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7 août : Ephésiens 2,4-10

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11ème dimanche après la Trinité
7 août 2016
Eph 2,4-10
Gérard JANUS
pasteur à Balbronn, Traenheim et Scharrachbergheim-Irmstett
1. Premières impressions
Après une première relecture de ce passage, nous retenons trois éléments. Le
thème principal ne manquera pas de ressortir lors de l’écoute du texte : « C’est
par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » (verset 8). Les
auditeurs de la prédication sont avertis qu’il s’agit là d’un thème typiquement
protestant. De plus, la lecture de l’Evangile (Luc 18,9-14) peut interagir avec le
texte de prédication, à travers la question de la justification. Faut-il alors
s’orienter dans cette direction, et privilégier ce v.8 au détriment du reste du
passage ?
D’un autre côté, à part ce verset 8, la péricope du jour est très dense
théologiquement et produit plutôt un sentiment de décalage, une absence de
familiarité avec bon nombre de termes et de notions. Les contemporains
perçoivent le monde d’une toute autre manière que ne l’exprime ce passage. La
cosmologie partagée par l’auteur des Ephésiens et les destinataires de la lettre
semble à mille lieues de ce que les personnes, aujourd’hui, se représentent.
Pourtant l’espace et le temps jouent dans ce passage un rôle éminent. On ne
peut pas passer à côté de cette problématique, sinon on prêchera un autre texte.
Une autre difficulté saute aux yeux : un passage qui commence par « mais » ou
« cependant » est forcément amputé d’un élément ! En lisant attentivement tout
le chapitre, on constate que la logique de l’argumentation comprend les versets
1-10. Les versets 1-3 décrivent le passé des destinataires, un passé dominé par
« le dieu de ce monde ». L’auteur qui s’exprime à la première personne du
pluriel, s’inclut dans cette tendance. Puis, aux versets 4-7, il invite les lecteurs à
recevoir la vie nouvelle en Christ, avant d’insister sur la notion de don gratuit.
Ces trois temps de l’argumentation forment un tout. Et il y a des signes qui
montrent une fine structuration de tout le passage, par des répétitions de mots
1
et une inclusion : « autrefois vous marchiez » (v.2) – « pour qu’en elles nous
marchions » (v.10)
2. Des choix qui orientent la prédication
Plusieurs possibilités s’offrent au prédicateur. Dégageons-en deux :
a. La solution la plus simple
Elle consiste à ne retenir que la péricope et à « oublier » ce qui précède. On
insistera sur les développements positifs, la vie nouvelle en Christ, le salut par
grâce, à travers une parénèse, en cherchant des exemples concrets qui
encouragent les croyants.
b. La solution plus difficile
Elle consiste à oser prendre en compte ce qui est difficile à entendre et à
assumer les décalages culturels. Aller dans ce sens nous semble plus fidèle au
texte.
3. Quelques détails du texte
Quelques aspects du texte paraissent devoir être approfondis !
a. La question de l’auteur :
Sans entrer dans des détails qui risquent d’égarer les auditeurs, il semble
possible d’indiquer que la lettre est très probablement écrite après la mort
de l’apôtre, par un théologien proche de Paul, qui fait cependant évoluer
certaines notions, notamment celle de la justification par la foi. Un autre
exemple de différence entre l’auteur d’Eph. et l’apôtre Paul : dans cette
épître, on trouve le fameux passage « femmes, soyez soumises à vos
maris… » (5,23) et une théologie du mariage qui semble beaucoup plus
élaborée que celle de Paul, lui qui se contentait d’une position beaucoup
plus simple, en préférant pour sa part le célibat au mariage !
b. La cosmologie :
Il paraît incontournable d’expliciter la vision du monde qui avait court à
l’époque. Une « ère du monde » d’en bas (v.2), des cieux élevés, litt.
hauts cieux (v.6) et un espace intermédiaire, à propos duquel Andreas
Dettwiler écrit : « les puissances démoniaques se trouvent dans les
sphères inférieures des cieux et sont dominées par le « prince (Satan) qui
règne entre le ciel et la terre »… Le contraste avec la nouvelle vie (v.4-7)
est d’autant plus saisissant. [Le Nouveau Testament commenté, p.853]
Qui raisonne encore en ces termes ?
c. La question du temps :
Cette dimension paraît cruciale. Entre l’autrefois (2 fois) du début du
passage et les temps à venir (v.7), il y a le présent du salut. Le croyant
2
est déjà au bénéfice de l’œuvre de salut produite par le Christ. De
nombreux verbes sont à la forme passive.
Cette dimension temporelle peut être traduite dans la prédication. Car il
s’agit d’encourager les auditeurs à se réjouir aujourd’hui d’un salut qui est
donné et de les inviter à un élan (la marche en avant de la fin du
passage), vers un avenir et des œuvres bonnes. Le clou, c’est que ces
actions sont déjà préparées d’avance. Le Christ détient la seigneurie du
temps !
d. Un détail qui disparaît lors de la traduction :
Aux versets 5 et 6, trois verbes sont formés avec le préfixe « avec » :
vivre, ressusciter et faire asseoir. Quelle que soit la traduction choisie,
cette force et cette saveur disparaissent avec la traduction. Il vaut la peine
d’insister sur ce passage.
4. Les autres notions-clé
Les notions de salut par grâce et le rôle de l’amour de Dieu méritent bien sûr
d’être mises en relief.
L’apôtre Paul, comme on le sait, ne s’exprimait pas tout à fait de la même
manière que l’auteur de ce passage. Pourtant, il y a une très belle
complémentarité entre notre péricope du jour et la lettre aux Romains, par
exemple. Si l’on ne retrouve pas la notion de « justification », ce qui est dit
de l’amour de Dieu et du salut par grâce constitue une réinterprétation
particulièrement féconde de l’œuvre théologique de Paul.
Dès le chapitre 1, il apparaît clairement que le regard que Dieu pose sur
l’humanité est un regard d’amour (1,4 !). Cette référence pourrait être citée
et rappelée. Au chapitre 2, c’est au verset 4 qu’il est rappelé que l’image de
Dieu qui domine n’est pas celle d’un Dieu en colère, mais d’un Dieu d’amour.
Ensuite l’accent est mis sur le présent du salut. Quant aux œuvres bonnes,
elles ne sont pas une condition, mais bien une conséquence de la vie avec le
Christ.
5. Une forme possible
Werner Reiser proposait des formes originales de prédication. Parmi celles-ci
nous pourrions choisir la lettre à l’auteur du texte et sa réponse. La
prédication serait donc en deux parties :
A. Lettre du prédicateur à l’auteur
Dans cette première partie, le prédicateur peut évoquer l’actualité en général
(très tragique et inquiétante ces jours-ci !), introduire des éléments du
contexte de la communauté où il se trouve et soulever les points les plus
saillants du texte.
3
B. La réponse consiste en une actualisation du message.
4
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