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burkini : et si nous respections la déclaration

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BURKINI
:
ET
SI
NOUS
RESPECTIONS LA DÉCLARATION
UNIVERSELLE DES DROITS DE
L’HOMME ?
Toute
cette
agitation
médiatico-politique
autour
du
« burkini » est épuisante autant que malsaine. On comprend
bien pourquoi des sarkosistes LR ou des nationalistes NVA
jouent de cette thématique : entretenir l’islamophobie car
c’est rentable électoralement. Mais je vois trop de mes amis
de gauche succomber également à l’idée qu’interdire est LA
solution au nom d’une valeur commune qui nous est chère, les
droits de l’Homme, et en l’occurence de la femme.
Et pourtant que dit la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme ? » Toute personne a droit à la liberté de pensée, de
conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de
changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de
manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun,
tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques,
le culte et l’accomplissement des rites (Article 18) « .
Interdire le burkini sans autre forme de procès, c’est dès
lors attenter à cette liberté fondamentale.
Très honnètement, je n’aime pas le burkini. Je pense qu’il est
pour partie le signe d’une pudibonderie religieuse
grandissante, pudibonderie qui ne relève pas forcément de la
liberté de conscience mais peut être également (pas toujours)
le fruit d’une pression familiale et communautaire. Les
religions, assez invariablement basées sur la domination
masculine et sur la sacralisation de la famille, sont
coutumières de cette peur du charnel. En cachant le corps
(principalement mais pas uniquement) de la femme, on entend
préserver la cellule familiale. Sacrée foutaise, si j’ose
écrire.
Mais comment ne pas voir que parallèlement, il existe
également une véritable dictature du corps entretenue par la
société de consommation dans laquelle nous vivons. Nous sommes
« invités » à faire des régimes et à aller transpirer dans des
salles pour être dans la norme que fixe la publicité. Les
hommes sont invités à être musclés. Les femmes sont invitées à
avoir des seins et des fesses rebondis (avec l’aide du
bistouri s’il le faut). Nous sommes invités à nous balader
quasi nus sur la plage pour exposer la réussite de tout ce
travail sur notre corps. Et si nous n’y parvenons pas, nous
sommes invités à consommer pour compenser le mal-être que
génère chez nous le fait de ne pas rentrer dans ce standard
commercial. C’est une mécanique assez perverse dont
l’actualité olympique de Rio nous donne à voir sur les plages
locales une forme d’affligeant summum.
Toute personne qui entend libérer la société des méfaits des
dogmes religieux et de leur influence sur la norme sociale, et
je suis de celles-là, entend sortir de toute forme de
pudibonderie. Pourtant, je comprends parfaitement que tout le
monde ne souhaite pas se baigner nu ou presque (même si c’est
assurément le plus agréable), que la pudeur (qu’elle soit
religieuse ou pas) peut pousser à souhaiter se couvrir
davantage. Par ailleurs, la pression sociale dont il convient
de se libérer n’est pas QUE religieuse, elle concerne autant
le fait de porter un burkini que celui de devoir faire étalage
d’un corps sculpté et bronzé.
A mes yeux, interdire le burkini dans l’espace public sans
autre forme de procès est totalement contre-productif. C’est
à la fois une façon de montrer du doigt une femme (musulmane)
supposée soumise, de créer encore davantage de repli
communautaire, et d’alimenter les ressentiments et
l’islamophobie.
Si l’on entend avancer et combattre
efficacement le machisme (religieux ou non) et toutes les
formes de dogmatisme, il faut au contraire créer un contexte
qui permette à chacun(e) de pouvoir effectuer son choix
librement, sans pression d’un groupe ou d’une communauté. On
ne s’attaque pas aux convictions par la force et l’interdit
mais par le dialogue et la démonstration d’un autre modèle (ce
qui signifie d’avoir des lieux d’échange, de mixité
culturelle), modèle qui ne peut se résumer au vide (spirituel)
incommensurable de l’imaginaire capitaliste actuel. Comme le
chante Souchon : « on a soif d’idéal ». C’est d’ailleurs sans
doute ce qui explique le succès du religieux dans une société
trop vide de sens.
C’est pourquoi il me semblerait bien plus intelligent, et
conforme à l’esprit des Lumières dont est issue la DUDH, de
dire « oui » au burkini, mais « non » au fait de l’imposer en
norme ou de privatiser l’espace public pour lui. Là est la
véritable limite dans le respect de la DUDH. Si des femmes
(ou des hommes) pour des raisons qui leurs sont propres
entendent ne pas exposer leur corps, c’est leur droit. Et si
pour ma part je trouve bien plus agréable de nager à
« oualpé », je veux aussi conserver la liberté de le faire.
Ma liberté s’arrête au fait de ne pas l’imposer en tous
lieux, celle de ceux que cela dérange de ne pas venir dans les
espaces publics où cela est autorisé.
Pierre
Eyben,
17
(http://pierre-eyben.be/burkini-qui/)
août
2016
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