close

Se connecter

Se connecter avec OpenID

Approches 154_ 4 - Fédération française de handball

IntégréTéléchargement
pactualité
ABORDER
LES J.O. AVEC
SÉRÉNITÉ
Entretien réalisé par Brigitte BLOIS
CTN - FFHB
Photos : © Stéphane Pillaud
Pour Claude Onesta,
« le coach est un
accompagnateur de projet,
pas un leader »
Luc ABALO
04
APPROCHES DU HANDBALL – JUILLET 2016 # 1 54
actualitép
APPROCHES DU HANDBALL – JUILLET 2016 # 1 54
05
pactualité
Claude ONESTA et Didier DINART
Quel bilan faites-vous
du dernier Euro où les
Bleus se sont classés
5ème ?
Nedim REMILI
06
Claude Onesta. Dans cette année olympique,
l’équipe de France enchaîne 3 compétitions
majeures en 12 mois : les Championnats d’Europe en janvier, les Jeux Olympiques
en août et le Mondial en
France, en janvier 2017.
L’Euro était la compétition
la moins importante et
l’analyse de nos résultats
ne doit pas générer de problèmes. Car, mon ambition est de
préserver les enjeux. Manager, je dois assumer les
défaites comme les victoires. Mon rôle ne consiste pas
à récupérer les situations difficiles en fonction des circonstances. Quand la situation part de travers, il ne
faut pas la rattraper. Il faut en tirer les leçons. L’Euro
n’a pas été catastrophique sauf le match contre la Norvège. Un premier bilan avec le staff puis avec les
joueurs nous a permis d’évaluer la part de chacun
dans ce résultat. Notre équipe peut dominer le
handball mondial si nous montrons la même exigence et détermination que nos adversaires. Cette
exigence n’est pas celle du coach envers les
joueurs mais celle que les joueurs ont entre eux.
APPROCHES DU HANDBALL – JUILLET 2016 # 1 54
Kentin MAHE
Le coach est un accompagnateur de projet, pas un leader. Il doit arbitrer les situations en laissant les joueurs
acteurs du projet pour interagir dans ce dernier. Je dois
veiller à ce que les joueurs ne se déchirent pas mais je
dois aussi les laisser régler les choses entre eux.
On a vu évoluer de nombreux jeunes en
Pologne. Vous préparez le renouvellement
de la sélection ?
C.O. Une compétition internationale se joue avec des
jeunes s’ils sont accompagnés par des anciens. Un
jeune protégé dans une équipe bien construite est plus
en sécurité. Sur cet Euro, ils étaient trop nombreux.
Mon rôle est de veiller à ce qu’il n’y ait pas de rupture
dans la chaîne qui construit l’équipe de France. Si
cette gestion est mal faite, une rupture peut vite arriver avec 6 ou 7 arrêts de joueurs cadres en même
temps. Et là, l’équipe de France peut disparaître des
podiums pendant des années. D’où l’importance de
travailler dans la continuité pour protéger ce qui nous
a fait grandir et gagner. Notre équipe est un peu le
baromètre du handball français, nous devons la gérer
sur le long terme.
L’intégration des jeunes est certainement ce que l’on
a le mieux réussi depuis 20 ans. Certains d’entre eux
ne commencent à jouer qu’après 3 années de stage
avec les Bleus. Ils s’accoutument à l’équipe, à son
actualitép
Michael GUIGOU
fonctionnement, à l’environnement des compétitions.
On ne gagne pas en protégeant les joueurs cadres
pour éviter les blessures et en mettant les jeunes en
difficulté.
On vous a vu en retrait sur l’Euro, laissant
plus de place à Didier Dinart. Cette
compétition est-elle un passage de témoin
à votre adjoint ?
C.O. J’avais décidé de déléguer des choses à Didier
depuis un moment. J’apprends à travailler avec des
jeunes entraîneurs qui ont des expériences de joueur
de haut niveau. Et pas seulement avec Didier. Face à
ces entraîneurs qui ne sont pas passés par la formation traditionnelle, j’ai l’impression de m’adresser à
des personnes qui ont tout compris et qui savent tout.
Je retrouve un peu une relation comme avec mes
enfants. Je les préviens des pièges et je leur dis qu’ils
vont tomber dedans. Mais leur réponse est souvent :
« oui, je sais ». J’ai délibérément mis Didier Dinart en
avant pour qu’il perçoive l’échec. Il veut tellement
montrer les choses aux joueurs ou à moi qu’il manque
de recul. Pour lui, le jeu est devenu très précis depuis
son arrivée. C’est sa vision des choses et il occulte la
gestion des joueurs. Il pense que l’étude vidéo et la
précision règlent tout.
Votre collaboration en ressort-elle affaiblie?
C.O. Ne pensez pas que notre relation soit ambigüe.
Depuis l’échec de l’Euro, il est capable de me dire qu’il
a compris que sa seule ressource est le staff, pas les
joueurs. Son ancien rôle de joueur rendait flou son
positionnement dans le staff et il voulait préserver sa
relation avec les joueurs. Or, c’est le projet qui doit
être mis en avant. Il a besoin d’accepter sa fonction
d’entraîneur au sein du staff sans malaise. Je le protège et l’accompagne dans sa mission. Nous discutons beaucoup et je suis très franc avec lui. Je ne
cherche pas à cloner mon système mais il doit
apprendre à travailler avec nous. Lorsque j’ai vu les
situations difficiles arriver, je l’ai observé et je ne suis
pas intervenu, pas par malveillance, mais dans l’objectif de préserver un fonctionnement qui doit s’améliorer pour les futures compétitions.
Pensez-vous aborder la préparation aux J.O.
dans de bonnes conditions ?
C.O. La période des J.O. est très sensible. On passe deux
mois de vie commune avec une équipe plus réduite et
à construire. Cela n’a lieu que tous les quatre ans. Il ne
faut pas se louper. Si la situation est bancale, on ne s’en
sortira pas. L’environnement doit être paisible et tout
le monde à sa place. Je vais reprendre un peu plus les
choses en main. On verra si cela ira mieux.
APPROCHES DU HANDBALL – JUILLET 2016 # 1 54
07
actualitép
Claude ONESTA
Olivier NYOKAS
MANAGER de manière
très autoritaire n’est plus en phase
avec la réalité et l’évolution du monde.
Pensez-vous modifier votre style de
management ?
C.O. Mon métier consiste à maîtriser tous les éléments
sur lesquels je peux agir. Ce qui n’est pas maîtrisable,
je dois en accepter la fatalité. Le fait d’associer les
joueurs au projet est un élément essentiel à la réussite, à l’investissement et à la détermination. Quand
ils échangent sur les solutions sans vous, cette solution n’est plus dans la tête du coach mais dans la leur.
Comme elle leur appartient, ils vont la traiter quotidiennement et l’améliorer. Parfois c’est douloureux
pour un coach et perçu de façon négative par l’extérieur, comme quand je ne dis rien à un temps mort.
Mais je m’en fiche. L’équipe est rentable et c’est dans
l’intérêt du handball français. Plus les joueurs pensent
que l’entraîneur ne sert à rien plus il est facile de les
diriger car ils ne se méfient plus de vous. Il faut juste
réguler ou arbitrer des décisions. Manager de manière
très autoritaire n’est plus en phase avec la réalité et
08
APPROCHES DU HANDBALL – JUILLET 2016 # 1 54
l’évolution du monde. On peut le faire sur une période
courte mais pas sur la durée. Cela génère du conflit et
de la souffrance qui amènent les joueurs à se protéger.
Alors, le manager doit-il entraîner les autres ou
accepter de les laisser passer devant en coordonnant
leur énergie ? L’idée est de favoriser leur épanouissement qui est le carburant de leur motivation.
Comment arrivez-vous à fédérer
tous ces joueurs à forte personnalité ?
C.O. En équipe de France, les joueurs ne sont pas tous
des amis. Ce sont des collaborateurs. Leurs associations et leurs victoires génèrent de bons moments et
tissent des liens. Mon rôle est de gérer la dualité entre
la dimension individuelle et le vivre ensemble. Quand
une des deux dimensions est défaillante, la sélection
est en difficulté. Il faut créer une régulation entre les
joueurs par l’exigence et le projet partagé en les responsabilisant. Ce n’est pas difficile de faire fonctionner
des personnes aux égos surdimensionnés ! En réalité,
le seul ego qui pose problème dans la gestion d’une
équipe, c’est le sien. Celui des joueurs, vous allez vous
en servir. Un joueur qui a de l’ambition, de l’égo et des
moyens est un bonheur à manager. En revanche, il faut
vite dégager ceux qui ont de l’égo mais pas de moyens.
Avoir gagné quelques titres me rend plus serein pour
faire face à de nombreuses situations et construire
l’avenir des Bleus.
Auteur
Документ
Catégorie
Без категории
Affichages
0
Taille du fichier
1 028 Кб
Étiquettes
1/--Pages
signaler