, qui célébraient
l’eucharistie. Et ce geste diabolique d’égorger, et de séquestrer les autres… Cet acte atroce
discrédite ses auteurs, quels qu’ils soient.
Quelle réponse y apportez-vous ?
Mgr. G.P. : Cet événement va donner à nos catéchèses devant les jeunes des JMJ un contenu réel.
Nous ne sommes plus dans les idées : voilà dans quel état est notre pays, après les attentats de
2015, après Nice… Vous, les jeunes, dans quel camp allez-vous vous placer ? Comment allez-vous
prendre votre part dans ce dialogue avec l’autre ?
Assassiner ne demande pas de courage, c’est de la folie. Mais il en faut du courage, pour bâtir la
fraternité avec des gens différents de nous. C’est un chantier extraordinaire qui nous attend. Les
générations précédentes ont eu à gérer des guerres. Nous voici confrontés à une nouvelle forme
de guerre, jamais pratiquée chez nous.
Les chrétiens sont-ils une cible ?
Mgr. G.P. : Oui, mais les musulmans aussi. Ils sont plus nombreux à être tués par Daech que nous.
C’est l’homme qui est en danger. Car ils tuent pour tuer et faire peur. Tout ce qui est différent
d’eux, ils veulent l’éliminer. Ce n’est pas un projet pour le monde.
Quelles sont vos attentes à l’égard des musulmans ?
Mgr. G.P. : Qu’ils ne vivent pas dans la peur et dans la honte, mais nous aident à bien comprendre
que ces actes ne sont pas compatibles avec l’islam, en le disant et en le vivant. Aucun Dieu qui a
créé la vie ne peut nous demander de nous entre-tuer. Nous voulons marcher ensemble dans la
confiance et le respect, construire des projets communs.
« Une journée de jeûne et de prière » vendredi
Pour l’archevêque de Paris, André Vingt-Trois, renforcer la sécurité devant les églises serait
toutefois « entretenir une illusion dérisoire », arguant que « le principe de l’attentat, c’est qu’il est
imprévisible ». « Que le christiannisme soit en tête de liste parmi les victimes possibles n’est pas
une surprise », a-t-il estimé.
« L’innommable arrive », a aussi déclaré l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, depuis
Cracovie en Pologne, où il assistait à l’ouverture des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ).
Rentré dans l’après-midi en France et reçu à l’Elysée, il a cité la « parole de Jésus : “Pardonne-leur,
ils ne savent pas ce qu’ils font.” (...) “On vous a dit d’aimer, moi je vous dis d’aimer vos ennemis et
même de prier pour eux.” (...) “Dieu a essayé de nous apprendre à ne pas avoir une politique du
bouc émissaire.” »
Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, également à Cracovie
pour les JMJ, a appelé de son côté « tous les catholiques de France à une journée de jeûne et de
prière pour notre pays et pour la paix dans le monde ce vendredi 29 juillet ». « Des sentiments
divers nous habitent en ces instants. Nous savons bien pourtant que seule la fraternité, chère à
notre pays, est la voie qui conduit à une paix durable », a-t-il poursuivi.
Le premier évêque de France a aussi estimé que les musulmans étaient tout autant une cible de
l’EI que les chrétiens : « Ils sont plus nombreux à être tués par Daech que nous. C’est l’homme qui
est en danger. Car ils tuent pour tuer et faire peur. Tout ce qui est différent d’eux, ils veulent
l’éliminer », a-t-il fait valoir, souhaitant que les musulmans « ne vivent pas dans la peur et dans la
honte, mais nous aident à bien comprendre que ces actes ne sont pas compatibles avec l’islam, en
le disant et en le vivant ».
« Se tenir unis et déterminés »
Le pape François s’est associé « à la douleur et à l’horreur » et a « condamné de la manière la plus
radicale » l’attaque dans une église en France, selon le Vatican. « Nous sommes particulièrement
frappés parce que cette violence horrible est intervenue dans une église, un lieu sacré où s’annonce
l’amour de Dieu, avec le meurtre barbare d’un prêtre et des fidèles touchés », a expliqué le Vatican.
L’Assemblée des évêques catholiques de Terre sainte, sise à Jérusalem, a présenté aussi ses
condoléances « à l’Eglise et au peuple de France ». « Depuis la Terre sainte qui continue à souffrir
de la violence et de l’instabilité, nous appelons à ce que cesse l’usage de la violence au nom de la
religion », poursuit le texte.
La Fédération protestante de France a témoigné « son soutien et sa solidarité » à la communauté
catholique. « Avec ce geste de barbarie, c’est la communauté chrétienne tout entière qui est
touchée au cœur. (...) Résister au fanatisme, résister aux tentatives de division par la terreur, c’est
se tenir unis et déterminés, toutes confessions confondues », a-t-elle écrit.
« La seule réponse à la barbarie qui sonne à nos portes, à l’extrémisme et au fanatisme, reste et
demeure la cohésion nationale, seul rempart à l’encontre de ces tentatives de déstabilisation
psychologique et politique de notre pays, marqué par les valeurs de liberté et de respect de la
diversité », a aussi écrit l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.
« Combattre les discours de haine »
Même condamnation de la part du Consistoire central, l’Union des communautés juives de
France, qui se dit « horrifié ». « C’est aujourd’hui l’Eglise catholique qui est visée, mais aussi la
France tout entière qui est touchée et porte le deuil. Une nouvelle fois, des djihadistes, ennemis de
la République et de la démocratie, ont tenté de mettre à mal les fondements de notre société. » Le
Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a également condamné un
« assassinat odieux » qui « marque une nouvelle étape dans la progression du terrorisme en
France ».
Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a condamné « avec la plus grande vigueur cet acte
terroriste lâche et barbare qui frappe à nouveau notre pays ». « La succession des actes terroristes
pendant cet été meurtrier démontre une nouvelle fois la nécessité d’une mobilisation sans
précédent de toutes les énergies et la cohésion de l’ensemble des composantes de la communauté
nationale pour venir à bout du fléau du terrorisme », poursuit-il.
L’Observatoire national contre l’islamophobie a aussi évoqué un « acte horrifiant et terrifiant » :
« Le but des terroristes et de Daech [l’EI] est de semer la peur et la méfiance entre les
communautés. Plus que jamais, les responsables des différents cultes doivent se rencontrer,
échanger et combattre les discours de haine. »
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